Bonjour/Bonsoir à toutes et tous !
Voici un nouveau chapitre, j'espère qu'il vous plaira.
N'hésitez pas à me donner votre avis en review
Bonne lecture !
Chapitre IV : Passation
La journée venait à peine de commencer, mais le personnel de la DaVinci Incorporation était déjà en effervescence. La direction avait fait passé une note de service afin d'organiser une réunion d'urgence à neuf heures pétante. Chacun se demandait de quoi il pouvait bien s'agir. Y compris Léonardo, qui ne comprenait rien à cette histoire. Il n'avait jamais fait passer ce mot.
-Je n'ai jamais donné rendez-vous pour une réunion de crise, s'exclama-t-il à l'attention de Rebecca et Lucy.
Ils se trouvaient tous trois sur la passerelle, Léo lui ayant demandé pourquoi elles tenaient tant à se rendre en salle de conférence.
-Mais enfin, regarde ! rétorqua Rebecca en lui tendant son téléphone, sur lequel elle avait ouvert le mail d'information.
Il lut rapidement le message, et fronça les sourcils. Il devait tirer cette histoire au clair. Il ne voyait que deux explications possibles. Assia monta à cet instant le long de l'escalier, une chance pour lui. En général, il passait toujours par elle, sa fidèle secrétaire, pour ce genre de note de service. Il l'interpella donc :
-Assia, trésor, est-ce que tu aurais par hasard connaissance d'une certaine note pour une réunion ce matin ?
Elle le regarda avec de grands yeux étonnés en s'approchant du reste du groupe.
-Si vous parlez du message que j'ai reçu ce matin à 7 heures, j'en étais la première surprise. Vous ne m'aviez pas demandé de le rédiger.
-Qu'est-ce que c'est encore que cette histoire, soupira Rebecca en se massant légèrement le ventre (elle commençait à avoir ses nausées matinales).
Léonardo soupira profondément. Si ce n'était pas la solution A, cela ne pouvait signifier qu'une seule chose, concrètement. Et le pire, c'est qu'il ne pouvait même pas protester du coup. Légalement, il n'avait rien à dire.
-Bon, je crois devinez où se situe le problème, fit-il avec agacement. Aller, tous en salle de réunion. Je vous expliquerais…
Le regardant de manière intriguée, les trois filles lui passèrent à côte et se rendirent dans l'aquarium. Léo resta un instant à tenter de se calmer, sentant la colère le gagner gentiment. Il tapotait nerveusement du bout des doigts sur la rambarde de la passerelle, contemplant ses locaux en contre-bas, tâchant de contenir l'envie de meurtre qui le lancinait.
Il entendit le bruit de l'ascenseur (ce petit bruit de clochette insupportable), et vit Claudia en descendre. Elle arborait un sourire satisfait, et semblait c'être habillée tout spécialement pour l'occasion. Tailleur complet, gilet parfaitement tiré, cravate et talons (épais, elle avait prévu le coup avec les grilles de la passerelle). Une serviette en cuire dans une main, un café dans l'autre. La Cheffe d'entreprise par excellence.
Elle leva la tête, aperçut Léonardo, esquissa un grand sourire, et bomba légèrement le torse en lui lançant :
-Bonjour Léonardo, tu sembles grognon ce matin !
-Ne penses-tu pas qu'il y ait une bonne raison à cela ? rétorqua froidement, mais poliment, le blondinet en la regardant littéralement de haut.
Claudia fit une moue dédaigneuse, haussant les épaules au passage, et continua à traverser l'étage sous le regard de son « associé », buvant une gorgée de son café.
-Allons, ne fais pas ton grincheux, répliqua-t-elle d'un ton presque amical.
Elle grimpa rapidement l'escalier et vint à sa rencontre, souriant toujours cordialement.
-Je ne suis pas grincheux, répondit simplement Léonard, calme, en posant sur elle un regard noir. Je tiens seulement à te rappeler que nous sommes associés, tu n'as donc pas à décider d'une réunion exceptionnelle sans m'en avoir parlé préalablement.
Claudia soupira doucement. Puis le regarda dans les yeux, souriant toujours, et répondit de manière hautaine :
-Ecoute, Léo, j'en suis consciente (en disant cela elle se posa une main sur la poitrine comme pour plaider sa culpabilité). Et j'ai bien tenté de t'en avertir ce matin, pour avoir ton approbation… Sauf que tu n'étais pas là. C'est Desmond qui a répondu au téléphone et qui m'a averti de ton absence. Hors, si je m'en réfère au règlement interne (elle fouilla un instant son sac, et en sortit le dossier des chartres de la DaVinci Inc, qu'elle lui tendit), article 12 alinéa 3 : « Si l'un des membres de direction est absent ou injoignable pour quelque raison que ce soit, l'autre a toute autorité à prendre les décisions seuls pour tout ce qui concerne la bonne marche de l'entreprise ».
Léo grimaça en roulant le dossier dans ses mains. Il savait qu'elle avait parfaitement raison. Ezio et lui avaient bels et bien rédigé cette règle au moment de la mise en place du règlement interne de l'entreprise, près de trois ans plus tôt. Et bien que la pastille ait du mal à passer, il devait reconnaitre qu'il ne pouvait pas tellement protester. Sauf en un point :
-J'ai un portable, tu sais, fit-il en la toisant vivement :
Elle l'observa une seconde, haussa encore les épaules et lui passa à côté pour gagner la salle de conférence en lâchant :
-Je n'avais pas ton numéro.
Le blondinet, choqué de cette réplique, lui rappela, toujours calmement pour ne pas ameuter tout le monde :
-Je te rappelle que je reste actionnaire majoritaire.
Claudia s'arrêta à quelques pas de la porte, se tourna vers lui, l'observa un instant, esquissa un sourire juste perfide et répliqua :
-Pour l'instant.
Puis elle disparut en salle de réunion. Léonardo, sentant l'envie de l'étrangler monter en lui, leva le dossier qu'elle venait de lui donner jusqu'à son visage et le mordit pour tenter de canaliser toute cette colère. En dessous, dans l'étage, l'ascenseur tinta à nouveau. Clay et Connor arrivèrent. Lorsqu'ils passèrent à côté, Clay se risqua à lui lancer :
-Vous avez pas l'air bien patron, tout va bien ?
-En salle de réunion, se contenta d'articuler le plus calmement possible Léonardo, soupirant intérieurement.
Il resta un instant seul, tentant de reprendre son calme. Lorsqu'il retrouva un rythme de respiration plus lent, Assia apparut dans l'encadrement de la porte et l'interpela avec douceur :
-Léonardo, nous allons commencez, vous venez ?
La mort dans l'âme, il se contenta de lui répondre par un demi-sourire (elle n'y était pour rien), et se joignit au reste du groupe. Il fut surpris cependant en bien, malgré son envie de meurtre, que Claudia lui ait laissé la chaise du PDG, en bout de table, près du tableau blanc. Il vint prendre place, tâchant de garder contenance afin de ne pas perdre la face devant ses employés.
Il y eut un instant de silence, durant lequel chacun s'observa en silence. Sauf Claudia, qui semblait absorbée par la lecture d'un dossier posé devant elle dans son portfolio. Après un moment, elle finit par lever la tête, et déclara d'un air satisfait en jetant un coup d'œil à l'horloge au mur :
-Bien, tout le monde et là ? Parfait nous allons pouvoir commencer !
-Heu, fit Rebecca pour attirer l'attention sur elle. Non, il manque Altaïr et Malik, on doit encore les attendre.
En disant cela, elle avait désigné les deux places vides autour de la table. Claudia, en se levant pour aller fermer la porte, décida de préciser :
-Non, ils ne se joindront pas à nous pour cette séance d'information et arriveront plus tard. Ils m'en ont informé directement ce matin.
Léo tapa du plat de la main sur la table, Claudia tourna la tête vers lui en clignant des yeux, le regardant avec surprise.
-Donc tu organises une réunion sans me consulter et en plus, tu la mènes sans le second de l'entreprise, ni notre responsable du marketing.
-Pff, ça va, calme ta joie Léonardo, riposta calmement la jeune femme en revenant s'assoir. Je n'ai rien l'intention de dire durant cette réunion qu'ils ne sachent déjà tous les deux.
Les autres les observaient en silence. Ils devaient sans doute se demander pourquoi la comptable et le PDG se prenait autant la tête. Il fallait avouer qu'aucun d'eux ne savaient encore la nouvelle du transfert de pouvoir. Il n'y avait qu'Altaïr qui sache pour l'instant. Et par extension, surement Malik aussi.
-Et pourquoi ne viennent-il pas ? demanda un peu sèchement le blondinet en la dévisageant.
-Ils ont évoqué « un problème personnel », répondit Claudia en mimant les guillemets avec les doigts. Je n'ai pas a leur demander d'avantage d'explication dans ce genre de situation.
Personne ne remarqua, mais Lucy se raidit légèrement sur son siège à ses mots. Elle se doutait parfaitement de quel genre de « problème personnel » il devait s'agir. Elle espérait juste qu'Altaïr n'avait pas dévoilé leurs secrets honteux à tous les deux. C'était à elle de le faire, elle en était consciente.
Personne ne remarqua non plus Rebecca, fixant par réflexe Lucy, car elle se demandait si celle-ci avait finalement téléphoné à Malik après qu'elles se soient sép0arée la veille pour tout lui avouer.
On ne fit pas non plus attention à Connor, qui regardait également Lucy, la dévorant littéralement du regard avec tendresse, s'interrogeant sur le fait qu'elle ait prit une décision pour eux deux ou non.
La tension entre les deux protagonistes était palpable. Et cela ne semblait pas près de s'arrêter. A tel point que Clay se pencha un peu vers Rebecca, et lui demanda en chuchotant :
-Ils font un match ou quoi ?
-Ferme-la, rétorqua simplement la motarde.
Les deux autres continuaient leur combat verbal.
-Tu leurs as rappelé que ce genre de situation n'est pas tolérable, continua Léo. Les absences pour raison personnelle doivent être annoncées au moins 48 heures à l'avance, sauf en cas de décès dans la famille. Tu sais, c'est écrit dans le règlement, article 24 alinéa 2.
En disant cela, il posa devant elle le dossier qu'elle lui avait remis un instant plus tôt. Elle lui sourit et se contenta de le repousser du bout de son stylobille, de manière presque dédaigneuse.
-Oui, mais il est cité, deux articles plus loin, que la Direction a le droit de préférer rendre les heures supplémentaire, rappela la jeune femme. Sans préavis nécessaire, plutôt que de les payer.
-Uniquement à condition que cette ristourne des heures n'excède pas 40% du total des heures supplémentaires, se renfrogna Léo.
-Ne t'en fais pas, rebondit simplement Claudia, tout sourire. Je pense que ce n'est pas une journée de congé qui risque d'entamer ce pourcentage. Pour te le prouver, voici les feuilles de pointages de nos deux employés.
En disant cela, elle extirpa de son portfolio les deux documents susnommés et les glissa devant lui. Il les examina très succinctement, sachant pertinemment qu'elle avait raison, et soupira profondément. Il était malheureusement obligé de s'avouer vaincu. Et celui lui coutait cher moralement. Il se tut donc enfin, ne trouvant rien d'autre à ajouter.
Il y eut un bref silence, les autres n'osant ni bouger ni dire un mot, ne sachant pas si c'était terminé ou pas. On aurait sans doute pu entendre une mouche volé dans la pièce. Après un instant, Assia déglutit difficilement, et se risqua à poser une question. En temps que secrétaire, elle savait qu'elle était désignée d'office, de manière tacite, pour ce genre de situation.
-Heu… Léonardo, Claudia, je peux savoir à quoi vous jouez exactement ? Pourquoi sommes nous réunis ce matin ?
La sœur Auditore esquissa un sourire satisfait. Elle était contente que ce soit Assia qui pose la question. Elle la regarda, puis se tourna vers Léo et lui demanda :
-Tu leur dis ou tu souhaites que je m'en charge ?
Léonardo soupira, mais se tut. Il n'avait même plus la force ou l'envie de parler. Il savait que de toute façon, ses employés allaient réagir de manière soit violente soit incrédule à l'annonce qui allait être fait. Autant que ce soit sa nouvelle « associée » qui s'en charge. Puisqu'elle semblait tellement désireuse de diriger les opérations. Il lui fit donc un petit signe de tête en se laissant aller en arrière dans son fauteuil, se posant une main sur la tempe gauche pour se masser un peu en même temps.
Claudia se leva donc, retirant les bords de sa veste de tailleur, s'éclairci la gorge, et prit la parole.
-Chers collègues, j'ai quelques annonces à vous faire…
-Pourquoi c'est toi qui prend la parole ? interrogea Connor, l'interrompant tout en lui lançant un regard suspicieux.
-Je vais y venir, poursuivit la jeune femme sans se laisser déconcentrer. Voilà, je crois qu'il n'y a pas vraiment de bonne façon de le dire, alors je vais aller droit au but : Mon frère, Ezio, est parti.
Ils ne semblèrent pas comprendre tout de suite l'ampleur de cette réplique, et un court silence plana sur la pièce.
-Parti ? finit par relever Lucy. Mais… comment ça, « parti » ?
-Parti, dans le sens définitif du terme, je suppose, se dépêcha d'ajouter Claudia, toujours très calme.
-Tu supposes ? fit Léo en l'observant, heureux de cette ouverture pour la prendre à contrepieds.
La jeune femme tourna sur lui un regard hostile, continuant de sourire, mais ne se laissa pas désarçonner pour autant.
-Oui, je suppose, ajouta-t-elle en regardant l'ensemble des employés. En effet, je ne suis pas dans sa tête, je ne sais pas combien de temps il lui faudra pour se remettre de ton mariage exprès avec Cesare (Léo la dévisagea vivement en crispant sa main sur le bord de la table). Comme aucun de nous d'ailleurs. Mais dans le cas où il est en Italie, je doute qu'il revienne de sitôt.
-J'avoue que j'ai de la peine à suivre, parla Clay, qui n'était pas très réveillé ce matin.
-Attends, le coupa Rebecca en se penchant légèrement en avant, luttant contre une nausée. Y a un truc qui me chiffonne… si Ezio est parti en Italie... qu'est-ce que ça implique concrètement ?
-Oui, Rebecca pose une excellente question, la soutint Connor en croisant les mains sur la table devant lui. En soi-même le départ d'Ezio est choquant, et plutôt malvenu si près de la fête de la Fondation, mais nous tournions déjà sans lui depuis quelques mois. Je ne penses donc pas que cela justifie une réunion d'urgence, A moins qu'il n'y ai un autre sujet à aborder.
Claudia sourit à nouveau en regardant l'Amérindien. Il venait de poser la question qu'elle voulait entendre.
-Non, en effet, approuva-t-elle. En revanche, l'annonce suivante vous permettra de mieux appréhender la problématique et l'importance de cette réunion. Mais je crois que je vais laisser notre très cher PDG vous annoncer la nouvelle.
Elle se tourna à nouveau vers lui, le toisa avec amusement, et se rassit. Léonardo la contempla avec une rage contenue durant un instant, puis soupira profondément, et se leva à son tour. Il regarda chacun de ses employés et amis tour à tour, prit une grande inspiration, déglutit, et expliqua :
-Je confirme le départ d'Ezio, j'en suis le premier étonné, mais je ne peux toutefois pas le blâmer de sa décision de départ. Je reconnais ne pas avoir forcément fais les choses correctement vis-à-vis de lui. Et si certain de vous pensent que je suis fautif, je leur donne volontiers raison.
-Vas droit à l'essentiel, marmonna Claudia en faisant semblant de lire un document.
Léo lui lança un regard de biais (tout le monde suivi son regard), puis il poursuivit :
-Et donc, en attendant qu'il se calme et revienne…
-Il ne reviendra pas, marmonna encore la jeune femme en jouant d'un air distrait avec son stylo.
-…Il semblerait qu'il ait transmis tous ses droit et actions sur l'entreprise à Claudia.
-Pardon ?! s'exclamèrent à l'unisson Connor et Lucy, en ouvrant de gros yeux.
-Ce n'est pas une blague, interrogea Assia, tombant des nues.
-Non, affirma Claudia, en se levant à nouveau, un sourire triomphal sur le visage. C'est pour vous mettre au courant de ces changements que je tenais à organiser cette réunion. En effet, à partir de maintenant, et jusqu'à un éventuel retour de mon frère, je prendrais part de manière active dans les affaires de directorat, afin de contribuer au bon fonctionnement de l'entreprise.
-Je crains le pire, exprima Connor entre ses dents.
-Je sais que cela peut faire l'effet d'un choc, poursuivit la sœur Auditore. Mais je vous promets, et à toi aussi Léo, de tout faire pour que les choses aillent au mieux et que la transition se passe sans anicroche.
-Parfait, fit ironiquement Rebecca qui n'en pouvait vraiment plus tout en applaudissant. C'est merveilleux, félicitation à toi Claudia, vive la nouvelle direction, et caetera… on peut y aller à présent ?
-Pas encore, la coupa dans son élan Claudia. Si je vous ai réuni, c'est également pour faire le point sur l'avancée de l'organisation de la fête de la Fondation. J'ai besoin de connaitre exactement vos projets, car je dois me rendre à une réunion du Conseil en fin d'après-midi, mon frère m'ayant par la même transmit son droit au siège.
-Super, soupira Léo en se laissant retomber dans son fauteuil.
Il n'était pas au courant pour ça. Alors, en plus de devoir lutter contre elle au boulot, il devrait aussi ce la coltiner aux réunions du Conseil quand il irait donner conférence ce soir ! C'était vraiment le bouquet.
Claudia commença donc la réunion. Il s'écoula à peine une dizaine de minutes avant que Rebecca ne se lève, attirant sur elle les regards, et déclare :
-Vous m'excuserez, j'en peux vraiment plus !
Sans attendre de réponse ou de contestations, elle se saisit de la poubelle à papier (heureusement elle contenait un sac plastique) et se précipita hors de la salle. On l'entendit vomir largement avant qu'elle n'ait atteint l'escalier pour se précipiter aux toilettes.
-Est-ce qu'elle va bien ? interrogea Connor, ne comprenant pas cette soudaine réaction.
-Elle a encore les nausées matinales ? interrogea Assia en lançant un regard à Lucy.
-Oui, affirma-t-elle en soupirant.
-Bon, je propose une courte pause, approuva Claudia en reposant les papiers qu'elle avait en main. Lucy, tu devrais aller voir comment elle va.
Soupirant encore, la blonde se leva, imitée par deux autres, et sortit de la pièce. Pendant que les autres allaient se prendre un café dans l'espace pause, elle se dirigea aux toilettes, et alla soutenir son amie.
-Reby, ça va ? interrogea –t-elle en s'approchant de sa meilleure amie, agenouillée devant une cuvette de WC.
Celle-ci se redressa, le visage défait, et la toisa vivement du regard.
-Est-ce que j'ai l'air d'aller bien ? J'ai un affreux petit parasite qui me fait vomir tous les matins et grandit dans mon ventre en pompant mon énergie !
-Oui, on appelle ça un bébé, répondit platement Lucy en haussant les épaules.
-Vivement la semaine prochaine d'en être enfin débarrassé.
La blonde ne dit rien, mais la réaction de son amie la choquait profondément. D'accord, elle acceptait la décision de son amie, mais elle-même avait toujours été parfaitement opposée à l'avortement. Et la pilule était dure à avaler. Toutefois, elle préféra ne rien dire. On ne pouvait pas discuter de manière rationnelle avec une femme chamboulée par les hormones de grossesses, et nauséeuse.
Elle se contenta donc de lui tapoter dans le dos pendant qu'elle avait un nouveau spasme. Après un instant sans que plus rien ne se passe, Rebecca se redressa, s'essuya la bouche avec un morceau de papier toilette, et tira la chasse. Elle sortit ensuite de la poche de son blouson un petit flacon de lotion buccale et se gargarisa.
-Tu en penses quoi du départ d'Ezio, toi ? demanda-t-elle après s'être bien rincé la bouche.
-Franchement, j'avoue que j'ai un peu de mal à assimiler la situation, avoua la blonde.
-Ouais, moi aussi.
-C'est tellement soudain et inattendu… j'avoue que je ne sais pas trop comment réagir.
-Moi non plus, approuva la noiraude. Tout ce que je sais, c'est qu'avec Claudia au pouvoir, ça risque de jazzer.
-Oui, je le crains aussi. J'ai peur qu'elle et Léo ne parvienne pas à s'entendre.
-Effectivement, ce serait catastrophique. On risque d'en pâtir.
-Enfin, espérons qu'ils arriveront à se comporter en adultes…
Rebecca lui lança un regard avec une moue qui signifiait clairement « tu crois vraiment à ce que tu dis ? ». Soupirant toutes deux, elles sortirent des toilettes et rejoignirent les autres devant la baie vitrée pour prendre un rafraîchissement. On entendait des éclats de voix dans la salle de réunions au-dessus. Léo et Claudia y étaient restés seuls.
-Et voilà, ça commence, fit Rebecca avec agacement.
-Je crois qu'on ferait bien de déjà commencé à chercher du boulot ailleurs, se moqua légèrement Connor.
Lucy, à cette réplique, lui lança directement un regard perplexe. Ce genre de phrase ne la rassurait pas forcément. Surtout en sachant qu'il avait une proposition ailleurs. Si la situation l'y poussait, elle savait qu'il n'hésiterait pas à protéger ses arrières en acceptant de repartir dans l'armée. Et elle n'était toujours pas certaine de savoir si elle voulait le laisser partir ou non.
-Ils vont couler la boite, cela ne fais aucun doute, approuva Rebecca en prenant un verre d'eau.
-Peut-être pas, tenta de tempérer Assia. Si ça se trouve, Claudia fera une meilleure directrice qu'Ezio. Après tout, il n'était pas très présent il faut bien l'avouer.
-Oui, mais toi on sait que tu es une grande copine de Claudia, lui rappela sans aucune méchanceté Lucy.
-Si je voulais ton avis je te le demanderais, répliqua perfidement Assia avec un grand sourire à son encontre.
Tout le monde en resta baba. Ce n'était pourtant pas le genre de la secrétaire d'être aussi acide avec quelqu'un. Mais depuis quelques jours, elle en avait visiblement après la blonde. Celle-ci s'apprêtait à répliquer, mais ne trouva rien à dire. Elle était trop déstabilisée par le comportement de la secrétaire à son égard, et se demandait réellement ce qu'elle avait bien pu faire pour la mettre en rogne contre elle.
Décidant de ne pas perdre la face devant elle, mais profondément affectée, elle détourna l'attention lorsqu'un nouvel éclat de voix se fit entendre à l'étage.
- Je vais allez voir s'ils ne s'entre-tuent pas, fit-elle en se dirigeant vers l'escalier.
-Et moi je crois que je vais sortir prendre l'air, précisa Rebecca, pâlotte avec une grimace d'écœurement en posant une main sur son ventre. Mon estomac ne veut pas me laisser.
-Tu veux que je t'accompagne, proposa gentiment Assia (ce qui surpris tout le monde à cause du switch de comportement flagrant dont elle faisait preuve).
-Non, ça va aller, merci.
La motarde se dirigea vers l'ascenseur, descendit dans la hall, le traversa à grand pas, sentant ses entrailles se contracter, le cœur s'accélérant, et sortit sur le trottoir en ouvrant grand la bouche pour prendre une généreuse goulée d'air.
Elle respira profondément, se plaquant à la baie vitrée, jeta la tête en arrière pour libérer les voies respiratoires et ferma les yeux. Elle prit de grandes inspirations, et expirait longuement dans l'espoir de calmer ses nausées qui étaient persistantes.
Vivement d'en finir, songea-t-elle, non sans une note d'amertume.
-Ca va Rebbeca ? interrogea une voix familière près d'elle.
Elle rouvrit les yeux avec stupeur et constata la présence devant elle de Malik, qui semblait être arrivé de nulle part.
Il se tenait à une enjambée d'elle, le fixant avec inquiétude et sollicitude. Il avait de grandes poches sous les yeux, signe de fatigue avancée, et l'air de quelqu'un qui venait de mener une bataille ardue.
-Ouais, ça va, répondit la jeune femme en continuant de prendre de grandes respirations tout en se penchant en avant pour poser ses mains sur ses genoux afin de détendre ses muscles. Les joies des nausées matinales… Et toi, ça va ? Vous nous avez manquez à cette réunion. Altaïr n'est pas avec toi ?
En demandant cela, elle regarda un peu partout autour, se rendant compte de l'absence du responsable marketing. Malik baissa les yeux avec une moue étrange, comme s'il était totalement épuisé et désabuser. Cela sembla étrange à la motarde, qui l'observa avec sollicitude.
- Non, il devait encore prendre une douche, finit par répondre le cadre avec un soupir fatigué. Mais il va arriver tout de suite. Claudia vous a annoncé la nouvelle je suppose.
- Ouais, c'était plutôt inattendu, avoua Rebecca, fermant les yeux pour lutter contre une crampe de son estomac. Vous nous avez manquez à cette réunion.
- Désolé, mais il fallait vraiment que l'on se parle pour mettre certaines choses au point lui et moi. Par rapport à notre couple.
Une ombre passa sur le visage de Malik, et cela interpella Rebecca, qui se sentit obligée de l'interroger, voulant comprendre se qui le tracassait pour pouvoir l'aider.
-Tout va bien ?
Malik soupira encore une fois profondément, haussant les épaules, les bras croisés, un sourire désabusé sur le visage, hochant légèrement la tête. Il se sentait vide. Ni bien ni mal, juste vide. La longue discussion qu'il avait eu durant une grande partie de la nuit et encore ce matin avec Altaïr l'avait littéralement vidé de toute son énergie et sa joie.
Suivant les conseils de Lucy, il avait lancé la conversation la veille durant le repas, prenant la peine de faire savoir à son petit-ami qu'il était réellement furieux contre lui de se qu'il avait fait, mais qu'il pensait pouvoir lui pardonner. Mais pour cela, il avait besoin de tout savoir, dans les détails. Ce qu'il entendait par là, bien sûr, c'était surtout tout le mécanisme de pensée qui avait précédé la tromperie, et comment exactement c'était passé la rencontre (abordage, flirt, suit salasse). Bien que cela lui fit très mal à entendre, il avait écouter avec attention ce qu'Altaïr lui avait raconté.
Evidemment, ce dernier ne lui avait pas raconter toute la vérité. Il avait dû improviser au mieux la fausse histoire de sa rencontre avec une femme de trente ans dans un supermarché, qui lui avait proposé de boire un verre. Comme il se sentait mal vis-à-vis de Malik et de leur longue abstinence, il avait accepté, sans aucune mauvaise pensée, et avec l'alcool, il avait fini par ce produire ce qui n'aurait pas dû.
Malik avait tout enduré, courageusement, puis avait eu besoin d'un long moment pour encaisser. Altaïr n'avait eu de cesse de s'excuser, de le prendre dans ses bras, de lui jurer que ce n'avait rien représenté pour lui, qu'il était la seule personne qu'il aimait et avec qui il voulait vivre, que ce qui s'était passé ne se reproduirait jamais plus. Au terme de tout cela, il était déjà très tard, presque quatre trois heure du matin, mais ils étaient tous deux trop ébranler pour parvenir à dormir. Emotionnellement à fleur de peau, ils avaient fait l'amour, longuement, afin de tenter de se ressouder.
Epuisé, ils avaient fini par s'endormir dans les bras l'un de l'autre. Lorsque Malik s'était réveillé, il était déjà presque neuf heures et il avait paniqué. Heureusement, Altaïr l' avait rassuré en lui indiquant qu'il s'était lui réveillé avant les heures de travail afin de prévenir Claudia qu'ils seraient absent une bonne partie de la matinée car ils n'avaient pas dormi « pour raisons personnelles » et avait besoin de se reposer un peu. Claudia, face à la mine de zombie de son cousin, n'avait pas insisté et avait accepté. Altaïr était ensuite venu se recoucher auprès de son amant et ils avaient récupérer un minimum.
Bien que Claudia leur ait donné leur journée, Malik souhaitait tout de même se lever et se rendre au travail, il avait besoin d'extérioriser. Bien qu'il ait pris la décision de laisser une chance réelle à son couple en pardonnant au mieux Altaïr, il devait encore décharger le trop plein d'émotion en dégommant un maximum de travail.
-On dira que oui, finit par répondre la cadre à l'attention de Rebecca, posant sur elle un regard épuisé.
-Tu es sûr ? insista-t-elle en voyant bien que quelque chose le tracassait réellement.
Malik soupira encore. Il savait qu'elle insisterait toute la journée maintenant qu'elle s'inquiétait. Elle était déjà collante en temps normal, alors travaillée par ses hormones de grossesse… Il décida que de toute manière, elle devait déjà savoir en partie ce qui se tramait, puisqu'il avait parler avec Lucy de l'adultère d'Altaïr. Et comme les deux filles étaient particulièrement soudée l'une à l'autre (il se rendit compte que Lucy était la pointe d'un triangle d'amitié), Rebecca devait avoir entendu parler de toute cette histoire.
-Et bien… fit-il en se raclant la gorge. Disons qu'il nous fallait mettre au point certaine chose par rapport à notre relation.
-Ha ! répliqua sans surprise la noiraude. Oui, cette histoire d'adultère. Je suis navrée Malik, réellement.
-Merci, soupira l'autre.
-Vous avez pu bien en discuter ? Vous allez faire quoi ?
Le cadre ne répondit pas de suite, se mordant l'intérieur de la joue en baissant à nouveau le regard sur le trottoir, puis le reposant sur le visage inquiet de sa collègue, il déclara :
-Ce qui est arrivé est arrivé, et je suis obligé de reconnaitre qu'une part de la responsabilité m'incombe.
-Ouais, enfin, il t'a quand même trompé, fit remarqué Rebecca sans tact. C'est pas toi qui le lui a suggérer quant même.
-Chaque couple à ses crise Rebby. Ma foi, chez nous c'est de cette manière que la pression c'est évacuée. J'ai déjà mis un point d'honneur à le détester sans raison valable de continuer à le faire pendant six ans… Je crois que pour la peine, je peux bien essayer de lui pardonner et d'aller de l'avant cette fois-ci.
-Donc, tu lui pardonnes, c'est sûr, tu ne va pas faire semblant et te faire du mal inutilement en te rongeant l'esprit ? se soucia sincèrement la motarde.
-Oui ! répondit fermement Malik en le fixant droit dans les yeux, un peu agacé par son insistance. Il m'a tout raconter, dans les détails, m'a avouer avec qui il l'avait fait…
La surprise passa dans le regard de Rebecca qui ouvrit de grand yeux car elle pensait qu'Altaïr avait révéler qu'il s'agissait de Lucy.
-…Et franchement, je trouve qu'il n'y a pas de quoi dépenser de l'énergie à en vouloir inutilement. Je leur pardonne ! A lui, et à elle ! Point final, et je ne veux plus en parler !
Rebecca, le bouche toujours bée, revint petit à petit de sa surprise, et eut un grand soupire de soulagement en portant une main à sa poitrine, et sourit.
-Ho mon Dieu, fit-elle avec apaisement. C'est vrai ? Tant mieux alors, ouf ! Tu sais pas comment ça me soulage. Oui, parce que tu sais, elle avait vraiment peur de te le dire et de te perdre pour toujours, alors si tu arrives à lui pardonner je trouve ça bi…
-Attend ?! De qui tu parles là ?! s'exclama subitement Malik, les yeux exorbités, sentant soudainement sa tension remonter d'un coup.
La motarde resta la bouche ouverte, vivement surprise, sa phrase en suspens.
-Heu… et bien, de Lucy, fit-elle, déstabilisée. Tu dois savoir, puisqu'Altaïr t'as tout…
En voyant l'éclat de rage qui passa subitement dans les yeux du cadre, le rouge qui lui monta subitement au visage, le raidissement subit de tout son corps, Rebecca comprit qu'elle venait de commettre une énorme boulette. Du genre de celle qui emporte tout sous son passage.
Malik, visiblement en train de fulminer, serra les poings et leva les yeux sur la baie vitrée, à l'étage des bureaux. Sa collègue n'eut pas de peine à deviner ce qu'il venait de lui passer par la tête. Elle posa une main sur son bras pour essayer de le tempérer – elle n'allait pas tenter de le retenir, elle savait que là, il n'hésiterait pas à lui faire mal pour l'écarter de son passage.
-Malik, non… tenta-t-elle avec une pointe de peur dans la voix, redoutant ce qui se passerait ensuite.
Mais le cadre ne l'écoutait déjà plus. Il était perdu dans sa fureur. Il dégagea son bras d'un geste busque et s'avança à pas lourds et rapides, rentrant dans le bâtiment sans lui adresser le moindre regard.
Rebecca resta plantée sur place, le voyant rentrer dans l'ascenseur, et se plaqua une main sur la bouche en lâchant un « merde » empli de culpabilité. Ce fut à ce moment qu'Altaïr traversa la rue et arriva vers elle, visiblement plus enjoué que son compagnon. Avec un sourire, il l'interpella.
-Salut Rebecca, tu vas bien ?
Toujours avec la main sur la bouche, les yeux brillants, elle se tourna vers lui, le souffle court à cause de l'angoisse qui la saisissait en cet instant. Le sourire d'Altaïr en la voyant ainsi se décomposa et il interrogea, lui-même inquiété :
-Qu'est-ce qui se passe ?
oOoOoOo
La porte de l'ascenseur s'ouvrit avec son tintement de clochette habituel, attirant l'attention des autres. Ils étaient encore en train de profiter de la pause café. Lucy était redescendue, s'étant faite répudier à la porte de la salle de conférence. Les deux « patrons » continuaient visiblement à se chamailler à l'étage et ne semblait pas décider à s'arrêter de sitôt. Se rendaient-ils compte qu'ils se décrédibilisaient aux yeux de leurs employés ? Visiblement non !
Voyant Malik sortir de l'ascenseur, Assia eut un grand sourire et lui lança avec enjouement :
-Ha, bonjour Malik, tu vas bien ?!
-Tu es venu quant même finalement, ajouta Connor avec un sourire.
Le cadre ne répondit pas, il avait un regard noir, semblait fulminer, et se dirigeait avec la vitesse et la précision d'un missile en direction du groupe. Au même moment, Altaïr défonça presque la porte donnant sur la cage d'escalier, repéra son amant et s'exclama :
-Malik, attend je t'en supplie !
Mais il était trop tard. Le jeune homme arrivait à la hauteur des autres et se plantait droit comme un piquet en face de Lucy, la dévisageant avec… haine ?! En voyant son regard, Lucy sut immédiatement ce que cela signifiait et son cœur manqua un battement. Toutefois, malgré qu'elle sache parfaitement comment les choses allaient se dérouler, elle ne vit pas arriver la gifle, qui partit comme une flèche.
L'impact de la main de Malik contre sa joue fut d'une violence à laquelle elle ne s'était vraiment pas attendue et elle manqua de perdre l'équilibre. Elle produisit un son clair et sec, résonnant dans tout l'étage.
Le temps semblait immobile, personne n'osait bouger ou même respirer, trop médusé par la scène qui se déroulait. Il fallut quelque seconde à Lucy pour reprendre son équilibre, et réussir à regarder à nouveau son meilleur ami, qui la dévisageait toujours avec fureur.
-T'es vraiment qu'une belle pute, lâcha-t-il finalement avec une froideur infinie.
Personne ne comprenait), mais pour Lucy, les choses étaient limpides.
Elle venait de perdre son meilleur ami.
