Paris sera toujours Paris

Un grand merci à Asuka/FicAndRea d'avoir endossé le rôle de bêta sur cette fic.

Dédicacé à Nix (sur fanfic-fr) ou Kiito (sur Fanfiction)

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Paris sera toujours Paris

Chapitre quatre: La joie venait toujours après la peine

- « Papy, où on va ? Dis Papy, où on est ? »

L'enfant secoua l'homme par la main pour le forcer à ralentir. Il trottinait sur ses courtes jambes derrière son grand-père et avançait par à coups, ayant du mal à suivre le rythme.

- « Nous allons voir ton grand-père. »

- « Papy, c'est toi, mon grand-père ! » de moqua l'enfant d'une voix qui semblait ennuyée à devoir annoncer une telle évidence.

- « Ton autre grand-père. »

- « Je n'ai pas d'autre grand-père. »

- « Sottises, tout le monde a deux grands-pères. Ce n'est pas parce que tu ne le connais pas qu'il n'existe pas. »

- « …. Le père de mon père ? »

- « Oui. »

- « Et pourquoi je ne l'ai jamais vu ? »

- « Parce que nous étions fâchés. »

- « Pourquoi vous étiez fâchés ? »

- « Parce que le temps nous a opposés. »

- « Et pourquoi vous n'êtes plus fâchés ? »

- « Parce que le temps nous a rapprochés. »

- « Papy, je ne comprends pas. »

- « … moi aussi, j'ai eu du mal à comprendre. »

- « Il est gentil comme toi, mon autre grand-père ? »

- « Je pense que oui. Cela fait longtemps que je ne l'ai pas vu. »

- « Et il faisait du foot comme toi ? »

- « Oui. »

- « J'aime pas le foot. »

- « Je sais. » L'homme sourit et recommença à marcher. « Lui non plus n'aime plus le foot. »

- « Pourquoi ? »

Les enfants et leurs pourquoi… Il paraît qu'en répondant honnêtement à trois « pourquoi » successifs, on obtenait la question et la réponse véritable, le cœur du problème.

- « Parce que de l'amour à la haine, il n'y a qu'une fine ligne… »

La finale de la ligue des Champions de l'UEFA aurait lieu ce soir. Paris, qui accueillait le prestigieux événement sportif, vibrait d'impatience depuis trois jours, quand l'affiche finale avait été annoncée. En ce début d'après-midi, la capitale française s'enflammait. De mémoire d'homme vivant à Paris, jamais n'avait-on vu une telle foule qui se pressait déjà au Stade des Princes. Les places s'étaient vendues comme des petits pains et la police avait dû intervenir plusieurs fois aux guichets où des fans hystériques s'arrachaient les derniers tickets, provoquant des émeutes invraisemblables.

Presque indifférente à cette surexcitation fiévreuse, une silhouette se hâtait dans les vieilles rues. Le pied sûr, la démarche agile, elle se dirigeait dans le quartier sans aucun problème. Enfin, jusqu'à ce qu'elle soit stoppée par une impasse.

- « Mais qui a foutu un mur ici ? » grommela une voix grave, indiquant qu'il s'agissait d'un homme. Non qu'il y eut matière à confusion. La haute taille, la carrure d'épaules et la circonférence des cuisses ne laissaient aucun doute : un être masculin, et musclé qui plus est. Cependant, son identité restait secrète : la capuche de survêtement dissimulait ses traits.

L'homme – car là encore, la stature ne pouvait pas être celle d'un adolescent – se détourna et pestant entre ces dents, contourna le bloc d'immeuble. Il marchait rapidement, mais d'un pas calme, nullement pressé par le temps. On voyait qu'il n'était pas nerveux, simplement habitué à faire de grandes enjambées. Quelques minutes plus tard, il s'arrêtait devant un bâtiment, qu'il regarda longtemps. Un simple édifice de deux étages, jadis maison bourgeoise et actuellement reconverti en bureaux.

S'il avait été possible de voir le visage de notre inconnu, nous aurions vu un sourire nostalgique se dessiner sur des lèvres pourtant peu habituées à exprimer ce genre de sentiments. Avec un haussement d'épaules, le visiteur reprit sa marche. Il savait exactement où il allait et rien, pas même une grille, un mur ou un portail, ne l'arrêterait. Un saut, un changement de position de jambes et une réception en douceur sur les antiques pavés réglèrent le problème.

- « Alors, toi aussi ? » fit une voix, alors que son propriétaire se détachait du mur sur lequel il était appuyé.

- « Je savais que tu serais ici. » répondit l'autre.

- « Bah, depuis quand es-tu devenu clairvoyant, Léon ? » Entendre son ancien surnom dans cette cour, de la bouche de cette personne fit clairement sourire notre inconnu – bien qu'à cet instant, nous ayons déjà une forte idée de qui il s'agissait. La personne (laissons durer le plaisir) ne dit rien. Perdu dans la contemplation de la façade, il semblait sourd et muet. « Hé, je ne te savais pas mélancolique ! » tança l'autre.

- « Allons-y ! » Kojirô Hyûga – et oui, c'était lui ! – se tourna brusquement vers son interlocuteur. Avec ce mouvement, sa capuche retomba en arrière, dévoilant un visage qui était connu presque partout dans le monde.

- « Euh... où ? »

- « Idiot, à l'intérieur. »

- « … tu crois vraiment que c'est le jour pour nous faire coffrer pour vandalisme ? »

- « J'ai la clé. »

- « … moi aussi ! »

- « Tu n'as pas changé, Tarô ! »

Et voilà pour le suspense.

Tarô Misaki et Kojirô Hyûga étaient sur les traces de leur adolescence perdue. Cela faisait des années qu'aucun d'entre eux ne pensait à la boulangerie Dusfrene que périodiquement, avec toujours ce pincement au cœur symbolique de l'évocation du « bon vieux temps ». Cependant, en se réveillant aujourd'hui dans leurs superbes chambres d'hôtel cinq étoiles, chacun s'était dit :

« Paris, ce n'est pas ça. »

Alors, chacun de leur côté, sans même savoir que l'autre faisait la même chose, ils avaient remués ciel et terre, chacun à leur façon, en ce dimanche de fête parisien, pour se procurer les clés des portes du passé. Celle de la boulangerie Dusfrene, leur maison pendant trois ans, le toit qui avait couvert leur amitié et leur début professionnel.

- « C'était le fournil ici. » fit Kojirô en poussant la porte et en entrant. « C'est fou, on dirait que cela sent toujours la farine. » Pourtant, l'endroit rutilait de propreté. Les écrans des ordinateurs tournaient leurs visages transparents vers les joueurs qui avançaient à petits pas respectueux, comme deux pèlerins en Terre Promise.

- « Ils ont gardé la porte de la boutique ! » s'exclama Tarô en allant caresser le montant boisé du passage qui donnait sur l'avant boutique – aujourd'hui la réception du building. Il se retourna et son imagination lui joua un tour. Il crut revoir Kojirô, penché sur un gâteau, et se retrouva gamin de dix-sept ans. Puis l'illusion se dissipa et Kojirô redevint un adulte fort.

L'entreprise familiale Dusfrene avait autant changé que les garçons. Maintenant, on l'appelait la compagnie Dusfrene, crée par les parents, gérées dans quelques années par les deux sœurs et le frère aîné, empire boulanger englobant la manufacture de pains et gâteaux, la vente de produits haute de gamme dans un réseau de boutiques homonymes, et une école de formation boulangerie/pâtisserie de renommée internationale.

Lentement, les deux japonais montèrent les escaliers quant à eux retapés. Pourtant, un grincement familier, accompagné d'une cavalcade Hyûgaesque, résonnaient dans leurs oreilles. Ils ne se s'arrêtèrent pas au premier étage. Certes la maison des Dusfrene avait abrité de nombreux moments de joie, mais à la savoir transformée en de simples bureaux gâchaient ses retrouvailles. Non, ce qu'ils voulaient, c'était voir leur ancien chez eux, ce studio mansardé. Ils se doutaient que, tout comme le rez-de-chaussée et l'appartement, tout avait été rénové. Cependant ils montaient les escaliers.

- « Tu te souviens du piano ? Comme il avait été difficile à monter ? » fit Tarô.

- « Carrément ! Je maintiens encore que j'ai fait tout le boulot, tu ne portais rien ! »

- « Ils ont dû s'éclater à le descendre… »

Kojirô n'osa pas dire ce qu'il pensait : que le piano avait été réduit en charpie à coups de hache et les débris passés par la fenêtre.

Il y avait toujours un couloir, avec les toilettes au bout. Le range-merde avait cependant laissé place à une salle d'archives, remplie de petits casiers métalliques sagement alignés. Kojirô referma la porte et se tourna vers Tarô. Ils ne pouvaient plus reculer. Il ne restait plus qu'une poignée. Un pas vers le passé, un pas vers ce qu'ils ont été, vers ce à quoi ils rêvaient d'être dans le futur quand ils étaient gamins. Est-ce que ce futur correspondait au présent !?

Un peu comme si Tarô touchait du cristal, il tourna la clé dans la serrure. Sans un bruit la porte s'ouvrit sur la mémoire.

- « … … »

- « Rien n'a changé ! »

Ebahis, les deux hommes pénétrèrent dans leur chambre. Les deux lits étaient là. La commode, le meuble bibliothèque aussi.

- « Ils ont gardé mon piano ! » s'extasia Tarô en caressant le bois dont la laque s'écaillait par endroit. Plus machinalement que par envie, il s'assit sur le tabouret poussiéreux, souleva le couvercle et pianota, puis grimaça. Les cordes distendues rendaient le son creux.

- « Ils ont aussi gardé toutes les coupures de journaux ! » fit Kojirô, qui s'était intéressé à la pile de livres qui s'entassaient sur les étagères.

Tarô et lui avaient pourtant vidé la chambre quand ils étaient partis. Mais les livres rassemblaient absolument toutes les photos et articles qui les concernaient, depuis leur arrivée au club 15-18 du PSG jusqu'à aujourd'hui. Les larmes aux yeux, les deux japonais se rappelèrent, comme si l'image n'était pas un souvenir, mais une action vivante devant eux, Amandine Dusfrene qui découpait le journal de son mari – à la plus grande consternation de celui-ci. Penchée sur la table de la salle à manger, un sourire aux lèvres, elle collait les articles en riant :

- « J'ai déjà l'impression d'être une vieille mère radoteuse ! »

Les garçons remarquèrent enfin sur les murs les posters, les photos et dans une série de cadres vitrés, des maillots. Tous ceux qu'ils avaient envoyé à leur famille d'adoption, c'est-à-dire un par club où ils avaient joué. Et à part, comme trônant sur le mur en face de la porte, côte à côte dans le même sous-verre deux maillots : ceux du PSG 15-18. A cette époque, ils n'avaient pas pu prétendre choisir leur numéro. Tarô avait hérité du vingt-huit, et Kojirô du trente et un. Un peu par défi, un peu par rigolade, ils les avaient signés et donnés à Eric le jour de leur départ en lui disant :

- « Tu vas voir, un jour, cela vaudra assez d'argent pour t'acheter ta première voiture. »

Et comme ils avaient eu tord, sur ce coup.

Apparemment, Amandine, et Eric après elle, avaient continué à garder les articles et les maillots. Le moment resta en suspens, puis s'effaça, comme poussé par le vent. Le charme était rompu.

- « On se croirait dans un mausolée… » murmura Kojirô en reposant le premier cahier tout jauni pour prendre le dernier, tout en bas.

- « Tu es peut-être décati, mais ne m'enterre pas trop vite ! » rétorqua doucement Tarô. « Je vais te mettre la trempée de ta vie ce soir ! »

- « C'est beau, l'espoir… Hé, regarde, c'est à jour ! Je me demande si… »

Parcourant les rangées de livres d'une main, tous référencés par une étiquette portant une date, il prit un volume et le feuilleta.

- « Voilà ! Il l'a ! La seule photo que nous n'avons jamais prise tous les deux sous les mêmes couleurs de club. »

Tarô s'approcha et regarda par-dessus l'épaule de son compatriote.

- « L'O.M… Cela fait… dix ans ? »

- « Onze à la saison prochaine. »

- « J'ai eu raison de quitter ce club. Cette couleur ne m'allait vraiment pas ! » commenta Tarô. « Mais je vois qu'Eric a gardé le maillot. »

- « Une vraie pièce de collection maintenant. »

- « Nous n'aurons jamais passé que deux semaines ensemble dans le même club. »

- « Tu le regrettes ? » interrogea Kojirô en fermant le livre en un claquement sonore.

- « Un peu. »

- « Et c'est pour ça que tu détestes autant Bertonili. »

- « Je ne le déteste pas ! » s'offusqua Tarô.

- « Coco, tu lui as mis ton poing dans la gueule. Pour moi, ce n'est pas de l'amour… »

- « … …. » Tarô grommela quelque chose d'incompréhensible.

- « Mais il s'en est mordu les doigts. » rassura son compagnon.

Bertonili, milieu de terrain italien, n'avait été qu'un feu de paille. Durant deux saisons, il illumina la Série A, au point que tous les clubs européens se disputèrent à prix d'or. L'Olympe Marseillais gagna l'enchère et tenta d'aligner le prodige avec les deux Japonais, eux aussi valant leur pesant d'or malgré leur jeune âge. Après tout, ils étaient l'artisan principal de la victoire nipponne lors de la coupe du Monde Junior qui datait tout juste de deux mois. Mais Bertonili ne voulait pas d'autre poulain que lui dans l'écurie. Il fulmina, se répandit en menaces, fit des scènes de tous les diables – en un mot comme dans un autre, il fit un caprice. Il serait le seul et unique milieu de terrain « à succès ». Et la direction du club céda. Préférant garder ce qu'ils croyaient être la poule aux œufs d'or, les dirigeants échangèrent Tarô avec un Anglais anonyme de Liverpool. Le nippon partit furieux et exprima son ressentiment d'une façon très virulente et très inattendue de sa part.

Kojirô était sur le point de demander son transfert. Il refusait de jouer dans une équipe qui pratiquait ce genre de discrimination, mais Tarô l'en empêcha. L'OM restait le meilleur club français – voire européen - à l'époque, et le seul qui pouvait donner à Kojirô ce qu'il cherchait.

Ce fut un coup de chance pour le club phocéen que le nippon restât. Bertonili s'écroula en mi-saison. Orgueilleux, rendu fou par son succès, il ne venait plus aux entraînements et faisait faute sur faute en match. Personne ne sut jamais s'il avait été réellement blessé, ou juste licencié. Il disparut, tout simplement. On n'entendit plus parler de lui, mais il avait fait assez de dégâts pour laisser le club stagner en bas du classement. Ce ne fut que grâce aux efforts de Kojirô que le club remonta. La finale de la ligue des Champions de l'UEFA cette année vit s'opposer Liverpool au Bayern. Un match palpitant où Tarô prit sa revanche sur l'OM, démontrant qu'il était un joueur exceptionnel et sur Karl-Heinz Schneider, réglant une dispute assez récente sur l'utilité des terrains de milieux au foot.

Après, Kojirô décrocha un contrat en Italie, son rêve de toujours et Tarô regagna la France, où, en tant que meneur de l'OL, il mena une guerre tambour battant contre Alcide, toujours girondin à l'époque, et acheva une OM moribond, orphelin de tout talent. Et cette année, l'affiche de la finale de la ligue des Champions de l'UEFA fut l'OL contre l'Inter Milan. Le premier duel au somment des deux frères.

- « Cela va nous faire combien de finales ? » demanda justement Kojirô.

- « Six… Enfin, sept, mais j'ai tendance à ne pas compter celle où tu n'as joué que traîtreusement dix minutes… »

- « Tu ne vas m'en vouloir toute ma vie, non ? Ma femme accouchait ! Mon premier gosse ! Et tu en es le parrain… »

- « Ken l'est aussi. Tiens, qui seront les parrains de ton numéro deux ? »

- « Takeshi et Prosper. »

- « Pas d'accouchement prévu pour ce soir ? »

- « Non et je n'espère pas… Pas à quatre mois de grossesse. »

- « Tout de même, elle aurait pu faire un effort… Est-ce que ma femme a déjà accouché durant une finale, hein ?»

- « Tarô… tu n'es pas marié et encore moins père, Dieu préserve ces pauvres âmes. »

- « Pas encore. »

- « D'ailleurs, ça avance, vos préparatifs ? »

- « Oui. Justement, j'ai un message pour toi, de la part de Vivian. Elle a juré que si tu ne me laissais pas gagner, elle me planterait devant l'autel. »

- « Ah ! » Kojirô eut un rire court. « Et moi, Regina menace de divorcer si je ne gagne pas ! »

- « … Donc, en gros, cela relance notre duel ? »

- « Et oui. Trois victoires partout. »

- « Que le meilleur gagne ce soir ! »

- « Que le meilleur gagne ce soir ! »

Les deux japonais refermèrent et verrouillèrent la porte et leurs souvenirs. Ce soir, c'était l'avenir qui leur tendait les bras. Ils redescendirent dans la cour, et avec un dernier coup d'œil à la maison de leur cœur, marchèrent jusqu'à la place en évoquant des souvenirs puis se séparèrent pour regagner leur hôtel et se préparer au match de ce soir.

Ce soir, l'anglais Chelsea, emmené par Tarô, affrontait la Juventus, dirigée par Kojirô.

Le duel des deux frères ne faisait que commencer. Ils étaient encore jeune, tout juste la trentaine, mais déjà ils posaient comme les deux grands noms du foot mondial. Ils menaient régulièrement leur équipe du moment en finale : huit fois en dix ans, donc sept en face à face. (Six si on en croyait le compte de Tarô, qui avait dû céder un affrontement à la naissance de son filleul). Leur confrontation avait été interrompue depuis deux ans. L'année dernière, Tarô n'avait pas joué, à cause d'une mauvaise blessure à la jambe, et Kojirô avait remporté le trophée en balayant Manchester. Mais l'année auparavant, il avait été éliminé par Tarô en demi-finale. Cela avait été une finale avant la finale, dû à un tirage au sort défavorable. De toute façon, Chelsea avait dévoré son compatriote Arsenal, qui avait bénéficié de cette tuerie entre monstres du foot avant l'heure.

Beaucoup de choses avaient promis les deux joueurs à un avenir aussi brillant, mais rien ne laissait penser que leur succès serait aussi fulgurant. Après tout, les jeunes espoirs évoluaient certes en équipe connue mais en arrière-plan. Ils auraient dû passer plusieurs années à apprendre de leurs aînés avant de mériter leurs postes de titulaires et encore plus tard, le brassard de capitaine. Tarô et Kojirô avaient gagné les deux en moins de trois ans. Du coup, les fameux maillots du temps du PSG 15-18 valaient une petite fortune, bien au-delà de la première voiture d'occasion. A l'heure actuelle, dix ans après, alors qu'ils avaient encore de belles années devant eux, la valeur des maillots se chiffraient en millions.

Tout se joua lors d'une autre finale, près de onze ans de cela. Celle de la coupe du monde des équipes juniors (moins de dix-neuf ans) organisée au Japon. Conforme aux prédictions de Tarô, l'équipe anglaise fut la surprise du tournoi. Les représentants du Royaume-Uni semblèrent se hisser difficilement jusqu'au quart de finale, où ils supplantèrent l'Espagne, équipe elle aussi peu redoutable, donnant raison à Kojirô. Tout portait à croire que cette équipe d'outsiders serait éliminée par le tout-puissant Brésil en demi-finale, mais là, les anglais sortirent le grand jeu. En fins tacticiens, ils avaient gardés leurs techniques secrètes et Santana fut balayé par les POM (1).

Aussi le Japon peina durant toute la première mi-temps lors de la finale. Les nippons avaient fait un parcours sans faute, démontrant à tous qu'ils n'étaient pas une équipe de seconde zone qui avait bénéficié d'un coup de chance en France. En quart de finale, l'Allemagne succomba, tout comme l'Italie en demi-finale. Italie qui s'était pourtant débarrassée de la France.

Mais contre les anglais, dont personne ne connaissait les arcanes, il ne semblait pas avoir de solution. Les joueurs rentrèrent vidés, après avoir encaissé deux buts et n'avoir même pas pu s'approcher des buts britanniques.

- « Ils sont forts… trop forts… » murmura Tsubasa. Le petit génie paraissait avoir perdu ses repères. Après avoir appris que le championnat espagnol n'était pas ce qu'il espérait, il avait vu le Brésil se faire laminer, et trois coéquipiers s'imposer comme le noyau dur de l'équipe. Léon, Coco et Prosper montraient un savoir sans fin sur les techniques et points faibles de leurs opposants successifs. Ils dirigeaient les sessions tactiques et donnaient des ordres sur le terrain.

- « Mais non, ils ne sont pas si forts. » gronda Tarô, dégoûté par ce défaitisme. « C'est juste qu'ils lisent notre jeu comme dans un livre ouvert. »

Ceux qui le pouvaient encore approuvèrent. Les anglais coupaient systématiquement leurs passes et avortaient dans l'œuf les débuts d'attaque.

- « Il faudrait changer ça… » marmotta Matsumaya. « Changer notre stratégie. »

- « Comment ça se passe en défense ? » demanda soudainement Kojirô en fixant Genzô. Il était resté étonnement calme, bien qu'il n'eût pas fait grand-chose depuis le premier coup de sifflet en tant qu'attaquant.

- « On tient. On aurait besoin de joueurs plus mobiles, ceci dit. Sans offense, mais si la balle circulait plus vite entre la défense et l'attaque, on n'aurait pas tous ces ennuis. » grommela le goal, toujours furieux de s'être pris deux buts.

Tarô et Kojirô échangèrent un long regard, lourd de sens.

- « Le problème principal… » commença Tarô lentement, comme un peu à regret, « c'est que notre stratégie est basée sur Tsubasa. »

- « Bien sûr ! C'est lui le meilleur ! » protesta Ryô.

- « Il est peut-être le meilleur, mais les anglais ont compris que toutes les actions décisives passaient par lui. Il est marqué à la culotte et c'est ça qui déstabilise notre jeu. » fit Kojirô. Il passa sous silence que, contrairement à son habitude, Tsubasa n'arrivait pas à se défaire de ce marquage. « Donc… On va jouer sans Tsubasa. » déclara-t-il alors que Tarô se levait.

Des yeux incrédules le dévisagèrent.

- « COMMENT ? » Pour la première fois, l'équipe agit collectivement.

- « Mais non, il sera toujours sur le terrain. Mais on va changer tout ça. » Tarô s'approcha du tableau représentant leur position sur le terrain et tripota les jetons magnétiques. « Tsubasa… tu vas être en défense. On va jouer en 2-2-3-3. »

- « En quoi ? »

- « Deux lignes de deux pour la défense, un ligne de trois milieux et une ligne de trois avants. Les milieux vont pouvoir circuler entre l'arrière et l'avant, et les buteurs entre l'avant et le milieu de terrain. En fait, on aura six joueurs polyvalents en pointe. »

- « Mais… » demanda Mamoru Izawa. « C'est ce que Tsubasa fait. Il doit marquer un but sur deux de notre palmarès. »

- « Il doit être autre chose. Il va être plus utile en défense. En dernière ligne, avec Sodâ. » glissa Tarô.

- « Moi, je mettrais plutôt Tsubasa et Jitô devant moi, avec Matsumaya et Misugi en deuxième ligne. » suggéra Genzô.

Aussi douloureux qu'il fut pour Tsubasa de l'admettre, les trois joueurs avaient raison. Et apparemment, ils avaient déjà travaillés cette stratégie.

- « En milieu, Tarô, Takeshi et Shingo. » déclara Kojirô.

- « Et en attaque, Sorimachi, toi et… ? » Tarô s'interrompit. Qui pouvaient-ils mettre en attaque ? Sano était bien trop fluet pour résister à ces anglais, plus taillés pour le rugby que le foot. Idem pour l'un des Tachibana. Alors, Kisugi ou Nitta ? Le silence accompagna la réflexion. Tous regardaient le trio avec un air à la fois dépassé et plein d'espoir.

- « Wakashimazu. » finit par lâcher Genzô.

- « Qui ? Moi ? » s'étrangla l'intéressé. « Mais je suis goal, pas buteur ! »

- « Justement. Tu seras bon juge de leur défense. Et tu as un bon jeu aérien, ce que Kojirô n'a pas. »

- « Oh, ça va ! » râla le Tigre. « Je ne peux pas être parfait, non plus. D'ailleurs, je saute très bien. »

- « Je n'en doute pas, mais reste à savoir ce que tu sautes si bien. Ou qui. Ou quoi, dans certains cas. »

Le commentaire ambigu décontracta l'ensemble de l'équipe qui rit enfin.

- « Vous êtes sérieux ! » coassa Ken. « Vous voulez que je joue avant ? Enfin Coach, c'est de la folie. »

- « Non, j'approuve cette stratégie. »

Et puis il fut temps de rentrer sur le terrain.

Le golden combi Misaki-Ohzora avait toujours apparu comme imbattable. Qu'importe les duos, rien ne s'approchait de l'entente parfaite entre ces deux joueurs. Rien jusqu'à ce jour. Déjà les vieux duos revirent au goût du jour : Kojirô-Takeshi, Takeshi-Kazuki, Kazuki-Kojirô... La Tôhô était survoltée. D'autres duos magiques se créèrent : Tarô-Shingo, Shingo-Kojirô, Takeshi-Misugi. Et enfin, ce fut la naissance du platinium combi, comme le nommèrent les journalistes après coup. Un trio invisible. Takeshi et Tarô, Tarô et Kojirô, Kojirô et Takeshi. Tout comme Tsubasa était un milieu offensif, Tarô établit une fois pour toute que lui aussi savait et pouvait marquer des buts. Deux, pour être précis. Deux superbes buts qui volèrent dans le ciel azur japonais. Et trois pour Kojirô, qui se devait de faire le coup du chapeau.

Si les Anglais perdirent ce match, Tsubasa resta le vrai battu de cette compétition. Il avait certes contribué de main de maître à la défense des buts nippons, clouant les Anglais sur un score définitif de 5-2. Mais pour tous, il avait perdu sa place de chef. Il restait un joueur essentiel de l'équipe mais des millions de spectateurs avaient eu la preuve par A+B qu'il n'était pas le seul et unique grand joueur japonais.

Ce fut un coup au moral pour celui qu'on surnommait le petit génie. Il tenta de se convaincre de c'était un bonus pour l'équipe nationale mais il devait admettre qu'il était … jaloux tout simplement. Il avait tellement l'habitude d'être le meilleur, le seul qui compte, celui sur qui tous les espoirs reposaient. Tsubasa était amer, et se reprochait durement son attitude. Ce n'était pas un syndrome de « grosse tête » à proprement dit, parce qu'il restait le meilleur, mais juste la réalisation que ses amis avaient évolué sans lui. Et maintenant contre lui.

Le championnat espagnol tint ses promesses : les salaires et conditions de vie attiraient les jeunes joueurs ou même les pros. Mais tout ça n'était qu'un passage temporaire. Après avoir fait ses preuves, tous partaient dans les autres clubs européens, comme joueur star. Tsubasa se retrouva donc cette fois un génie anonyme parmi d'autres génies. Pour la première fois de sa vie, il n'était pas possible de se démarquer. Que ce soit au Japon ou au Brésil, Tsubasa avait toujours joué dans une équipe dont le niveau global était inférieur au sien. Ainsi, il brillait. Mais ici, son éclat était comme celui des autres.

Et Tusbasa ne fit pas les bons choix. Il réussit certes à mener sa barque, à gagner sa place de titulaire et à jouer dans l'équipe « internationale », celle qui jouait les matchs de la ligue. Mais il n'en resta pas moins qu'un bon joueur parmi les autres. Il apprit, il progressa mais autant de talentueux sportifs collés les uns aux autres se faisaient de l'ombre et jamais plus Tsubasa ne revit la lumière des projecteurs l'éclairer et se braquer sur lui. En équipe nationale, il ne brillait plus comme avant, puisque Kojirô, Tarô et Genzô lui faisaient de l'ombre. Et donc Tsubasa ne gagna jamais son ticket de sortie hors de la ligue espagnole.

Ainsi, le trio infernal accéda à la haute marche du podium de la renommée, avec le succès qu'on leur connait maintenant, tandis que Tusbasa servait de challengeur dans le meilleur des cas.

- « Grand-père ? »

- « Hum ? »

- « C'est Notre Dame, ça ? »

- « Oui, c'est ça. »

- « On peut s'arrêter ? … Grand-mère aimait bien aller dedans… »

- « Ah… elle y faisait quoi ? »

- « Elle priait. »

- « Grand-mère priait ? » La surprise était palpable dans la voix de l'homme

- « Oui. Mais je n'ai jamais vraiment su pourquoi. Elle parlait de réparer les fautes… »

L'homme ne dit rien et emmena le petit garçon dans la cathédrale. Ce dernier savait exactement ce qu'il faisait, preuve qu'il était venu ici souvent. Sa femme lui avait donc bien caché son trouble. Pendant toutes ces années.

L'évocation de sa tendre moitié ramena le chagrin en vagues successives, toujours plus hautes. Il n'arrivait pas encore à réaliser qu'elle était morte, même après deux mois. Son absence se faisait cruellement sentir.

- « Enfin, on a l'impression que tu vas à un enterrement ! »

- « C'est tout comme. »

- « Je vais le prendre très mal. Tu as dix secondes pour me faire des excuses, Coco. »

- « Et sinon ? »

- « Sinon, tu valses ! »

- « Tuer le père de la mariée le jour du mariage. Léon, tu ne changeras jamais. »

- « Mais pourquoi tu tires cette tronche ? »

- « Ma fille se marie. Voilà ! »

- « … ce n'est pas comme si elle épousait quelqu'un de mauvais. »

- « C'est un garçon et c'est suffisant à mon malheur. »

- « Bien sûr que c'est un garçon. Un vrai de vrai. Un Hyûga authentique. »

- « ……. C'est bien ça le problème. »

- « Ton filleul ! »

- « Justement, on ne mélange pas les torchons et les serviettes ! »

- « Et qui est le torchon et qui est la serviettes, hum, Papa ? »

Kojirô et Tarô se retournèrent d'un coup, comme un seul homme.

- « Emi, tu es très belle. Si j'avais dix ans de moins, c'est moi qui t'épouserais. »

- « Et Tatie Regina ? »

- « Elle comprendrait. »

- « Ben pas moi. De toute façon, je préfère ton fils ! »

- « Heureux de te l'entendre dire. Bon, j'y vais, moi. »

Le père du marié s'éclipsa pour rejoindre son fils qui attendait nerveusement près de l'autel. Tarô resta seul à supporter le regard accusateur de sa fille.

- « Est-ce que tu es vraiment contre ce mariage ? »

- « Pas du tout. Je suis contre le fait que tu te maries. Pour moi, tu auras toujours trois ans. »

- « Paaaaapaaaaaaa ! »

- « …. »

- « Tu n'as qu'à te dire que je reste dans la famille. Yasuo est ton filleul et Kojirô ton meilleur ami. »

Vaincu par les arguments et l'air épanoui de sa fille, Tarô fit contre mauvaise fortune bon cœur. Il ne pouvait pas empêcher son Emi de se marier. Et il y avait pire comme union.

Le couple se connaissait depuis qu'ils étaient gamins. Yasuo et Emi étaient frères et sœurs en tout, sauf de nom. L'amitié entre Tarô et Kojirô n'avait jamais faiblie, même après ses longues années à s'affronter sur les terrains. Ils passaient les vacances les uns chez les autres et les deux enfants avaient grandi ensemble.

La presse et les paparazzis avaient fait gorge chaude en apprenant qu'ils sortaient ensemble. Lui, enfant du foot, comme son père et son parrain, goal pour contrarier son père et son parrain. Elle, pédiatre, diplômée de la meilleure université anglaise. Chacun avait surmonté des longues années d'études ou d'entraînements, mais semblables dans la dureté de l'autodiscipline et des efforts à fournir. Tous deux des battants, avec des emplois du temps bien chargés.

Tarô, pour être passé par là où Yasuo était en train de passer, redoutait ce manque de partage. Malgré le fait que le père se battait contre le stéréotype de « la femme de footballeur », il savait que les sportifs de haut niveau avaient besoin de soutien et qu'une femme qui menait de front une vie professionnelle florissante disposait de peu de temps pour une vie familiale naissante.

Il n'était pas contre le fait que sa fille se marie, il était contre le fait qu'elle se marie avec Yasuo. Ce n'était même une question de savoir si c'était trop tôt ou pas. C'était une question qu'elle « restait dans la famille ». Quand cette histoire allait se finir, tout le monde se retrouverait pris à partie dans une histoire déjà bien triste.

Par amour pour sa fille, par amour pour son meilleur ami, il ne disait rien, mais en remontant l'allée de l'église, il entendait bien mieux la marche funèbre que la marche nuptiale. Pourtant, il souriait. Le sourire de la mort. Le crâne joyeux.

- « Grand-père ? Tu peux allumer la bougie ? »

- « Bien sûr. Tu ne veux pas le faire ? »

- « Non. J'aime pas les bougies. »

- « Tu n'aimes ni le foot ni les bougies. Comme ta mère. »

- « Comme Maman, mais pour d'autres raisons. »

- « Alors pourquoi--. »

- « Je n'aime pas le foot parce que tout le monde s'attend à ce que je sois nul et que je n'aime pas le sport. Mais j'aime le sport. Sauf que je n'aime pas le foot. Je préfère le tennis…»

- « Ta mère n'était pas une fan de foot non plus. Elle préférait le badminton. »

- « Et je n'aime pas les bougies parce que c'est un symbole païen que l'Eglise a volé. »

Cette remarque sécha un peu le grand-père. Son petit-fils était bien plus mature qu'un enfant de neuf ans. Mais étant donné les tumultes dans sa vie, ce n'était pas étonnant.

- « On dit 'ce n'est pas juste'. »

- « Je N'aime PAS la grammaire non plus. »

- « Laquelle ? »

- « Aucune, la française, l'anglaise ou la japonaise. »

- « Et l'italien ? »

- « Je ne parle pas italien, grand-père. »

- « Si. Tu le parlais quand tu étais petit. D'ailleurs, les premiers mots que tu as dis étaient en italien. »

- « Je ne m'en souviens pas. »

- « Tu avais deux ans. »

- « Avant ou après l'accident ? »

- « Juste avant. »

- « De toute façon, je ne me souviens pas de l'accident non plus. »

- « … Nous devrions y aller. »

- « C'est encore loin ? »

- « Un peu. Pas trop. Ça va ? »

- « Maaaaaaaaais oui. C'est toi le vieux. »

- « C'est toi le boiteux. »

- « On fait un beau couple ensemble ? »

- « Et oui ? »

- « ... si on va voir mon autre papy… c'est qu'il habite ici, à Paris ? »

- « Oui. »

- « Si ça se trouve, je le connais ! »

- « Peut-être, tu verras. »

La pièce rétrécissait et s'agrandissait au rythme des battements de son cœur. C'était comme si tout ce qui était autour de lui pulsait la vie, alors qu'elle s'échappait du corps de son petit-fils. Le voyant rouge indiquant que l'opération se poursuivait toujours clignotait régulièrement, à l'inverse des martèlements sanguins à ses tempes.

Fermer les yeux et renverser la tête en arrière semblaient être la meilleure solution. Tenter d'oublier. Ne pas entendre Yasuo s'asseoir sur une chaise de l'autre côté du couloir, mais surtout pas en face d'eux. Pour pouvoir foudroyer un pan de mur anonyme et surtout, surtout ne pas affronter le regard des parents de sa femme. Enfin, future ex-femme. Après quatre ans de mariage, les faits prouvaient que Tarô avait vu juste. Ce n'était pas qu'ils ne s'aimaient pas, mais ils n'avaient pas le temps de s'aimer. C'était encore plus remarquable qu'ils aient trouvé le temps de faire un enfant.

Enfant qui avait peu de chances de survivre intact à l'accident de voiture.

- « Elle va bien. » Vivian s'assit aux côtés de son mari et lui serra la main. « Choquée et angoissée pour le petit, mais elle va bien. »

Tarô ne rouvrit pas les yeux. Il se sentait soulagé, bien sûr. Sa fille vivrait. Un poignet fracturé et des ecchymoses sur le corps n'allaient être une grosse entrave à sa carrière.

Les heures et les secondes s'écoulèrent, mais le silence resta. La lumière rouge égrenait son lent clignotement silencieux et les trois adultes étaient comme hypnotisés. A chaque fois qu'elle s'éteignait, c'était l'espoir insensé qu'elle ne se rallumerait plus.

Elle finit par s'éteindre pourtant. De longues heures d'opération avaient sauvé la colonne vertébrale. Un jour peut-être, l'enfant pourrait marcher normalement, et peut-être courir. Il avait fallu moins d'une minute pour briser sa vie, et celles de ses proches. Le divorce se passa mal. La presse se régala. Entre la mère qui travaillait au lieu d'être avec son gamin au moment de l'accident et le père star du foot qui semblait de glace devant le repentir de sa femme. Entre les anciens meilleurs amis qui s'affrontaient pour la garde d'un môme que tous pensaient clouer à son fauteuil pour le reste de ses jours.

A l'issue du procès, Tarô et Kojirô se regardèrent en silence avant de se tourner le dos. Chacun avait choisi sa famille et cette décision excluait l'autre. Ils étaient frères en tout, sauf de nom. Ils auraient pu être amants, s'ils avaient été tentés par cette expérience. Plusieurs fois, ils avaient été proches de passer la barrière. Ils n'étaient pas homosexuels, mais seulement attirés l'un vers l'autre, mais d'un commun accord non concerté, ils avaient écartés cette idée pour ne plus y revenir.

Si de l'amour à la haine, il n'y avait qu'une ligne… que restait-il de cette ligne après sept ans ?

(1) POM Prisoners Of her Majesty : prisonniers de sa Majesté. Surnom donné aux anglais (quoique applicable au Royaume-Uni en général) par les pays du Commonwealth (notamment les Australiens)

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Allez, techniquement, le chapitre 5 clôt l'histoire. Et cette fois, je promets, à bientôt ! (enfin… quelques semaines tout de même)