Inlassablement il continuait de la photographie. Il passait à la loupe chaque parcelle de son âme et de son corps. Il tentait de figer sur le papier toute les facettes de son être. Par moment il avait l'impression de voir seulement son monde en noir et blanc. Toutes ses photos n'étaient qu'un amas de gris qui se déclinait dans toutes les nuances possibles de noir et blanc. Des couleurs qui n'en était même pas.
Il lui arrivait de vouloir tout arrêter, de jeter les photos et de pleurer sur la femme en lambeaux qui se parait de ses plus beaux sourires pour mimer ce qu'elle n'était pas, ce qu'elle n'était plus depuis trop longtemps.
Il souffrait de porter à bout de bras Pansy. Il n'avait plus la force de faire comme si tout allait se réparer en un coup de baguette. Tout aurait été pourtant si simple. Mais un simple reparo ne suffisait pas pour recoller les morceaux de son coeur qui se fendillait de plus en plus. Il avait l'impression d'échouer, cela faisait plus de trois ans qu'il tentait de la guérir.
Il ne s'était jamais sentit si loin d'elle que lorsqu'elle dormait au creux de ses bras. Leurs étreintes nocturnes lui laissait un gout amer dans la bouche et des larmes plein les yeux. Il connaissait son odeur par coeur et il aimait parcourir sa peau de ses doigts jusqu'à en connaitre chaque recoin de son corps. Pourtant cela ne lui suffisait plus. Il voulait qu'elle s'abandonne totalement. Jamais elle ne lui paraissait si éloignée que lorsqu'il la touchait. Lorsqu'elle se logeait dans ses bras il avait l'impression de toucher une coquille vide.
Cela faisait plus de trois qu'il avait tout tenté. Lentement il la sentait se réveiller à son contact. Mais il voulait tellement plus. Il voulait sentir quelque chose bouger sous la carapace qu'elle s'était forgée. Alors il continuait malgré les pas en arrière et les disputes. Il s'acharnait alors que tout le monde lui disait de laisser tomber. Il tentait de montrer à Pansy qu'un avenir existait pour elle aussi.
***
Un soir alors que Seamus et Neville étaient sortit il profita de leur soirée en tête à tête pour offrir une minuscule boite à Pansy.
En ouvrant l'écrin elle trouva dedans une perle opalescente au milieu des plumes d'oies. A la vue de cette réminiscence du passé elle se mit à pleurer. Emue par le présent elle porta ses mains à ses lèvres.
Inquiet il se pencha vers elle et dans un souffle posa sa question.
Tu n'aimes pas Pansy ?
Aveuglée par ses larmes qui coulaient sur ses joues elle esquissa un sourire magnifique. Un de ses trop rares sourires sincères. Il en valait la peine ce sourire heureux.
Il avait cherché avec acharnement des plumes d'oies pendant ses nombreuses promenades afin d'y nicher la précieuse perle blanche. Puis il avait trouvé dans le grenier des Parkinson l'écrin blanc dans lequel se nichait maintenant la minuscule perle.
Il l'aimait tellement Pansy qu'il voulait encore voir son sourire éclairer son beau visage.
Chaque jour il tentait patiemment de lui redonner gout à la vie. Il lui montrait combien elle était belle et n'était pas le monstre, la paria dont les gens parlait.
Alors il était allé quérir la perle blanche que Pansy avait autrefois trouvée dans le parc à Poudlard. Il avait longtemps cherché à se procure Il s'était souvenu de l'histoire qu'elle lui avait un jour conté sur une perle qu'elle avait enfermée dans un écrin blanc avec des plumes. Des plumes d'oies que ses amis et elle avaient ramassés un de ces jours heureux où la guerre était si loin.
Elle avait gardé précieusement la perle blanche et avait déclaré à ses amis bien trop curieux que le jour où elle trouverait le prince charmant il pourrait là lui passer autour du cou.
Un soir dans la pénombre de la chambre, Pansy lui avait confié qu'amusée par ses paroles sa mère lui avait fait monter sur chaine en attendant qu'elle le trouve son prince.
Mais le prince n'était jamais venu et la guerre avait emporté son innocence d'enfant. Elle avait alors donné le collier à sa mère, remisé le coffret où elle rangeait son trésor dans le grenier familiale et jeté les plumes par la fenêtre.
Dean avait décidé que la Pansy de son enfance avait bien le droit de vivre encore et que la guerre ne l'avait pas totalement détruite. Il avait alors réunit patiemment les précieuses reliques pour voir fleurir un de ces trop rares sourires sur les belles lèvres de l'ancienne Serpentarde.
Ce soir là en plus d'un sourire et de larmes il put passer le collier au cou de celle qu'il aimait et sous ses doigts d'artiste il sentit sous la peau frémissante l'ancienne Pansy Parkinson revenir à la vie.
Cette nuit là il sentit Pansy se réveiller alors que ses mains parcouraient son corps dévêtu. Son monde autrefois en noir et gris avait commencé à se transformer. Doucement, des couleurs apparaissaient sur la trame de fond. Il avait l'impression que sous ce minuscule changement son monde s'était mis à tanguer. C'était qu'un son imperceptible, un raté dans ses battements de coeur, un rire qui résonnait plus longtemps et pourtant tout lui paraissait plus net. Comme si ses sens étaient sursaturés sous la transformation qui s'opérait chez Pansy.
Ils étaient allongés l'un contre l'autre. Peau contre peau et leurs sentiments enfin à nu. Il sentait la minuscule perle s'imprimer dans sa chair alors que Pansy se collait encore plus à lui comme si elle cherchait à se fondre dans chaque replis de sa chair. Tout lui paraissait plus net maintenant, comme si le filtre qui opacifiait son monde venait de se rompre.
Il ne pouvait pas s'empêcher de la toucher, de se repaitre de ce corps qui vibrait maintenant qu'il était libéré de sa cage de verre. Il effleurait du bout de ses lèvres sa peau qui se hérissait à leur passage. Il goutait le sel de leur sueur tandis qu'il continuait son exploration. Il promenait ses yeux sur elle afin de graver chaque contour de son visage, de ses jambes, de son corps dans son entier.
Il pouvait presque voir chaque goutte de sueur glisser sur sa peau. Elles s'accrochaient à son épiderme, puis doucement se mettaient à rouler. A chaque glissement c'est comme si elles creusaient un sillon dans sa chair dans le but de se rejoindre et créer un torrent qui partait à la conquête de chaque parcelle de son corps.
En y regardant de plus près il remarqua que ces dizaines de perles translucides se paraient du bleu de la lumière qui filtrait à travers les rideaux et du rosé de sa peau. C'était un spectacle presque mystique que de voir ces millions de petites gouttelettes parsemer le corps de Pansy de leurs couleurs pastels.
Il se sentait bien dans ses bras avec leur perles de sueur qui se rejoignaient pour former des ruisseaux sur leur corps enlacés.
