Partie 4

La soirée avait été très agréable. En plus de la nourriture divine qui avait été servie, l'ambiance avait été chaleureuse, chose que Nanao n'aurait jamais cru possible dans une assemblée de nobles. Mais comme Byakuya lui avait expliqué quand elle lui en avait fait la remarque, les membres de sa famille se montraient sous leur meilleur jour pour qu'elle n'ait pas la soudaine envie de s'enfuir pour ne jamais revenir. Même ceux qui se montreraient les plus réfractaires à l'idée de leur union connaissaient les enjeux et ils préféraient que le prochain chef de clan soit un héritier direct de Byakuya, même si la mère devait être une roturière, plutôt qu'un rejeton de Rukia qui n'avait pas une seule goutte de sang des Kuchiki dans les veines.

Nanao trouva charmant que le pedigree de la jument poulinière soit secondaire tant qu'elle portait la semence de l'étalon royal. Sa pensée lui échappa et elle ne s'était pas rendue compte qu'elle s'était faite cette réflexion à voix haute avant qu'un sourire n'illumine le visage de son cavalier. C'est ainsi qu'elle découvrit que le capitaine Kuchiki avait un regard assez cynique sur le monde dans lequel il vivait. Il n'avait jamais rien dit directement – il était bien trop prudent et malin pour faire ce genre d'erreur – mais quelques commentaires ajoutés à l'attention de la jeune femme quand il lui présentait d'autres invités laissait peu de doutes à ce sujet, pour qui savait lire entre les lignes. Il n'en était pas pour autant fier de ses racines et il n'avait aucune intention de laisser sa position à un autre.

Quand il la ramena chez elle, ils avaient été tous les deux étonnés de voir qu'ils avaient passé une excellente soirée. Bien entendu, ils ne s'étaient pas avoués une telle chose. Si le dialogue entre les deux membres du Gotei 13 avait d'abord été laborieux et artificiel lorsqu'ils se retrouvaient contraints à boire le thé ensemble, le fait de jouer la comédie avait modifié leurs rapports. Comme Byakuya ne se sentait plus piégé par son grand père il se montrait volontiers ouvert, ce qui avait considérablement détendu l'atmosphère entre eux. Surtout que Nanao, habituellement réservée, ne se faisait pas prier pour participer à la discussion. Après tout, ils conspiraient tous deux contre la famille du jeune homme, ce qui amusait beaucoup la brunette.

Quand ils arrivèrent en vue de l'appartement de Nanao, ils se rendirent compte que quelqu'un était assis devant la porte d'entrée. La jeune femme était attendue.

Malgré l'heure tardive – ou matinale – et la nuit qui régnait, le vice capitaine de la 8ème division n'eut aucun mal pour reconnaître son capitaine. Quand il les vit approcher, ce dernier se leva pour les accueillir.

Après l'échange de politesse d'usage Nanao prit la parole:

"Qu'est ce que vous faites ici, monsieur?"

"Je suis venu voir si ma Nanao-chan voulait m'offrir un thé, mais comme il n'y avait personne, je me suis inquiété et j'ai décidé d'attendre son retour!"

Nanao préféra ne pas relever l'utilisation du 'chan' et du pronom possessif mais elle nota que le fait qu'elle ne soit pas chez elle un soir était une occurrence tellement rare que son capitaine s'en était alarmé. Ca résumait bien l'état pitoyable de sa vie sociale!

"C'est bon, je suis rentrée maintenant, vous pouvez me laisser."

Il eut une réaction qu'elle n'attendait pas. Il s'approcha d'elle, lui passa un bras par-dessus l'épaule et la fit pivoter de sorte qu'ils fissent tout deux face au capitaine Kuchiki:

"Vous avez entendu la dame, Byakuya, vous pouvez nous laisser maintenant. Et un grand merci pour avoir ramené ma Nanao-chan saine et sauve."

"Non, ça n'est pas ce que je voulais dire!" Le visage de la jeune femme reflétait bien l'indignation qu'elle ressentait à ce moment précis.

Byakuya, quant à lui, ne se formalisa pas d'être remercié de la sorte par Kyôraku. Il connaissait trop bien les manières du capitaine de la 8ème et le geste protecteur qu'il venait d'avoir en direction de son vice capitaine était des plus éloquents.

"Ne vous en faites pas, vice capitaine Ise, je vais vous laisser." Il ajouta en se courbant légèrement. "Et je vous remercie pour cette excellente soirée."

La jeune femme, qui s'était dégagée de l'étreinte de son supérieur à l'aide d'un coup de coude bien placé, rendit immédiatement son salut à son cavalier.

Ce dernier s'éloignait quand le capitaine Kyôraku, frottant ses côtes douloureuses, lança:

"Alors, ce thé, on va le boire?"

OoOoOoOoOo

L'idée de laisser à la porte son capitaine avait bien effleuré l'esprit de Nanao mais elle était incapable de résister à son regard suppliant. Elle entra tout de même dans son appartement sans lui adresser le moindre regard. Il devait bien comprendre qu'elle n'avait pas apprécié son intrusion dans sa vie personnelle. Elle doutait que le message ait été bien reçu – comme toujours dans de tels cas – car il la suivit et s'installa dans le fauteuil du salon comme s'il était le maître des lieux. Elle poussa un soupir et se rendit dans la cuisine pour préparer la boisson chaude.

Elle faisait dos à la porte et était en train de remplir les tasses quand une voix la dit sursauter:

"Ma Nanao-chan est particulièrement en beauté ce soir."

Elle se retourna vivement pour apercevoir le capitaine Kyôraku adossé au chambranle de la porte. Elle avait dut se perdre dans ses pensées pour ne pas l'entendre venir jusqu'ici.

Elle allait écarter le compliment routinier comme elle le faisait habituellement quand elle remarqua la sincérité de ses paroles dans ses yeux. Le regard qu'il posait sur elle était tellement intense qu'il lui noua les entrailles. Elle ne sut que répondre et seul un petit 'merci' passa ses lèvres alors qu'elle se tourna à nouveau vers les tasses pour masquer son embarras. Elle compléta sa tâche tout en sentant l'attention que lui portait son capitaine. Ca n'était pas la première fois qu'elle se retrouvait scrutée ainsi par l'homme qui se trouvait dans sa cuisine mais comme à chaque fois, elle fit mine de ne pas s'en apercevoir. C'était peut être un peu lâche mais beaucoup plus prudent.

Elle attrapa finalement les tasses pleines pour les porter au salon. Shunsui s'écarta du chemin et la suivit docilement dans l'autre pièce. Il ne manqua pas de l'observer à nouveau quand elle passa à côté de lui. Il n'avait pas menti, il la trouvait vraiment superbe. Habituellement il la trouvait déjà magnifique mais la voir légèrement maquillée, les cheveux relevés d'une façon non coutumière et ainsi vêtue c'était un plus. Rangiku ne lui avait pas menti quand il l'avait rencontrée dans un bar un peu plus tôt. Elle lui avait annoncé que sa Nanao sortait avec Kuchiki et qu'elle était belle comme un cœur. Si la première partie de la nouvelle ne lui avait pas vraiment plut, il avait voulu vérifier la deuxième partie de ses yeux. Et c'était pourquoi il avait passé une grande partie de la nuit assis devant la porte de la jeune femme à attendre son retour. L'attente était bien récompensée: il avait fait fuir Byakuya et pouvait pleinement profiter du spectacle.

Malgré l'heure tardive, ils prenaient leur temps pour déguster leur thé et discutaient de choses et d'autres, tout en évitant soigneusement de parler du capitaine de la 6ème division. Ce fut pourquoi Nanao avait été un peu surprise quand Shunsui lui lança sans préambule:

"Ma Nanao-chan devrait se méfier de Byakuya. Je suis sûr qu'il a une idée derrière la tête."

"Ne vous en faites pas capitaine, ses intentions sont des plus honorables."

Kyôraku eut un petit sourire narquois. Honorables! Même s'il ne se comportait pas comme tel, Byakuya Kuchiki était un homme, et les intentions des hommes envers les femmes étaient rarement honorables. Il allait l'expliquer à son manifestement très naïf bras droit quand elle continua en ignorant son air moqueur:

"Il a juste l'intention de me demander en mariage."

Elle ne savait pas comment elle devait réagir devant la mine atterrée que fit son capitaine. Jamais elle ne lui avait vu une telle expression. Est-ce que ça signifiait qu'il venait de recevoir comme un coup de poignard parce qu'elle allait le quitter, dans ce cas là elle devrait le réconforter et le rassurer. Ou est ce qu'il était juste étonné qu'un homme ait envie de l'épouser, dans ce cas là elle devrait le frapper avec l'objet le plus lourd qui se trouvait à portée de main. Elle était encore indécise quand il reprit:

"Qu'est ce que tu entends par là?"

Il avait cessé de parler d'elle à la troisième personne remarqua-t-elle. Un événement à marquer d'une croix blanche! Et il avait aussi perdu la compréhension du français. Fallait-il s'en inquiéter?

"Vous savez, monsieur, tous les hommes ne sont pas comme vous, réfractaires aux engagements. Pour certain, fonder une famille est une part importante de la vie."

"Ca je sais, ce que je veux dire c'est qu'il ne peut pas demander ma Nanao-chan en mariage!" Les tournures de phrases à la troisième personne étaient de retour! "Vous vous connaissez à peine. Et quel genre d'homme annoncerait à une femme qu'il à l'intention de la demander en mariage? Ca ne se fait pas!"

"C'est sûr que pour ce qui est des demandes en mariages vous êtes un expert!" Il lui faisait environ une demande par semaine. "Et pour information, je connais le capitaine Kuchiki depuis près de 100 ans, je ne sais pas ce qu'il vous faut de plus."

"Je ne sais pas, déjà l'appeler par son prénom!"

Il voyait que la conversation risquait de tourner court s'il l'énervait trop. Il avait entendu des rumeurs sur sa Nanao-chan et sur Kuchiki et il en avait bien ri. Il ne pensait pas que c'était sérieux mais maintenant qu'elle venait de lui lancer un telle bombe, il ne savait plus. Il voulait qu'elle réponde à une seule question avant qu'elle ne perdre son calme:

"Nanao-chan ne va pas lui dire oui?"

Son ton plaintif fit presque mal au cœur à Nanao mais il l'avait énervée et elle ne savait pas si elle voulait le libérer de sa misère tout de suite. Elle pourrait bien le laisser se faire des idées pendant encore une semaine ou deux mais les yeux gris qui la regardaient étaient tellement plein d'inquiétude qu'elle n'en eut pas le courage. Bon sang, pourquoi était-elle toujours aussi faible quand il s'agissait de lui?

"Bien sûr que non, je ne vais pas l'épouser."

Et elle lui raconta ce qu'elle avait convenu avec Byakuya. Quand elle eut terminé son récit, tout ce qu'il trouva à ajouter, avec sa joie retrouvée, fut:

"Je ne pensais pas qu'un jour je verrais le pépé Kuchiki jouer les marieuses!"

OoOoOoOoOo

Nanao était assise derrière son bureau et avait un mal fou à se concentrer. Elle était en train de rédiger un rapport sur un accident survenu dans le 49ème district du Rukongai mais à chaque fois qu'elle y repensait, elle revoyait les gamins qui s'étaient trouvés sur les lieux et son esprit retord n'avait de cesse que de retourner à sa propre enfance. Et elle, elle n'en avait aucune envie.

En début d'après midi un appel de détresse était parvenu du groupe de 5 shinigamis de la 8ème division qui était parti vérifier une activité hollow dans le Rukongai. Ils étaient tombés sur 3 hollows –ce qui n'était pas prévu – et le combat qui avait suivit avait vu l'extermination du danger hollow et avait fait deux blessés légers et un blessé grave chez les shinigamis. La procédure voulait qu'en cas de blessure sévère un officier de la division accompagne les secouristes de la 4ème division. Habituellement le 3ème siège de la 8ème division s'en chargeait mais, comme il était occupé sur une autre mission, Nanao avait décidé d'y aller elle-même.

Sur place, elle avait été soulagée de voir que la vie du blessé grave n'était pas en danger. Il allait passer quelques temps au bon soin de la 4ème division mais il n'aurait pas de séquelles. Elle imaginait déjà la fête que les membres de sa division ne manqueraient pas d'organiser pour le retour du guerrier blessé. Tout était prétexte à faire la fête à la 8ème.

Les membres de la 4ème division étaient en train d'évacuer les blessés qui ne pouvaient pas se déplacer seuls quand un groupe de trois gamins s'était approché timidement des shinigamis. Le plus hardi de la bande avait pris la parole pour remercier les soldats de leur avoir sauvé la vie. Les Hollows allaient les manger quand les hommes de la 8ème division étaient apparus. Nanao ne se souvenait plus exactement ce que lui avait raconté le gamin. Tout ce qui s'était gravé dans la mémoire de la jeune femme était l'apparence de ce petit garçon. Il était vêtu de loques, chose courante dans le Rukongai, mais il était surtout couvert de bleus, ce qui n'était malheureusement pas rare. Les meurtrissures n'étaient pas récentes, il ne les avait pas eut lorsque les Hollows s'étaient attaqués à eux. Et il en avait trop pour qu'une bagarre de mômes en soit la cause. Le gamin était une victime régulière de mauvais traitements. C'étaient ces marques qui n'avaient de cesse de rappeler à Nanao l'époque où elle-même en était recouverte. Et elle essayait de toutes ses forces de se concentrer sur le rapport à rédiger.

OoOoOoOoOo

Nanao venait de se réveiller. Elle avait passé une nuit difficile: les cauchemars lui avaient laissé peu de répit et à chaque fois qu'elle avait été réveillée par un de ses horribles souvenirs, elle avait lutté de toutes ses forces pour ne pas se rendormir. Son petit corps était faible et inexorablement il s'était laissé regagner par le sommeil et son esprit avait été à nouveau la proie de ses affreux rêves.

La lumière filtrait à travers les planches qui constituaient les murs de la cabane. L'arrivée du jour avait quelque chose de réconfortant. Elle se redressa et chercha du regard Keiko, la dame qui l'avait recueillie depuis peu. Elle n'était plus là. C'est alors que la fillette remarqua les voix à l'extérieur. Deux personnes étaient en train de discuter: Keiko d'après sa voix et un homme qu'elle ne parvint pas à identifier. Nanao n'aimait pas les étrangers et elle ne voulait pas rencontrer l'inconnu qui se tenait dehors. Il était dans son intention de s'éclipser de la seule pièce que comportait la maison – elle avait remarqué deux planches qui bougeaient dans le mur opposé à la porte d'entrée et elle pourrait facilement se faufiler entre elles – quand les paroles des adultes dehors l'arrêtèrent. Elle s'approcha doucement de la porte pour mieux les entendre.

"Alors, comment va la fillette?" Demanda l'homme.

"Je ne peux pas la garder." Fut la réponse de Keiko. "Vous m'avez prévenue qu'elle avait du mal à maîtriser sa pression spirituelle mais vous ne deviez pas vous rendre compte à quel point c'est grave! Non seulement cette petite est un véritable aimant à Hollows mais en plus de ça, elle à bien faillit me tuer. Quand je me suis réveillée cette nuit, je ne pouvais plus bouger, plus respirer. Je crois que c'est un véritable miracle si je ne suis pas morte. Il faut que vous la repreniez."

Le cœur de Nanao se mit à battre la chamade. Keiko voulait se débarrasser d'elle? Elle voulait la donner à un inconnu? Et elle-même avait essayé de la tuer? Mais comment? Elle aurait voulu fuir de la maison pour se cacher mais ses jambes se refusaient à lui obéir.

"Dame Keiko, je comprends vos craintes mais l'année est déjà commencée et je ne pourrai pas l'emmener à l'école maintenant. Si vous voulez, je pourrai lui enseigner quelques méthodes simples pour qu'elle ne soit plus un danger."

"Vous ne vous comprenez pas l'ampleur de la tâche. Je ne sais même pas s'ils arriveront à faire quelque chose pour elle dans votre école. Je ne sais pas ce qu'elle a vécu, tout ce que je sais d'elle, je l'ai deviné en voyant l'état dans lequel vous me l'aviez confiée: maigre comme un clou, couverte de bleus et, pauvre petite, du sang sur les cuisses. Elle est abîmée à tel point qu'elle ne me fait toujours pas confiance alors qu'elle est ici depuis trois semaines. Elle est constamment sur le qui-vive et au moindre mouvement brusque, elle se sauve hors de portée. Il faudrait déjà que vous réussissiez à l'approcher pour lui enseigner quoique ce soit!"

Ce que dirent les adultes par la suite fut totalement couvert par le bourdonnement dans ses oreilles. Elle n'arrivait plus à se concentrer sur autre chose. On allait l'abandonner. Encore! Elle n'aimait pas les gens mais elle ne voulait pas rester toute seule. Et madame Keiko était gentille à sa manière : elle lui donnait à manger et ne s'intéressait pas trop à elle. C'était la définition du bonheur pour la petite fille qu'était alors Nanao.

La fillette fut tirée de ses réflexions par la voix de madame Keiko qui lui demandait de venir les rejoindre. Nanao hésita un instant mais comme elle ne désobéissait jamais, elle quitta prudemment la sécurité de la cabane. Elle ne s'approcha cependant pas des adultes et resta à distance suffisante pour pouvoir fuir en cas de besoin.

Nanao observa un instant l'homme qui se tenait face à la femme qui s'occupait d'elle. Elle l'avait déjà vu. Ce n'était pas un homme. C'était le démon de l'orage! Il ressemblait à un être humain avec ses petites lunettes et sa moustache noire mais les deux cornes qu'il avait sur la tête disaient autre chose! Et quand elle l'avait rencontré la première fois, le soir d'orage où elle essayait de fuir un autre monstre, elle avait voulu lui lancer une boule de kido mais il s'était contenté de lever une main pour que la sphère d'énergie disparaisse et pour que Nanao perde conscience. Seul un démon pouvait faire ça. Sa tenue laissait aussi paraître ce qu'il était vraiment: il était vêtu de noir et portait par-dessus une longue veste bleue avec un col raide démesuré. Il avait aussi un grand bâton se terminant par un demi cercle sur lequel étaient accroché des anneaux. Sans aucun doute l'artéfact qui lui permettait de faire sa magie.

"Nanao, je te présente Tsukabishi Tessai. Est-ce que tu te souviens de lui?"

La fillette hocha timidement la tête:

"Oui, c'est le démon de l'orage."

A sa réponse l'homme afficha une légère surprise mais madame Keiko parti d'un éclat de rire franc. Quand elle se calma enfin elle reprit à l'attention de l'autre adulte présent:

"Messire Tessai, combien de fois vous ai-je conseillé de changer de look?" Puis elle se tourna à nouveau vers la fillette. "Approche Nanao."

Nanao fit ce qu'on lui demandait, elle avança d'un demi pas. Tessai l'observa un instant. Quand il l'avait amené, il faisait nuit et il ne s'était pas rendu compte qu'elle semblait aussi frêle. La plupart des bleus avaient disparu de sa peau et ceux qui restaient étaient maintenant jaunes. Elle était toujours aussi maigre mais avec des repas réguliers, elle allait bien vite se remplumer.

"Qu'est-il arrivé à tes cheveux?"

Trois semaines auparavant elle avait les cheveux qui lui arrivaient au milieu du dos mais maintenant elle avait le crâne aussi lisse qu'une boule de billard. A cette question les yeux de la fillette s'emplirent de larmes:

"Il a fallu les raser parce qu'ils étaient plein de vermines…"

"Ils vont vite repousser, ne t'en fait pas. Et maintenant que tu n'as plus de poux, ta tête ne te gratte plus!"

Nanao fit un petit signe affirmatif à Keiko. Elle avait consenti à ce que Keiko lui rase la tête en échange d'un repas mais elle regrettait cette décision tous les jours.

"Sais-tu ce qu'est un shinigami?" Lui demanda alors l'homme qui voulait détourner la conversation. Il n'était pas très à l'aise lorsque les gens se mettaient à pleurer.

"Ce sont des hommes méchants. Ils font du mal autour d'eux et tout le monde les déteste. Moi aussi, je les déteste."

Voilà qui n'allait pas arranger les affaires de Tessai! Comment annoncer à cette petite fille qui haïssait les shinigamis qu'il avait l'intention de la faire rentrer dans une école pour qu'elle en devienne un elle-même?

"C'est quoi la pression spirituelle?" Nanao ne voulait pas parler de ces êtres ignobles qui l'avaient condamnée à une vie misérable. Elle se souvenait que les adultes avaient parlé de pression spirituelle un peu plus tôt et elle aurait aimé savoir ce que c'était.

"C'est ce qui fait que certaines personnes ont des pouvoirs….spéciaux." Hasarda-t-il.

"Vous voulez dire, comme des pouvoirs magiques?"

La fillette le regardait avec de grands yeux violets qui brillaient. Elle avait beau ressentir de l'appréhension à la présence de cet inconnu, elle n'en restait pas moins une enfant, et une enfant qui aimait la magie. Quand il hocha la tête, elle reprit:

"Comme quand vous avez fait disparaître ma boule bleue et que vous m'avez endormie?"

"Oui Dame Nanao, et je sais faire d'autre choses encore."

Il fit aussitôt apparaître une boule de kido rouge foncée dans le creux de sa main. La petite fille regarda l'apparition ébahie. Elle-même savait faire ce genre de chose mais jamais quand elle le souhaitait. Ca n'apparaissait que lorsqu'elle était effrayée. La fascination que provoquait le sort de kido sur elle était plus forte que la crainte qu'elle ressentait face à l'homme inconnu et elle avança rapidement de quelques pas dans sa direction avant de tendre le bras vers la boule d'énergie. Le mouvement soudain de Nanao surprit Tessai et il eut à peine de temps d'esquisser un geste de recul que la main de la petite fille entrait en contact avec la sphère rouge.

"C'est marrant, c'est tout chaud et ça picote!" Lui lança-t-elle en lui faisant un sourire qui faisait oublier que la fillette face à lui semblait sur le point de défaillir quelques instants plus tôt par le seul fait de sa présence.

Tessai remarqua à peine cette preuve de joie. Tout ce qu'il voyait, c'était une gamine qui tenait presque dans sa paume un sort de kido qui aurait dû la projeter sur 100 mètres ou lui arracher le bras. Et tout ce que ressentait la dite gamine était une sensation de chaleur et de fourmillement. Elle possédait une pression spirituelle beaucoup plus élevée que ce qu'il avait pensé en la rencontrant. Il avait trouvé là un futur membre pour le corps de kido qui lui semblait plus que prometteur. Il ne lui restait plus qu'à la convaincre de devenir un shinigami – ce qui ne serait pas difficile quand on voyait la fascination que provoquait le kido sur elle – puis à convaincre l'école d'accepter une élève en court d'année. Certaines personnes influentes lui devaient quelques faveurs, il était temps de faire appel à elles. Il ne pouvait pas laisser cette gamine livrée à elle-même avec une telle force. Elle risquait effectivement de tuer des gens ordinaires sans même s'en rendre compte mais, ce qui était plus grave à la vue de son potentiel, elle risquait de se faire du mal à elle-même!

OoOoOoOoOo

Nanao n'avait revu le démon de l'orage qu'une seule fois par la suite, le jour où il l'avait laissée à l'école de shinigamis. Elle avait haï cet endroit au début: elle y avait été le centre d'intérêt pendant les premières semaines parce qu'elle n'était qu'une enfant et parce qu'elle était entrée en cours d'année. Puis les gens s'étaient lassés de la nouveauté qu'elle était et elle avait commencé à vraiment apprécier cette école.

C'étaient là le genre de souvenirs d'enfance que Nanao appréciait de revisiter. S'ils n'étaient pas emplis de grands bonheurs, au moins ils étaient vides de souffrance.

Lorsque Nanao regarda à nouveau l'heure elle sursauta: bon sang, elle allait être en retard pour la réunion de l'association des femmes shinigamis et elle n'avait toujours pas fini son rapport! Elle était tentée de se faire excuser pour la réunion. Elle savait comment ça allait finir: elle allait avoir droit à un nombre incalculables de questions indiscrètes – et déplacées de la part de Rangiku – sur sa pseudo relation avec Byakuya Kuchiki. D'un autre côté, qui savait ce que Yachiru allait inventer si elle se retrouvait seule aux commandes? Si elle se dépêchait, elle pouvait encore terminer le rapport et être à l'heure.

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A suivre

Z.