Titre: Dark flash of lightning.

Auteur: Neska.

Fandom : Naruto.

AU.

Couples : SasuGaa + couples secondaires : NejiSasu, GaaHina, NejiGaa, KibaHina...

Rating : M (par la suite)


Quatrième chapitre.


Ma conscience se barre avant que la douleur n'arrive.

Gueuh ?

Qu'est-ce que… Où je… Quand… Quoi ? Aaaah ! J'arrive même pas à PENSER de façon à construire une phrase interrogative… Comment on appelle ça, déjà ? Ah oui, une question.

Je jette un coup d'œil à ma montre toute neuve — ben oui, z'aviez pas pigé que je donne l'heure tout le temps depuis seulement hier ? Voyons la situation : je ne sais pas où je suis — c'est une chambre, donc chez qui je suis, j'ignore ce qui s'est passé et comment je suis arrivé là. Mes connaissances : il est 14h21 et mon ventre me rappelle que j'ai sauté au moins trois repas. Ah ben, voilà toute l'explication (mis à part le chez qui — j'avais oublié).

Je me lève péniblement, en quête de nourriture. Je fais un bien pitoyable homme des cavernes, le moindre gibier s'enfuirait en entendant mon estomac. Et surtout, ne pas regarder si l'on croise un miroir.

Je me frotte les yeux, passe une main sur mon crâne — mes cheveux n'étaient pas assez à la verticale comme ça. J'ai mes bonnes vieilles fringues… Le problème c'est que je ne me souviens pas de les avoir enfilées.

Je me souviens de la pause cigarette — sans cigarette d'ailleurs, Sasuke vient me voir… Pourquoi ? Ah oui, je m'étais endormi. C'est tout.

J'examine la chambre dans laquelle je suis. Il y a un lit rond — j'en avais vu que dans les publicités pour hôtels de luxe !, une couverture par terre (celle que j'ai fait tomber en me levant) une armoire genre dressing dont les portes couvrent tout un mur, plus d'autres trucs sur lesquels je ne m'attarde pas. La pièce est grande, avec de gigantesques fenêtres voilées de blanc et une stupéfiante hauteur sous plafond. Le propriétaire n'est visiblement pas sur la paille. Je sens la porte s'ouvrir dans mon dos, me retourne : le panneau en bois se referme sur un œil qui ressemble beaucoup à celui de Sasuke, mais est en même temps très différent. Me demandez pas comment c'est possible. Je rouvre la porte et entend une voix masculine par un couloir en coude.

— Hé Sasu-chan, c'est quoi le rouquin qui sort de ton pieu ?

Merci pour le « quoi ». J'apprécie. La voix de Sasuke (et pas Sasu-chan, non mais, c'est quoi cette appellation débile ? ça fait gnangnan au possible) se fait entendre, légèrement ennuyée.

— Il s'est évanoui hier soir, miss Tsunade m'a demandé de le reconduire chez lui, mais j'ai pas trouvé où il habite. Je l'ai ramené ici. C'est un serveur au bar.

Je referme la porte et me cogne la tête contre un mur. Évanoui. Je suis pitoyable. Quelques heures de sommeil et quelques repas en moins et paf… ça me rappelle… Je me suis évanoui aussi, le lendemain où j'ai été embauché. Dans une supérette en plus. On peut difficilement être plus ridicule. Je vais finir par croire que ce bar a une influence maléfique.

Des bruits de pas.

Je recule précipitamment vers le lit, le fourbe me cogne l'arrière des genoux et je tombe dessus. La porte s'ouvre dans un grincement imaginaire.

Il y a un plateau, avec dessus une baguette de pain, du beurre et un pot de confiture. Mon estomac en frétille d'émotion. Ah oui, il y a Sasuke derrière, aussi.

— Déjà réveillé ?

— C'est ironique ?

Je ne me pensais pas d'aussi mauvais poil, mais il l'a cherché à sourire comme ça - un micro sourire en coin, je décris parce que vous, vous voyez pas, et c'est bien dommage pour vous…minute, à qui je suis en train de parler, là ? Ouch, je deviens taré… - alors que… que ça ne veut rien dire…

Après un court silence, il pose le plateau gargantuesque sur le lit.

— Mange, tu as l'air affamé.

Il repart. Que n'a-t-il pas fait ! J'espère qu'il a encore du pain, parce qu'il ne reverra jamais sa baguette, nyark nyark… Je m'arrête à la fin de la baguette. J'ai englouti la moitié du beurre et les ¾ de la confiture. Sasuke revient alors que j'achève le pot à la cuillère. Je me rends tout à coup compte que c'était peut-être malpoli. La cuillère fait un bruit à la fois sec et mouillé en se décollant de mon palais.

— Qu'est-ce que tu as fait du contenu du plateau ? demande-t-il, amusé.

Je mets une main sur mon ventre en guise de réponse. Il s'assied sur le lit à côté de moi, me prend le pot de confiture des mains — bah, il était vide de toute façon, le pose par terre et me… fixe. Je hausse un sourcil. Qu'est-ce que j'ai ?

Avec un sourire incertain, il pose un pouce sur le coin de ma bouche. Quand il le retire, je vois qu'il est rouge de groseille. Sans doute la même couleur que moi lorsque je le vois lécher son pouce. Je devrais détourner les yeux mais je suis… je suis comme Mowgli devant Kaa (quelle comparaison, encore une fois -_-), en bref, je suis hypnotisé. Il s'allonge. Ses lèvres sont rouges…gourmandes. De la même saveur que celle que je sens encore dans ma bouche.

Oh… Il faut surtout pas que je fasse ça, non !

En même temps… qu'ai-je à perdre ? Je risque juste de me faire jeter, c'est tout. Au moins aurai-je gagné de toucher ces lèvres… qu'il est en train de mordiller ?! My God…

Je déglutis. Me penche vers lui. Mes lèvres me brûlent.

Il me regarde, je baisse les yeux…

…sur ce fruit tentateur, fait pour faire craquer tous les abrutis de la planète, y compris moi.

Je ne pense plus. Trop tard maintenant.

Mmmh… Pourquoi il me répond cet abruti ?

Le moment où il a ouvert sa bouche est celui où j'ai basculé dans un autre monde. J'ai l'impression d'avoir toujours été en glace, et maintenant je suis liquide, je coule…

Je me coule sur lui, je fonds… Il appuie à l'arrière de ma tête. J'aimerais bien mourir étouffé comme ça.

On continue. Longtemps.

J'aimerais que ça dure pour toujours…

— Tu es là, Sas…

…mais le Destin ne m'écoute jamais.

— Oh… Hum, je vous laisse. Dainingu kichin de otôsan no kogitte wa ii desu, otôuto, baragouine la version plus âgée et nettement moins agréable de Sasuke.

Je roule sur le côté. Tu peux partir, connard, t'as déjà tout cassé. Sasuke avale sa salive - comme il avait déjà fait… la dernière fois. Argh, ça faut déjà deux fois qu'on s'est embrassés !

Enfin… que JE l'ai embrassé. Quel con.

— Je… je suis désolé, souffle-t-il sans me regarder.

Dis pas ça, crétin ! Et arrête de regarder le plafond comme s'il y avait une télé collée dessus !

Mauvaise comparaison. Il y a une télé — un écran plat géant — au plafond.

— Je… voulais pas faire ça…

MOI SI ! Alors tu la fermes, on sort ensemble et tu fais pas chier !

Je peux quand même pas lui dire ça (et je viens de me rendre compte d'un truc : depuis quand je suis gay ?).

— …Gaara ?

— Quoi ? j'aboie.

— … Tu veux recommencer ?

Je me tourne vers lui. Non mais … this is a piss-take, isn't it ?

— Pas si ça mène à rien après, je mens.

Silence. Okay, message reçu. Je me lève, essayant de ne pas faire attention au trou dans ma poitrine et je me dirige dans le plus grand hasard vers ce que j'espère être la sortie. Un couloir, puis un autre… Oh, une porte munie de cinq verrous. Ou bien j'ai trouvé le coffre-fort, ou c'est la sortie. Je défais un verrou, en attrape un autre…

Sasuke me retourne, me plaque contre la porte et m'embrasse avant que je puisse dire « ouf ».

J'vous jure, c'est pas un fantasme à la con, c'est en train de m'arriver en vrai.

Ses mains m'électrisent partout où elles passent. Je crois que s'il me lâche maintenant j'ai assez d'énergie pour battre à la course Speedy Gonzalez. Quoi, vous ne connaissez pas la souris la plus rapide de tout le Mexique ?

Quand enfin il interrompt le baiser — ben oui, lui, pas moi, je suis complètement passif et lobotomisé, pire qu'une de ces princesses cruches de contes de fées qui chantent qu'un jour leur prince viendra dans une Ferrari blanche, je dis un truc totalement débile :

— Faut que j'aille en cours.

Brillant, n'est-ce pas ?

— Ok.

Il s'éloigne un peu. Une de ses mains reste sur ma taille.

— Tu voudrais pas sortir avec moi ?

PAS TROP TOT.

— Ouais, je réponds en essayant de ne pas trop sourire comme un malade mental.

Il m'embrasse encore, tout en ouvrant les autres verrous. Multifonctions, ce type.

— A ce soir…

Hum. Au travail, bien sûr. Il n'y a AUCUN sous-entendu là-dessous.

— S'lut.

L'ascenseur est là. Luxueux. Il y a même de la décoration à l'intérieur : une plante verte et une grand-mère. En descendant — on était au 6° étage — je me dis que j'aurais dû éviter de dire « s'lut ». Ça ressemble beaucoup à « slut ». Et vu le métier qu'il… Oh et puis merde. Je vais quand même pas me casser la tête pour ça. J'examine les lieux. Barbès et le Marais, c'est pas vraiment la même galaxie. Oui, très étonnement, Sasuke habite rue Sainte Croix de la Bretonnerie.

Sur le chemin de la fac — heureusement que je suis tombé sur un plan de la ville — je me rends compte que j'affiche un bête sourire, alors j'essaie de faire la gueule comme d'habitude. Mes commissures, ces grosses chtarbées, remontent toutes seules. Tant pis. Je longe le canal Saint-Martin un moment. L'eau verte semble y bouillonner, et je me sens immensément calme. Serein. Heureux ? Mmmh…

— Eh bé, t'as l'air de bonne humeur ! me lance Naruto dès qu'il me voit. Il doit sûrement souffrir d'un manque affectif pour être si collant avec moi.

De bonne humeur ? Tu l'as dit, bouffi. Espèce de crétin sonore. Phénomène bruyant.

Ça fait du bien d'être en forme. Je vais me défouler héhé. Au diable la socialité et les bouc-émissaires !

— C'est normal, ça fait longtemps que je t'ai pas vu.

— Hein ?

— Cherche pas à comprendre, tu vas te faire du mal. Ton neurone paralytique risque de se donner un coup de queue dans l'œil.

— Hein ?

— Hum ? Mono-réponse, à ce que je vois. Dis-moi, tu es doué d'une utilité quelconque ou on t'a juste créé pour faire joli ? Entre parenthèses, c'est de mauvais goût.

— Mais qu'est-ce qu'il te prend ?

Je me sens sourire malgré moi. Je pense être, là, de l'humeur de ceux qui trouvent des sous-entendus (généralement graveleux) dans les phrases les plus innocentes. La fille aux cheveux roses dont je ne me souviens plus le nom arriva alors, telle Zorro.

— 'alut, les mecs.

— Sakura ! Gaara est super pas gentil avec moi !

— « Super pas gentil » ? j'hallucine, tu pouvais pas trouver autre chose ? dis-je, amusé.

— « Vilain », par exemple ? suggéra Sakura-cheveux-roses.

Je lui lance un coup d'œil : elle ne plaisante pas. Ça se voit moins mais elle est aussi barrée que l'autre cordes vocales sur pattes.

— Bon, c'est pas que votre compagnie me soit désagréable mais… attendez… en fait, si. Alors je me casse. Bye-bye, les calcinés du bulbe !

Je m'éloigne d'un pas digne quoique rapide (une grosse veine palpite sur le front de la Sakura). Quelqu'un court derrière moi. J'accélère et une fois arrivé devant l'amphi je me stoppe et me retourne. Un choc blond s'écrase sur moi. Pitoyable.

— Oui ?

— Pourquoi t'es comme ça ? hurle-t-il…. larmoyant ?

Oh non. Il va pas me chialer dessus quand même ? Encore collé à moi, il agrippe mon sweat de toute la force de ses petits poings crispés et me bave dessus un grand bordel sur la saine amitié fraternelle qui avait tout de suite unis la fougue de nos jeunesses éternelles avec des trémolos dans la voix et la prunelle humide, son regard immense et effaré plongé dans mes yeux trop clairs. L'un de mes sourcils tressaute nerveusement. J'hésite entre le repousser violemment et l'achever ou éclater de rire — ce qui, d'une certaine manière, l'achèverait aussi.

— Qu'est-ce que j'ai fait ? hystérise-t-il.

— Rien. C'est moi. Lâche-moi maintenant.

Je commence à en avoir marre. Mon frère débarque bientôt et je dois avoir mon crétinomètre à zéro si je veux survivre avec lui pendant une semaine.

— Pourquoi tu m'aimes pas ?

— Je… n'aime pas grand-monde, tu sais.

Qu'entends-je ? Serait-ce de doux violons aux longs sanglots ?

— Et toi, tu vois…

— Oui ? lance-t-il, plein d'espoir, frétillant comme un épagneul devant… devant un truc qu'un épagneul adore.

— Ben, je t'aime pas.

Son expression vaut son poids en chocolat.

— Ça, c'est méchant !

Je pénètre dans l'amphi en rigolant doucement. Il est trop mignon avec son air de chiot abandonné… Hin hin hin…

Le soir, en rentrant, je me sens… bien. Vraiment. Je me demande pourquoi, mais pas trop longtemps. J'arrive en bas de chez moi et mon moral remonte encore (il est déjà sur la pointe des pieds) en voyant ma belle, si belle, si véloce, si merveilleusement proportionnée, si élégante dans sa robe écarlate… moto.

Ah, il y a aussi Kankuro, le crétin qui a pris tous les muscles de mon patrimoine génétique avant moi, qui s'apprête à m'administrer une D.A.E. (Démonstration d'Affection Embarrassante). Je jette un coup d'œil dans la rue. Ça va, personne de compromettant. Je fais un pas de plus, conscient du danger imminent, et…

— LIIIL' BROOO !

Le rugissement fait trembler la rue. Un individu très louche s'élance vers moi, m'attrape, me soulève de terre et me serre contre lui en essayant de me casser les côtes avec bonheur. Il sait que j'ai horreur de ça. C'est la principale raison pour laquelle il ne manque pas une occasion de le faire.

— I miss you so, ment-il avec un sourire énorme, obèse même.

— Go to hell, je lui réponds machinalement.

Ah, l'amour fraternel…

Ce soir-là, je me couche, bêtement heureux d'être seul dans ce lit. Dans la pièce à côté, Kankuro grogne sans pouvoir trouver une position confortable pour dormir — ce canapé est conçu pour n'en offrir aucune. Je suis plus coulant avec Hinata question canapé, car ma sœur m'a appris à être galant — à coups d'arguments frappants.

[Camembert mouchoir crème]

[Camembert mouchoir crème]

[Camembert mouchoir crème]

[Cambermouoirrèm]

[Cmbrmuirrm]

[Cmbrmrrm]

[Un train qui part, qui revient, tourne comme une page dans de la glue rose. Prémices de glace. Part, revient. Tourne, tourne encore, carrousel d'encre glacée. Et fond.]

[Tous en ligne, alignés, lignés, signés, grognés, grignotés. Hargne derrière des yeux de feu.]

[Tokyo Londres Paris]

[Tokyo Londres Paris]

[Tokyo Londres Paris]

[TyLondrePis]

[Toris]

[Comprendre l'effrayant. Effarant. Noir qui se forme, qui fond, glacé. Eclair.]

[Plus loin que la montagne, plus haut que l'océan. Certitude de coton blanc qui chasse la glace. La chaleur. Enroulée. Scintillante. Sucre d'orge étincelant.]

[ Manukenin Pis II, Manukenin Pis II, fait pipi sur les souliers d'Elvis ! Statues bronzées, jets d'eaux et pyramides d'eaux. Architectures liquides figées en plein ciel. Ombre qui se retire. Pointes vers le s-]

Dzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz !

Le bruit de la sonnette.

Emerge, Gaara. Qu'étais-tu en train de rêver ? Je m'extirpe avec peine de mon cocon, mâche l'air une ou deux fois, dans un primitif réflexe post-réveil qui ne sert probablement à rien sinon à faire chuter ma côte glamour. J'entends dans une brume Kankuro aller ouvrir.

OK. Kankuro va ouvrir. Pas la peine qui j'y aille moi.

Minute.

Kankuro. Ouvrir la porte. Ma porte. …

Mes oreilles, plus alertes que ma matière grise, captent un « bonjour » hésitant… C'est la voix de Sasuke.

Sasuke ! Kankuro ! Ma porte ! Égale ?

Aargh, grouille-toi, Gaara ! Une catastrophe ne va pas tarder à te tomber sur le coin de ma gueule ! Euh, à me tomber sur le coin de ta gueule !

(La voix de Daffy Duck fait irruption dans ma tête. Elle dit : « errreur de prrronoms ».)

Et ces putains de draps qui resserrent leur étreinte mortelle sur moi !

— Mmmh… J'ai dû me tromper. Je cherchais Gaara, je —

— Gaara ? Ben si, il est là ! Of course ! C'est même chez lui ! Tu crois qu'il y a un lien caché ? hallucine le débile de service avec un accent américain caricatural.

— … T'es qui ?

— Non mais ça c'est la meilleure ! C'est toi qui sonne et c'est moi qui est censé…. euh… Hein ! Je suis chez moi, enfin, chez mon petit Gaara-chan (comme le mec des arts martiaux mais en moins musclé, tu dois connaître, non ?), donc ça revient au même.

— Ton petit… ?

Kankuro JE TE HAIS ! Et vous aussi, draps pour momies ! Enfin libre, il faut que j'aille limiter le massacre — destruction totale de ce qui me restait de réputation. Mais je ne peux pas voir Sasuke comme ça ! Je suis moche !

My God, je deviens une fille ! Après tout, je peux tout à fait aller le voir habillé de… la chemise de Kankuro — eh merde…. Quoi, j'aime bien dormir dans des chemises trop grandes mais j'ai pas l'occasion parce que je vais pas en acheter moi-même (la honte en trop et le porte-monnaie en moins). Un problème ?

En plus je dois avoir une tronche de mort-vivant fraichement déterré et les cheveux juste assez longs pour avoir un air top tendance de « je me suis collé des chewing-gum mâchés dedans avant d'aller dormir sur un oreiller de caramel fondu ».

— Qu'est-ce que tu lui veux, d'abord ? T'es qui, toi ?

Oh lala. Dialogue de sourds.

— Je m'appelle Sasuke. Gaara ne t'a jamais parlé de moi ?

— Non. Pourquoi ? T'es son dealer de drogue ? Non, parce que Gaaranette…

Parle de moi comme d'une fille surtout, te gêne pas. Il faut que j'intervienne. Je me précipite dans le salon-entrée-salle à manger-salle de bal-salon de réception-etc (tout ça dans 4 m²), prêt à sauver la situation, je glisse sur une chaussette sale et je-

…m'étale avec la grâce d'une peau de banane s'éveillant d'un coma.

Bam.

Silence. La honte me dévore. La douleur, elle, ne fait que me grignoter le menton. Je me relève le plus vite possible en essayant de ne pas tomber une deuxième fois, l'air impérial — tu parles. Mes yeux disent très clairement : une allusion, même subtile, à ma chute, et couic.

Aha. Les regards qui tuent n'impressionnent pas les crétins profonds. Mon frère se bidonne comme une baleine. Drôle d'expression, soit dit en passant. C'est ça Gaara, raccroche-toi aux singularités sémantiques.

— Je dérange, peut-être ?

La voix de Sasuke aurait pu stopper la fonte des glaces.

— What ?

Admirez la subtilité de ma répartie.

— C'est-à-dire que, je te pensais monogame. En fait.

— Hein ?

De mieux en mieux. Mais pourquoi il utilise des mots si compliqués tôt le matin ?

— Do you unde'stand what he's sayin' ? je marmonne à Kankuro, juste avant de réaliser la big erreur stratégique.

— Hein ?

Il doit avoir la même expression (stupide) que moi. Faut que je change ça. La débilité, c'est dans notre sang.

— Bon, on se voit au boulot. Je pensais quand même que je comptais, peut-être un tout petit peu dans…

Je ne l'écoute plus. Je ne fais que voir le geste qu'il esquisse pour s'en aller. Un scénario catastrophe éclot avec malheur dans ma tête. Il part, je lui gueule de revenir — tel la princesse attendant la Ferrari, bla bla — je ne peux pas m'élancer à sa poursuite sans pantalon, Kankuro se jette sur lui, ils roulent dans l'escalier et… Au bout d'environ cinquante ans, deux neurones se reconnectent quelque part sous mes cheveux chewing-gummés. Une typique phrase de film — en l'occurrence de Swiming with Sharks - mais tristement banale, me vient. Ça va peut-être envenimer encore la situation, mais pas le temps de réfléchir — il s'est déjà retourné pour partir !

— Attends, c'est pas ce que tu crois !

Aïe. Il s'est mis sur pause. Généralement, ce n'est pas bon signe, si ? Il se retourne lentement — hah, je suis pas le seul à me croire dans un film !

— Pas ce que je crois ?

Son murmure va stopper le réchauffement climatique. Tout à coup il relève la tête, me piège dans ses yeux trop noirs et me… oui, me fait une scène. Chacun de ses mots est un fil d'acier qui passe pas forcément par les endroits les plus insensibles de ma personne.

— Pas ce que je crois ? répète-t-il, comme pour s'imprégner du mot, cherchant, furetant une raison supplémentaire de se mettre en colère — autre que de découvrir que Kankuro fait hélas partie de l'espèce humaine. Il est neuf heures, je sonne chez toi, ce type m'ouvre avec la moitié de sa tenue, tu as l'autre sur le dos, l'air d'avoir passé une bonne nuit, hein ? Vu ta cascade et ta lenteur cérébrale ! - L'autre crétin fraternel se marre tout seul -, non, ce n'est pas ce que je crois ? Ah bon ? Moi qui croyais qu'il était venu te vendre des cookies ! crache-t-il.

Ben tiens. On a vu le même film. Mais bon, il n'est pas temps de se réjouir là-dessus. Vu la citation et le contexte, je peux en conclure que Abruti 1 (Sasuke) pense que je… beurk… que je me tape en douce Abruti 2 (Kankuro). Au s'couurs !

— Hey mais tu déconnes c'est mon frère !

Dans ma hâte pour rétablir la vérité — et me chasser les images qui me polluent la tête, j'ai oublié les virgules. Horribles, ces images.

Vraiment.

Argh ! Je me tape la tête dans l'espoir illusoire de les faire sortir. Histoire aussi d'aggraver ma représentation de l'Imbécile Total. Comme le dit Jamel Debbouze, je suis tellement imbécile qu'en fait je suis sûrement plusieurs béciles dans la même personne.

— Wait, wait, wait, wait…

Kankuro aurait-il compris ? L'espoir ne fait pas long feu dans ma tête. Après tout, il s'agit de Kankuro. S'il a compris, c'est qu'il a compris à sa façon. Ce qui, généralement, est pire. Oui, je pense en italiques. Terry Pratchett nous fait remarquer qu'il faut se méfier des gens qui pensent en italiques. J'ajoute que s'ils citent des gens dans leurs propres pensées, c'est encore pire.

— Wait, wait, wait, wait, wait, wait…

Il comprend lentement.

— Vous sortez ensemble ?

Le regard de Sasuke croise le mien.

— Oui, répondons-nous en même temps, lui parce qu'il doit être soulagé, je suppose, moi parce que je n'ai pas le choix, mais je redoute ce qu'un individu tel que mon frère peut faire avec une telle information.

— Whaouuu ! Mais depuis quand t'es pédé ?

Oui, la subtilité ne fait pas partie du patrimoine familial. Clairement. Je me racle la gorge pour toute réponse.

— Dire que quand tu étais petit, tu détestais les suppositoires !

Non. Il ne peut pas avoir dit ça. Ça ! A voix haute ! Devant lui !

… Vie de merde !

Et en plus Sasuke trouve ça drôle ! Je le vois, ton sourire, connard ! Espèce de… hein !

— Mmmh… J'étais venu pour… Enfin, si t'as pas encore déjeuné… On pourrait manger ensemble dehors.

Un regard, un sourire, et l'enfoiré est tout pardonné et il le sait.

— J'vais m'habiller, je grogne en retournant dans ma chambrette.

— Can I go with youuu ? lance Kankuro de sa voix de sourire obèse.

Je reviens en vitesse en faisant signe à Sasuke que non non non non ! Je fais mine de me passer une corde autour du cou quand lui, trop poli et pas assez prévenu contre mon frère, accepte. Que n'a-t-il pas fait ! Bien évidemment, le déjeuner est un désastre. Particulièrement pour je, moi-même. Entre les « Alors je ne savais pas que Gaara avait un frère. — Et une sister aussi alors fais gaffe ! » et autres « - Nobody est au courant ? Mais depuis quand vous sortez ensemble ? — C'est… récent. »

Un peu, oui. La veille, à vrai dire. Il me semble qu'il s'est passé des tas de trucs entre le moment où j'ai quitté son appartement et maintenant. Pourtant…

Et encore, s'il n'y avait que ça. Je passe sur les allusions grivoises à peine voilées dont le lobotomisé semble avoir les poches pleines. Le clou du spectacle, ça a été quand… oui, voilà. Pile au moment où j'avalais une gorgée de bière, le crétin puissance mille qui partage mon sang m'a fait cette grimace qui me fait exploser de rire. Je ne sais pas pourquoi. C'est même pas drôle, au fond. Mais je ne peux pas m'en empêcher. Alors là, évidemment, ça n'a pas raté : j'ai recraché tout ce que j'avais dans le gosier (du moins tout ce qui n'était pas remonté dans le nez). Horrifié, je me suis rendu compte en 4/10 de seconde que le liquide malté, c'était Sasuke qui allait se le prendre. Tout cela faisait partie du plan machiavélique de mon frère. Ce qu'il n'avait pas prévu, c'est que Sasuke esquiverait l'alcool… Kankuro s'est tout reçu. L'arroseur arrosé, c'est le cas de le dire. C'était à la fois hilarant et pathétique. Hum.

— Kankuro, rends-toi utile, va payer.

— Okay, je vous laisse between looooversss.

C'est ça, dégage. Nous nous sommes installés au fond d'un café aux vitres embuées, presque désert. Je me rapproche de Sasuke, sur la banquette d'un rouge passé.

— Hum. Désolé pour… tout ça.

— Désolé pour le reste, répond-t-il en souriant.

Hey, ça ressemble furieusement à un dialogue de film, ça. Qu'est-ce qui nous arrive ?

Et puis j'arrête de penser parce que…

…Le mec d'avec qui je sors (je, moi-même) et que z'aiiimeuh (je, moi-même, le second débile de la famille), et ben, il est en train de m'embrasser-euh. Gah. Ça me rend toute chose et complètement inintelligent. Mais ça, vous l'avez déjà remarqué, je pense.

M'en fous. Il embrasse trop bien d'abord. (Je ne dirais pas na, je ne dirais pas na !)

Une de ses mains dans mes cheveux (ayant retrouvé finalement leur texture d'origine), l'autre glisse le long de mon dos (couvert d'une chemise à moi, cette fois). Quant à mes propres mains, l'une agrippe son épaule —forte -, l'autre caresse sa joue — douce, il doit être imberbe.

Je veux rester comme ça toute ma vie.

Y avait un vieux chauve qui disait, un jour… « A l'instant heureux où tout est parfait, où vous ne voulez rien d'autre… Le temps s'arrête. Vous êtes immortels. »

Ou quelque chose dans le genre.

Malheureusement, un gros gamin de vingt ans vient nous interrompre d'un sonore « Yeuuurk ! Disgusting ! ».

Je me détache péniblement de ma douceur, adresse un charmant « Piss off » à mon frangin et retourne à mon occupation première. Je sens Sasuke sourire contre mes lèvres, avant que nous langues ne s'entremêlent à nouveau.

A moi.

La semaine suivante fut un marathon afin de faire en sorte que Kankuro et Sasuke n'aient aucun contact. Le dernier soir — celui où mon crétin de frère était censé partir, j'avais donc relâché ma vigilance quelque peu — le cas se pointe Chez Tsunade. Tranquille.

J'ai dû soupirer environ 1457 fois cette soirée-là. Il a commis toutes les bourdes imaginables, dont un certain nombre que je n'aurais même pas imaginé.

Draguer la barmaid — elle est lesbienne.

Faire mine de manger le chat de Shizune — il a failli le défigurer à coup de griffes. Faut dire que ce matou ressemble à Gredin dans les Annales de Pratchett. Le genre de bête avec lesquelles on prévoit un gant en fer avant de les caresser.

Monter sur la petite scène entre les deux douches et improviser un bœuf qui a sûrement donné envie à toute la salle de lui arracher les cordes vocales.

Eclater de son rire plus que tonitruant dès que les douches se sont enclenchées — quelques personnes charitables ont cru qu'il faisait une crise d'épilepsie.

Me faire un croche-pied lorsque j'ai eu le malheur de passer à côté de lui, un plateau lourdement chargé à chaque main — dans un réflexe stupide, j'ai essayé d'arrêter le sol qui se précipitait vers moi avec ma tête. Résultat : les plateaux n'ont rien, leur contenu à peine renversé. Par contre, mon visage…

Et le colosse amérindien débile de se marrer comme un zébu.

Je crois qu'il a empiré avec les années. Quoi, j'ai pas pu endurer ça toute mon enfance, quand même ! Ou serait-ce lui, sa néfaste influence, son aura de connerie, qui faisaient que lors de ces douces nuits glacées, je ne pouvais pas fermer l'œil ? Mystère et sparadrap.

Je dis sparadrap parce que je suis justement en train de fouiller dans la trousse à pharmacie, un bout de mouchoir coincé dans une narine — follement glamour comme à mon habitude. J'ai le menton doublement égratigné, la lèvre enflée et le nez qui pisse le sang. Mon front me fait mal, aussi. Une phrase me revient en mémoire alors que je l'effleure de la main…

« Sinon je pouvais te coller un pansement en forme de dragon rose en plein milieu du front, mais je me suis dit que ça te donnerait l'air, comment dire ? D'un grand crétin. »

Hinata. Soignant la blessure que je m'étais faite en tombant dans le train…

Le train où, pour la première fois… J'ai rencontré Sasuke.

…Ce type est dangereux pour ma santé.

J'ai accompagné Kankuro à la gare. Sur le quai, des bourgeoises choquées, des noctambules blasés et des hommes d'affaires pressés ont pu profiter du beuglement de tristesse apparemment nécessaire pour ce déchirant départ.

— I'll come to see you… ai-je lâché pour le faire taire.

— C'est promis ?

— Yeah ! Shut up, now !

— Oh, my lil' one… Take care !

— Yes, mummy. Allez, dégage maintenant.

Il me casse une ou deux côtes en me soulevant du sol avant de consentir à monter dans le wagon, s'installe dans un compartiment. Juste avant que le train ne parte, il colle un papier griffonné sur la vitre. Je me mets sur la pointe des pieds pour le déchiffrer.

« Protect you with your sweethie »

Je fais mine de taper sur la vitre. Il rigole, pour une fois, comme un cachalot. Oui, pourquoi pas un cachalot ? Pourquoi, une baleine, un zébu, et pas un gnou, un cachalot ou un oryctérope ? N'empêche que j'ai encore le sourire en rentrant chez moi. Non, n'allez pas croire que j'aime qu'il me foute la honte. On se fight souvent, mais… je sais pas, c'est jamais sérieux. Ce type n'est pas sérieux, par essence. Il n'y a qu'à voir son sourire pachydermique. Je l'ai jamais vu triste ou en colère plus de deux minutes. Toujours de bonne humeur. Un rire bruyant, lourd et disgracieux. Mais un rire toujours présent, qui l'annonce et l'enveloppe.

« La vie est une comédie… »

Je rentre en y repensant, grimpe les étages avec une idée en tête, totalement fermé au monde extérieur. En farfouillant dans de vieux cartons poussiéreux, je finis par le retrouver. Mon carnet de chansons. Enfin, chansons… Quelques paroles jetées en pâture au papier, quelques mots jetés aux maux, rebut de crise d'adolescence. L'avant-dernière page est cornée. Je relis avec un vague sourire aux lèvres mon écriture penchée d'encre rouge. Je caresse les tâches qui parsèment la page d'éclaboussures sanglantes, encore incarnates, depuis des années séchées…

« J'ai huit ans et j'aime Jouer avec les allumettes

Arracher la peau En trop sur mon squelette.

Non, arrête De te brosser les cheveux avec

Ta brosse à dents Non, arrête

De te brosser les dents avec Ta brosse à ch'veux, non…

J'ai dix ans et j'aime Arracher les allumettes

Jouer avec la peau En trop sur mon squelette.

Non, arrête Coupe-toi

Coupe-toi les mains Arrête

Laisse-moi t'étouffer Avec une arête

Coupe-toi les mains et jette-les Jette-les avec ma peau arrachée

Et toujours elles pourront la toucher, là.

Je n'y serais plus, moi Je n'y serais pas.

J'ai douze ans et j'aime Sortir la nuit et me perdre dans le noir

Dans le noir Oublier ma silhouette.

Non, arrête De te brosser les cheveux avec

Ta brosse à dents Non, arrête

De te brosser les dents avec Ta brosse à ch'veux, non…

J'ai treize ans et je suis un squelette.

La peau jetée par-dessus bord, brûlée D'allumettes arrachées

Les yeux de fantômes étouffés Avec une arête. »

Yashamaru. Et Moi. Le petit garçon qui jouait avec les allumettes. Hum…

Bah, on écrit rarement sur de bons souvenirs. Je referme le cahier et me couche sans arriver à me débarrasser de la ritournelle que j'avais pour l'occasion inventée.

[Non, arrête / de te brosser les dents avec]

[Non, arrrrrêeeete / deee teee brrrrosseeeer leeees deeeents aveeeec]

[rrrrrêeeeeeeeeeerrrreeeeeeeeeeeeeeeec]

[Un squelette forme, déforme, réforme, pour se cacher, se fondre. Se répandre, flaque d'encre échouée.]

[Silhouette jetée par-dessus bord. Obus si grand cacheur d'enfant. Enfant-bombe, réceptacle d'une puissance infinie, jeté dans les ombres.]

[J'ai treize dix neuf ans les yeux de fantôme me poursuivent dans le jour effrayant attends-moi petite maison aux portes fermées… attends et arrête-toi, arrête.]

[Rires qui résonnent, yeux qui chassent, qui se ferment. Je suis une forteresse dont les canons rouillent en poussière, brossés, peinturés, maudits taudis moisis et fracturés…]

Les jours ont passé, avec leur lot de fatigue, d'emmerdes, de bonheurs. J'ai eu mon semestre de justesse, grâce au blondinet hystérique qui m'a proposé les cours qu'il a lui-même recopié sur ceux de son amie. Les bienfaits de la socialisation, aha. C'est l'hiver à présent. Il fait trop froid pour neiger : point de petits fantômes étoilés virevoltant dans ce Paris verglacé. Chez Tsunade est en fermeture annuelle et Sasuke m'a proposé d'aller voir un film chez lui. C'était un truc coréen à propos d'un clown et d'un roi. C'est drôle au début et super triste à la fin … mes yeux me piquaient un peu. Très émouvant comme histoire. Un genre d'histoire d'amour, mais vachement différent de ce à quoi l'on pense quand on dit « une histoire d'amour ». Pour ne rien gâcher il y avait un mec magnifique dedans et je trouve que Sasuke lui ressemble un peu (mais en - beaucoup - moins efféminé quand même, et avec la peau plus foncée). On était à moitié l'un sur l'autre sur le canapé, il était tard, et j'avais trop la flemme de bouger, alors j'ai accepté de dormir chez lui. Son sourire à cet instant m'a fait penser à celui de Néji, mais c'était qu'une impression passagère qui s'est vite évanouie. Et à présent, eh bien…

Les lampes sont voilées. Je suis tellement nerveux que, que… que je n'arrive même plus à établir une quelconque comparaison. Il y a un petit tourbillon au creux de mon ventre qui me nargue. Peut-être dû au fait que je suis allongé à plat dos sur le lit de Sasuke, ledit Sasuke à quatre pattes sur moi. Nos vêtements forment un jeu de piste menant du salon à la chambre. Tous nos vêtements.


à suivre, le dernier chapitre!

enfin peut-etre... MUAAHAHAHA