Clinique privée, Cardiff, UK
21 décembre 2009 & 5 janvier 2010
Le rendez-vous avait été pris depuis plusieurs semaines. Le Dr O'Harra attendait cela avec impatience. Il ne pouvait croire qu'il allait effectuer une insémination artificielle d'un clone. Cette manipulation était strictement interdite et déontologiquement douteuse, mais l'homme avait su se rendre convaincant, billets à l'appui. Et puis, tous les progrès scientifiques n'avaient-ils pas subis les foudres de l'éthique avant de devenir de merveilleuses avancées médicales ? Pourquoi serait-ce différent cette fois-ci ?
La donneuse d'ovule et mère porteuse avait été choisie par l'homme. La création de 5 embryons par implantation du noyau d'une cellule, contenant le code génétique de celui qui serait ainsi cloné, dans un ovocyte énuclée afin de crée une cellule souche et « remplacer » le spermatozoïde avait eu lieu la semaine précédente et ils avaient été congelés en attendant.
La fécondation de type in-vitro était donc programmée ce jour. L'homme et la femme arrivèrent ensemble. L'implantation des 5 embryons se fit en quelques minutes, mais elle devait rester hospitalisée pendant les prochaines 48 heures. Puis ils reviendraient deux semaines plus tard pour savoir si elle avait fonctionné et combien d'embryons seraient viables.
Le 5 janvier, ils revinrent donc pour la visite de contrôle. L'homme était visiblement très angoissé par l'annonce des résultats. Le médecin fit la prise de sang et l'envoya au labo. Ils devraient avoir les résultats dans l'heure. L'homme n'arrêtait pas d'aller et venir dans les couloirs de la clinique. Au bout d'une heure et quinze minutes, un bip résonna et les feuilles de résultats sortirent de l'imprimante.
La fécondation avait réussi. Restait maintenant à savoir combien d'embryons étaient viables. La réponse arriva après un examen de la jeune femme. 1 embryon avait survécu. C'était tout ce que l'homme souhaitait entendre. Un immense sourire lui barra le visage.
« Ne vous réjouissez pas trop vite, 50% des F.I.V. sont suivies de fausses couches dans les trois premiers mois de grossesse. » Leur dit le médecin.
Mais l'homme n'écoutait pas, deux mots résonnaient dans sa tête : "fécondation réussie".
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Morgue de UNIT, Londres, UK
11 juillet 2009. 14h00
Une idée folle venait de le frapper. Etait-ce bien raisonnable ? Le devait-il ? En avait-il le droit ?
D'un autre côté il ne pouvait se résoudre à accepter sa perte. Il ne pouvait pas être mort. Pourrait-il vivre sans lui. Vivre évidemment vu qu'il était « immortel », mais vivre dans quelles conditions ? C'était l'homme de sa vie. Jamais il n'avait éprouvé ces sentiments pour personne, homme ou femme.
La décision était prise. Il n'en parlerait à personne, pas même à Gwen. Elle ne pourrait pas comprendre. Elle l'en empêcherait.
Il était toujours dans les locaux d'Unit Londres. Le corps de Ianto également, reposant dans une chambre froide de la morgue située au niveau –3. Il ne lui faudrait que quelques minutes pour récupérer un échantillon contenant des cellules et ainsi avoir l'ADN de son amant.
Un soldat vint à sa rencontre, l'hélicoptère qui devait le ramener à Cardiff était arrivé. C'était sa dernière chance. Il demanda au soldat la permission de voir son équipier une dernière fois. Le soldat s'informa par radio de la possibilité ou non d'accéder à sa requête. La réponse arriva rapidement. Jack Harkness avait sauvé les 10% des enfants de ce monde que les 4.5.6 avaient réclamé. S'il désirait quelque chose, il devait l'avoir.
Le soldat accompagna alors le capitaine vers la salle de la morgue et lui désigna le tiroir refermant le corps n°21475. Il s'éclipsa pour laisser le responsable de Torchwood 3 seul.
Mais avant de dire un dernier adieu à son amant, il s'avança vers un réfrigérateur et l'ouvrit. Il chercha parmi les échantillons prélevés un qui appartiendrait au Gallois. Il tomba sur un tube de sang sur lequel était noté le n° 21475. Bingo. Il se saisit d'une petite boîte qui permettait de conserver les échantillons au froid et y glissa le tube. Il la mit ensuite dans sa poche et se rapprocha des tiroirs.
Jack ouvrit celui que lui avait montré le soldat. Devant lui reposait Ianto, recouvert d'un drap. Il en souleva un pan et frissonna. Il semblait seulement endormi. Il se pencha pour déposer un ultime baiser sur les lèvres de son amant et lui murmura.
« À bientôt mon amour, je te donne rendez-vous dans 27 ans, on se retrouvera à ce moment-là, tu seras le même qu'il y a quelques jours et qui sait, mon charme agira peut-être encore une fois sur toi ».
Il replaça le drap et sortit de la pièce.
