La musique résonne et les gens dansent tout autour de moi. Camélia a enfilé une robe verte, une robe émeraude et ses cheveux suivent les mouvements de ses hanches, se balancent de gauche à droite. Envoûtant. On dirait une charmeuse de serpents. Son corps sinueux épouse presque la musique. On dirait que c'est lui, qui joue de tous les instruments, qui donnent le rythme. Je regarde mes sandales, inerte, immobile et décide de les enlever pour plonger mes orteils dans l'herbe tendre et fraîche. La nuit est tombée, la Coupe du Monde de Quidditch est terminée et les festivités commencent pour la France, sacrée championne.
- Et comment c'est, de vivre avec Molly ?
- Eh bien, elle ne sait pas comment cuisiner ou nettoyer, mais j'ai enfin trouvé quelqu'un qui me bat aux échecs.
Je relève la tête. Louis plaisante avec Camélia qui s'est arrêtée de danser. Elle continue de sautiller, toujours en mouvement. Mes yeux sont irrémédiablement attirés par elle. Aujourd'hui, elle a une fleur, une hellébore de corse dans ses cheveux. Elle en change tous les jours... La blonde m'a avoué qu'elle avait la main verte, et qu'elle adorait les fleurs. J'inspire un grand coup. L'odeur est légère, presque imaginaire.
- Molly est très douée aux échecs.
- Moins que Rose, je murmure faiblement en pointant du doigt la rousse qui sautille dans l'herbe.
- Mais c'est avec toi que je joue, et je m'en contente très bien ! Rit Camélia en frôlant de sa main mon coude.
Je frissonne à cause du contact, malgré la chaleur étouffante. Une fourmilière se développe dans tout mon corps à ce point précis... Je veux passer tout mon temps avec cette personne. C'est étrange comme sensation, parce qu'être avec Camélia, c'est comme essayer de traverser une jungle luxuriante : on a des surprises à chaque liane que l'on repousse. On avance prudemment, prêt à fuir au cas où. Ça a un léger goût de danger et d'aventures. Une grande brune attrape Camélia par la bretelle de sa robe et elle se laisse traîner, pour valser entre ses bras. Une colère se réveille dans mon ventre, me tord les entrailles. C'est comme si je tournais avec elle, parce que ses deux ambres, ses yeux couleur whiskey n'ont pas quitté les miens. Ils sont mon centre de gravité, qui me maintient encore ancrée sur le sol. Camélia est le point fixe autour duquel tout tourne... C'est étrange. Avec Haylina aussi, j'avais l'impression de tourner. Mais avec cette-dernière, j'en avais presque la nausée. Avec Camélia, c'est comme si j'étais ivre, l'allégresse me gagnant au fur et à mesure, sans jamais me rendre malade. J'aimerais être dans ses bras. J'aimerais que ce soit à mes hanches qu'elle s'accroche pour ne pas tomber en dansant. Je suis verte de jalousie.
- Elle te plaît ? Me demande Louis taquin.
Je lui fais de gros yeux, et lui vole sa margarita que je finis cul sec.
- Je vois pas du tout de quoi tu parles ! Oh mais regarde, ce n'est pas Allénore qui se trémousse contre ton cousin Jacques ? Je lui fais remarquer pour faire diversion
Louis soupire, sans rien dire. En fait, Allénore ne bouge même pas, et se contente d'éviter tout contact avec Jacques. Ça se voit, qu'elle est mal-à-l'aise.
- Elle t'en fait vraiment voir des vertes et des pas mûrs mon pauvre Lou' ! Je le plains.
- Pourquoi tu changes de conversation... On parlait de Camélia...
Je comprends au ton de Louis qu'il n'a pas envie de parler d'Allénore. Je pince mes lèvres. Je ne sais pas trop quoi dire. "Oui, Camélia me plaît". Depuis l'histoire de l'accueil de Madame Xing, nous nous sommes rapprochées, comme deux enfants qui partagent un secret. Nous avons parlé. Moi de mon père, un peu bourru mais aimant, de ma mère un peu absente mais toujours adorable, de ma sœur un peu trop studieuse mais à l'humour débordant. J'ai parlé de Haylina, j'ai fait mon deuil dans mes confidences, cachée sous ma couette. Elle m'a parlé de son rêve d'être styliste, de ses études à Beauxbâtons qui ne lui avaient rien apprit si ce n'était l'art d'accepter les moqueries et les ricanements des autres.
- Qu'est-ce que tu veux que je te dise ?
- Rien, souffle Louis. La laisse juste pas filer...
- Je ne sais pas trop… Après Haylina…
- Tu as peur ?
- Je ne supporterai pas d'avoir le cœur brisé une fois encore, je lui avoue. Ce serait la cerise qui fait déborder le vase, ce serait la goutte d'eau sur le gâteau !
Louis s'esclaffe :
- Tu n'es toujours pas au point sur les expressions moldues…
Le rire de Camélia ricoche au sein de l'assemblée, alors que la musique s'est arrêtée. Au bord de la piscine, la première fois que j'ai entendu ses éclats mélodieux, j'ai eu envie de les emprisonner dans une bouteille de verre, pour m'y enivrer jusqu'à la fin de ma vie. Et ce son, reste dans ma tête, il ne veut pas s'en aller. Et quand je pense à autre chose, mon esprit y revient irrémédiablement. Camélia... Comment une seule personne peut-elle me faire autant d'effets ? Elle s'arrête de danser, et remercie sa cavalière qui lui murmure quelque chose à l'oreille en frôlant ses cheveux. Ils doivent être doux... Un peu comme le miel. J'en serai presque verte de rage, d'y voir une autre que moi, y glisser ses doigts...
- Molly ? T'es encore dans la lune ?
Sa main passe devant mes yeux, attirés par ses ongles émeraudes. Elle me sourit et dans ses mains, il y a un bout de papier.
- Son numéro, m'apprend-t-elle en le laissant tomber dans l'herbe.
- Elle est mignonne.
- Ce n'est pas elle qui m'intéresse.
Son regard me couvre, m'enveloppe toute entière. Je n'ai jamais flirté avec personne. Je ne connais pas les codes. Mais Louis, qui discute avec Allénore de dos, lève ses deux pouces en l'air. Je hausse mes deux sourcils. "Je suis censée faire quoi maintenant ?".
- C'est étrange. Tes tâches de rousseurs forment la constellation de la vierge ! Me fait remarquer Camélia en dessinant celle-ci sur mon avant-bras. Tu en as combien ?
- Je ne sais pas...
- J'aimerais bien toutes les compter...
Son regard a une lueur particulière, que je n'arrive pas à définir. Mais mon cœur tambourine dans ma poitrine :
- Ecoute Molly... Tu me plais vraiment beaucoup. Mais je ne suis pas Haylina moi. Quand je t'embrasserai, je le ferai librement, sans me soucier de savoir s'il y a des personnes autour de nous ou non.
C'est peut-être les mots qu'il me fallait pour réaliser, pour rassembler le courage en moi. Il faut que je parle à mes parents, à ma famille, à mes proches. J'aurais dû le faire il y a déjà bien longtemps…
