Chapter 3 : I'm not excited, but should I be ?

Après avoir passée une interminable matinée, bien que très mouvementée, il temps pour tout le monde de repartir. Ce qui est bien avec les jours de rentrée, c'est que cela ne dure jamais une journée entière ainsi je peux tranquillement aller manger, sans aucune contrainte horaire.

Ayant perdu Dean de vue, j'abandonne et me décide à partir pour de bon. Si ça se trouve, il s'est même fait de nouveaux amis, plus cool et sympas que moi.

Tant mieux pour lui.

Je sors mon portable et me repère par rapport au plan de Paris. Étant assez loin de mon appart, je me décide à manger en ville. Et après avoir dépassé une dizaine de pâtés de maison, je discerne un vrombissement familier au loin.

Lorsque celui-ci se rapprocha, je savais à quoi m'attendre.

« Alors, tu montes ? »


Quand je me retourne, c'est bien Dean et sa Harley qui se tiennent là. Le sourire aux lèvres, il fit un mouvement de tête : « Qu'est-ce-que t'attends ? Viens ! »

Flatté par son invitation, je demeure tout de même stoïque.

« Je te connais à peine, et … tu espères déjà que j'accepte de monter avec toi ? Tu sais que la probabilité d'accidents en 2 roues dans cette ville est proportionnellement - -»

Dean me coupe sur-le-champ : « Oh, allez, fais pas ton rabat-joie ! J'ai la dalle, pas toi ? »

Ahuri par sa réaction, je bafouille : « S-si, bien sûr. Mais - -»

Hésitant, je m'avance maladroitement vers lui le bourdonnement irrégulier du moteur ronronnant m'attire inconditionnellement. Bien sûr que je mourrais d'envie de monter sur sa moto !

J'eus à peine le temps de protester qu'il me chope par la main, me projetant à quelques centimètres de son visage. « Je t'invite. »

Ses lèvres s'étirent en une large risette, et ses yeux pétillants me firent céder.

Tandis que j'enjambe l'impressionnante machine avec difficulté, Dean reprit d'un ton exalté : « Oui, je t'invite. Et tu n'as pas ton mot à dire ! »

Je ne relève pas, et s'apercevant que je n'ai toujours pas osé le toucher, Dean s'exclame :

« Accroche-toi bien ! »

Je m'exécute et, plutôt malhabilement, encercle sa taille de mes bras fébriles. Dès que l'engin démarre dans un vacarme assourdissant, je resserre d'autant plus mon emprise, tout en espérant ne pas l'asphyxier car les motos m'ont toujours fait peur. Jamais auparavant je n'étais monté sur de telles machines. Jamais. Mais là, une Harley ! C'est encore plus marquant.

C'est avec horreur et appréhension que je me mords la lèvre, crispé par une peur incontrôlable tandis que Dean se penche pour prendre le virage.

Il était évident qu'il ne respectait pas la limitation de vitesse autorisée.

Mais il y a quelque chose dans tout ça, la nouveauté, la rapidité et l'excitement, qui m'enchante et me réconforte. Il n'y a pas à avoir peur, non. Car j'étais avec Dean.

« Relax ! » crie-t-il à mon attention en souriant, par-dessus son épaule, pendant que nous traversons une intersection. En grimaçant, je relâche un peu de pression et détend mes bras noués. Dean rigole encore plus lorsque nous tournons à un virage, et cette fois, la moto à peine quelques centimètres du sol. Je m'efforce de ne pas crier de frayeur, à la vue du trottoir.

La moto se relève vivement, et je peux entendre distinctement Dean, se tordant de rire à chaque fois. Il savait ce qu'il faisait. Et je sais pertinemment qu'il avait la maitrise de l'engin.

Alors, je ne peux m'empêcher de le joindre et de rigoler à l'unisson avec lui.

« Whaoouuuh ! » gueule-t-il, exaltique, tandis qu'il coupe le passage à un taxi. Les gens tout autour, conducteurs ou piétons, nous suivent des yeux, nous dévisageant quelques secondes avant de détourner à nouveau leurs regards vides.

A ce moment précis, rien n'était plus parfait que cet instant.

Les paysages flous de la capitale défilent à vitesse grand V devant mes yeux. Et pour rien au monde je ne voudrais être ailleurs.

Je n'ai absolument aucune idée d'où est-ce-qu'il m'emmène comme ça. Et franchement, je n'en n'ai rien à faire.

Tout ce qui m'importe, c'est de sentir le vent me caresser le visage et la douce chaleur émanant de Dean. Je sens aussi ses abdos fermes se contracter au contact de ma paume, et tourne aussitôt la tête, rouge comme une tomate. Si bien que je crus que les papillons dans mon estomac furent prêts à jaillir de ma bouche et s'envoler loin, très haut dans le ciel.

Eh oui, me voici : à moto, avec un certain Dean Winchester, rencontré i peine quelques heures. Il ne me connaît pas vraiment, et c'est plutôt réciproque. Mais pourtant, voilà que celui-ci m'emmène ailleurs, sur un coup de tête et sans raison apparente. Peu m'importe.


Et c'est à cette minute précise que je constate que l'imposante machine ralentit, pour finalement se garer doucement sur un trottoir. Un pub irlandais ?

La façade, peinte d'un vert vif, affiche « Highlands Irish Pub». Un trèfle à trois feuilles, aux couleurs du drapeau national, accompagne l'enseigne rustique.

Dean descend de la Harley, tandis que je reste là, à contempler le bar. Les lumières chaudes et chaleureuses brillent d'une lueur orangée. D'ailleurs, je peux aussi dénoter l'odeur de la bière à des kilomètres. Je souris, car cela me rappelle vaguement mes sorties avec Balthazar dans ce genre d'endroits alcoolisés.

Je trésailles soudain, surpris : mon cœur battant la chamade, et ma poitrine sur le point d'exploser. Dean me prend la main.

Je le regarde, confus, tête penchée.

« Après vous, princesse. » raille-t-il, charmeur, pendant qu'il m'aide à descendre de l'énorme engin impressionnant. Je ne dis rien, trop flatté par son attention.

Je me sens bouillonner, le rouge me montant aux joues. Ainsi, j'évite ses yeux et tente de regarder ailleurs. Pourtant, Dean cherche mon regard, tout en sortant son paquet de cigarette.

« Tu fumes ? » me demande-t-il, lorsqu'il allume la clope d'un seul coup.

Je fixe vaguement la flamme vacillante de son briquer, hypnotisé par l'ondulation de lumière.

« Hum … Non, pas vraiment. »

A ces mots, Dean hausse les épaules puis se mit à chantonner un air entraînant. Je le suis jusqu'à la porte, qui quand elle s'ouvrit, émit un grincement sinistre.

L'atmosphère du pub me parût véhémente et amicale. Quoiqu'un peu trop sombre, les lampes dégagent une lueur tamisée, donnant un certain cachet au bar. Et bien qu'il fut midi, j'ai l'impression que nous sommes en pleine soirée.

Dean m'assure, enthousiaste : « Tu vas bien aimer cet endroit, leur bouffe est délicieuse ! »

Ce à quoi je réplique par un timide hochement de tête.

Un serveur vint aussitôt et nous mena vers une petite table pour deux, juste à côté d'une immense baie vitrée, donnant sur le parking. Après que le menu nous ait été proposé, Dean commande immédiatement un steak-frite. Tout en me triturant nerveusement les mains, je demande juste une salade tomate-cerise.

Une fois le serveur reparti, Dean pouffe de rire : « Une salade ? Mec, t'es au régime ou quoi ? »

J'esquisse un demi-sourire : « Non, j'aime juste manger … sainement. »

« Oh, voyez-vous ça ! Je me suis dégoté un herbivore. Magnifique ! » s'esclaffe Dean, hilare.

Juste avant qu'il ne regarde dans le vide, songeur : « Mon frère aussi aime les salades. »

Un blanc inconfortable s'installe. Je baisse les yeux, et commence à compter les grains de sel éparpillés sur la table. Dean se réjouit vivement : « Mais, ce n'est pas comme s'il était mort ! Il est juste … loin. »

J'acquiesce et ajoute d'un air réconfortant : « Oui. Et puis, ce n'est pas pour toujours ! Nous reviendrons forcément chez nous, un jour ou l'autre. »

Dean m'adresse un sourire des plus brillants : « Tu as raison ! »

Nos plats arrivèrent plus vite que je ne le pensais.

Il faut dire qu'il n'y a pas vraiment foule.

C'est avec amusement que je vois Dean se ruer sur son steak, découpant énergiquement la chair rosée et saignante. On aurait presque dit qu'il n'eu pas mangé depuis des jours.

Sans un mot, je déguste ma salade, qui franchement, est agréablement savoureuse.

Nous nous réjouissons de nos plats à l'unisson. « Miam ! » fait Dean, en se pourléchant les babines. Juste avant qu'il ne s'attaque aux frites, celui-ci se stoppe dans son élan.

« Hey. » m'apostrophe-t-il. Sa voix de baryton me fait un effet plutôt apaisant et un frisson parcourt mon échine. « Tu sais, tu caches bien ton jeu … »

Je le dévisage, déconcerté.

« Pardon ? »

Dean pose les coudes sur la table : « Je vois le genre, t'es le mec mystérieux, en mode gothique, qui se tape toutes les meufs, c'est ça ? »

« - Je – Je ne comprends pas. » balbutiais-je, incertain.

« - Bah voyons ! T'emballe les filles dès le premier jour ! Quel tombeur ! » s'exclame Dean, admiratif.

« - Bien sûr que non ! » m'offusquai-je. « C'est - - C'est juste l'autre fille tarée qui me fait du gringe. C'est une nympho, si tu veux mon avis. » ajoutais-je, dégoûté rien qu'à la pensée de Meg.

« - T'es sûr ? » me taquine Dean, les sourcils haussés.

« - Je. Ne. L'aime. PAS. » articulais-je, contrarié.

Un silence pesant prend place.

Et embarrassé, j'opte pour recompter mes grains de sel.

« Ah. Je vois. » souffle Dean, le regard vide.

« Alors, t'es gay ? » me lance Dean, tout d'un coup, juste comme ça.

Je manque de m'étouffer. Mes yeux lui lançant des éclairs, je peux voir distinctement un sourire triomphant se dessiner sur son visage de top-model. Je détourne aussi vite mon regard, bras croisés.

Aucun doute, je dois sûrement être rouge pivoine.

« Et si je l'étais, qu'est-ce-que ça peut bien faire ? » murmurais-je.

Sur le coup, je ne peux croire que je viens vraiment de dire ceci à voix haute.

Et en plus, à Dean Winchester !

Putain, que je suis stupide !

A ma plus grande surprise, Dean n'eu pas l'air dégouté. Ou même choqué.

Non, rien de tout ça. On aurait dit qu'il venait juste de me demander quelque chose de parfaitement banal, comme quel genre de musique j'écoutais. Aussi simple que ça.

Putain, que je suis stupide !

Pour me calmer, je prends une gorgée d'eau.

Dean hoche la tête puis hausse les épaules, nonchalant.

« Je m'en doutais. »

Je manque d'avaler de travers.

Mes yeux s'agrandissent et fixent Dean avec stupeur.

« Tout à l'heure, la façon dont tu m'as regardé … J'ai remarqué, tu sais. Et la dernière fois qu'on m'a regardé comme ça, j'ai fini au pieu. »

« - Mais - - je te connais à peine ! Et … je marchais juste tranquille, pour aller manger seul et - - et c'est toi qui m'a dit de monter et – »

« - Et tu es monté. » me coupe Dean, le sourire aux lèvres, satisfait.

J'inspire profondément : « Écoute, je ne sais pas ce que tu insinue, mais je ne pense pas que –»

« Chut ! »

Dean me colle son index sur les lèvres pour me faire taire.

« Castiel. »

La façon dont il prononce mon nom fait voler les papillons dans mon estomac, et ma gorge se noue. Un frémissement parcourt mon échine. Je me sens faible, voire fébrile.

Plongeant des yeux dans les miens, il me relève le menton.

« Raconte-moi ton histoire. »


Anxieux, je remonte mes lunettes sur mon nez.

Dean finit par demander un cendrier, puis allume une cigarette. Il aspire une bouffée puis souffle une volute de fumée opaque, que je m'empresse de chasser d'un revers de la main. Ensuite, celui-ci me fait un mouvement de tête, m'encourageant à parler. Mais j'ai beau me triturer les méninges, je ne trouve rien à dire.

C'est vrai, après tout, je n'étais qu'un étudiant. Et rien d'autre.

Et ça, jusqu'ici, cette matinée et ce repas, c'est probablement la chose la plus intéressante qui ne me soit jamais arrivée. Alors, je suppose que je devrais lui dire la vérité.

Autant être franc : « Eh bien … Je suis en train de manger une salade tomate-cerise dans un pub irlandais avec toi, et c'est la première fois que ça m'arrive. »

Je remarque l'expression abasourdie de Dean, aussi je rajoute : « Oui. La toute première fois que quelque chose d'aussi intéressant m'arrive. »

Tout en saisissant sa cigarette entre deux doigts, Dean se fout de moi : « Ne m'dis pas que c'est ton premier rendez-vous. »

Je le fusille du regard, abattu. Honteux, je me sens à nouveau tout petit.

Les yeux de Dean s'ouvrent en grand.

« Tu veux rire ?! Avec un joli minois comme le tien ? »

Je demeure silencieux, et Dean couvre sa bouche pour s'empêcher de rire, tout en détournant son regard vers le comptoir quelques secondes.

« Sérieux ? Eh bah, dis donc … » fit-il en portant la main à son visage.

Il me sourie entre ses doigts, puis reprit son air arrogant, qui lui allait si bien : « Je suppose que cela me rend … spécial. Non ? »

Je lève aussitôt les yeux au ciel, et croise mes bras.

« Juste parce que c'est mon premier 'rendez-vous', cela ne veut pas forcément dire que je suis un idiot. J'aurai très bien pu avoir un rendez-vous avec n'importe qui. » grommelais-je, pendant que Dean se rapproche dangereusement de moi.

« Oh, mais je suis persuadé que tu les ferais toutes tomber comme des mouches, si seulement tu le voulais. » déclare Dean, sûr de lui. « Tu as ce … ce regard froid et distant, mystérieux. C'est vraiment dommage que tu ne sois pas intéressé. »

Alors que je m'apprêtais à rétorquer, je décide de me taire. Je ne vais sûrement entrer dans son petit jeu stupide. Dean continue de me fixer, tout en s'enfournant une poignée de frites dans la bouche.

« - Alors, tu viens de Boston, c'est ça ? »

« - Pourquoi parles-tu la bouche pleine ? »

« - Quoi ?! »

« - C'est dégoûtant. » lui fis-je remarquer.

Sur ce, je redresse ma paire de lunettes à nouveau, tandis que Dean avale sa bouchée. Sa pomme d'Adam s'agite de haut en bas, juste avant qu'il lance d'un air dédaigneux : « Alors, content ? »

J'acquiesce, satisfait.

« Est-ce-qu'un jour tu comptes répondre à mes questions ? » demande Dean, sarcastique.

Je soupire, amusé : « Oui, je viens du Massachussetts. »

Le visage de Dean s'illumine : « Il paraît qu'il y neige beaucoup. »

« Dans le Kansas aussi. »

Dean rougit. Oui, il rougit. Et je ne pu m'empêcher de rire.

« Hum, ouaip. Bien sûr, j'suis con. » s'excuse-t-il, tout penaud.

« Je ne pense pas que tu le sois. » relevais-je.

Dean me jette un coup d'œil furtif : « Oh, vraiment ? »

J'hoche la tête : « Bien sûr. D'ailleurs, je suis sûr que tu dois être un vrai modèle pour ton petit frère, non ? »

Merde ! Qu'ai-je fait, pourquoi j'aborde le sujet sensible qu'il ne faut pas ?! Quel con !

Contrairement à mes attentes, Dean ne semble pas fâché. Non, à la place, ses yeux s'allument d'une étincelle pétillante.

« Sammy ? » Il sourit rien qu'au son du prénom. « C'est un bon gamin. Ouaip, un très gentil môme. Genre vachement intelligent. Il est brillant. »

Il se met à dessiner à l'aide d'une frite dans du ketchup.

« Enfin, tu sais, plus intelligent que moi mais ça, c'est pas très difficile … »

Je voudrais le réconforter, lui dire qu'il avait tort, mais j'en suis incapable. Mes mots ne sont pas à la hauteur de ma pensée.

Je lui pique une frite, et change de sujet, l'interrogeant d'une question qui me brûle les lèvres : « Alors, qu'est-ce-que tu fais dans une école comme celle-là ? Tu n'as pas l'air très … très artiste … » lui fis-je remarquer, pointant du doigt son blouson de cuir.

En guise de réponse, Dean s'esclaffe : « Mais l'habit ne fait pas le moine ! Tu crois que c'est ta mèche bleue qui fait de toi ce que tu es ?! Et puis, le terme d'artiste est plutôt large de sens. »

« Pas faux. » admis-je, un peu vexé par sa remarque. Je l'aime bien, moi, ma teinture !

Dean reprend de plus belle : «Tu veux que j'te dise ? J'ai une passion. Et d'ailleurs, c'est plutôt considéré comme une sorte d'art de nos jours. »

Intrigué, je demande : « Oh, vraiment ? Et, qu'est-ce-que c'est ? »

Il ne répond pas, et se contente de prendre un air énigmatique.

« Dis ! » le pressais-je, désireux de savoir.

« Je te montrerai plus tard … » m'assure-t-il. En percevant mon expression déçue, il déclare solennellement : « Même cette aprèm' si tu veux … »


En sortant du pub, la lumière du jour m'aveugle.

J'ai presque oublié qu'il n'est que 14h30 de l'après-midi. Je laisse mes yeux se réhabituer à la clarté du soleil. Il ne pleut pas, et je considère que c'est déjà une bonne nouvelle.

Dean prit une autre clope, et insiste : « Tu es sûr que tu n'en veux pas ? »

Je décline poliment son offre.

« Alors, tu me montres ? » m'impatientais-je, trépignant.

« De quoi ? » fit-il, tout en reprenant une autre taffe.

« Ta ''passion artistique'' ? » lui rappelais-je, en le citant.

D'un air badin, Dean m'informe : « - Oh, c'est chez moi. Je ne l'ai pas avec moi, là. »

« - Tu plaisantes ? Ca ne serai pas une vieille technique de drague foireuse, ça ? » insinuais-je.

Ce sur quoi, Dean me lance un regard désolé : « Oh ! Tu … Tu pensais vraiment que j'allais te ramener chez moi et que nous - - Si, bien sûr, je parie que tu le pensais. Je peux le voir dans tes yeux … Mais désolé, chéri, pas ce soir. » chantonne-t-il, complètement amusé par ma réaction.

Je me sens mourir de honte, mes joues brûlantes d'embarras. Dean se marre, en se tenant les côtes. Jamais je ne me suis senti plus humilié.

« C'est pas moi qui t'ai demandé de m'emmener à moto, espèce d'abruti ! » clamais-je, au bord des larmes. Je cherche un quelconque signe de remord chez lui, mais en vain. Dean ne fait que de se tordre de rire encore plus.

Alors, furieux, je sors mon portefeuille afin d'y sortir un billet, que je m'empresse de lui lancer au visage : « Ca, c'est pour le carburant gaspillé et le repas de merde. J'espère que t'es fier de toi. Tu sais vraiment comment prendre soin de quelqu'un. »

A ces mots, je tourne les talons et marche dans la direction opposée. Je rentrerai à pied, c'est décidé.

Lorsque j'entends le rire de Dean se stopper net, pour être remplacé par un « Hey ! » affolé.

Je l'ignore, et accélère la cadence.

Un idiot. Je suis un idiot. Et Dean Winchester l'est encore plus !

J'ai juste perdu mon temps alors que j'aurai pu être à mon appart, à bosser pour l'année qui vient, et non pas à traîner avec un pseudo-biker au jean serré et au sourire ravageur.

Je vaux mieux que ça, et Dean n'est qu'un autre problème. Mon attirance envers lui n'est que l'effet secondaire de mon manque de confiance. Mon cœur saute des battements tandis que je commence à courir.

« Hey ! » me hèle Dean, à nouveau. Je peux entendre clairement le claquement de ses bottes de biker contre le sol, juste derrière moi. Mais je suis déjà trop loin pour lui, car il finit par abandonner, essoufflé.

Quelques rues plus loin, je distingue le vacarme à deux roues. C'est Dean, qui tente de me parler côte à côte, en me suivant au pas.

« Tu es dans le mauvais sens de la route, imbécile ! » lui criais-je, hautain.

Il stoppe sa moto, et je m'arrête de marcher. Dean regarde de droite à gauche, et sans cesse derrière lui en faisant attention aux voitures pouvant arriver à tout moment.

« Si tu reste là, tu vas te faire tuer. » le prévenais-je, d'un air blasé.

« Ouaip, eh bien, j'voulais t'expliquer ! » me lance-t-il, à bout de souffle. « Et puis, je mérite peut-être de me faire écraser de toute façon … » continue-t-il, en se relaxant. Aucune voiture en vue, la rue n'est pas bondée. Dean reprend son souffle, en se calmant : « … parce que je sais que suis un crétin, okay ? Et je n'aurai pas dû te dire tout ça. Mais, tu es mignon, et je sais pas … »

Il rapproche sa moto du trottoir, les yeux rivés au sol.

Je déglutis, et serre les poings : « Tu ne sais pas quoi ? »

« Écoute, ça fait longtemps, okay ? » Dean me regarde en retour : « Ca fait longtemps que j'ai été intéressé par quelqu'un comme ça, et tu es juste … tu es vraiment mignon. Oui, tu es vraiment mignon et encore plus lorsque tu t'énerves comme ça. Et, je sais pas, ca fait juste vraiment longtemps … »

Il hausse les épaules pathétiquement, et se passe la main dans les cheveux nerveusement, les yeux baissés sur son compteur de vitesse.

Je prends une grande inspiration avant de dire d'une voix faible: « Tu a été grossier et irrespectueux. »

« Je sais. » fait Dean, la mine déconfite. « Je suis désolé. »

Ému, je ne sais quoi dire de plus. Je peux juste voir dans son regard suppliant qu'il est sincère. Je commence à tortiller mes pieds sur le trottoir, gêné.

« Je sais que j'ai merdé … mais je peux te demander quelque chose ? » dit-il, en se laissant glisser en arrière sur sa moto. Lorsque je croise ses yeux, il me sourie, mais il ne paraît pas aussi confiant qu'avant.

« Bien sûr. » dis-je, sans hésitation.

« Viens ici. »

Je m'avance de quelques pas, peureux.

« Plus près ! » m'encourage Dean. « Je ne mords pas. » Il rigole face à ma stupide démarche, plutôt gauche et nerveuse. Je me rapproche donc, ignorant à quoi m'attendre.

« Je voudrais me faire pardonner. » poursuit-il d'un murmure, une fois que je fus à sa hauteur. Il place ses mains sur mes hanches, et je peux distinguer chacune des palpitations de mon cœur affolé. Mes poils se hérissent de la tête au pied, je suis foudroyé.

« Tu voudrais –» exhalais-je, incapable de finir ma phrase. Mes mots se perdent à la seule vision de Dean devant moi, que je reluque de bas en haut, impressionné par prestance. Je pris conscience d'à quel point il est imposant, avec ses muscles et son torse taillé en V.

Mon corps me paraît soudain étrange et cotonneux, tandis que Dean ne perd pas de temps : ses doigts parcourent mon visage, puis descendent vers mon cou.

Avec force, Dean attrape le col de ma chemise ouverte pour le redresser.

« As-tu déjà embrassé un mec ? »

Ma respiration s'arrête sur-le-champ, et je contemple sa beauté, bouche bée.

J'avais bien vu la question arriver, et je savais qu'on allait en arriver là, mais … cela ne m'avait pas vraiment frappé, jusqu'à ce que je me prenne le fait en pleine face.

Mon premier baiser – ah ça oui, je m'en souviens. L'autre garçon m'avait presque harcelé pour qu'on en arrive là. Mais, ce n'était pas vraiment sérieux.

Alors, j'acquiesce, tout en ayant l'impression que mes jambes risquent de se dérober à tout moment.

Je rive mes yeux vers le ciel – si bleu et clair, sans nuages – lorsque Dean me chope par la cravate pour m'amener encore plus près.

« Ca fait longtemps. » susurrais-je, essayant de me montrer drôle en imitant l'excuse de Dean auparavant. Mais, c'est vrai. Cela fait longtemps, ça remonte au lycée, voire même plus.

Mes pensées commencent à différer, et ne suivent plus la cadence.

Mon regard toujours fixé sur le ciel, Dean abaisse ma tête à l'aide de sa main droite.

« Relax, c'est comme faire du vélo, ça s'oublie pas. » chuchote-t-il, tout en m'embrassant au coin de la bouche. J'expire profondément à nouveau, afin de faire partir la tension dans mes épaules.

« Juste –» soupirais-je, confus.

Dean recule, inquiet.

« Tu ne – ? »

« Non ! » m'écriais-je, un peu trop fort. « Je veux dire, oui. Oui ... »

Dean m'interroge du regard, incompréhensif.

« Bien sûr que oui ! Oui, je –»

En secouant ma tête, je me fais la remarque que Dean est vraiment beau … et tellement beau que s'en est injuste.

« Mais, c'est juste … Pas ici. N'importe qui pourrait voir –»

Dean semble me considérer un bref moment, puis vérifie la rue. Après y avoir jeté un coup d'œil, celui-ci remarque une ruelle étroite, à quelques mètres à peine, séparant deux blocs d'immeubles.

Il hoche la tête : « Allons-y. »


« Attention. » fit Dean, doucement. Je me recule de quelques pas pendant qu'il manœuvre à bouger sa moto de place. Heureusement pour lui, elle rentre pile dans l'espace exigu de l'impasse à l'ombre. Ici, le soleil n'existe quasiment pas, et l'espace d'un instant, je me retrouve projeté à Boston, avec ses petites ruelles malfamées à chaque quartier. Je jette un coup d'œil aux alentours : personne.

Dean coupe le moteur, qui met une petite minute à redevenir silencieux. Le dos tourné, je peux discerner les pas de Dean s'approchant, d'une démarche déterminée.

Je fais volte-face, et me retrouve nez-à-nez avec lui, tout sourire.

« Je suis un peu rouillé … » plaisantais-je nerveusement. Dean fit un pas, et nous nous retrouvions à deux centimètres l'un de l'autre. Il m'adresse une risette rassurante, tandis que je sens une chaleur étouffante me monter aux joues.

Mais je ne peux voir la réaction de Dean, trop occupé à m'embrasser dans le cou. Les papillons dans mon estomac s'agitent vivement, si bien que je peux sentir leurs ailes battre à l'intérieur.

Dean continue son chemin plus haut, jusqu'à arriver aux commissures des lèvres. Là encore, il recommence son manège. J'ai du faire une expression comique, car celui-ci se met à rire, collé contre ma joue. Plus je recule, plus il avance. Il finit par me coller dos au mur, et je me retrouve impuissant, à sa merci. Je sursaute, pendant que ses mains se faufilent jusqu'à ma taille, puis dans le bas de mon dos. « Relax. » répète-t-il, et pourtant, je frissonne au contact de ses mains chaudes.

Je l'attrape par la veste, le cuir se froissant tandis que je resserre mon emprise. Je suis littéralement crispé et m'y tient comme si ma vie en dépendait.

« Laisse-toi faire. » continue Dean, d'un ton délicat et attentionné.

Je fais donc du mieux que je peux, en faisant tout ce qu'il me dit : je cède et finis par lâcher sa veste, ne faisant plus qu'un avec le mur. M'acclimatant petit à petit au sentiment nouveau et à la tiédeur de mon corps, je feins un sourire étonnement détendu.

Je n'eus qu'à acquiescer légèrement de la tête et les lèvres de Dean se retrouvèrent sur les miennes en un éclair. Involontairement, mes mains se contractent et serrent à nouveau la veste. Je reprends le contrôle et me rappelle de me laisser aller. Mes doigts restent dans le vide un bref instant avant de trouver refuge sur ses hanches, glissant en-dessous de son t-shirt. Je me surpris moi-même à aimer ça, tout autant que Dean qui émet un discret gémissement. Il bouge si aisément qu'en un temps record, nous ne faisons qu'un.

Bien sûr, cela me paraissait un peu bizarre à première vue, parce que je ne me souvenais pas de ce que j'étais censé faire.

Mais la façon dont je peux sentir Dean, sourire contre mes lèvres, me fait presque perdre l'équilibre, les jambes faiblardes et tremblantes.

Pourtant, la manière dont je sens ses hanches de plus en plus proches des miennes me rend exalté. Je ne sais plus où donner de la tête, perdu dans des pensées malsaines.

Aussitôt, Dean rit paisiblement : « Ça va, juste – On va y aller doucement, okay ? »

J'acquiesce aussitôt, ce qui fit sourire Dean d'un air vicieux. Ses mains s'appuient alors sur mes hanches, si bien que je peux sentir l'air froid sur ma peau, je frissonne à nouveau. Dean capture alors mes lèvres avec force et je le suivis. A quatre mains, plutôt baladeuses, les mouvements sont incertains et pourtant appréciables. Elles glissent sur les côtes puis le bas du dos, pour mieux redescendre, encore plus bas. Puis, Dean presse beaucoup plus fort ses lèvres contre les miennes. Le contact est doux, comme innocent, sur le moment. Car tout de suite après, celui-ci se transforme en quelque chose de bien indécent. Mes lunettes en furent écrasées contre mon visage, maladroitement placées de travers, dans un angle bizarre. Mais il se trouve qu'au final, je m'en foutais. Ça n'importait plus.

Nos langues s'entremêlèrent et je laissais mes mains se reposer sur la nuque de Dean, le ramenant plus près vers moi. Celui-ci remonta ses mains plus haut, flottant pardessus mon estomac ses doigts caressant mon torse me firent frémir.

Je laisse échapper un soupir involontaire, lorsque Dean se dégagea pour mieux me clouer contre le mur. Je me laisse aller contre les briques. Et sauvagement, il recommença à m'embrasser, d'une manière encore plus intense qu'auparavant. Mes ongles s'agrippèrent fermement aux courts cheveux à la base de sa nuque.

Quelque chose s'était comme 'enflammé' en moi. Je pouvais le sentir. Quelque chose de nouveau. Une – soudaine, dévorante- envie d'être plus près. J'exhale et tente de respirer, face à lui, ses yeux me dévorant littéralement.

Mais il ne m'accorda que quelques secondes, juste avant que je ne sois de nouveau attiré vers lui. Nous étions essoufflés, et nous nous agrippions l'un à l'autre comme si nos vies en dépendaient.

Cela continua, encore et encore et encore, jusqu'à ce que je prenne enfin conscience que nous avions arrêté depuis longtemps déjà, et que je fixais Dean, le regard vide. Celui-ci était en train de sourire, vicieusement. Bien sûr, il paraissait ravi.

« Ça fait un peu beaucoup … pour commencer doucement, non ? » plaisante Dean, de sa voix rauque. Embarrassé, je rougis une énième fois.

« Eh bien … » Je tousse légèrement. « J'ai beau ne jamais avoir eu de rendez-vous avant …. Je pense tout de même avoir un peu plus d'expérience dans ce département. »

Je glisse alors mes mains vers le bas de son dos ses yeux rivés sur les miens.

« - En effet … » susurre Dean, ses paumes de chaque côté de mon cou. « Tu es même très bon dans ce département. »

« - Dans ce cas, je suis content de t'avoir impressionné. »

« - Moi aussi. »

J'enlève mes mains de ses reins, et réajuste mon col de chemise. Mais avant que je puisse le faire, c'est Dean qui remit mes lunettes en place. Il laisse ses doigts caresser mes joues, me contemplant d'une manière gênante.

« Bon, tu peux me ramener chez moi maintenant ? » lui demandais-je.

« Mmhh, je sais pas. Peut-être qu'on pourrait aller chez moi."

« Je viens juste de te rencontrer, Dean Winchester. Alors ne sois pas un abruti à ce propos. »

« Okay, okay. » ricane-t-il, tandis qu'il se dégage. En se dirigeant vers sa moto, celui-ci fait exprès de marcher suggestivement.

« T'apprécie la vue au moins ? » fait Dean, en exhibant son postérieur de rêve.

Je rigole, sous le charme. Avant de le rejoindre, je me recoiffais brièvement, et remis ma cravate en place.

L'engin se met en marche dans un bruit d'enfer, et je m'y précipite avec ferveur. Je m'accroche à Dean tandis qu'il démarre en trombe. Mon emprise se resserre lorsqu'il grille un feu rouge, et je peux jurer avoir entendu Dean rire, malgré le vrombissement de la Harley.

Les lumières défilent, et Dean ignore les limites de vitesse, mais la balade est agréable et vivifiante. Si bien que je me relaxe complètement et apprécie vraiment le tour de moto.


Lorsque nous nous arrêtons à un Stop, je suis surpris.

Car Dean ne s'arrête jamais au Stop.

C'est alors que celui-ci se place à cheval sur un trottoir, puis stoppe l'engin :

« Tu habites où, au fait ? »

Il est vrai qu'avec tout ceci, nous en avions tous les deux oubliés la destination.

« Pas loin. La prochaine à droite, puis tout droit. Je te le dirai quand nous y serons. »


Une fois arrivés, Dean rangea sa belle contre le mur. Pendant que je tape mon digicode, celui-ci regarde aux alentours.

« Alors comme ça, tu vis dans le 15e … »

Il fit une moue respectueuse, du genre : ''Eh bah, dis donc …''

Je sors les clés de ma poche.

« Quel bourge ! » s'exclame-t-il, un sourire moqueur aux lèvres.

J'ouvre la grande porte en bois, d'un style plutôt ancien, et m'apprête à rentrer … lorsque Dean saisis ma main.

« Tu m'invites ? »