Chapitre 4 : Taverne
Kaelig était occupée à trier une partie de sa récolte, elle récupérait les feuilles, les fleurs, les graines et les rangeaient ensuite dans des petits sacs de toile prévu à cet effet. De temps en temps Vanora passait la voir entre deux tournées. Elle lui déposait un peu de soupe, un peu de pain, un peu de vin, selon les envies de la jeune femme. Kaelig lui en était reconnaissante, la préparation de ses potions l'absorbait tellement qu'elle oubliait souvent de se nourrir.
De son sac elle tira un petit pilon, et commença à broyer certaines graines pour les réduire en poudre avant de les ajouter dans ces différentes préparations. La table était chargée par des pots de toutes les tailles, de toutes les formes, contenant des préparations diverses et variées. Bors et le reste de la troupe s'installèrent autour de la table, Kaelig leva les yeux rapidement avant de reprendre son occupation. Alors que Bors semblait vouloir poser les mains sur la table, Kaelig lui jeta un regard réfrigérant.
_Je n'y toucherais pas si j'étais toi, menaça-t-elle en posant un poignard à côté d'elle.
Malgré ses avertissement, il posa sa main sur la table. Sans un bruit, un couteau se planta entre deux de ses doigts. La main de Kaelig reposait sa la garde de la dague, le buste couché sur la table, elle le regarda avec défi.
_J'ai dit, on ne touche pas, dit-elle en faisant pivoter la lame entre les doigts du soldat.
_Tu as bien faillis me couper un doigt gamine ! s'écria le chevalier en retirant sa main.
_Vous étiez prévenus chevalier, rétorqua-t-elle en se réinstallant correctement pour reprendre son activité.
_C'était bien visé, fit remarquer Gauvain en s'approchant, une choppe de bière dans les mains.
_Vous voulez plutôt dire que j'ai raté ma cible sir Gauvain, se moqua Kaelig, sous le visage blême de Bors.
Les hommes présents se regardèrent puis Bors se mit à rire si fort que Kaelig eu peur qu'il ne tombe de sa chaise. Le bois craquait sous le poids du chevalier, et Bors ne tarda pas à finir sur le dos. Les soldats présents pouffèrent de rire avant d'exploser sous le regard étonné de l'ours. Les autres chevaliers prirent place autour de la table en aidant leur ami à se relever, une serveuse blonde leur apporta du vin.
_Ah ça va me manquer tout ça, se plaignit Galahad avant de plonger le nez dans son amphore.
_Allons Galahad, je suis sûr que tu trouveras une belle picte pour te satisfaire, rigola Lancelot en attrapant la jeune servante sur ses genoux.
_Je ne suis pas sure que les femmes de mon peuple se laisse abuser sir Lancelot, rétorqua Kaelig, un sourire moqueur sur les lèvres.
_J'oublie parfois que tu es Picte, grogna le concerné.
_De quel côté seras-tu si nous sommes amenés à nous battre contre ton peuple ? demanda Dagonet en s'installant près d'elle.
_Ceux de mon peuple ne se poseront pas de question, la marque que je porte leur donne le droit de me tuer si ils sont amenés à me croiser sur nos terres. Je tuerai chaque homme qui voudra ma mort, s'énerva Kaelig, les feuilles qu'elle tenait dans sa main furent broyées, d'un simple claquement de doigts.
_Voilà qui est bien parlé pour une femme! trinqua Gauvain.
_Dagonet, où étais-tu ? On a des choses à régler, interpella Bors en l'invitant au comptoir. S'il te plait, chante, invita-t-il Vanora.
_Bors...non...soupira la jeune femme en continuant son service.
Bors la traina au centre de la place, devant la taverne. Les chevaliers la supplièrent de chanter, et finalement Bors donna son enfant à sa compagne avant de la prier encore une fois de chanter pour leur liberté presque acquise, pour leur valeur et pour leur départ imminent. Kaelig arrêta de broyer ses plantes pendant quelques instants pour écouter sa nouvelle amie chanter.
_Terre de l'ours et terre de l'aigle, tu nous as porté et bénis, terre dont l'appel berce nos nuits, nous rentrerons par delà les montagnes, nous rentrerons, nous rentrerons...
Nous rentrerons par delà les montagnes, écoute ce chant séchant nos larmes, nous rentrerons par delà les montagnes... sur les derniers mots, sa voix s'essouffla.
Les chevaliers étaient pratiquement tous perdus dans leurs souvenirs. Certains tentèrent de se remémorer les plaines vertes qui les avaient accueillis, sans résultats. Après cet épisode, le reste de la soirée se passa calmement. Kaelig finissait de préparer de nouveaux onguents, elle boucha les pots avec une couche de cire d'abeilles. Elle essuya son couteau sur un morceau de tissus qui avait connu des jours meilleurs. Lorsque les bouchons furent secs, elle les rangea soigneusement dans sa sacoche en cuir.
Bors et Dagonet étaient revenus s'installer à sa table, désormais libérée divers baumes qu'elle venait de terminer, et riaient tellement fort que la table tremblait par moment. Lancelot courtisait la jeune femme blonde qui était venue les servir en début de soirée. Cette dernière semblait heureuse d'attirer l'attention d'un des « grands chevaliers d'Arthur ».
Galahad et Gauvain jouaient au lancé de couteaux. Tristan mangeait une pomme tout en observant ses deux amis débattre sur le fait qu'ils étaient aussi bon l'un que l'autre. Alors que les deux cousins semblaient prêt à en venir aux mains. Gauvain était entouré par deux jolies jeunes femmes, Lancelot pouvait bien aller se rhabiller ! Finalement ce fut l'éclaireur qui trancha la question en lançant sa dague. Cette dernière se planta dans la garde en os poli du poignard de Gauvain, devant les mines ébahies des deux Sarmates.
_Tristan, comment tu as fais ça? demanda le chevalier en se redressant un peu.
_C'est simple, tu vises le milieu, répondit l'éclaireur en pointant du doigt la cible.
Les soldats le regardèrent interloqués avant de reprendre le cours de leur jeu. Une garnison de romains passa devant la taverne. Certains leur lança un regard de pur dégout avant de tourner la tête. Les chevaliers grimacèrent devant le comportement puéril des gardes de la citadelle, Kaelig leva les yeux au ciel avant de saluer les chevaliers présents.
Tristan se leva en même temps que la jeune femme, il salua lui aussi ses compagnons présents avant de s'avancer vers la place. Elle ne fut pas étonnée de le voir se gagner la sortie alors qu'elle allait saluer Vanora. Il respectait scrupuleusement les ordres de son commandant, et c'était tout à son honneur même si cette surveillance constante commençait à agacer sérieusement la jeune femme.
Elle regarda le fauconnier avec malice avant de se mettre à courir dans les rues. Elle salua rapidement deux enfants des rues avant de continuer sa route. Elle entendit Tristan demander aux deux enfants si ils ne l'avaient pas croisée, ce à quoi ils répondirent que c'était fort probable.
Ce fut son rire enfantin qui la trahit, et d'un regard en arrière, elle remarqua Tristan sur les talons. Elle se retournait régulièrement pour voir s'il la suivait toujours et visiblement il ne semblait pas prêt à la lâcher. Quand comprendrait-il qu'elle ne voulait pas de lui ?
À force de courir, ses pas la menèrent au pied de la grande muraille d'Hadrien. Elle grimpa sur les remparts, et se pencha à un créneau, pour reprendre son souffle. Tristan arriva peu de temps après, les mains sur les cuisses, essayant de reprendre son souffle. Visiblement il semblait peu ravi de devoir lui courir encore après. A croire que ça allait devenir une habitude !
_Qu'est-ce qui vous a pris de partir comme ça? s'énerva le chevalier en lui agrippant le bras.
_Ne soyez pas si sérieux chevalier, demain nous serons morts, ricana-t-elle avant de reprendre son sérieux. Profitons de nos derniers instants.
_Vous comptez peut être mourir, mais pas moi, lui rétorqua-t-il avec froideur.
_ À demain,salua la jeune femme avant de se détourner.
Elle sauta du rempart et fila dans l'ombre de la nuit sous le regard noir de l'éclaireur. Elle disparue à nouveau dans les rues sombres de la caserne, sous le regard consterné du Sarmate. Kaelig retrouva rapidement la maison presque endormie de Bors et Vanora. Les enfants les plus jeunes étaient sous la garde des plus âgés, la maison semblait calme de l'extérieur, mais à l'intérieur, ce fut un chaos sans nom qui l'accueillis.
Des plumes volaient dans tous les sens, preuves d'une bataille d'oreillers plus que violente et pourtant, aucun mort n'était à déploré. Les enfants s'arrêtèrent en l'entendant entrer, pris sur le fait, ils ne savaient plus où se mettre, sous le regard compatissant de la jeune femme.
_Je serais vous, je m'empresserais de ranger ça avant le retour de vos parents, conseilla-t-elle en gagnant la chambre que lui avait prêté Vanora.
