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===Bella ===
Où est-elle passée? me demandai-je, tandis qu'une brise fraîche passait sur mon visage, je frissonnai, enroulant mes bras autour de moi. Je plissai les yeux essayant de mieux y voir mais tout ce que je voyais c'était que j'étais dans un endroit que je ne connaissais pas. Il faisait sombre et je pouvais sentir le sol brut et humide sous mes pieds nus. Je cherchai la jeune fille mais ne la trouvais pas.
J'entendis des pas et me dirigeai vers eux. Elle était face à moi, elle s'enfuyait partant dans la mauvaise direction.
"Reviens!" l'appelai-je, en courant après elle. Pourquoi fuyait-elle?
Tout à coup je l'entendis crier et tomber. Je continuai à courir et sentis mes pieds glisser sous moi et je tombai aussi, mes bras battant l'air, mes doigts s'accrochant désespérément aux aspérités face à moi.
Je regardai en bas et la vis accrochée là, elle aussi, Bree. Nous étions accrochées toutes les deux à une falaise et un feu rouge vif brillait au-dessous de nous.
"Aidez-moi!" criait-elle et le feu léchait ses pieds. Je la regardai, impuissante, tandis qu'elle soulevait ses pieds pour échapper aux flammes. Je commençai à pleurer, les larmes coulaient sur mon visage, j'avais peur pour notre sécurité.
Mes doigts glissaient et je n'avais pas d'idée de comment la rejoindre. "Je viens," criai-je, ma voix résonnait. Les flammes se rapprochaient de plus en plus d'elle. J'aurais dû sentir la chaleur provenant d'en bas mais il n'y avait que le froid.
Je regardai alentour comment m'échapper, je cherchai un passage pour quitter la falaise. Juste au-dessus de moi il y avait une racine qui courait. J'appuyai mes orteils dans la poussière, me poussant vers le haut, luttant pour atteindre la branche noueuse. Je grattai et griffai, arrivant enfin à attraper la racine. Je venais juste de l'attraper lorsqu'elle se transforma. Elle se tendit vers moi, ses vrilles enveloppant mon bras et me tirant rapidement sur la terre ferme.
Choquée je réalisai que ce n'était plus une racine. C'était une main froide comme de la porcelaine qui me tirait. Je cherchai pour voir à qui appartenait cette main et je trouvai un homme avec des cheveux ébouriffés et des yeux jaunes, brillants, à l'autre extrémité.
"Edward," m'étouffai-je, parce que les sanglots remplissaient ma gorge. J'étais assise à présent dans un endroit plus doux et je sentais les larmes chaudes rouler sur mes joues. Dans l'obscurité je le sentis. Je sentais son souffle frais sur mon visage. Je sentais le bout de ses cheveux balayer mon front. Je sentais que les larmes chaudes étaient remplacées par le chemin froid que faisaient ses doigts tandis qu'il les essuyait. Puis je soupirai quand il passa son pouce sur ma lèvre inférieure.
Je clignai des yeux et essayai de voir dans la pénombre s'il était là. Un ruban de lumière provenait de la fenêtre et mes yeux s'ajustaient pour mieux y voir.
Pas d'Edward.
Je soupirai, me réinstallai et tirai sur mon t-shirt collant. Ça faisait trois jours que je faisais ce rêve. Ou plutôt ce cauchemar et à chaque fois je me réveillais, perdue, en sueur et en larmes. La première fois ça avait été quand Edward était resté la nuit après que Victoria soit rentrée chez moi. Je m'étais réveillée sur le canapé dans une couverture. Il y avait un mot sur ma table basse qui me disait qu'il avait dû partir mais que mon appartement était toujours sous surveillance.
Chaque jour je me réveillais, sentant la pression de son pouce sur ma lèvre, son nom sur ma langue. J'étais sûre qu'il avait été là. Le rêve était trop réel. Chaque fois Bree tombait de la falaise, la racine se transformait en bras d'Edward et quand je regardais dans ses yeux je pouvais presque sentir le goût de son haleine froide sur mon visage. J'aurais voulu passer ma langue sur ma lèvre, cherchant à trouver une trace de lui mais je trouvais seulement le sel de mes larmes.
Dans mon lit je repensai à vendredi soir, à Edward et à notre relation. Il était si difficile à comprendre. Une minute je me sentais réconfortée et la suivante plus vraiment.
Quand ses doigts s'étaient posés sur la fermeture de mon sweat et qu'il m'avait demandé si c'était son t-shirt je sentis ce moment horrible arriver. Je craignais que le patron, de mauvaise humeur et maussade du passé, soit de retour. Au lieu de cela comme il se penchait vers moi, je sentis son énergie. Cette énergie qui me criait de faire attention, qui m'avertissait et qui voulait que je m'enfuie.
Cette énergie qui vous dit que vous vous trompez et que vous devriez prendre un autre chemin. L'énergie qui vous dit de changer de caisse au magasin avant que la femme devant vous sorte tout un carnet de coupons de réduction et bloque la caisse. Celle qui vous dit, quand vous êtes dans une pièce bondée, que cet homme avec qui vous échangez un regard est vraiment très séduisant et que ça pourrait être le bon.
Quand Edward était tout près de moi je savais que je recevais un message mais j'étais incapable de le déchiffrer. Ma respiration devint haletante et mon visage rougit. Mon cœur battait violemment dans ma poitrine, prêt à éclater. J'étais terrifiée de voir la colère dans ses yeux. Mais il n'y en avait pas. Juste la peau douce d'un gars magnifique avec de grands yeux mélancoliques. En fait il semblait ravi et ses lèvres se pincèrent brièvement sans jamais révéler ses pensées.
Je sentis cette force d'attraction - lancinante dans mon ventre - m'envoyer des signaux contradictoires. Mon instinct était désorienté : un grand malaise de l'avoir aussi près de moi mais en même temps je n'arrivais pas à être assez proche de lui. Il sentait si bon. Il était si beau. Je voulais juste tendre ma main et caresser son visage. C'était énorme mais quand il tendit sa main et qu'il fut si près de moi je ne sentis pas sa colère, j'eus peur de lui. Je réalisai soudain que j'avais pris une très mauvaise décision en le laissant entrer chez moi et c'était une impression écrasante.
Le temps s'arrêta alors que ma tête et mon corps se disputaient pour essayer de comprendre Edward Cullen. Il fit descendre la fermeture, déglutit et rigola doucement en disant. "Tu sais c'était un de mes préférés," avant de repartir dans son fauteuil.
Complètement perturbée par sa proximité, je fus soulagée qu'il s'éloigne. "Je suis désolée, vraiment. Tous mes autres vêtements sont au sale."
Il sourit un peu me mettant plus à l'aise. "Sales? Plus que celui-là?"
Puis il continua à me mettre à l'aise. Montagnes russes. "Quoi qu'il en soit j'ai essayé de lui trouver un remplaçant mais je vais avoir du mal." Je penchai la tête, somnolente, l'adrénaline que j'avais sentie quelques instants avant s'était évaporée.
Il hocha, la tête passa ses doigts dans ses cheveux avant de marmonner, "Je suis sûr que tu essaies."
Je roulai sur le côté, mettant mes mains sous ma joue et fermant les yeux un moment. Le sommeil prenait le dessus mais j'avais beaucoup de questions et il était là, à côté de moi. J'ouvris les yeux de nouveau et le regardai dans le fauteuil, c'était une invitation à parler. Je voulais juste en savoir plus. Je voulais savoir pourquoi il sentait comme ça et comment ses cheveux pouvaient être aussi parfaits mais cela semblait malpoli pour plusieurs raisons alors je lâchai, "Parlez-moi de votre collection de t-shirts."
Il me regarda avec ces yeux dorés complètement fous et dit doucement, "Une autre fois Isabella, tu as besoin de dormir."
Je me sentis hocher la tête et ma dernière vision de la soirée fut son sourire depuis le fauteuil.
Je songeai à son visage cette nuit-là pour essayer de chasser les restes de mon cauchemar. Mes bras s'étirèrent et s'agrippèrent au bord du matelas et je repoussai les couvertures. C'était lundi et il fallait que je me lève et affronte la vraie vie, aller au travail. Les choses avaient changé entre Edward et moi ce week-end. Il m'avait appelée plusieurs fois après vendredi soir et Alice était même passée pour voir si tout allait bien. Son ton était moins formel et je pouvais entendre l'inquiétude dans sa voix, je lui dis que je n'irai nulle part sans Angela et que mes portes et mes fenêtres étaient verrouillées. Il m'avait promis que sa société de sécurité surveillait mais j'avais beau regarder je ne les vis jamais. Je supposai qu'ils étaient très bons.
J'ouvris les rideaux et vis que la matinée était pluvieuse et morne. J'avais regardé la télé de nombreuses heures et avait relu tout ce que j'avais. J'avais eu le temps de repenser à l'étrange comportement de mon patron. J'étais convaincue que les choses n'étaient pas ce qu'elles semblaient être. Mais il y avait une chose dont j'étais sûre, Edward Cullen était un mystère et mourrais de le connaitre.
X x X
Une heure plus tard, clé dans une main et mug dans l'autre, je me débattais pour garder mon sac sur mon épaule et ouvrir la porte. J'utilisai mon coude pour faire levier, je réussis à abaisser la poignée. Je poussai avec mon pied et le battant tapa contre le mur.
"Putain," marmonnai-je, sachant que ça aurait abimé le mur. Je regardai derrière la porte et vis bien la marque mais ce n'était rien de grave. Quand je me retournai je me retrouvai nez à nez avec lui. Edward Cullen était dans le couloir un sourire tendu sur son visage parfait.
"Bonjour," dit-il, de sa ridicule et charmante voix.
Je le fixai un instant essayant de comprendre ce qu'il faisait à l'extérieur de mon appartement et depuis quand il était là. Je devais être restée là un assez long moment parce qu'il se remit à parler.
"Je..." il hésita, le regard inquiet. "Je me demandais si vous voudriez que je vous amène au travail?"
X x X
C'est ainsi que se passa le reste de la semaine. Je me réveillais, collante de sueur et sanglotant, tendant la main à Edward dans l'obscurité. Il m'attrapait à chaque fois du haut de la falaise de sa main de fer.
Je me préparais ensuite pour le travail, ouvrais la porte et il serait là à m'attendre, récupérant mon sac qu'il portait jusqu'à la voiture. Nous nous asseyions, discutant seulement du temps et de ce qu'il se passait au travail. Nous évitions le sujet Victoria et la raison pour laquelle il passait me prendre tous les jours.
J'avais appris des choses sur lui également. L'une d'entre elles était qu'il conduisait extrêmement vite et dangereusement mais il le faisait avec facilité. On aurait dit un pilote de course, anticipant les déplacements des autres conducteurs sans réfléchir. Je constatais que j'aimais la vitesse, regarder ses mains manœuvrer le volant et toucher les leviers. Une des autres choses était qu'il aimait écouter de la musique classique le matin, quelquefois de la musique douce et d'autres fois des morceaux furieux. Ses goûts étaient plus contemporains le soir comme s'il voulait se relaxer à la fin de la journée.
Je remarquai qu'il changeait aussi de voiture selon ses humeurs ou ses habitudes. Il en avait plusieurs, trois, dans le garage de sa maison en ville mais je le soupçonnais d'en avoir plus, vu la façon dont il en parlait. Il aimait ses voitures, ses yeux pétillaient quand je lui posais des questions les concernant. Les jours où il fallait qu'il aille au bureau habillé en costume et cravate il prenait sa Volvo argentée, brillante et propre avec les vitres légèrement teintées. L'intérieur était impeccable, le cuir souple et froid au toucher. Les autres jours s'il était habillé plus décontracté, prêt à travailler à la maison, il arrivait dans son SUV. Quand je lui avais demandé pourquoi, j'avais été obligée d'écouter une longue explication sur la commercialisation de la nouvelle Lexus hybride qui serait mise sur le marché au courant de l'année. Visiblement entre la voiture et les nouvelles ampoules il était clair qu'Edward faisait très attention aux ressources naturelles.
Puis sa troisième voiture, celle-là je ne l'avais jamais vu la conduire, était rangée dans un coin du garage. C'était une découvrable noire et ancienne qui était très bien entretenue et aimée évidemment mais je n'étais pas sûre qu'il s'en serve.
C'était jeudi, apparemment le jour de la Volvo et je me décidai à lui en parler précisément. "Parlez-moi de votre autre voiture, la découvrable. Elle parait un peu incongrue avec le climat qu'on a ici."
Il rit un peu et dit. "Isabella c'est un classique elle ne peut pas être inappropriée." Je m'empêchai de soupirer. Il était si mignon quand il était heureux.
Je lui demandai, "D'accord, qu'est-ce que c'est alors?
Il me regarda ne sachant pas si je voulais ou non vraiment savoir. Ses yeux plongèrent dans les miens et son corps se détendit, à l'aise pour une fois. C'était l'un de ces moments où, s'il n'était pas gay, je pourrai penser qu'il m'appréciait. Je levais les sourcils pour l'encourager et il dit : C'est une Plymouth Belvedère GTX 1968."
Je n'avais aucune idée de ce que c'était et ça devait crever les yeux parce qu'il rit de nouveau, les yeux toujours pétillants, tandis qu'il commençait à m'expliquer que c'était une "Gentleman muscle car*" et qu'elle elle avait un énorme moteur appelé le Commando ou quelque chose comme ça.
Pendant qu'il parlait je me rendis compte que j'aimais beaucoup l'entendre parler des choses qui l'intéressaient. Il savait beaucoup de choses sur l'art et la musique. Il pouvait réparer mon ordinateur ou l'imprimante quand ils décidaient de ne pas vouloir marcher, et ça, parler voitures. On aurait dit un petit garçon dans un magasin de friandises.
"Vous ne vous en servez jamais?" demandai-je en imaginant ses cheveux au vent, un bras posé sur la portière.
Ça lui prit un moment avant de répondre mais il dit en haussant les épaules. "Je ne sais pas. Je ne l'ai jamais vraiment conduite."
Son ton avait légèrement changé, il paraissait triste alors j'essayai de l'orienter dans une meilleure direction. "Comment l'avez-vous eue? Elle est en très bon état, ça doit être rare?" lui demandai-je, curieuse de savoir comme il se les procurait.
Il est devenu étrangement silencieux pendant un moment, son front se fronçant à ma question. Je n'avais pas la moindre idée de pourquoi il était si difficile de répondre. "Je l'ai depuis un moment. On a l'habitude de s'occuper des voitures dans notre famille," dit-il doucement.
Je ris un peu en regardant mes doigts sur mes genoux. "Vous ne pouvez pas l'avoir depuis aussi longtemps que ça. Contrairement à la façon dont vous agissez parfois, vous n'êtes pas aussi vieux que ça vous savez," dis-je en le regardant en face.
Il grimaça et m'observa avant de dire. "C'est compliqué. On l'a dans ma famille depuis qu'elle est neuve. Elle appartenait à Carlisle. Il me l'a donnée quand j'ai été assez âgé pour conduire."' Il regarda ailleurs en disant la fin de la phrase sans rencontrer mes yeux.
Je m'étais déjà demandée si ça le dérangeait de parler de sa famille. Avec Alice ils semblaient proches ainsi qu'avec Jasper mais il mentionnait rarement d'autres membres de leur famille. Je posai ma main sur son bras sentant le doux tissu de son costume. "C'est vraiment très sympa. Qu'il ait fait ça pour vous," lui dis-je gentiment, en caressant doucement son bras.
Il regarda ma main du coin de l'œil et marmonna quelque chose du genre, "Oui ça l'est." Et continua à regarder droit devant lui. J'enlevai ma main et la reposai sur mes genoux et me demandai comment il avait fait pour se fermer si rapidement alors qu'il avait été tellement heureux de parler de sa passion.
Nous passâmes le reste du trajet tranquillement, le seul bruit était celui des haut-parleurs qui crachaient de la musique classique. Je pensai que peu importe le nombre de pas en avant que j'avais faits avec lui, je le poussai toujours plus loin et nous finissions toujours par être mal à l'aise ... comme avant.
=== Edward ===
Après cinq jours vous pourriez penser que je m'y étais habitué. Les tremblements, les sanglots, mon nom articulé qui s'échappait de ses lèvres. Chaque fois contre mon gré je tendais le bras et essuyais les larmes de son visage, en passant mon pouce sur sa lèvre inférieure.
Le premier matin avait été une invitation. Le fait que je puisse rester là. Elle m'avait demandé de rester, de lui tenir compagnie après que sa maison ait été visitée par Victoria. J'avais accepté bien sûr c'était mon devoir de rester et de la protéger. Après tout, c'était ma faute si elle était dans cette situation.
Cette nuit-là elle n'avait pas essayé de cacher sa peur et ça m'avait fait mal de la voir pleurer, s'inquiéter et pleurer à cause de Victoria et par conséquent de James. Je lui avais promis qu'elle serait en sécurité et c'était une décision que j'avais prise et qui me tenait à cœur. Elle était si fatiguée et à moitié endormie, ses yeux arrivaient tout juste à rester ouverts et quand elle s'était installée dans le canapé pour être plus à l'aise j'avais vu mon t-shirt sous son sweat.
Mes yeux s'étaient plissés et le feu avait attaqué ma gorge.
Mienne.
Cette pensée provoqua un grondement qui se transforma en sentiment de sympathie tandis que j'assimilais le fait qu'elle portait ce tee-shirt de nouveau. Elle était si indépendante et là où j'aurais dû être en colère maintenant j'étais impressionné par sa ténacité. Je décidais d'aller encore un peu pus loin et profitais de l'occasion pour lui demander de m'appeler par mon prénom. Elle avait accepté avec joie et ensuite je fis l'impensable. Je me rapprochai d'elle et ouvris gentiment la glissière de son sweat pour voir mon tee-shirt préféré.
Je respirai l'odeur, distrait momentanément par le fait qu'elle soit si proche, plus proche qu'elle ne l'avait jamais été, c'était presque de l'intimité. Mon désir de son sang subsistait encore un peu. Ça c'était un peu désensibilisé depuis que je passais du temps près d'elle mais en ce moment j'aurais pu déraper assez facilement. Le venin remplissait ma bouche tandis que sa peau devenait rosée et que les battements de son cœur devenaient erratiques.
Mais mon autre côté gagna, je ravalai mon poison et pensai que le prédateur en moi ressentait malgré tout une petite victoire. J'étais incapable de la considérer comme un animal elle était humaine, un mâle elle portait mes vêtements ce qui signifiait la domination.
Cette nuit-là je la regardais pendant des heures, son sommeil profond mais agité la fit se tourner et se retourner. Je me penchai me demandant si je devais la réveiller quand elle s'assit, toujours endormie, et m'appela dans l'obscurité. "Edward?"
Je tendis ma main et la touchai. Une décharge de feu me traversa les doigts et je sus qu'il fallait que je la laisse. Ce que je fis. Mais j'étais revenu cette nuit, après qu'elle et Angela se soient couchées et j'avais répété ce manège toutes les autres nuits de cette semaine.
A présent je réalisai, après tous ces jours à la regarder, que j'étais complètement hors de contrôle. Depuis Victoria je ne pouvais plus la laisser. Je voulais être près d'elle, entendre battre son cœur et analyser le moindre des mots qui s'échappaient lorsqu'elle dormait. Je n'étais pas du tout accoutumé à ce genre d'attraction qui me consumait totalement. D'une certaine manière c'était la chose la plus dérangeante que j'avais jamais faite mais d'un autre côté c'était la plus normale. Après plus de cent ans je ressentais quelque chose pour quelqu'un et c'était vraiment très exaltant.
Bien sûr c'était vain, elle ne pourrait jamais le savoir. J'avais déjà suffisamment mis sa vie en danger. J'avais pris certaines libertés et c'était mal, sans parler du côté pervers mais je m'en fichais. Parce que chaque matin, tandis que l'aube apparaissait par sa fenêtre, je l'entendais m'appeler et ça remplissait mon cœur vide d'une lueur d'espoir.
J'ai donc tenté le sort et frotté sa lèvre, espérant presque désespérément que ce soit ma bouche sur la sienne et j'ai fui avant qu'elle se réveille complètement.
=== Bella ===
Aujourd'hui c'était le jour de la Volvo et j'étais assise seule à la maison en train de faire le travail que m'avait laissé Edward.
Il était parti tôt pour aller au bureau, son vrai bureau, pour travailler pour la société. Il semblait très occupé, ajouté à cela son besoin compulsif de venir me chercher, je me demandai quand est-ce il se reposait. Il me rassura en me disant qu'il allait bien et je laissai tomber, trop contente d'avoir quelqu'un près de moi au cas où quelque chose arriverait.
La sonnette retentit alors que je travaillais à l'ordinateur et j'éteignis le système d'alarme pour ouvrir la porte au facteur qui avait un paquet pour lequel il fallait que je signe.
Après qu'il soit parti je réalisais que cette enveloppe était destinée à Pacific Northwest Trust avec la mention Confidentiel tamponnée dessus en grosses lettres rouges. Il ne recevait généralement pas ce genre de documents ici alors je décidai d'appeler son bureau pour savoir ce que je devais en faire.
"Pacific Northwest Trust, bureau de Monsieur Cullen," annonça la voix à l'autre bout de la ligne.
"Bonjour je suis Bella Swan, l'assistante de monsieur Cullen. Je pense que je viens de recevoir des documents qui devraient être au bureau," expliquai-je en lui décrivant l'enveloppe.
"Vous avez probablement raison. Je peux vous envoyer un coursier pour le récupérer cet après midi," me dit-elle.
J'y réfléchis une minute et regardai ma montre. Il fallait que j'aille récupérer le courrier d'Edward et faire quelques courses avant qu'il soit rentré alors je dis : "Vous savez il faut que je sorte cet après-midi, je vous le laisserai en passant."
Je raccrochai, secrètement excitée de voir Edward sur son lieu de travail. Je ne l'avais jamais vu avec personne d'autre que sa famille et j'étais intriguée de savoir comment il se comportait avec d'autres gens.
Une heure plus tard je garai le SUV dans une des places réservées aux visiteurs de PNT. Edward m'avait donné la permission de me servir de ses voitures quand il n'était pas là parce que je n'avais pas la mienne. Je n'étais pas tout à fait à l'aise derrière le volant de cette grosse voiture très chère mais je n'avais pas vraiment d'autre choix. J'allai vers la Volvo qui était garée dans un endroit près de l'ascenseur et je poussai sur le bouton une fois que j'y arrivai. L'obscurité du garage me mettait mal à l'aise mais avant que la panique puisse me gagner complètement les portes s'ouvrirent et j'entrai.
Je regardai mon reflet dans le miroir sur les portes de l'ascenseur en montant au dernier étage, là où se trouvaient les bureaux. Je portai un pantalon beige et un chemisier en V, bleu, sans manche. Avec des sabots marron et mes cheveux était attachés en une queue de cheval basse. Je n'étais probablement pas suffisamment bien habillée pour son bureau mais je ne faisais que déposer le paquet, j'avais pensé que ça ne serait pas gênant.
L'ascenseur sonna et je me retrouvai dans le hall de réception. Les planchers étaient en bois d'un brun rougeâtre et les murs étaient décorés de magnifiques œuvres d'art. L'un des murs était en verre, teinté évidemment. On avait une vue magnifique de la ville qui s'étendait jusqu'à l'eau. L'espace était divisé en bureaux, séparés par des murs en verre ainsi tout le monde pouvait être vu depuis la réception. Il y avait un grand vase avec des fleurs jaunes et blanches qui embaumaient l'espace.
Je m'avançai, serrant le paquet et m'arrêtai à la réception. Il y avait là une femme dans la soixantaine. Elle avait des lunettes en demi-lune et ses cheveux étaient blonds, elle était élégante et stylée. Occupée au téléphone, elle me fit signe de m'assoir et d'attendre qu'elle ait fini. Je trouvai un fauteuil près des fenêtres et je regardai dans la pièce trouvant Edward assis derrière son bureau.
Il portait le costume dans lequel je l'avais vu ce matin, sa cravate toujours parfaite, sa chemise froissée. Son visage était doux et il avait un air professionnel. Il se pencha pour écrire et je réalisai qu'il avait l'air bien jeune, comme un garçon qui serait assis derrière le bureau de son père.
Un jeune homme en costume s'approcha de son bureau. Je le regardai frapper doucement à sa porte. Sans lever les yeux Edward lui fit un signe, il entra et s'arrêta à quelques mètres. Leur interaction était fascinante et j'étais complètement absorbée. Edward ne le regardait jamais mais continuait à griffonner sur le papier face à lui, il leva la main et récupéra les dossiers que l'employé lui avait apportés. C'était presque comme s'il était capable d'anticiper ses mouvements.
Je réfléchis à cela, repensant à l'époque où il semblait apparaitre de nulle part et me faire sursauter. J'avais toujours pensé que c'était ma maladresse ou ma distraction mais le fait de le voir ici me fit comprendre que ce n'était pas le cas. Je ne savais pas comment il faisait mais il semblait avoir une certaine conscience de lui. J'étudiai les deux hommes dans le bureau, Edward calme et nonchalant, l'autre mal à l'aise sur ses pieds, serrant et desserrant ses mains. Après une seconde Edward lui dit de partir et il quitta le bureau rapidement et semblant en difficulté.
"En quoi puis-je vous aider?" entendis-je et je regardai la réceptionniste.
Je me levai et allai vers elle. "Oui, je suis Bella Swan. J'ai appelé tout à l'heure concernant un paquet pour Edward."
Elle me regarda surprise par dessus ses lunettes. "Edward?"
Je hochai la tête en lui tendant le paquet. Je regardai vers lui et le vis me fixer, le coin de sa bouche formant un petit sourire. Avant que j'ai pu lui sourire en retour il avait reprit son expression habituelle. Je suivis son regard et réalisai qu'il regardait la femme de l'autre côté du comptoir qui nous examinait intensément.
"Euh monsieur Cullen ... je suis son assistante personnelle," répondis-je.
"Bien sûr, j'ai été surprise par cette familiarité, c'est tout," dit-elle, me regardant à nouveau avec beaucoup trop d'insistance.
Je vis Edward du coin de l'œil et il n'avait pas bougé. Il regardait simplement ma conversation avec la femme, une expression attentive sur le visage. Je roulai des yeux et levai ma main pour dire au revoir, cassant son examen et bizarrement il me fit au revoir aussi.
Ses yeux balayèrent la salle une fois de plus et je réalisai que le petit groupe d'employés s'était arrêté, ils nous regardaient discrètement Edward et moi, à travers les murs en verre. Il attrapa son téléphone et appuya sur un bouton, le téléphone de la réception retentit et elle décrocha.
Le bruit de la sonnerie me fit retourner et la femme surprise dit, "Monsieur Cullen veut que je vous accompagne à son bureau."
=== Edward ===
Travailler en tant que PDG d'une grande société financière était une grande tâche. Pour un être humain ça l'était. Pour un vampire se faisant passer pour un humain c'était tout simplement une nécessité. Et j'appréciai cela, c'était définitivement mieux que de rester au lycée à l'infini. Mon travail consistait en rencontres et paperasserie, vérifier les comptes ainsi que m'assurer que l'argent allait bien là où il était prévu qu'il aille. Je pouvais faire cela très vite, en fait un mois de travail pour les humains que je pouvais faire en un ou deux jours. Mais pour faire l'effort de paraitre normal, il fallait que je ralentisse et maintienne mon image publique pour ne pas attirer les soupçons.
J'avais choisi des employés très qualifiés. On avait vérifié très précisément leurs antécédents, la plupart étaient des jeunes travailleurs acharnés essayant d'évoluer au niveau de l'entreprise. Je les payai bien et les encourageait à se tourner vers des choses plus grandes et meilleures. Ils étaient bien rémunérés pour leur discrétion et leur professionnalisme et généralement les choses se passaient bien.
Pour moi ils étaient tous identiques, ils faisaient partie de la façade pour protéger mon autre vie, ma vraie vie. Je les 'écoutais' la plupart du temps et même s'ils pensaient que j'étais bizarre, ils l'expliquaient en disant que j'étais excentrique, riche ou génie. Quelquefois je captai des mots comme asocial, égoïste, rigide ou idiot-savant mais rien de blessant et toutes ces choses valaient mieux que la vérité. Pour finir ça m'importait peu, tant qu'ils faisaient leur travail et ne s'occupaient que de leurs affaires.
Bien sûr, il y avait aussi d'autres pensées venant des femmes bien entendu... quand elles me rencontraient elles avaient peur de mon apparence. Elles chuchotaient entre elles dans la salle de pause, faisaient des gestes ou des commentaires quand j'avais le dos tourné. J'avais pris l'habitude de les ignorer et elles ne poussaient jamais trop loin, peut-être parce qu'elles étaient intimidées professionnellement ou qu'elles sentaient le danger qui couvait sous mon apparence attirante. Je devais reconnaître qu'Isabella n'avait pas été la première à se poser des questions sur ma sexualité mais elle avait été la seule à me le dire directement, ce qui bien sûr me l'avait seulement fait apprécier davantage.
Si quelqu'un devait poser des questions aux employés me concernant, ils n'auraient rien d'intéressant à dire à part 'qu'il est un travailleur acharné, dévoué et engagé'. Je leur donnais peu de choses à raconter et ils n'en attendaient pas plus. C'était une relation parfaite.
Ce jour-là comme tous les autres à PNT, j'étais seul dans mon bureau à travailler sur les papiers attendant une réunion plus tard dans la journée. Le bureau était calme, un environnement tranquille organisé par Esmée des années auparavant. Nous nous étions décidés pour un grand espace ouvert, éclairé par des vitres teintées pour éviter que le soleil ne me trahisse et des bureaux visibles pour minimiser les secrets et permettre à tout le monde de voir ce qu'il se passait et ça avait très bien marché.
J'aurais dû savoir à la minute où elle était sortie de l'ascenseur. J'avais détecté les battements de son cœur mais avais décidé que j'imaginais ces choses et que j'étais plein d'espoir. Je repoussai ce bruit de battement puis je l'entendis, son nom et sa voix remplirent l'espace terne de sa musique.
Ma première réaction fut la crainte, si elle était ici c'est qu'elle avait des problèmes. Mais le battement de son cœur était calme et son expression normale donc tout allait bien. Ensuite je réalisai que deux de mes mondes allaient entrer en collision et ça me terrifia. Ici tout était en ordre, mon équipe, ma routine chaque petite chose avait sa place, exactement comme chez moi. Mais à présent Isabella était apparue dans mon autre vie et je n'étais pas sûr de pouvoir gérer cela.
Je la regardai juste au moment où elle se tourna vers moi et nos yeux se rencontrèrent. Bref mais chargé d'électricité, j'en perdis ma contenance c'était sûr. Je ne fus pas le seul à le remarquer, ma réceptionniste, Joyce, nous observait, allant de l'un à l'autre. Elle fit un commentaire sur la familiarité de Bella me concernant, elle avait utilisé mon prénom. Joyce était plus attentive que je l'avais supposé jusqu'à présent. Ça n'aurait pas dû me surprendre. Elle était mon employée la plus ancienne mais j'avais besoin de quelqu'un pour travailler avec moi au bureau. Elle avait besoin de ce travail et était assez âgée pour ne pas être intéressée par moi. Toutes les jeunes femmes avaient vu ces films romantiques où le PDG puissant faisaient tomber la secrétaire à ses pieds et l'entrainerait avec lui pour une vie de luxe et d'amour. Je repoussais cette pensée et me félicitais que Joyce n'entre pas dans cette catégorie.
Isabella haussa les épaules en faisant une grimace et me faisant un signe de la main, me forçant à lui répondre. Je gémis intérieurement en réalisant que cette femme faisait ressortir mon côté humain tout le temps. Pour la plupart des gens faire un signe de la main était naturel mais pour moi c'était inhabituel. Ça m'aurait mis mal à l'aise mais avec elle tout ce que je pouvais faire c'était me retenir de ne pas traverser le mur en verre pour la rejoindre.
J'attrapai le téléphone et appelai Joyce et quand elle répondit, je lui dis : "Joyce s'il vous plait amenez mademoiselle Swan à mon bureau." Parce qu'elle était là et il n'y avait rien de plus que je veuille davantage qu'être avec elle même si ce n'était que pour un moment.
J'ouvris la porte et lui proposai un siège et lui demandai. "Vous allez bien? Il ne s'est rien passé, si?"
Elle était perdue un moment puis elle secoua la tête. "Non tout va bien. On m'a apporté quelque chose à la maison par erreur alors je l'ai ramené ici. Je ne voulais pas vous inquiéter."
Je la regardai, assise face à moi, ignorant les regards narquois des employés qui étaient soudainement très intéressés par ce qu'il se passait par ici et je fronçai les sourcils. "Nous avons des coursiers vous savez, vous n'aviez pas à venir."
Elle sourit et dit. "Ça m'était égal. Il fallait que je sorte de toute façon. Et en plus j'avais envie de voir où vous travailliez. C'est un merveilleux bureau, magnifique mais je suppose que je devais m'y attendre."
La pièce s'était remplie de son merveilleux arôme. Le bureau était parfumé par des fleurs, des freesias pour retrouver son odeur. Je me disais que c'était pour me désensibiliser mais il fallait que je m'entoure de quelque chose qui me la rappelle. A présent elle était dans mon bureau et je réalisai que rien ne pouvait être comparable à son odeur.
"J'ai dû prendre votre voiture pour venir jusqu'ici. J'espère que j'ai bien fait?" demanda-t-elle en mordillant sa lèvre inférieure, signe d'hésitation.
Mes yeux étaient attirés par cette lèvre, par ces dents mais je me forçai à répondre. "Non je vous ai dit que je préférai que vous soyez en sécurité pour travailler avec moi." Je la regardai, "De plus vous savez ce que je ressens quand je vois votre voiture. Je ne suis pas convaincu qu'elle soit fiable."
Elle fit un peu la grimace et s'assit un peu plus droite dans son siège. "Ma voiture convient très bien. Tout le monde ne peut pas s'offrir de voitures extravagantes..."
Je m'empêchai de sourire. J'avais remarqué que j'aimais vraiment quand elle était un peu énervée. Son visage rougissait et son cœur s'affolait et c'était presque irrésistible. Je me surpris à la provoquer plus d'une fois juste pour voir sa réaction. Et elle ne m'avait jamais déçu.
Je vis qu'elle avait compris mon manège, elle fit la moue. Je lui souris et appuyai mes coudes sur mon bureau.
Waouh. Regardez-moi ça. J'avais dit à Nancy qu'il n'était pas gay... que ne donnerai-je pas pour qu'il me regarde comme ça...
Cette pensée parvint jusqu'à moi, c'était une employée d'un bureau éloigné qui nous voyait. Je cherchai rapidement dans ses pensées pour savoir ce qu'elle voyait exactement.
Elle nous voyait, Isabella et moi penchés l'un vers l'autre comme deux aimants s'approchant de plus en plus. Les sourires sur nos visages et notre langage corporel montraient sans aucun doute que nous étions à l'aise ensemble.
Cette fille est plus qu'une assistante personnelle c'est sûr...
Elle avait raison, je le savais. Quelque part Isabella et moi étions passés d'une relation patron-employée à quelque chose d'autre. Je restai dans mon siège, ignorant intentionnellement les voix à l'extérieur, me concentrant uniquement sur la femme merveilleuse face à moi. J'écoutais ses questions et lui répondais, me demandant exactement où en était notre relation, qu'était-elle devenue et ce que j'allais bien pouvoir faire à ce sujet...
...
*Muscle car : littéralement 'voiture musclée' est un terme anglais qui désigne des automobiles américaines (ou australiennes) propulsées par un moteur surdimensionné, le plus souvent un V8.
J'espère que ça vous a plu...
Merci pour votre enthousiasme et vos commentaires
A la semaine prochaine!
