Disclaimer : rien ne m'appartient, tout appartient à JKRowling et Jane Austen.
Spoiler : Les 7 tomes de Harry Potter et Orgueil et Préjugés
Note : J'ignore si les anciens lecteurs de ma fiction sont toujours là, mais me voici de retour ! ^_^ J'espère que ce chapitre vous plaira. J'ai parfois l'impression de recopier le roman de Jane Austen plus que d'écrire... mais j'espère tout de même que ça rendra bien.
Bonne lecture
XXX
Chapitre 4 : Monsieur Collins, pour vous servir !
Severus Rogue relisait encore une fois son texte même si cela se révélait inutile : il le connaissait déjà par cœur. Il savait oh combien il serait ridicule, exactement à quels moments les autres allaient rire et surtout, à quel moment il allait avoir le plus mal.
Assis sur un fauteuil de la salle commune de Serpentard, il regardait d'un œil distrait le feu brûler dans la cheminée. L'horloge au-dessus du portrait de Salazar Serpentard indiquait 2h30 du matin. Il avait encore quatre heures à attendre avant l'heure à laquelle ils étaient sensés se lever. Il savait que ce n'était pas la peine d'aller se recoucher. Il ne s'endormirait pas. Il laissa tomber le scénario et s'empara de son livre de potion de 7ème année, qui était aussi son carnet de note préféré. Il travaillait en ce moment sur un nouveau sort qu'il avait inventé, il n'était pas tout à fait au point…
Seule la magie, spécialement la magie noire qui le fascinait, lui permettait d'oublier tous ses soucis…
xxx
Lily se réveilla tôt, ce matin là. Elle était nerveuse et, soyons franc, assez mal à l'aise. Jouer avec Severus la gênait et la peinait plus qu'elle ne voulait l'avouer. Il avait été son meilleur ami, presque son frère, et voilà maintenant presque deux ans qu'ils ne s'adressaient plus la parole. Elle savait que lui donner la réplique allait lui être douloureux car elle ne pouvait oublier tous les moments précieux qu'elle avait partagés avec lui mais elle ne pouvait pas non plus lui pardonner sa trahison.
Malgré toute sa rancune, le voir se ridiculiser devant tout le monde ne la réjouissait pas et encore moins le fait de le rejeter (une fois de plus). Elle ferma les yeux et se prit la tête entre les mains. Si rien de tout ça n'était arrivé, ils auraient tous les deux bien ri de cette expérience et se seraient sûrement bien amusés. Mais il avait choisi une voie, la mauvaise sans aucun doute, et elle avait choisi l'autre, l'opposée. Leur amitié s'arrêtait là : s'il ne revenait pas sur sa décision, il ne pourrait en être autrement.
C'est donc nerveuse mais décidée qu'elle descendit dans la salle commune des Gryffondor. Elle était encore vide, mais c'était normal : personne ne se lèverait avant au moins une heure. Elle s'installa sur un fauteuil, devant les restes du feu de cheminée et commença à relire le scénario. Pourtant, elle n'en avait pas réellement besoin : elle le connaissait déjà par cœur. Elle s'amusait à jouer mentalement les scènes, même celles qu'elle ne jouerait pas ce jour-là. Il y en avait quelques unes qu'elle préférait, mais elle avait un peu honte de se l'avouer car dans toutes ces scènes, elle devait jouer avec James Potter.
Elle était tellement absorbée par se lecture qu'elle n'entendit pas la personne qui descendait de son dortoir…
" Bonjour Evans, tu es bien matinale aujourd'hui."
Lily soupira. Sans grande surprise, elle découvrit James qui se tenait face à elle.
" Tu l'es toi aussi." constata-t-elle.
Il était rare de voir James levé aussi tôt, il avait plutôt l'habitude d'arriver en retard au petit-déjeuner voire en cours à cause de ses réveils un peu lents.
" C'est vrai, fit le jeune homme en haussant les épaules, j'avais du mal à dormir."
Lily acquiesça.
" C'est vrai que le tournage nous occupe pas mal l'esprit." dit-elle.
James s'installa sur un fauteuil près d'elle.
" Quelles scènes joues-tu aujourd'hui?"
Lily ferma les yeux. Pourvu que Potter ne se moque pas de Severus...
" Les scènes avec Monsieur Collins..."
James eut un sourire narquois.
" Ah oui, celles avec Rogue, ça risque d'être..."
Il s'interrompit en voyant le regard noir de Lily.
" ... intéressant." se reprit James.
La jeune fille fronçait les sourcils mais elle préférait ne pas approfondir la conversation: elle se conclurait inévitablement par une dispute. Elle décida plutôt de reprendre sa lecture. A côté d'elle, James se gratta la tête, un peu dépité. Il était décidément toujours aussi maladroit avec elle. Pendant quelques instants il se demanda ce qu'il pouvait faire... il n'avait aucune envie de partir. Contempler le feu de cheminée lui sembla finalement être une bonne solution pour rester un peu plus longtemps près de la jolie rousse.
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Un matin, Monsieur Bennet annonça lors du petit-déjeuner qu'ils allaient recevoir un convive dans la journée. Toute retournée, Madame Bennett s'enthousiasma à l'idée de revoir Monsieur Bingley.
"Il ne s'agit pas de Monsieur Bingley, interrompit son mari. C'est un monsieur que je n'ai jamais vu de ma vie."
Aussitôt, il fut assailli par sa femme et ses cinq filles, lui posant mille et une questions, parlant toutes à la fois. Cela l'amusa fortement et il se cala bien confortablement contre le dossier de son siège pour les observer un instant. Son silence les agaça de plus en plus et l'énervement monta. Monsieur Bennet hésita un instant à prendre sa pipe et déguster encore un peu ce moment... mais il jugea qu'il s'était suffisamment diverti au dépend de leur curiosité et se décida à leur expliquer de quoi il s'agissait.
Il y a un mois de cela, il avait reçu une lettre de son cousin, Monsieur Collins qui, lorsque Monsieur Bennet sera mort pourra hériter de la maison et en chasser les femmes Bennet s'il le souhaite.
"Ah, mon ami, s'écria sa femme, je ne puis souffrir d'en entendre parler. Ne mentionnez pas, je vous prie, cet homme odieux. Je soutiendrai toujours qu'il est parfaitement inhumain que vos enfants soient ainsi spoliées au profit d'un autre, et je vous assure qu'à votre place cela fait bien longtemps que j'aurais tenté d'y remédier, d'une manière ou d'une autre."
Elizabeth et Jane tentèrent tant bien que mal de la raisonner. Il s'agissait de la loi, malheureusement, et elles ne pouvaient pas aller à l'encontre. Monsieur Bennet lui demanda de le laisser au moins lire la lettre qu'il avait écrite car, peut-être, cela lui permettrait de se radoucir.
William Collins, dans sa lettre, leur annonçait que sous la protection de sa bienfaitrice Catherine de Bourgh, il avait eu le privilège de devenir pasteur et titulaire d'une paroisse. En sa qualité d'homme d'église, il lui semblait important de tendre un rameau d'olivier à cette partie de sa famille et proposait un dédommagement pour les filles Bennet à qui il parlerait de vive voix.
Elizabeth ne manqua pas le sourire amusé de son père pendant qu'il faisait la lecture de la missive. Sa mère s'était entièrement radoucie et semblait même charmée par ce mystérieux cousin. Jane était assez dubitative : comment comptait-il les dédommager ? Lizzie, quant à elle, exprima à son tour son sentiment en se tournant vers son père :
" J'ai l'impression que ce doit être un original. Je ne parviens pas à imaginer très clairement à quoi nous avons affaire. Son style a quelque chose de très pompeux. Et pourquoi diable se croit-il obligé de s'excuser d'être le prochain héritier de Longbourn ? Il ne voudrait pas nous faire croire qu'il renoncerait à ce titre s'il le pouvait. Pensez-vous qu'il puisse s'agir d'un homme sensé, mon père ?"
Monsieur Bennet lui adressa un sourire extatique.
"Non, ma chérie, je ne le pense pas. J'ai même bon espoir qu'il soit tout le contraire. Il y a dans sa lettre un mélange de servilité et de contentement de soi qui promet. Je suis fort impatient de le voir."
Elizabeth leva les yeux au ciel. De toute évidence, ce cousin promettait d'être un bel idiot et son père se réjouissait à l'avance de pouvoir rire à ses dépends.
"Très bien, coupez !"
Les adolescents en train de jouer la scène se détendirent et soufflèrent un peu. Madame MacGonagall se dirigea vers Lily.
"C'était très bien Mademoiselle Evans, mais essayez d'être un peu plus concentrée la prochaine fois, je vous ai vu froncer les sourcils à un moment inopportun."
La jeune rousse acquiesça, préférant taire la raison de son énervement passager. Elle jeta cependant un regard noir vers James Potter qui était venu les voir en spectateur. Accompagné de Sirius, ils avaient du mal à cacher leur hilarité. Lorsque Frank, dans le rôle de Monsieur Bennet, avait dressé le portrait de Monsieur Collins, les deux jeunes gens avaient eu du mal à se contenir. Et quand il avait prononcé le mot "servilité", Lily avait distinctement entendu "Servilus !" de la bouche de James.
Elle se dirigea vers les deux jeunes gens, leur adressa un sourire courtois devant l'équipe de tournage et se pencha vers l'oreille de James. Ce dernier ce raidit en la sentant si près de lui mais sa joie fut de courte durée lorsqu'il entendit ce qu'elle lui murmura.
"Je te signale, Potter, si je te vois te moquer de Rogue ou même lui faire une mauvaise plaisanterie, j'annoncerai à Madame MacGonagall que je renonce au rôle d'Elizabeth Bennet."
Et elle le planta là sans plus de cérémonie.
XXX
Voilà, le moment fatidique était arrivé. Il allait devoir jouer. Il y avait réfléchi toute la nuit et en était venu à une conclusion. Autant jouer le tout pour le tout. Ce qui était certain, c'est qu'il allait en surprendre plus d'un. La touche finale fut faite sur son costume et son maquillage et il se dirigea vers la zone de tournage.
Lily attendait ce moment avec appréhension. Elle avait peur de le voir tourner en ridicule, elle craignait les réactions des maraudeurs et, plus que tout, elle angoissait à l'idée de jouer avec son ancien meilleur ami. Elle était bouleversée, et c'était plus douloureux qu'elle ne l'aurait imaginé. Mais il n'était plus question de penser à quoi que ce soit. Les caméras se mirent en route et elle dut redevenir Elizabeth Bennet.
Monsieur Collins avait annoncé son arrivée ce jour vers quatre heures de l'après-midi et c'est fort ponctuellement que des coups résonnèrent à la porte. On se hâta d'aller ouvrir, révélant un homme en habits paroissiaux sur le seuil.
"Monsieur Collins, pour vous servir."
Lily s'étrangla. C'était à peine si elle reconnaissait Severus. L'habit de pasteur lui allait comme un gant. Ses cheveux, pendant habituellement devant ses yeux, avaient été coiffés en catogan (mais étaient toujours aussi gras... à croire qu'ils avaient un fort souci) et il avait été légèrement maquillé pour avoir meilleure mine. Mais ce n'était pas cela le plus étonnant. A peine apparu, à peine la bouche ouverte, qu'il fit rire tout le monde et non pas parce qu'il était Rogue, le Serpentard peu apprécié de Poudlard, mais parce que son jeu était juste... brillant ! Il n'était plus Severus, mais William Collins, un pasteur obséquieux, fielleux et servile. Il avait même modifié sa voix. En deux, trois répliques, il fut l'acteur préféré du plateau et tout le monde se bousculait pour venir le voir.
Quant à James... il ne dit rien. Mais Lily vit que son air s'était assombri, comme s'il était profondément jaloux du succès soudain du Serpentard. Il n'y avait pas de doute, leurs relations étaient vraiment étranges à ces deux là.
Lors d'une pause, Alice prit son courage à deux mains pour s'adresser à Severus.
"J'ignorais que tu jouais aussi bien, Rogue."
Le Serpentard rougit en sentant tous les regards se tourner vers lui, en particulier celui de Lily.
"J'ai fait du théâtre à l'école primaire de mon quartier." Dit-il rapidement.
"C'est vrai ? S'étonna Lily. Tu ne m'en avais jamais parlé !"
Surpris et en même temps qu'elle lui adresse la parole, Severus rougit de plus belle.
"C'est que je n'osais pas trop parler de mon école, sachant que toi tu suivais des cours dans une meilleure école que la mienne..."
"Elle était privée, répondit Lily, ça ne veut pas dire qu'elle était meilleure..."
Le Serpentard haussa les épaules, savourant cependant ce moment, cette absence d'animosité dans la voix de Lily.
"Mais... s'étonna Melissa. Tu étais dans une école moldue ?"
Le visage de Severus se rembrunit.
"Oui, mon père étant moldu, je n'avais pas trop le choix..."
Voyant que ce sujet le mettait mal à l'aise, personne n'insista.
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Bientôt Monsieur Collins avoua son dessein à Madame Bennet. Encouragé vivement par Lady Catherine de Bourgh, il cherchait une épouse et avait tour de suite pensé à l'une des cinq filles Bennet. Prenant en compte le droit d'aînesse, il avait pensé à Jane mais Madame Bennet lui dit aussitôt qu'elle risquait d'être fiancée sous peu. Elle le redirigea alors vers Elizabeth, qui succédait à Jane en beauté et dans l'ordre des naissances. Monsieur Collins dut bien reconnaître qu'elle était fort jolie également. Severus en eut le rouge aux joues en disant cela mais tout le monde prit cela sur le compte du jeu d'acteur. Seul James, assit plus loin en spectateur du tournage, n'en fut pas dupe et serra les poings.
Une balade à Meryton en compagnie de quatre des sœurs Bennet fut l'occasion pour lui de se rapprocher un peu d'Elizabeth et pour Monsieur Bennet de souffler un peu. Durant tout le trajet jusqu'au bourg, Monsieur Collins ne cessa de déblatérer de manière pompeuse des banalités auxquelles ses cousines répondirent poliment. Lily, Melissa et les jumelles Patil durent se mordre les lèvres pour ne pas rire durant toute la séquence car son jeu était irrésistiblement drôle. Severus s'en aperçut et ne put s'empêcher d'arborer un sourire satisfait qui alla parfaitement au personnage de William Collins.
Cependant, une fois arrivés à Meryton, Monsieur Collins ne put retenir plus longtemps l'attention de Kitty et Lydia qui recherchaient frénétiquement du regard l'uniforme du moindre officier. Elles en rencontrèrent un, Monsieur Denny, qui était accompagné d'un homme qu'elles n'avaient encore jamais vu et qui intéressa les quatre sœurs. Il s'agissait de Monsieur Wickham (joué ici par Amos Diggory, l'un des beaux gosses de Poudlard) qui, en temps qu'officier, venait de rejoindre le régiment. Elles commencèrent à faire connaissance avec lui et Elizabeth le trouva fort agréable jusqu'à ce qu'un bruit de chevaux leur fasse tourner la tête. Messieurs Darcy et Bingley s'approchaient d'elles.
Ils commencèrent à échanger des politesses lorsque...
« COUPEZ ! »
Minerva MacGonagall se rapprocha des acteurs, l'air las.
« Messieurs Potter et Rogue, je vous préviens que Monsieur Darcy ne connaît pas Monsieur Collins et n'a rien à lui reprocher. Donc inutile tous les deux de vous fusiller du regard. Gardez vos rancœurs de côté le temps du tournage de cette scène, merci. »
Lily leva les yeux au ciel tandis que les deux jeunes gens grinçaient des dents. Au moins personne ne s'était rendu compte que son cœur avait fait un bond en voyant James arriver. Mais que lui arrivait-il ?
« Allez on reprend ! »
Le regard de Monsieur Darcy croisa celui de Monsieur Wickham et pâlit tandis que l'autre rougissait. Se remettant de ses émotions, l'officier porta la main à son chapeau en guise de salut auquel Monsieur Darcy daigna à peine répondre. Cette scène attisa la curiosité d'Elizabeth qui mourrait d'envie de comprendre ce que cachait de telles attitudes. La patience étant cependant une vertu, elle en sut davantage que le lendemain soir lors d'une soirée organisée en ville où elle retrouva George Wickham avec qui elle eut loisir de converser. Très vite il lui conta la conduire « scandaleuse » qu'avec eu Fitzwilliam Darcy à son égard. Son père, feu Monsieur Darcy était le parrain de Monsieur Wickham. Il devait, grâce à lui, hériter d'une paroisse et devenir pasteur mais au dernier moment celle-ci avait été cédée à un autre... tout cela à cause de Fitzwilliam Darcy qui le haïssait pour la seule raison qu'ils étaient dissemblables et peut-être par jalousie de la tendresse que vouait son père à George. Le « plus douloureux » dans tout ça était qu'ils avaient grandi ensemble et étaient élevés comme des frères. Il lui dit même que Fitzwilliam avait une sœur mais tout aussi orgueilleuse que son grand frère. Leur conversation prit fin lorsque Monsieur Collins vint se placer entre eux deux et se mit à parler avec déférence et enthousiasme de la merveilleuse Lady Catherine de Bourgh.
Révoltée, Elizabeth en parla le soir même à Jane. Cependant, celle-ci avait du mal à imaginer que Monsieur Darcy fut autant ignoble bien qu'elle avait du mal à imaginer que Monsieur Wickham puisse mentir.
« Il y a sûrement eu une méprise, un malentendu. » Dit-elle à Lizzie.
Elizabeth resta sceptique. Elle fut cependant distraite de ses pensées par l'annonce d'un bal qui aurait lieu de mardi suivant à Netherfield.
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« Chouette ! Il va y avoir un autre bal ! » S'exclamèrent les jumelles Patil une fois de retour à la tour de Gryffondor.
« Et tu as vu Amos Diggory ? » Fit Lalita à sa sœur. « Qu'est-ce qu'il est beaaaauuuu ! »
Et elles partirent en gloussements hystériques. Lily leur sourit poliment. Elles étaient assez niaises, mais pas méchantes donc elle fut clémente. Et puis elle appréciait beaucoup leur frère aîné qui était à Serdaigle, Navin, avec qui elle avait des conversations très intéressantes lors des réunions de Slughorn. De son côté, elle angoissait. Lors de cette scène, elle allait devoir danser avec Severus et James et ça la chamboulait plus que de raison.
"Mais qu'entends-je ?" Fit une voix dans leur dos.
Les jumelles sursautèrent et furent à nouveau prises de gloussements incontrôlables en voyant qu'il s'agissait de James accompagné de Sirius. Etaient-elles vraiment les sœurs de Navin, si sage et si avisé ?
"N'étiez-vous pas en train de parler d'un bal, mesdemoiselles ?" Reprit James.
Le jeune homme regarda un instant Lily et elle vit ses yeux pétiller tandis qu'un large sourire se formait sur ses lèvres. La jeune fille se surprit à rougir et se dépêcha de reprendre contenance. Visiblement, il avait lui aussi remarqué dans le script qu'ils allaient échanger ensemble quelques pas de danse et cette idée semblait le ravir.
"Heureuse pour lui" Pensa-t-elle avec sarcasme, mais le regard brillant du jeune homme la troublait et ça l'énervait.
Alors que les jumelles s'éloignaient sans cesser de pouffer de rire, et que Sirius rejoignait Melissa ainsi que Peter et Remus près de la cheminée, James se rapprocha d'elle et lui tendit la main.
"Et si on s'entraînait un peu pour la danse ?" Lui murmura-t-il à l'oreille, la faisant frissonner.
Lily leva la tête vers lui. Elle hésita mais...
"Non, désolée, je suis vraiment trop fatiguée, je préfère aller me reposer dans ma chambre."
L'air déçu de James lui fit un pincement au cœur, même si elle doutait toujours de son honnêteté (oui, après tout, ne jouait-il pas un peu avec elle ?). Mais pour une fois, elle n'avait pas menti, ce n'était pas une excuse pour l'éviter. Elle était sincèrement fatiguée physiquement et mentalement. Elle était assaillie par différents sentiments, diverses émotions, et était perdue, ne sachant plus quoi penser. Il y avait James, bien sûr, qui la troublait sans cesse et avec qui elle ignorait toujours à quoi s'en tenir, puis il y avait Severus à qui elle ne pouvait pas pardonner et qui lui manquait... et le retrouver ainsi sur le tournage était quelque chose de douloureux.
Elle s'écroula sur le lit sans prendre la peine de se déshabiller et s'endormit aussitôt.
XXX
Elizabeth devait bien l'avouer. Elle attendait se bal avec impatience et rêvait de danser avec George Wickham. Outre le fait qu'il était plutôt bel homme, elle souhaitait surtout en profiter pour observer le comportement de Monsieur Darcy en sa présence. Confirmerait-il tout ce qu'elle venait d'apprendre de la bouche de l'officier ? Tout dans sa joie, elle se surprit à demander à Monsieur Collins s'il comptait venir au bal et si cela convenait à sa situation de pasteur. Hélas pour elle, il n'émit aucune objection pour venir. Au contraire...
"Je vais d'ailleurs profiter de l'occasion pour vous prier de m'accorder les deux premières danses, Miss Elizabeth..."
Bien qu'il sache que ça faisait partie du rôle de Lily de prendre un air horrifié qu'elle tentait tant bien que mal de cacher, Severus ne put empêcher son cœur de se serrer. Ces scènes étaient parfois douloureuses pour lui, et il savait qu'il était loin d'en avoir fini.
Elizabeth se maudit d'avoir voulu se moquer de son cousin. Elle qui voulait réserver les deux premières danses au beau Monsieur Wickham devrait les faire avec Monsieur Collins ! C'est ce qu'on appelait l'arroseur arrosé. Elle dut cependant accepter poliment l'offre du pasteur, mais elle grimaça d'autant plus qu'elle se rendait bien compte que ses intentions n'étaient pas forcément innocentes et qu'il souhaitait sans aucun doute faire d'elle la future maîtresse du presbytère de Hunsford.
Enfin, le bal arriva et Elizabeth se retrouva dans la salle à chercher le bel officier du regard, bien décidée à le conquérir. Mais ne le trouvant pas, elle commença à douter. Monsieur Darcy ne l'appréciant visiblement pas, aurait-il été évincé de la fête ? Elle appris assez rapidement par un autre officier, Mr Denny, que George Wickham avait bel et bien été invité mais serait absent car il avait dû partit en ville pour affaire. Cependant, son ami pensait que Mr Wickham avait sans nulle doute trouvé un prétexte pour éviter Mr Darcy. Elizabeth fut tellement remontée contre ce dernier qu'elle eut bien du mal à rester courtoise lorsqu'il vint la saluer et lui demander comment elle allait. Elle sentait qu'elle ne devait pas rester polie avec lui, elle avait l'impression que ça offensait Wickham, donc elle fit de son mieux pour couper court toute conversation avec lui.
James pouffa de rire intérieurement. Lily n'avait même pas à se forcer pour jouer cette scène, elle se comportait déjà ainsi naturellement au quotidien ! Son amusement fut cependant de courte durée. Il vit Severus entrer en scène, malheureusement tellement brillant dans son rôle que pour une fois il attirait tous les regards. Dans quelques instants, il allait inviter la jolie rousse à danser... et ça le rendait fou d'avance !
Elizabeth trouva refuge auprès de son amie Charlotte Lucas qu'elle n'avait pas vue depuis huit jours et lui raconta tous ces déboires. Elle en vint à parler de Monsieur Collins et signala à son amie combien il était ridicule. Cependant, cette dernière lui fit signe de se taire et de se retourner. Ce dernier était en train de s'approcher d'elle avec un sourire obséquieux. Il était temps de lui accorder les deux premières danses.
Il fallut reprendre la scène plusieurs fois tellement Lily riait. Severus devait passer son temps à s'excuser au lieu de se concentrer sur la danse et de faire plusieurs fausses manœuvres couvrant de honte sa partenaire. Il en rajouta un tantinet pour être encore plus grotesque, ce qui amusait Lily et elle avait bien du mal à garder l'air honteux et excédé que devait faire Elizabeth. Voyant le sourire et les yeux brillants de son ancienne meilleure amie, Severus était aux anges. Oui, il n'était pas beau comme Potter, il n'était pas charmeur non plus, mais il avait des atouts finalement... s'il pouvait faire rire ainsi la belle Lily, peut-être pouvait-elle lui pardonner et lui accorder une chance ?
James serrait les poings, mort de jalousie. Il savait qu'il ne pouvait rien faire, que c'était leurs rôles, mais il ne supportait pas de voir Rogue la toucher, de voir son air victorieux lorsqu'elle ne le regardait pas. Il avait juste envie de le faire disparaître... Mais il se contint. Il n'avait pas le choix et Lily le haïrait de nouveau s'ils se défoulait à nouveau sur le Serpentard.
Lily parvint enfin à garder son sérieux et la scène fut bouclée. Ca lui avait fait du bien de retrouver un peu de sa vieille complicité avec Severus... mais pourrait-elle lui pardonner pour autant ? Il lui fallait plus que ça pour la convaincre.
Elizabeth vit la fin de ces deux danses arriver avec soulagement. Elle se précipita vers Charlotte pour reprendre leur conversation quant, tout à coup, Darcy fut devant elle et l'invita aux prochaines danses. Elle fut tellement prise au dépourvu qu'elle accepta sans réfléchir. Une fois l'homme éloigné, elle se prit la tête dans les mains. Mais qu'est-ce qui lui avait pris ?
"Monsieur Potter, veuillez arrêter de gesticuler dans tous les sens en criant victoire, s'il vous plaît !" Râla Madame McGonagall, puis elle se tourna vers Lily qui levait les yeux au ciel et Severina. "Reprenez mesdemoiselles."
"Je gage que tu vas le trouver charmant." Lui dit Charlotte pour la consoler.
"A Dieu ne plaise !" S'exclama Lizzie. "Ce serait le comble de l'infortune ! Trouver charmant un homme que l'on est bien décidée à détester ! Ne parle donc pas de malheur !"
Elles se regardèrent et ne purent s'empêcher de pouffer de rire. Cependant, lorsque Monsieur Darcy s'approcha pour lui offrir son bras, Charlotte lui conseilla tout bas de mettre de côté sa colère par rapport à Wickham car la fortune de son partenaire valait dix fois celle de l'officier. Intérieurement, Lily grimaça. Soit, les romans de Jane Austen dataient du XVIIIème siècle, mais comment pouvait-on juger un homme par la grandeur de son compte en banque ? Elle savait bien que certaines personnes faisaient encore de même de nos jours mais elle trouvait ça révoltant. Mais, de sa lecture du livre, il lui semblait qu'Elizabeth Bennet ressentait la même chose qu'elle. Elle se moquait de la fortune de l'homme en face d'elle, elle souhaitait se marier par amour. Son regard rencontra celui de James alors qu'ils se plaçaient face à face parmi les danseurs. Son cœur, sans qu'elle ne puisse le contrôler, fit un bond. En face d'elle, les yeux de James brillaient plus que de coutume, et elle voyait bien qu'il luttait pour rester dans son rôle, pour ne pas sourire. Elle dut se faire violence pour ne pas faire de même... en espérant qu'il ne la ferait pas rire lui aussi.
Sans un mot, Mr Darcy et Elizabeth Bennet se mirent à danser. Lizzie se demandait si ce silence allait durer tout le temps des danses qu'elle lui avait accordées et craignait que le temps lui semble incroyablement long. D'abord décidée à ne pas faire le premier pas, elle changea d'avis lorsqu'elle se rendit compte qu'elle l'ennuierait beaucoup plus en le forçant à parler. Elle lança donc une banalité à laquelle il répondit brièvement avant de se taire à nouveau.
A nouveau Lily faillit éclater de rire. Il n'y avait pas à dire, ces scènes étaient perturbantes à jouer. Voir James, le charmeur, l'extravagant, l'enjoué, le farceur devenir soudainement un jeune homme taiseux à qui il fallait tirer les vers du nez était assez cocasse ! Et quel sérieux ! Elle voyait bien que le brun n'osait la regarder dans les yeux de peur de craquer. D'ailleurs ses lèvres tremblaient légèrement, comme si son hilarité allait exploser d'un coup... Une minute. Pourquoi elle, Lily Evans, était en train de fixer les lèvres de James Potter ? S'il s'en apercevait, nulle doute qu'il l'interpréterait mal !
Au bout de quelques minutes, Elizabeth relança Mr. Darcy :
"C'est votre tour de dire quelque chose, Mr Darcy. Moi j'ai parlé du bal ; à vous donc de me faire une réflexion sur les proportions de la pièce ou le nombre de danseurs."
Il lui sourit.
"Si c'est ce que vous souhaitez, Miss, je dirai tout ce que vous souhaitez entendre."
"Fort bien. Cette réponse pourra suffire pour le moment. Peut-être vous ferai-je remarquer tout à l'heure que les bals privés sont beaucoup plus agréables que les bals publics, mais en attendant nous pouvons nous taire."
Il y eut un instant de silence. Mr Darcy sembla hésiter un instant puis:
"Vous faites-vous donc une règle de parler en dansant ?"
Elizabeth se mordit les lèvres pour ne pas rire. Elle lui répondit que c'était tout de même plus agréable que de passer une demi-heure sans s'adresser la parole. Elle ajouta que toutefois il fallait parfois arranger la conversation pour qu'ils aient le moins de choses possibles à dire. Mr Darcy lui demanda alors si c'était à elle qu'elle faisait plaisir ou à lui.
"Les deux, répliqua malicieusement Elizabeth, car j'ai toujours discerné une remarquable similitude dans nos façons de penser. Nous sommes tous deux d'un caractère rébarbatif et taciturne, répugnant à ouvrir la bouche à moins d'être certains de proférer des paroles susceptibles d'éblouir la salle entière et d'être transmises à la postérité avec tout l'éclat d'un proverbe."
Devant le regard surpris de son cavalier, Elizabeth dut se retenir de sourire, très amusée. Il était indéniable qu'il était plaisant de le taquiner.
"Je puis vous assurer que vous ne tracez pas là un portrait bien ressemblant de vous-même, dit Mr Darcy. Quant à savoir s'il se rapproche davantage de moi, je ne saurais le dire. Vous le jugez, pour votre part, tout à fait fidèle sans doute."
Mystérieuse, elle répondit.
"Je ne veux pas faire la critique de mes propres œuvres."
Puis la conversation se dirigea sur ses sœurs, Meryton et Elizabeth ne put résister à l'envie de parler de Wickham pour sonder ses réactions. Le visage de Darcy s'assombrit aussitôt. Il reconnut que l'officier avait le don de se faire des amis mais doutait qu'il sache les conserver.
"Il a eu en effet le malheur de perdre votre amitié" rétorqua Elizabeth avec plus de véhémence qu'elle ne l'aurait voulu. "Et d'une façon dont il aura sans doute à souffrir toute sa vie."
Monsieur Darcy préféra ne pas répondre. A ce moment-là, Elizabeth entendit avec honte sa mère dire bien fort en montrant Jane et Mr. Bingley :
"Regardez ces deux-là ! Je pense que nous aurons bientôt un mariage en vue !"
Et elle continua à claironner ainsi auprès de ses amies. Elizabeth vit avec inquiétude Mr. Darcy regarder gravement sa sœur et son ami tout en fronçant les sourcils. Elle essaya à nouveau de relancer la conversation mais elle n'en avait plus vraiment le cœur en pensant à Wickham et à se satané Mr Darcy qu'elle n'arrivait pas à cerner. Quant à ce dernier, il était mécontent qu'elle lui ait parlé de ce maudit officier et commençait à s'inquiéter pour son ami Bingley. Il fut d'abord en colère contre Elizabeth pour le ton qu'elle avait employé pour parler de son ennemi, mais le sentiment pour elle qui grandissait en lui était assez puissant pour qu'il décharge toute son animosité contre Wickham. Ils finirent leurs danses en silence, sans se rendre compte qu'ils s'étaient enfermés tous deux dans une bulle.
James ne voyait plus que Lily, il sentait sa main contre la sienne, pouvait également toucher sa taille, plonger son regard dans ses yeux vert émeraude... Il avait dû se faire violence pour se concentrer sur son texte et bénissait cet instant de silence pour profiter pleinement de sa danse avec la belle rousse. Pour une fois, on ne les fit par arrêter pour recommencer, James était pleinement dans son rôle : après tout, Monsieur Darcy n'était-il pas déjà follement amoureux d'Elizabeth comme l'était le Gryffondor de sa belle Lily ?
Elizabeth était en train de converser avec Charlotte Lucas, lui contant sa dance avec Monsieur Darcy, lorsque Monsieur Collins fit irruption devant elle, l'air exalté par une découverte extraordinaire : le neveu de Catherine de Bourgh était présent à ce bal... et il n'était autre que Monsieur Darcy.
"Je suis bien aise d'avoir fait cette découverte à temps pour aller lui présenter mes respects, comme je me propose de le faire, et je suis sûr qu'il voudra bien m'excuser si je ne l'ai pas fait plus tôt. L'ignorance totale dans laquelle je me trouvais doit plaider en ma faveur."
Elizabeth le fixa, sidérée.
"Vous ne songez pas à aller vous présenter à Mr Darcy ?"
Severus s'arrêta en plein jeu, fixa Lily, fixa James qui se trouvait un peu plus loin et l'observait avec un sourire narquois puis se tourna vers Minerva McGonagall qui poussa un soupir exaspéré.
"Professeur, je dois vraiment rendre hommage à Potter ? M'incliner devant lui et lui lécher les bottes ?"
La directrice de Gryffondor lui lança un regard sévère.
"Il ne s'agit ni de vous, ni de Potter, Monsieur Rogue ! Il s'agit de Monsieur Collins qui souhaite se présenter à Fitzwilliam Darcy, le neveu de sa protectrice !"
Severus grimaça, prit une profonde inspiration et reprit son jeu.
"Si fait. Je vais de ce pas lui demander pardon de ne pas l'avoir salué. Je crois bien qu'il s'agit du propre neveu de Lady Catherine. Eh bien, je suis à même de lui préciser que sa tante se portait à merveille il y a eu huit jours."
Elizabeth essaya de l'en dissuader. Dans la bonne société du XVIIIème siècle, on ne pouvait adresser la parole à quelqu'un sans qu'une tierce personne les eut présentés sans que cela ne soit jugé impertinent. De plus, Mr Darcy étant d'un rang supérieur à Mr. Collins, c'était à lui normalement d'en prendre l'initiative. Tout en disant son texte, Lily levait intérieurement les yeux au ciel.
"Non, mais bonjour la spontanéité quoi !"
Mais Mr Collins la contredit, considérant qu'appartenant au clergé, il avait le droit et se devait d'aller se présenter à Mr Darcy. Il s'inclina donc jusqu'à terre devant Elizabeth (manquant de faire rire Lily), et se dirigea d'un pas décidé vers Fitzwilliam. Comme à son habitude, il se montra d'une amabilité et d'une déférence poussées à l'extrême et Lizzie se serait cachée dans un trou de souris si elle avait pu. Monsieur Darcy, tout d'abord surpris, lui répondit poliment mais avec distance, cherchant visiblement à s'en débarrasser. Hélas, le pasteur n'eut pas l'air de comprendre et prit sa réponse comme un encouragement et se relança dans un discours interminable, augmentant le mépris de son interlocuteur, jusqu'à se prosterner devant lui et revenir vers Elizabeth.
Le jeu de Severus était admirable. Toute personne extérieure le vit jouer avec excellence le pasteur mielleux à l'extrême avec un homme de la noblesse qui le regardait de haut. Lily, elle, le vit tellement exagérer cette déférence qu'elle comprit, à la lueur de son regard et à la largeur de ses sourires, qu'il se moquait ouvertement de James. Ce dernier, jouait à merveille le mépris et le dédain, mais la jeune rousse se dit qu'il n'avait même pas à le jouer. C'était son attitude habituelle avec Severus. Elle ne put s'empêcher de se demander ce que ces deux jeunes hommes avaient l'un contre l'autre. Pourquoi se haïssaient-ils donc autant ? Cependant la scène fut brève, et heureusement, car elle avait parut interminable à la jeune fille.
Monsieur Collins revint donc fièrement vers Lizzie, lui disant que Monsieur Darcy avait été fort aimable avec lui et qu'il lui avait fait très bonne impression.
"Bonne impression mon ***" Marmonna Severus de manière à ce que seule Lily l'entende, mais celle-ci, hyper gênée, fit comme si de rien n'était.
Hélas pour Elizabeth, elle n'avait pas fini d'être mortifiée à cause de sa famille. A table, sa mère clama bien fort que son aînée allait bientôt se marier avec un homme riche et fit part de tous ses projets concernant cette union. Elle en profita également pour critiquer Monsieur Darcy à haute et intelligible voix. Lizzie eut beau essayer de la raisonner, de lui faire baisser la voix, rien n'y fit.
Quand sa mère fut calmée, hélas, on se mit à parler musique... Et Mary souhaita aussitôt régaler l'assistance de son talent. Elizabeth eut beau lui lancer des œillades appuyées, elle fut tout aussi têtue. Elle se lança dans un morceau, puis deux, et personne n'osa critiquer sa performance qui était malheureusement bien médiocre. Lizzie finit par supplier son père du regard pour qu'il intervienne... mais il ne fit pas non plus montre d'une grande délicatesse car il lança bien fort :
"Voilà qui va très bien, mon enfant. Tu nous as suffisamment comblés comme cela. Laisse donc briller tes amies à présent."
Mary s'arrêta, très déçue et disparut, sûrement partie se cacher quelque part. La fin de la soirée ne se passa hélas pas mieux... Monsieur Collins ne voulut pas la quitter, refusant de danser avec une autre qu'elle. Comme elle ne voulait pas lui accorder une autre danse, il resta planté à côté d'elle, l'empêchant de danser avec d'autres hommes. Seule Charlotte lui vint en aide en venant discuter avec eux. Cela eut au moins l'avantage de lui faire échapper à de nouvelles avances de Monsieur Darcy.
"Oui, comme ça Potter ne te retouchera pas, na !" Grommela Severus.
Seule Lily l'entendit mais, encore une fois, elle ne fit comme si de rien n'était... mais était elle-même de plus en plus agacée tandis qu'elle sentait le regard de James (ou de Monsieur Darcy sur Elizabeth ?) se poser sans cesse sur elle.
Elizabeth vit arriver la fin de la soirée avec soulagement et fut heureuse d'enfin quitter Neherfield. Pendant un court instant, tandis que sa mère continuait à pérorer sur le futur mariage de Jane, Lizzie ne put s'empêcher de rêver qu'elle découvrait qu'elle avait été en fait adoptée et que sa vraie famille voulait la récupérer... Bien entendu elle eut honte d'avoir pensé ça pendant une seconde mais ce n'était rien comparé à la mortification qu'elle avait ressenti à cause de sa famille toute la soirée.
XXX
Lily ne dormit à nouveau pas de la nuit. Demain aurait lieu la demande en mariage de Monsieur Collins. Severus avait beau jouer son rôle à la perfection et même connaître un certain succès auprès de tout le monde, elle n'en pensait pas moins que la scène risquait d'être fort éprouvante pour eux deux. Ils avaient été amis, meilleurs amis, et la fin de leur amitié restait comme un souvenir abominable pour elle... et peut-être pour lui aussi, après tout. Alors rien que l'idée de devoir le repousser à nouveau, même dans un jeu, la rendait malade d'avance. Elle savait bien que ça allait remuer le passé, et ça allait être fort douloureux.
Severus, dans les profondeurs du château, n'en menait pas large non plus. Il restait pétrifié dans son lit, espérant que ni Mulciber ni Avery ne se rendrait compte de son insomnie. Son jeu dans "Orgueil et Préjugés", s'il attirait la sympathie de la plupart des élèves et professeurs de Poudlard, ne lui apportait que mépris et railleries de ses compatriotes de Serpentard. Seul Slughorn n'arrêtait pas de le féliciter... Mais tant pis. Demain, il allait jouer une scène très dure... mais il allait tenter le tout pour le tout et adviendra que pourra.
XXX
Le petit-déjeuner venait de se finir lorsque Monsieur Collins vint se présenter à Madame Bennet qui se trouvait avec Elizabeth et l'une de ses cadettes.
"Oserai-je espérer, madame, que vous me seconderez auprès de votre charmante fille Elizabeth si je sollicite l'honneur d'un entretien privé avec elle, dans le courant de la matinée ?"
Intérieurement, Lily était rassurée de voir que Severus jouait comme à son habitude et ne semblait manifester aucun trouble quelconque. Extérieurement, Lizzie suppliait sa mère de ne pas la laisser seule et voyant que celle-ci ne cèderait pas, chercha un moyen de se sauver.
"Lizzy, je t'ordonne de rester et d'entendre Mr Collins."
Il fallut refaire cette scène au moins trois fois car Alice ne pouvait s'empêcher d'éclater de rire à chaque fois, et Lily entendait Severus grommeler des paroles incompréhensibles à chaque fois. Enfin, Alice finit par garder son sérieux et Lizzie se retrouva seule avec Mr. Collins qui se lança dans un discours interminable. Comme à son habitude, pensa Lily, Severus était parfait dans son jeu. Tout comme Lizzie devait le faire, elle manqua d'être prise de fou rire à plusieurs instants.
"Et maintenant, il ne me reste plus qu'à vous assurer, dans les termes les plus vifs, de toute la force de mon amour..."
La voix de Severus trembla légèrement, mais personne, sauf Lily, ne s'en rendit compte. Le jeune homme planta ses yeux dans ceux de la belle Gryffondor et elle y lut une telle intensité que cela la troubla. Il était cependant temps qu'Elizabeth intervienne.
"Vous allez trop vite, monsieur. Vous oubliez que je n'ai pas encore donné ma réponse. Laissez-moi donc le faire sans tarder. Je vous prie d'accepter mes sincères remerciements pour le compliment que représente votre offre. Je suis très sensible à l'honneur que vous me faites, mais il m'est impossible de ne pas la décliner."
Et avant qu'elle ne puisse s'en rendre compte, Monsieur Collins l'embrassait... Quoi ? Non, c'était impossible. Dans son étonnement, Lily ne bougea tout d'abord pas, entendant les cris étouffés autour d'elle. Severus, car ça ne pouvait qu'être lui et pas son rôle, lui avait attrapé les épaules et l'embrassait avec tendresse et passion contenue. Une fois qu'elle eut repris ses esprits, Lily le repoussa, sous le choc. Du coin de l'œil, elle vit Madame McGonagall prête à intervenir mais le réalisateur lui faisait signe de se rasseoir, l'air surexcité comme si c'était exactement ce qu'il voulait. Pendant une fraction de seconde, Lily vit une expression douloureuse sur le visage de Severus, mais il se reprit très vite et redevint, comme si de rien n'était, Monsieur Collins dans toute sa splendeur.
"Ce n'est pas à moi que vous allez apprendre que les jeunes demoiselles ont pour habitude de repousser l'offre de celui qu'elles ont secrètement l'intention d'épouser, lorsqu'il se déclare pour la première fois; ni que ce refus se répète parfois à deux, voire à trois reprises. Je ne suis donc en aucune façon découragé par ce que vous me dites et je continue d'espérer de vous conduire sous peu à l'autel."
"On dirait James lorsqu'il me propose sans cesse de sortir avec lui et que je réponds non..." Ne put s'empêcher de penser Lily.
Elizabeth essaya désespérément de faire comprendre à Monsieur Collins qu'elle ne se jouait pas de lui et était ferme dans son refus... Mais voyant qu'il persistait, elle n'eut d'autre choix que de quitter la pièce.
Lorsque la scène fut terminée, Lily tenta d'aller voir Severus pour avoir une explication... mais ce dernier avait disparu. De l'autre côté de la salle, Sirius et Remus s'étaient mis à deux pour retenir James qui ne cessait de répéter :
"Je vais le TUER ! Comment a-t-il pu ? Cette espèce de graisseux, fils de..."
Elle préféra ne pas entendre la suite, encore sous le choc de ce qui s'était passé, bouleversée. Près d'elle, Minerva faisait les cent pas.
"Mais enfin ! Quelle mouche à piqué Monsieur Rogue ? L'embrasser ! Non mais c'est du Jane Austen, par Merlin !"
Le réalisateur la pria de se calmer.
"Non, au contraire, c'était parfait ! Ca a vraiment donné vie à cette scène ! Ce jeune homme pourrait devenir un acteur de talent ! On pourrait même lui trouver un nom de scène : Stephen Rowan ? Alan Rickman ? Ca sonnerait bien, non ?"
XXX
Severus s'était caché sous sa couette, les rideaux de son lit tirés et ensorcelés pour qu'on ne les ouvre pas. Oui, c'était lâche, mais il avait besoin d'être en paix. Il sentait encore ses lèvres sur les siennes, leur goût, son odeur... Puis son regard choqué, pire : horrifié !
Le jeune homme ferma les yeux, mortifié.
Au moins, une fois dans sa vie, il aurait pu l'embrasser. C'est tout ce qui comptait, non ?
XXX
Devant l'insistance de Madame Bennet pour convaincre son mari de parler à Lizzie, celui-ci finir par la convoquer dans la bibliothèque.
"Elizabeth, te voici face à un cruel dilemme. A dater de ce jour, tu vas devoir cesser tout commerce avec un de tes deux parents. Ta mère ne veut plus te revoir si tu n'épouses pas Mr Collins, et moi, je ne veux plus te revoir si tu l'épouses."
Immensément soulagée, Elizabeth se jeta dans les bras de son père et sortit de la pièce en ignorant les cris outrés de sa mère.
Une fois la scène tournée, Lily aperçut le Serpentard passer dans le couloir et lui courut après, jusque dans la bibliothèque. Quand il la vit, Severus eut du rose qui lui monta aux joues et elle eut l'impression de revoir le petit garçon surgir de derrière un buisson.
"Peut-on parler, s'il te plaît, Severus ?"
Le jeune homme reprit son masque d'indifférence et attrapa un livre dans une étagère.
"De quoi veux-tu parler ?"
Lily soupira tandis qu'il lui tournait le dos.
"Du baiser, Severus."
Elle ne le vit pas fermer les yeux et prendre une profonde respiration, une expression douloureuse collée au visage. Lorsqu'il se retourna, aucune émotion ne transparaissait.
"C'était dans l'élan du moment, je trouvais que ça collait au personnage, à cet instant... Ca t'a posé un problème, Lily ?" Demanda-t-il, imperturbable.
La jeune fille le fixa un instant, tentant de le sonder. Inconsciemment, les yeux de Severus s'étaient posés sur ses lèvres et elle s'en aperçut. Elle décida de faire comme lui, de faire comme si de rien n'était.
"Non, aucun." Finit-elle par répondre. "Ca me rassure de savoir que ça faisait seulement partie de ton jeu d'acteur. Bonne journée."
Severus hocha la tête et se détourna, espérant qu'elle ne verrait pas cette maudite larme couler sur sa joue. Mais il s'arrêta, tourna légèrement la tête vers elle, qui n'avait pas bougé.
"Au fait, tes lèvres sont délicieuses"
Et il s'éloigna hâtivement, espérant qu'elle ne le suivrait pas. Au moins, il aura été le premier à l'embrasser, le premier avant ce crétin de Potter.
XXX
Remus avait réussi à faire venir du chocolat chaud dans le dortoir (il avait un don avec les elfes de maison) et James le sirotait, soudainement muet. Ca avait au moins eu l'avantage de le calmer, même si ses envies de meurtres n'avaient pas tout à fait disparues.
"La prochaine fois, ce sera moi qui l'embrasserait." Finit-il par dire. "Et je jure que plus personne ne pourra la toucher !"
Sirius regarda Remus, Peter les regarda tous les trois, puis Remus, soupirant, récupéra la tasse vide des mains de James.
"Tu te rends au moins compte que ce que tu viens de dire est complètement arrogant et possessif ?"
xxx
Voilà pour se chapitre, n'hésitez pas à laisser une rewiev, j'aimerais bien avoir votre avis ! ^_^
