Bien bien bien. Alors, où en étions-nous ? Ah oui, j'y suis... Alors ne perdons pas de temps en blabla, et continuons...
Bonne lecture aux courageux qui me suivent.
Chapitre IV
Ainsi donc, selon Mimi Geignarde, Tom Jedusor avait laissé son ˝ humanité ˝ au fond d'une pensine ? Et si elle avait raison ? Si vraiment il était tel qu'elle l'avait décrit dans son journal ?
Après tout, cela n'était pas aussi absurde que certains auraient pu le penser ! Au contraire, c'était même extrêmement logique ! Tellement évident que Neville s'étonna du fait que personne n'ait jamais songé à rechercher un tel récipient dans l'enceinte de Poudlard.
Mais il était évident aussi que la découverte de cet ˝ album souvenirs ˝ un peu spécial n'aurait en rien changé le cours des événements. Comme l'avait si bien fait remarquer la jeune fille, personne n'aurait été volontaire pour remettre les idées de Tom à leur place ! Et quand bien même quelqu'un se serait proposé, il eût été très étonnant que Voldemort accepte de reprendre tout ce qu'il avait jeté sans aucun remords...
Alors, à quoi bon partir à la ˝ chasse à la vasque maudite ˝, comme l'avait surnommée Neville ?
Peut-être pour comprendre comment un simple enfant pouvait devenir l'incarnation du mal absolu... Ou pour vérifier que le descendant de Salazar Serpentard était réellement le démon...
Quoi qu'il en soit, depuis qu'il avait entendu Mimi évoquer les conséquences inattendues de l'ouverture de la chambre des secrets, Neville n'avait cessé de penser à ce qu'il risquait de trouver dans l'abri à côté du hangar à bateaux.
Cela semblait si simple, et surtout sans risque : Il lui suffisait d'aller demander à la Dame du Lac ce qu'elle avait vraiment vu, si Tom s'était réellement ˝ soulagé ˝ dans un tonneau, et d'aller y jeter un coup d'oeil...
Mais à cela s'ajoutait le plus difficile, à savoir trouver quelqu'un d'assez discret, cultivé, et surtout d'accord de lui expliquer comment repêcher des souvenirs dans un plat...
Mais, et si cette prouesse nécessitait une sort ? Serait-il capable de ne pas provoquer une invasion d'hirondelles ? Réussirait-il à réitérer l'exploit accompli lors de l'ouverture de la partie intime du journal de Mimi, qui ne s'était miraculeusement pas transformé en boeuf braisé, ni en amas d'asticots ?
Neville n'était pas un garçon intrépide de nature. Trop protégé par sa grand-mère, il avait appris les bonnes manières, et l'obéissance, au détriment de l'esprit d'aventure. Aussi, il hésita.
Longtemps.
Très longtemps.
Quatre jours entiers...
Avant de trouver le courage de descendre seul au lac pour se lancer dans un repérage des lieux.
La fameuse cabane secrète de Tom et Mimi n'existait plus. Du moins, il n'en restait qu'un tas de planches menaçant de s'écrouler au moindre souffle de brise.
Quelque peu soulagé, Neville vit dans ce délabrement un signe du destin le mettant en garde contre l'envie de découvrir les souvenirs de l'ange du mal. Aussi, il s'apprêtait à rebrousser chemin, lorsque son regard fut attiré par une lueur bleuâtre qui s'échappait d'un trou entre deux poutres enchevêtrées.
Ce fut alors qu'il comprit que l'abri ne s'était pas écroulé tout seul, mais que Tom l'avait délibérément détruit pour dissimuler sa pensine.
Mettre à jour le tonneau demanda du temps, de l'énergie, et permit accessoirement au garçon d'apprendre à enfin maîtriser complètement le sort du ˝ Wingardium Leviosa ˝ (ce qui était déjà en soi une excellente raison de se livrer au travail ardu de déblaiement)
Et enfin, le baril de rhum, encore orné de l'étiquette d'une grande marque, se retrouva à l'air libre, face à un Neville fatigué mais fasciné par le halot bleu nacré qui s'en échappait.
- Ah, ben voilà! Tu vois bien que je ne te racontais pas de salades !
Surpris par l'arrivée inopinée de Mimi au moment exact où il regrettait de ne pas l'avoir à ses côtés pour échanger ses impressions, Neville eut un mouvement de recul, qui se termina au fond d'un fossé couvert d'orties.
- Oh, Mimi ! Je pensais justement à toi… Mais, comment t'es arrivée ici ? accueillit-il, en se remettant sur pieds avec une grimace de douleur.
- Il y a un conduit d'égout qui se déverse juste à côté… Mais assez discuté. Tu viens, on va voir ce qu'il y a là-dedans ? Sors ta baguette et touille… Quand tu verras une image intéressante, tu tires, et on verra bien ce qui se passera…
Pour une fois unis et complices, les deux adolescents se penchèrent ensemble au-dessus du liquide opaque…
La chute fut vertigineuse et terrifiante pour ceux qui ne s'attendaient pas à être happés par un long tunnel aboutissant à une salle sombre, meublée d'une dizaine de petits lits de fer blancs.
- Tu crois qu'on est où, là ? Et qui c'est, ce gamin qui se cache derrière la porte de son armoire ? Tu crois que c'est lui ? murmura Mimi, impressionnée par le silence de cette grande maison destinée à abriter des enfants, par définition bruyants. Regarde comme il est mignon…
En effet, Neville dut convenir que l'enfant de 5 ou 6 ans qui se tenait à quelques mètres de lui ressemblait à un angelot. Ses grands yeux dorés éclairaient un visage pâle, aux pommettes hautes et au sourire espiègle qui faisait oublier le crâne rasé de frais…
- Puisqu'on est dans ses souvenirs, ça ne peut être que Tom ! Mais, qu'est-ce qu'il fait ? C'est quoi, ce qu'il tient dans sa main ?
- Je sais pas… Oh, c'est trop chou ! T'as vu, c'est une chaussette qu'il a rembourrée pour faire un serpent… Il ne manque au moins pas d'imagination…
- Chut, tais-toi, Mimi, j'entends rien de ce qu'il dit…
Sans aucun complexe, profitant du fait que le petit n'était pas du tout conscient de la présence des deux espions, Neville approcha son oreille le plus près possible de la bouche de l'enfant, afin de comprendre ce qu'il racontait à son jouet improvisé.
- Ça y est ! Ouais ! Maintenant, c'est mon tour ! Je vais avoir aussi une maman rien qu'à moi ! Regarde dehors, la voiture noire ! C'est eux ! Tu sais, les gens qui m'ont emmené au cirque l'autre jour, et au zoo… Aujourd'hui, ils sont venus parler avec la Dingo. Je suis sûr qu'ils sont venus dire qu'ils me prennent ! Tu te rends compte ? Je vais partir…
Je serai plus le seul qui a jamais eu de parents. Maintenant, y'en a aussi qui m'ont choisi, ils me veulent moi…
L'enfant paraissait au comble du bonheur. Il caressait sa chaussette avec douceur, en faisant des plans pour l'avenir, en imaginant sa vie auprès de l'homme et de la femme qu'il appelait déjà ses parents. Jusqu'à ce que subitement, il commence à trouver l'attente trop longue. Délicatement, il enleva de son doudou les sous-vêtements qui lui avaient donné du corps, et replia consciencieusement le tout avant de le remettre dans l'armoire, et de quitter la salle sur la pointe des pieds.
Sans bruit, son escorte invisible sur les talons, il sortit de la vaste demeure, et alla se placer sous la fenêtre du bureau de la directrice, d'où il put écouter la conversation entre les adultes.
- … pas 6 ans… Comment pouvez-vous parler ainsi ? remarquait une voix empreinte de tristesse impatientée. C'est vrai qu'il n'est pas commun, mais de là à le rejeter ainsi… C'est pourtant vous qui l'avez désigné… et vos sorties se sont bien passées, non ?
- Ce n'est pas la question. Ce gosse nous met mal à l'aise, répliqua une autre voix, celle d'un homme sec et autoritaire. On dirait… on dirait qu'il n'a pas d'émotions. Je ne sais pas, à son âge, on aime les câlins, les bisous, on pleure sur un ver de terre écrasé, il me semble !… Alors que lui… c'est un vrai bout de bois quand on essaie de le prendre sur les genoux…
- Mais Monsieur Everett, à quoi vous vous attendiez ? Le petit est ici depuis sa naissance, il n'a simplement pas l'habitude de la tendresse ! C'est nouveau pour lui. Vous ne pouvez pas le juger aussi durement uniquement parce qu'il refuse vos baiser !
- Oh ! S'il n'y avait que ça ! riposta une troisième voix, féminine, toute aussi cassante que celle de son mari. Mais c'est toute une suite de petits détails qui me glacent le dos… j'en fais des cauchemars. Il a une façon de vous regarder… Enfin bref, nous en avons discuté longuement avec mon mari, et notre décision est ferme et irrévocable : Tom n'est pas l'enfant que l'on recherche. Il est mignon, c'est un fait, mais il n'a que ça. Jamais je ne supporterai de vivre sous le même toit que lui… il n'est pas normal, ce gosse…
- Oh, la mégère ! s'exclama soudain Mimi, révoltée par cette condamnation sans appel.
Toute entière à sa fureur, et choquée par la violence des propos, la jeune fille poussa des cris de harpie, tout en tentant de boucher les oreilles du jeune Tom. Mais ses deux mains inconsistantes ne furent d'aucune utilité pour éviter à l'enfant d'entendre les phrases assassines prononcées contre lui, et que son comportement démentait de la manière la plus éclatante, et la plus poignante.
Car le petit éprouvait visiblement des sentiments. Il suffit à Neville de regarder le visage décomposé, les yeux brouillés de larmes, et les lèvres tremblantes, pour se convaincre d'être en présence d'un tout petit garçon dévasté par la méchanceté des adultes.
Lui, qui à peine quelques minutes plus tôt, confiait à son étrange doudou sa joie d'avoir bientôt des parents, qui faisait l'éloge de cette maman et de ce papa qu'il avait parés de toutes les qualités, découvrait soudain combien la vie était cruelle et injuste.
Tom comprenait que sa belle histoire ne verrait jamais le jour, qu'elle n'était qu'un rêve, et qu'il était condamné à rester toute sa vie dans cette prison pour innocents. Tout naturellement, et légitiment, des larmes de désespoir roulaient sur ses joues creuses, sans qu'il ne fasse rien pour les retenir.
Il resta immobile jusqu'à la fin de la conversation, jusqu'à ce que la femme demande des précisions au sujet d'un petit Cyril. Alors seulement, il se ressaisit. D'un revers de manche décidé, il essuya ses joues, et assécha ses yeux, avant de se composer un visage ferme, déterminé et revanchard. Sans attendre les protestations de la Directrice, qui expliqua clairement que ses pensionnaires n'étaient pas des objets à prendre et à jeter à l'envie, Tom quitta silencieusement sa place, et se dirigea vers la grosse voiture noire garée devant la maison.
Sans hésitation, il subtilisa un crucifix de bois suspendu au rétroviseur intérieur, et cracha avec délectation sur les sièges de cuir, avant de reprendre tranquillement le chemin de sa chambre.
- Viens, Neville, on en a vu assez… Laissons-le en paix. On ne peut rien faire pour lui de toutes façons…
- Non, attends deux minutes… Je veux voir à quoi ressemblent ces gens ! Je veux aller les voir, et leur dire…
- Ah oui, ça, c'est une bonne idée, tiens ! Tu te rends compte qu'ils ont plus ou moins 80 ans, maintenant. Avec un peu de chance, ils ne se souviennent même plus de leur tentative d'adoption ! Allez, il faut qu'on rentre…
A bout d'arguments, le jeune homme n'eut d'autre choix que d'agiter sa baguette magique, en espérant que cela suffise pour retourner à Poudlard. La dernière chose qu'il entendit, avant d'être happé par le tunnel, fut l'horrible son de la voiture percutant un des piliers du portail de l'allée…
- Bien fait, Tom ! hurla Mimi, en retrouvant ce ton de peste insupportable qu'elle avait peaufiné depuis qu'elle était devenue un fantôme. Ils l'ont bien mérité, t'as eu raison…
Son voyage dans le temps semblait avoir grandement perturbé la jeune fille, à en juger par sa façon de voleter dans les airs tout en énonçant de sa voix haut perchée tous les sales coups qu'elle aurait eu du plaisir à faire à la femme au cœur de pierre rencontrée à l'orphelinat.
- Ouais, ben je crois qu'il est temps de rentrer, décida Neville, décontenancé par l'attitude étrange et déconnectée de la réalité, de son amie. On va digérer tout ça, et on reviendra dans deux jours, pendant que les autres seront à Pré-au-Lard.
Avec un soupir désolé, en constatant que sa camarade était partie avant de fixer un nouveau rendez-vous, Neville s'attaqua alors au camouflage de la pensine, en faisant le vœu d'avoir assisté à l'événement le plus terrible de l'histoire de Voldemort.
