Note : A la demande d'Invictus Adrii, voici donc un bout de l'enfance de Scarlett. J'espère qu'il vous apparaîtra logique et sensé. Là encore, je reste un peu sur ma réserve. J'attends les avis de mes béta-lectrices avant de me prononcer ^^.

Disclaimer : Le monde de la magie, ainsi que le concept de sang-pur, sang-mêlé et né-moldu sont des créations de JK Rowling, je ne fais que les emprunter pour donner vie à un de mes personnages

Crédits histoire :
A Invictus, le serial reviewer qui a quand même des goûts bizarres en matière de persos.


Dziiiiiiing ! L'éclat assourdissant du verre brisé succombant à un jet de pierres résonna douloureusement aux oreilles de la fillette. Quelqu'un avait cassé un carreau dans la pièce d'à côté. N'osant ni faire le moindre geste, ni émettre le moindre son, la petite Scarlett osait à peine respirer, les bras autour de son jeune frère en une attitude protectrice. Au loin, à travers les brèches causées par les jets de projectiles des émeutiers, des bruits de lutte, des exclamations de colère, et des chants guerriers parvenaient jusqu'à elle. Du haut de ses sept ans, elle ne saisissait pas le sens de tous les mots que ces gens crachaient comme du venin à leur encontre, mais elle en comprenait assez pour craindre une percée dans les défenses de sa maison et une invasion de nés-moldus mécontents.

Pourquoi étaient-ils si méchants ? se demandait-elle en tremblant alors que le petit Vindicus se retenait de pleurer contre sa poitrine. Qu'est-ce que leur père avait bien pu faire pour attiser la haine de ces gens ? Jamais ils n'avaient manqué de respect aux né-moldus. Jamais ils n'avaient essayé de leur faire du mal. A aucun moment le terme maudit de « Sang-de-Bourbe n'avait traversé les lèvres d'un quelconque membre de leur famille. Mordred, leur père, avait toujours eu de bonnes relations avec ses voisins moldus, et il avait toujours tenu à ce que cela se sache. Il avait voulu prouver à tous qu'il était possible de promouvoir la longévité des sorciers de pure souche sans pour autant attiser la haine des gens d'ascendance plus modeste. Jamais il n'avait considéré les nés-moldus, les cracmols ou les sang-mêlés d'inférieur. Il avait toujours appris à ses enfants que la différence n'impliquait pas forcément une supériorité ou une infériorité. Il y avait juste des gens plus ordinaires que d'autres, voilà tout.

Alors pourquoi donc se trouvait-elle là, à protéger son petit frère de ses maigres bras de fillette ? Pourquoi avait-elle peur comme jamais à l'idée qu'un de ces « sorciers ordinaires » entre dans la maison et les trouve recroquevillés sous le secrétaire du petit salon ? Et qu'y avait-il d'ordinaire à lancer des pierres contre les carreaux d'une maison pour en effrayer les occupants ? Qu'y avait-il de modeste à terroriser des enfants de bonne famille qui n'avaient pas encore l'âge d'entrer à Poudlard ? Leur père s'était-il trompé ? Les moldus étaient-ils des rustres sans foi ni lois qui prenaient plaisir à écraser celles et ceux qui leur étaient différents, comme le scandaient les anciennes croyances ?

Non loin d'elle et de son frère, elle entendit à l'autre bout de la pièce un léger gargouillement. Bébé Milo, le poupon de la famille, le dernier né de l'union entre son père et sa mère. Dès sa naissance l'année précédente, elle avait remarqué les nombreuses similitudes physiques qu'elle partageait avec lui à commencer par ces grands yeux verts en amande qui l'avaient fixée sans ciller la première fois que le frère et la sœur s'étaient rencontrés. Mais aussi, comme elle sept ans auparavant, Milo était un bébé qui ne pleurait jamais. Il se contentait de froncer les sourcils lorsqu'un bruit désagréable lui venait aux oreilles, mais jamais une seule fois sa voix n'avait poussé un seul cri de détresse, jamais ses grands yeux verts n'avaient débordé de larmes. Même à cet instant où les barrières magiques qui protégeaient le manoir s'apprêtaient à céder, où le jeune Vin' sanglotait silencieusement contre la poitrine de sa sœur, où Kinky, leur fidèle servante tremblait de tout son long en essayant maladroitement de bercer le poupon, ce dernier ne cillait pas une seconde.

Scarlett aurait voulu être aussi sereine, aussi innocente. Elle aurait voulu être plus jeune et plus naïve afin de ne pas comprendre pourquoi on lui en voulait tant afin de ne pas saisir toute l'absurdité de cette situation et de ces émeutiers qui s'attaquaient à la seule personnalité publique qui les respectait réellement. Avec une bouffée de colère qu'elle ne parvint pas à repousser, la petite McAllister se demanda pourquoi ce n'étaient pas les Weasley que l'on attaquait aussi sauvagement. Ils avaient beau être considérés de traitres à leur sang par les extrémistes, jamais on n'en avait vu un seul se marier avec un moldu, ou même se lier d'amitié avec leurs voisins. Et les Prewett avec leur soi-disant intégrité et leur prétendue tolérance ? N'était-ce pas eux qui, au moins trois fois par jour, s'amusaient à jeter des sortilèges d'amnésie au passants moldus pour camoufler leurs nombreuses maladresses ? Et les Potter ! Ces chiens de joueurs de Quidditch ! Plusieurs fois leurs soi-disant amis moldus avaient dû être envoyés à Sainte-Mangouste avec avoir reçu un cognard perdu ! C'étaient eux les criminels ! Eux les hypocrites qui profitaient de leurs statuts de héros pour se permettre des libertés injustes qui auraient valu une détention provisoire à Azkaban si jamais un McAllister ou un Mordox s'était avisé de faire de même.

Que pouvaient bien faire des enfants terrifiés face à la fureur de centaines d'adultes qui avaient choisi d'ignorer leur détresse. Etait-ce de leur faute si la Communauté sorcière devenait de plus en plus peuplée et qu'il était à présent difficile de trouver où se loger sans éveiller les soupçons du voisinage moldu ? Etait-ce à cause d'eux qu'il était de plus en plus difficile de trouver un emploi dans la communauté magique ? La fortune des McAllister qui leur épargnait la corvée de trouver du travail était-elle un prétexte suffisant pour s'attaquer à la famille de Scarlett ? Et si le grand Harry Potter était si sage, si clairvoyant, si puissant, alors pourquoi ne venait-il pas les aider ? Pourquoi la légendaire armée de Dumbledore n'intervenait-elle pas ? Leur serment de protéger les moldus coûte que coûte impliquait-il de laisser ces derniers vandaliser et massacrer tout ce qui touchait de près ou de loin à la pureté du sang ?

BANG ! Le bruit assourdissant d'une porte qui s'ouvre à la volée arracha un cri d'effroi à la petite Scarlett. Incapable de lever les yeux vers le danger manifeste, elle se contenta de resserrer encore davantage l'étreinte qu'elle partageait avec son petit frère, comme si celle-ci aurait pu les protéger de la plus grande des menaces. Elle essaya de ne pas prêter attention aux pas vifs et précipités des lourdes chaussures qui venaient de défoncer la porte et qui semblaient s'approcher dangereusement de l'endroit où ils étaient cachés. Elle se figea en entendant l'intrus se pencher sous le secrétaire et se retint à grand peine de hurler lorsqu'une main sèche lui agrippa l'épaule.

- Lève-toi ! lui ordonna alors une voix tout aussi sèche. Arrête de trembler et suis-moi !

Pendant un instant, la brutalité de la demande empêcha la jeune fille de reconnaître les intonations de cette voix. Pendant un instant, elle crut réellement avoir affaire à de dangereux ennemis. Mais lorsqu'elle vit Kinky, l'elfe de maison, emboîter le pas de cette étrangère, elle se rendit compte qu'elle faisait fausse route…

- T… Tante Mildred ? balbutia Scarlett en reconnaissant enfin la jumelle de son père. Tante Mildred, où vas-tu ?

- On s'en va ! répondit-elle de cette inhabituelle voix sèche. Surtout, ne lâche pas Vindicus et ne me perd pas de vue. On va utiliser les cheminées du deuxième !

- Mais pourquoi ? sanglota Scarlett qui, dans la précipitation, ne parvenait plus à réfléchir correctement. Où allons-nous ? Qu'avez-vous fait d'Alienor ?

- Elle est en sécurité avec ta mère chez les Malefoy, lui répondit Mildred sans ralentir le pas. Toute la famille y est, ainsi que les Mordox, les Clayme, les Blaise et les Parkinsons !

- Mais qu'allons-nous faire là-bas ? pleurnicha Scarlett qui n'avait jamais aimé les Malefoy avec leurs sourires faux et leurs manières ampoulées. Pourquoi n'attendons-nous pas les Aurors ? Ou l'Armée de Dumbledore, elle va finir par arriver, n'est-ce pas ? Et père, pourquoi n'est-il pas avec nous ?

Mais cette fois, Tante Mildred ne lui répondit pas, elle se contenta de la pousser sans ménagements dans la salle de bal déserte et la força à accélérer le pas en direction de la grande cheminée en marbre blanc. Derrière eux, Kinky trottinait à toute vitesse avec le bébé dans les bras. En-dessous, aux étages inférieurs, elle entendait des éclats de voix qui hurlaient de rage et lançaient toutes sortes d'incantations enflammées. Par les rares interstices qui s'étaient formés entre les lames du parquet étincelant de l'immense salle de réception, Scarlett distingua des flashs de lumière verts et rouges qui illuminaient par à-coups l'obscurité du Manoir.

C'est alors que la vérité frappa violemment la fillette, laquelle fut aussi désarçonnée que si elle avait reçu un cognard perdu elle aussi personne n'allait venir à leur secours. Les Aurors étaient trop occupés à protéger les autres grandes familles, les plus méritantes, celles qui avaient gagné la guerre exactement quarante ans plus tôt. Les autres, vestiges d'un passé honteux basé sur des valeurs archaïques et des croyances démodées, pouvaient bien se brosser le manche à balai avec des strutoscopes pour espérer obtenir une quelconque aide du Ministère. L'Armée de Dumbledore, quant à elle, ne ferait rien non plus obnubilés par des légendes absurdes et des rumeurs stupides, ils n'avaient plus fait aucune intervention intelligente depuis près de dix ans et s'acharnaient à détourner les yeux vers la Grèce, d'où ils espéraient voir revenir l'un des leurs disparu depuis longtemps d'une de leurs fameuses chasses aux Chimères. La seule personne sur laquelle Scarlett pouvait compter pour la protéger, était son père, elle s'en rendait compte maintenant. Son père qu'une trop grande indulgence avait poussé à vivre parmi les gens du commun, potentiels ennemis avec lesquels il avait naïvement cru pouvoir fraterniser. Son père pour qui les convictions avant-gardistes passaient avant la sécurité de sa famille. Son père, enfin, qui était prêt à se sacrifier afin de protéger ladite famille et de leur épargner les conséquences de sa folie.

Car Scarlett le savait, elle n'en avait jamais douté depuis le début des hostilités : malgré son très jeune âge, elle avait tout de suite compris que Mordred McAllister, politicien idéaliste cherchant à concilier deux valeurs contradictoires, ne survivrait pas au combat qu'il menait depuis bien avant la naissance de sa fille aînée. Son père allait donc mourir, et lorsqu'elle réalisa cette terrible vérité, un déclic se fit dans l'esprit de la sœur ainée, tout comme il se fit dans celui, encore vert, du bébé de la fratrie. En effet, pour la première fois, alors qu'il pénétrait dans l'âtre immaculé de la cheminée, le petit Milo McAllister se mit à pleurer à chaudes larmes vidant ses poumons de longs cris hystériques, il exprimait un chagrin qu'il ne comprenait pas, mais qui allait le poursuivre toute ta vie. Dans le même temps, Scarlett sentit au fond d'elle qu'elle était en train de perdre son innocence en même temps qu'elle perdait son père. En entendant les cris de joie de ces brutes immorales en-dessous, elle sut que celui qu'elle avait toujours idolâtré avait rendu son dernier souffle en les protégeant. Plus rien serait pareil, désormais, elle en avait pleinement conscience. Et alors qu'elle s'apprêtait elle aussi à franchir le passage qui les mènerait jusqu'au Manoir Malefoy, elle fit le serment qu'elle ne serait pas la seule à souffrir de cette ignoble révolution un jour, dans un an ou dans un siècle, elle se promit d'entrainer la Communauté entière dans le chaos, afin qu'ils comprennent la douleur qui était la sienne. Un jour elle se vengerait de tous ces hypocrites qui s'en étaient pris à la mauvaise cible un jour, on la craindrait comme elle-même craignait ces maudits insurgés un jour on l'appellerait Scary Scarlett. Et ce jour-là, mieux ne vaudrait pas se trouver sur son chemin…


Note de fin : Voilà voilà ! Un peu moins guimauve et larmoyant que les précédents, cet OS. J'espère qu'il plaira à Invictus, mais à vous aussi. N'hésitez pas à me faire part de vos impressions – critiques, compliments, incompréhensions, allez-y, lâchez-vous !

Dans le prochain chapitre : Si je continue sur ma lancée, je devrais bientôt vous sortir l'OS de Bokaya sur Angelina, ou ceux pour Kara sur Molly d'une part, et les cousins d'autre part. Croisez les doigts pour que la muse reste en place, comme dirait Chupee -).