Disclaimer: Les personnages appartiennent naturellement à S. Meyer.


(BPOV)

Le moteur rugissait comme jamais. Je me laissai griser par la vitesse. J'avais la sensation de voler. J'avais quitté Jacob, Sam et Paul à l'entrée du parc d'Olympic il y a près d'une heure et depuis ce moment, l'aiguille du compteur n'était jamais redescendue sous les 160km/h. Seule sur la route. Seule dans la nuit. Quelques images fugaces de ma « soirée » me firent tourner encore plus fort l'accélérateur. L'adrénaline coulait encore dans mes veines. Mes phares éclairèrent le panneau « Bienvenue à Forks » et je ralentis instantanément l'allure. Je n'avais pas besoin d'attirer l'attention sur moi. Mon portable vibra dans la poche intérieure de ma veste de cuir. J'entendis la voix de Jacob dans l'oreillette.

-Nous sommes rentrés. Aucun bobo. Et toi? entendis-je dans mon casque.

-Je viens d'entrer dans Forks.

-Mission accomplie alors Bella?

-Mission accomplie Jake.

-Tu vas chez eux?

-Oui. Allez, va te coucher. Bonne nuit Jacob.

-Bonne nuit Bella.

La conversation se coupa là.

A la sortie de la ville, j'accélérai de nouveau jusqu'à prendre le petit chemin qui menait chez les Cullen. Je m'immobilisai face à une immense villa blanche, avec de très larges fenêtres, entièrement restaurée, entourée par la forêt. Des lampes s'allumèrent ici et là et bientôt tout le rez-de-chaussée fut envahi de lumière. Ils m'avaient entendue. En même temps, le ronflement du moteur de ma Ducati n'était pas des plus silencieux, même pour des oreilles vampiriques. Je me redressai sur la selle et ôtai doucement mon casque. Les longues boucles brunes reprirent immédiatement leur place dans mon dos. Là, enfin, je m'autorisai à souffler. Ici, je savais que je ne risquais rien et je m'y sentais plutôt bien. Et si cela se passait mal, la frontière n'était pas loin...

La porte d'entrée s'entrouvrit et j'aperçus la silhouette d'Esmée sous le porche. Immobile, tournée vers moi. Elle m'attendait. Je me séparai de ma moto et avançai vers elle. La mascarade allait commencer. Ils ne savaient pas que je savais...

-Je suis désolée Esmée, il est presque 4h du matin et...commençai-je en montant les marches du perron.

-Ce n'est rien Bella. Nous ne dormions pas. Carlisle prend une garde à 5h. m'expliqua-t-elle.

Cette excuse devait être efficace auprès des humains alors je ne dis rien et entrai derrière Esmée.

Je restai de longues secondes figée devant la beauté de l'intérieur. Ouvert, lumineux, harmonieux, tout en étant chaleureux. Une maison où vivre serait reposant. Un mouvement sur ma droite me fit sursauter et je me tournai aussitôt vers l'intrus, ma main droite enfoncée dans ma poche, la paume sur la crosse froide. Geste inutile mais pur réflexe de survie. J'étais encore tendue. Carlisle se tenait dans l'embrasure d'une porte et me souriait.

-Bonjour Bella. dit-il en s'avançant vers moi.

-Désolée pour l'heure Carlisle. m'excusai-je.

-Installons-nous au salon. décréta Esmée. Veux-tu quelque chose à boire Bella?

-Un café bien fort si possible. Merci.

Esmée se dirigea vers le fond du salon et disparut dans ce qui devait être la cuisine.

-Assied-toi, je t'en prie. reprit Carlisle en m'indiquant un large fauteuil en cuir blanc. Met-toi à l'aise.

Mais je décidai de garder mon blouson.

La cheminée crépitait, l'atmosphère était détendue. J'observais la pièce en silence. Soudain, un bruit à l'étage me tira de ma contemplation. Une petite brune sautilla de marche en marche.

-Ce n'est qu'Alice. m'informa le docteur en me souriant alors qu'Alice venait de s'asseoir sur l'un des canapés près de son père.

Esmée revint avec mon café et le déposa sur la table de salon. Je la remerciai d'un signe de tête. De nouveaux bruits à l'étage se firent entendre. J'étais sure qu'ils m'épiaient de là haut.

-Ils peuvent descendre, je ne mords pas. dis-je en fixant Carlisle.

Mon esprit riait de cette réflexion et un murmure étouffé me fit comprendre que l'un des vampires à l'étage riait également. Avait-il compris que je savais ? Carlisle se tourna vers l'escalier et j'en profitai pour tendre le bras vers ma tasse. Une vive douleur s'étira dans mon avant-bras. Blessée. Rien de grave mais c'était douloureux. Je risquai un regard vers le médecin mais il ne me regardait pas. Personne n'avait vu mon geste. Tant mieux. Je prétexterai le café refroidi pour ne pas risquer un mouvement malencontreux devant eux. Jasper, Edward, Rosalie et Emmett descendirent, ce dernier avec un immense sourire sur le visage, et s'installèrent avec Alice. Esmée réapparut devant moi, une boite emplie de papiers.

-Voilà le courrier dont nous t'avions parlé. Si tu as des questions, n'hésite pas. indiqua-t-elle.

-Merci Esmée.

A cet instant, je ne sais pas pourquoi, j'aurais voulu la prendre dans mes bras. La serrer comme je serrais ma mère quelques années plus tôt. Mais je n'avais plus de force pour ces gestes depuis longtemps.

-Merci à tous...pour mon père. ajoutai-je en baissant la tête pour retenir la peine qui montait dans ma gorge, avant de les regarder de nouveau, maîtrisant mon émotion.

-Charlie était notre ami, c'était tout à fait normal pour nous. m'indiqua Carlisle.

-Bella, ton café va refroidir. intervint Esmée, me ramenant instantanément à la réalité.

Elle attendait mon mouvement. Je ne pouvais plus reculer. Je tendis la main vers la tasse en retenant une grimace mais laissai retomber mon bras, la douleur irradiant tout l'avant-bras.

-Es-tu blessée? s'inquiéta Carlisle.

-Ce n'est rien, je m'en occuperai en rentrant. répondis-je en serrant les dents.

-Laisse-moi voir. ajouta-t-il alors qu'il était déjà agenouillé devant moi, posant une main sur mon bras. Tu devrais enlever ton blouson.

Je ne pouvais plus faire marche arrière. Coincée, je me levai rapidement, enlevai mon blouson, laissant apparaître l'holster vide accroché sous mon sein gauche. Je me mordis la lèvre, craignant tout à coup la réprimande, telle celle que mon père m'adressait lorsque je faisais une bêtise. Mais personne ne releva. Le silence régnait. Je relevai la manche de mon pull jusqu'au coude et laissai Carlisle regarder. Je guettai la moindre réaction qui trahirait son statut de vampire mais rien. Je risquai un regard sur les autres. Ma blessure ne semblait pas les déranger. Ils étaient vraiment ce que la tribu avait dit...

-Comment t'es-tu fait cela? demanda le médecin, laissant aller ses doigts frais le long de la balafre infligée durant la bagarre.

-Disons que je suis tombée de ma moto. clamai-je d'un ton teinté d'ironie.

Je ne pouvais pas lui répondre que, trop proche d'Embry, ce dernier m'avait griffée en se transformant.

-Bella, comment t'es-tu fait cette blessure? reprit-il, insistant.

-Et vous, comment faites-vous cela? répondis-je sèchement.

Le moment était venu.

-C'est mon métier Bella et...

-Non, comment faites-vous tous pour ne pas réagir devant du sang humain? repris-je.

Le silence religieux devint tout à coup très lourd. Je sentis une brusque et intense fatigue et luttai contre.

-Non Jasper. intervint Carlisle. Nous devons parler avec Isabella.

La sensation disparue, je les détaillai un à un, soutenant le regard glacial et furieux de Rosalie. Ne me laissant pas impressionner, je la fixai, intensément. La blonde, vexée et en colère, se mit à siffler, dévoilant un peu ses superbes dents blanches. Elle pensait peut-être m'effrayer mais j'étais rôdée. Ne me démontant pas, je voulus me lever pour l'affronter mais la main d'Esmée sur mon épaule me retint. Les autres vampires avaient assisté à la scène et portaient tous des visages neutres, me jaugeant, sûrement.

Le médecin plongea sa main dans la trousse de soin qu'Esmée venait de déposer juste à côté de nous. Je n'avais pas remarqué ses mouvements jusqu'à ce qu'elle ne me touche. Je devais vraiment être fatiguée.

Il se mit à nettoyer ma plaie tout en me parlant:

-Donc tu sais...Charlie t'a...

-Non, le coupai-je. Je passais mes étés à la réserve. Je connais les légendes quileutes depuis mon enfance. Les combats. La trêve avec Ephraim. La frontière que vous ne pouvez pas franchir. Mais je n'ai su pour votre famille qu'à mon retour chez Billy.

Le médecin termina les soins et commença à bander mon bras.

-Charlie savait? repris-je d'une voix que je voulus neutre.

Carlisle termina son geste et posa doucement sa main sur mon bras bandé.

-Oui, il savait pour nous. Il se doutait de quelque chose, alors je lui ai parlé. Et il n'a jamais rien dit.

-Tout?

-Tout, y compris les risques. confirma-t-il en me fixant, attendant ma prochaine question.

Mais je sentais la colère et la tristesse se mêler dans mon ventre. Tristesse d'avoir perdu mon père. Colère contre ce monstre qui l'avait tué. Et ma soif de vengeance...

-Bella, qu'as-tu fait ce soir? reprit Carlisle.

Se doutait-il de quelque chose ? Je commençai à les apprécier et je ne voulais pas avoir à subir leur déception ou leur colère. Je ne pouvais pas leur dire. Et puis, c'était mon combat. Point final.

Je me levai précipitamment, attrapai mon blouson mais ne sus l'enfiler à cause de la douleur. Qu'importe! Je le reposai précipitamment sur le fauteuil et me dirigeai vers la porte d'entrée à grandes enjambées. Je ne pouvais pas rester là. Je devais sortir, grimper sur ma moto et trouver ma prochaine proie.

Mais la famille arriva avant moi dans l'entrée et me barra la route.

-Laisse-moi sortir Cullen! criai-je.

-Pas avant que tu ne nous ais répondu. intervint Edward, debout, dernier barrage avant la porte, silencieux jusque là.

-Vous ne me connaissez pas! répondis-je sèchement.

-Mais nous connaissions ton père et il nous faisait confiance. annonça la voix posée de Carlisle dans mon dos.

L'image du corps de mon père vidé de son sang étendu au beau milieu de la cuisine se rappela à mon souvenir. La bile me monta à la bouche et je me sentis prise au piège, ne pouvant pas sortir d'ici, encerclée par des vampires. Certes, ils ne me voulaient aucun mal mais l'instinct que j'avais développé depuis bientôt deux ans me tordait les tripes. Je serrai le poing et l'abattis violemment sur le mur juste à côté de la porte en poussant un cri de rage. Quelques petits morceaux de plâtre beige tombèrent au sol.

-Non. Pas maintenant. Pas comme çà. chuchotai-je, mon poing toujours contre le mur. Laisse-moi partir, Edward...

Contre toute attente, après m'avoir fixée quelques secondes, Edward fit un pas de côté, laissant la porte libre. Je sortis sans un mot, descendis les marches du perron et me dirigeai vers ma moto. Assise sur la selle, je levai les yeux vers les Cullen qui se tenaient sur les marches. Un étrange sentiment m'assaillit et j'eus un pincement au cœur en plaçant la clé dans le neiman. Je serais tellement mieux si j'acceptais de leur faire confiance, comme avec la meute.

-Désolée. murmurai-je, sachant pertinemment qu'ils m'entendraient.

Le moteur vrombit et je disparus dans la nuit.

(EPOV)

-Elle a dû se briser la main. dit Carlisle alors que nous étions de retour dans le salon.

Bella était repartie sur sa moto, dans l'obscurité, blessée et sans son blouson. Nous avions suivi les bruits de la Ducati jusqu'à l'entrée de Forks. A cette heure, elle devait être chez elle.

J'avais été le dernier obstacle avant son départ. La force qu'elle mit dans son coup m'impressionna. Je m'attendais à la voir s'écrouler et se tordre de douleur. Mais non, elle tenait debout, le poing toujours écrasé sur le mur de l'entrée. L'esprit de Jasper était confronté à une énorme vague d'émotions. De la haine, de la tristesse mais surtout de la vengeance. Mais, étonnamment, sa voix s'était un peu radoucie et elle m'avait appelé par mon prénom. Alors, suivant l'avis muet de mon père, je m'étais écarté pour la laisser passer. Ce geste m'avait énormément coûté. J'aurais tant aimé à cet instant qu'elle abandonne sa carapace et qu'elle me fasse confiance. Face à moi, Jasper et Alice me souriaient, silencieux.

-Carlisle, nous devons faire quelque chose pour elle. intervint Esmée.

Elle s'était attachée à Bella. Et Jasper avait cru sentir que Bella était attachée à notre mère.

-Elle ne veut pas de notre aide pour le moment, Esmée. répondit mon père en serrant sa femme contre lui.

-Elle viendra d'elle-même, maman. dit Alice. Je l'ai vu. Un jour, Bella évoluera dans notre famille.

-Cette humaine sait pour nous et cela n'inquiète personne? osa Rosalie en nous regardant un à un.

-Elle connaît nos secrets ainsi que ceux des Quileutes depuis des années et n'a jamais rien dit. Nous pouvons lui faire confiance. Tout comme nous faisions confiance à Charlie. lui répondit mon père.

Le téléphone sonna, interrompant la discussion. Carlisle décrocha. C'était Billy Black. Une fois la communication terminée, Carlisle reprit la parole.

-Billy s'inquiète pour Bella. Il veut me voir à la réserve pour discuter. Je serais de retour avant de prendre ma garde.

(BPOV)

Quelle idiote !

J'avais perdu mon sang froid. J'avais laissé mes émotions prendre le dessus et je m'étais blessée ! Roulée en boule sur le vieux canapé, je tenais un torchon empli de glaçons sur ma main droite qui me faisait atrocement souffrir. J'avais dû me casser quelque chose. Mais je ne voulais pas revoir les Cullen tout de suite. Et si j'allais à l'hôpital, je tomberai sur Carlisle. Ce n'est pas ma première blessure, alors une heure de plus ou de moins dans cet état

Le téléphone de la cuisine sonna et me fit sursauter.

-Bella. C'est Billy. Tu es rentrée! s'écria-t-il à l'autre bout.

-Billy! le grondai-je. Tu n'avais qu'à demander à Jacob.

-Il dort si profondément. me dit-il d'une voix plus douce. Un père qui s'occupait de son fils.

-Hé bien, tu es rassuré maintenant. Bonne nuit Billy. conclus-je.

-Bella, attends! me coupa le vieil indien. Tu as confiance en nous n'est-ce pas?

-Billy, que veux-tu...

-Bella, tu as confiance en nous? reprit-il.

-Bien entendu Billy. Comme j'avais confiance en ma propre famille. répondis-je d'une voix blanche, attendant la suite.

-Bella, je sais que tu devais voir les Cullen cette nuit. Bella, je t'en prie, fais-leur confiance.

-Billy...

-Promets-moi Bella...et laisse-les t'aider à réapprendre à vivre. supplia-t-il.

-Je te promets...mais çà ne changera pas mes plans. chuchotai-je avant de raccrocher.

La dernière phrase de Billy résonnait dans ma tête inlassablement. Il avait raison. Je ne vivais plus. Je survivais. Mais comment vivre normalement après ces deux années?

Lorsque je sortis de mes réflexions, le jour était levé. Je pris une douche rapide, enfilai un gros pull, bandai grossièrement ma main et avalai un café noir. J'étais prête pour ma journée de travail. J'avais convaincu mes collègues de profiter de leurs familles en ce lendemain de fête. Alors, j'errai seule parmi les rayonnages. Aucun lecteur. Aucune visite. Je décidai de me plonger dans les archives du journal local et y lisais des articles concernant Charlie. Je caressais du bout des doigts les clichés jaunis d'un Charlie souriant lorsque la clochette de la porte d'entrée tinta.

Levant les yeux, je trouvai Edward devant moi, de l'autre côté du comptoir. Dieu, qu'il était beau...

-Bonjour Bella. dit-il doucement.

Sa voix était une caresse pour mon esprit. J'avais beau savoir que les vampires étaient magnifiques, croiser le regard d'Edward provoquait des papillons dans mon estomac depuis notre première rencontre.

-Bonjour Edward. répondis-je en tentant de prendre une voix la plus neutre possible.

-Je te ramène ton blouson, tu pourrais en avoir besoin. Selon Alice, la pluie ne va pas tarder à arriver et puis l'hiver est déjà là. reprit-il en déposant le vêtement sur le comptoir.

-Alice fait dans la météo? m'esclaffai-je.

-On pourrait dire çà. répondit-il, mystérieux. Esmée s'inquiète pour toi, tu sais. Tu comptes pour elle. reprit-il.

-Elle ne devrait pas. Merci pour le blouson.

Il baissa les yeux sur ma lecture et sourit.

-Les nouvelles ne sont pas des plus fraîches, n'est-ce pas?

-J'ai...Je...Je voulais savoir un peu le quotidien de mon père ici. bredouillai-je, gênée, avant de reprendre mon souffle.

Le jeune homme fit le tour du comptoir et s'assit sur la chaise voisine.

-Bella, tu n'as pas à avoir honte. Ton père te manque et tu as le droit de chercher son souvenir. dit-il calmement en me regardant.

-Ce n'est pas facile tous les jours. concédai-je en lui faisant un sourire timide.

-Si tu as besoin de nous, n'hésite pas, Bella.

Je ne dis rien, ne sachant que répondre. Pourtant, je mourrai d'envie de crier « Oui, j'ai besoin de vous. J'en ai assez de cette souffrance. Aidez-moi! » mais je ne voulais pas m'embarrasser de mes sentiments...pas avant la fin...

Nous bavardions encore quelques dizaines de minutes, riant même aux anecdotes concernant Emmett. Puis le vampire se leva pour rentrer chez lui. Il passa de l'autre côté du comptoir et s'avança vers la porte.

-Attends, Edward! m'écriai-je.

Le vampire se retourna pour me faire face, attendant la suite.

Je me perdis quelques secondes dans l'or de ses yeux parfaits, me sentant réconfortée et à l'abri de tout, puis je revins à la réalité.

-Dis-lui...dis à Esmée qu'elle compte aussi pour moi. terminai-je avant de me rasseoir derrière le comptoir.

Il me sourit et sortit.

Je l'avais dit. J'avais laissé parler mon cœur. Peut-être était-ce une erreur...Mais j'aimerai tant revivre quelques moments paisibles avant la fin...redevenir la petite Bella d'avant...

Quelques heures plus tard, je fermai la bibliothèque et rentrai chez moi. Ma main me faisait toujours souffrir mais j'avais autre chose en tête pour le moment. Je voulais réaménager un peu la maison pour ne plus m'y sentir intruse.

Légalement, c'était ma maison. Mais ainsi décorée et organisée, elle restait celle de Charlie...avec tous ces souvenirs qui m'empêchaient d'avancer et de rester concentrée sur mes prochaines semaines.

J'avais donc vidé les meubles du salon avant de les déplacer. En enlevant le tapis, en partie élimé, qui trônait depuis des années sous le canapé, je remarquai qu'une lame du vieux parquet, décoloré depuis le temps, était abîmée. M'agenouillant, je posai ma main sur la latte qui se souleva. Du Charlie tout craché. Je plongeai ma main et trouvai une petite boite en carton emplie de vieilles photos et d'un carnet. Les photos de Charlie. Et son journal.

J'avais déjà tenu ce carnet dans mes mains lorsque j'étais enfant. Ce qui m'avait valu une sacrée remontrance de la part de Charlie. Mais je ne pensais pas qu'il avait continué à écrire.

Assise au milieu de la pièce, je déchiffrais sans grand mal l'écriture serrée de mon père. Des photos de nos jours heureux... Des anecdotes sur sa vie à Forks...Son travail... Mes vacances chez lui. Sa vie sans nous. Je retenais mes larmes en lisant tous ces souvenirs.

Et ce que je lus sur la dernière page manuscrite me glaça le sang :

« …je me sens épié, suivi. Ils approchent. Billy m'avait bien dit de ne pas m'en mêler. Mais je n'ai pas eu le choix. Ils ont déjà eu Renée, je ne pouvais pas laisser passer cela. Si je ne fais rien, ils découvriront l'existence de Bella et s'en prendront à elle. Seattle est trop loin et la meute n'est pas assez forte. A son arrivée demain, je la confierai aux Cullen. Je dois parler à Billy et Carlisle. Les Cullen l'emmèneront loin, le temps que je règle tout çà. Bella s'épanouira sûrement parmi eux, dans une famille aimante, et pourra se remettre de la mort de Renée... et de la mienne... Ma petite fille… »

Mes mains tremblaient tellement que je lâchai le carnet. J'étais sans voix. Sans énergie. Mon cœur déjà mort semblait se déchirer encore une fois. Une photo glissée dans la couverture tomba au sol et lorsque je retournai cette dernière image, je ne pus empêcher les sanglots de couler sur mes joues. Une photo de Renée et moi. Notre dernière photo avant la tragédie...et la descente aux enfers...

Je bondis sur ma moto et partis dans un fracas assourdissant.