Réponses aux reviews :

Merry : Ahhhhh ça me rassure, je ne savais pas s'il allait te plaire, mon Regulus tout sensible ! Et oui Flint en aurait bien été capable de faire foirer sa potion, ce petit cornichon mal léché. Et Hagrid est mon personnage préféré, je ne pouvais pas faire une histoire sans lui, impossible. Comme Harry dit à la fin du deuxième film, « there's no Hogwarts without you Hagrid ». J'espère que tu vas aimer ce chapitre, en tout cas il est long ! Et j'ai disséminé quelques indices concernant les secrets de Jude, mais s'ils me sautent aux yeux étant donné que je connais la suite, je pense qu'ils sont assez subtiles... ;) En tout cas, merci beaucoup de continuer à m'envoyer des reviews, ça me fait tellement de bien de lire tes petits messages, tu peux pas savoir. Bonne lecture et à bientôt !

Guest : Tout d'abord, merci beaucoup pour ta review ! Et oui, Regulus surprend je sais ! Je suis contente que tu sois impatiente d'avoir la suite. J'espère que tu l'aimeras ! ;)

Quant à mes cachaouines, voici la suite que vous attendiez tant. J'espère que vous n'allez pas être déçues, et que vous continuerez à être à fond dedans. *escargot*

Bonne lecture !


« Cette fille connaissait beaucoup trop de choses qu'elle était censée ignorer. Et je trouverai pourquoi. »

Enfin, c'était le weekend. On était samedi matin, et je me réveillais tranquillement avec les ronronnements de Felix. Quelques rayons de soleil filtraient à travers les rideaux et plongeaient le dortoir dans une ambiance tamisée. J'étais enroulée dans mes couvertures et je savourais l'instant du réveil dans la quiétude bienvenue de la pièce. Je me tournai sur mon côté droit pour trouver mon chat qui avait la tête relevée vers moi, les yeux à demi fermés. Je laissai échapper une main de mon cocon pour le caresser et il ronronna de plus belle. J'étais la seule à être réveillée dans la chambre. Je commençais à me rendormir quand un bruit sec et répétitif nous surprit, Felix et moi. Nous relevâmes la tête en même temps vers les rideaux : le son provenait de derrière la fenêtre. C'était un hibou, à coup sûr. Je m'extirpai alors de mes draps et frissonnais en grimaçant, passai un vieux pull qui aurait fait frémir d'horreur Coco Chanel si elle était encore vivante, puis me dirigeais vers la fenêtre en traînant des pieds, les cheveux emmêlés, la bouche pâteuse et les yeux collés.

- C'est bon, c'est bon, j'arrive, grommelai-je en tirant un rideau d'un coup sec, alors que les piaillements de l'oiseau s'intensifiaient.

Grossière erreur, la lumière inonda la pièce et m'obligea à détourner le regard. Vraiment, il y a des fois où j'aimerais vivre dans une caverne toute seule, sans soleil pour me brûler au troisième degré dès le réveil. Non, je n'en faisais pas trop, et oui, j'étais toujours comme ça le matin.

Quand mes yeux furent habitués à l'intensité de la lumière, je reconnus immédiatement le hibou de mon père, Gollum. Le nom était de moi, bien sûr. J'avais décidé de l'appeler comme ça parce qu'à sa naissance, il était complètement recroquevillé sur lui-même et n'avait pour plumage qu'un fin duvet blanc. Mes parents, qui étaient de parfaits incultes, avaient accepté ce nom sans broncher, disant même qu'il « sonnait bien ». Je sais, je suis hilarante. Bref, Gollum se gelait les plumes dans la fraîcheur matinale, et j'ouvris la fenêtre sans même tenter d'étouffer le bruit : les filles étaient tellement nazes qu'aucune ne se serait réveillée même si Poudlard était attaqué. Le hibou s'engouffra dans la chambre sans plus tarder et se posa sur ma table de chevet, près de Felix qui lui lécha aussitôt le dessus de la tête. Ne me demandez pas pourquoi.

Je caressai Gollum, qui semblait maintenant très satisfait, et le déchargeai précautionneusement de l'énorme colis qu'il portait. Une lettre était accrochée sur le dessus du paquet. Je reconnus directement l'écriture régulière de ma mère, qui me paraissait cependant précipitée. Je donnais à mon messager un peu d'eau dans une coupelle avec quelques Miamhibou et ouvris l'enveloppe par la suite.

« Ma chérie,

Tout d'abord, j'espère que ta première semaine s'est bien passée, - tu veux dire entre les réveils trop tôt et les modèles de la bêtise humaine ? - et que tu es contente des cours que tu as décidé de suivre cette année.

Ton père et moi avons reçu une lettre de l'école nous prévenant de l'organisation du Tournoi des Trois Sorciers. Nous attendions impatiemment une lettre de toi, mais aucune ne nous est parvenue. Je ne t'en veux pas, je sais que tu dois être débordée par les devoirs. J'ai donc pris l'initiative de t'écrire, - sans blague - en attendant toutefois que le weekend arrive, pour pouvoir exiger une réponse immédiate, ou qui me serait portée au plus tard d'ici ce soir.

Au risque de te paraître rabat-joie – ce serait pas la première fois -, je voulais t'indiquer, même si je pense tu le devines, que tu as l'interdiction formelle de participer à ce Tournoi – tiens donc ? Ton père m'a expliqué en quoi il consistait. Lui et moi nous mettons en quatre pour qu'il ne t'arrive rien, et je pense que tu sais qu'il serait trop dangereux pour toi d'y participer - c'est dangereux pour tout le monde, en même temps. Tu sais que je ne cherche pas à être dure avec toi -ça, je te rassure, je ne pense pas que tu me traumatises un jour -, je fais ça uniquement pour te préserver - honnêtement, tu parles de ta fille ou d'un cornichon en bocal ?

Je t'ai aussi envoyé tous les médicaments que tu devras prendre pour les deux semaines à venir, et j'ai bien séparé ceux provenant des pharmacies « moldues », comme vous dîtes toi et ton père, de ceux de Ste Mangouste. Respecte bien les heures des prises et surtout place bien ceux à prendre avant de t'endormir près de ton lit pour ne pas les oublier. J'espère avoir prévu assez de calmants, aussi. J'ai rajouté une petite gourde que tu pourras emmener partout, je sais qu'il y en a pas à Poudlard, et je sais que c'est ce que tu préfères pour avaler tes cachets. Écris-nous si ça ne va pas.

Je te rappelle que j'exige une réponse dans la journée Jude, sinon, je me verrai dans l'obligation de prendre un rendez-vous avec le professeur Dumbledore en personne -oh que non.

En compensation, je t'ai préparé les petits fondants au caramel que tu adores.

Avec toute mon affection,

Maman. »

Je reposai la lettre et ouvris le colis. Heureusement, Gollum n'avait pas endommagé les gâteaux pendant le trajet. Je les enlevais du paquet et les posai sur ma petite table. Je défis également le carton qui emballait mes médicaments, la gourde était enfouie parmi les plaquettes moldues. Je la plaçai à côté des fondants puis entrepris de sortir uniquement mes gellules d'antidépresseurs et mes calmants, que je rangeais dans mon sac, et fis glisser le reste du carton sous mon lit.

Il fallait que je réponde tout de suite à ma mère. Je ne me faisais pas confiance pour ne pas oublier la lettre d'ici ce soir, et je n'avais aucune envie qu'elle débarque ici pour papoter avec le directeur en me décrivant comme une petite chenille empotée qui peinait à faire son chemin dans la vie.

Maintenant, où écrire ? Évidemment, aucun bureau en vue dans le dortoir. C'est vrai, après tout, qui pourrait bien avoir besoin d'une table dans une école ? Tout le monde, voilà qui en aurait besoin. Des fois je me demande si les responsables du château disposent de ne serait-ce qu'une once de logique.

Assise en tailleurs sur mon lit, enroulée dans ma couette bien chaude et bien moelleuse, je tentais de faire un peu de place sur ma table de chevet déjà bien encombrée. Je poussai ma lampe le plus loin possible au bord du plateau, en faisant bien attention à ne pas bousculer Gollum le Susceptible, pareil pour mon réveil, sur lequel je déposai mon tas de devoirs à rendre. Je plaçai mon walkman, dont le casque pendouillait tristement dans le vide, en équilibre sur le haut de la lampe, je fis glisser mon paquet de mouchoirs, mon baume à lèvres, les fondants, ma bouteille d'eau et mes bouchons d'oreilles dans un coin du plateau puis poussai gentiment mon tome de La Communauté de l'Anneau dans un autre. Très satisfaite de mon arrangement, je levai haut les mains pour risquer de ne rien faire tomber. Mon sourire s'estompa quand Gollum décida, sans raison, d'écarter les ailes en poussant un hululement strident.

Entraînée par ma volonté de rattraper mon merveilleux walkman qui décrivait dans les airs des figures dignes des plus grands patineurs, j'eus la bonne, que dis-je, l'excellente idée de me pencher brusquement sur un côté de mon postérieur. La masse de mon enveloppe charnelle, excédant celle d'un pétale de marguerite, et ma position incertaine au bord de ma couche firent que je m'envolais à mon tour, les bras tendus vers l'objet de tous mes désirs, le coeur empli d'espoir, pour me rétamer âprement la tronche sur le parquet du dortoir.

Gollum, terrifié par la soudaineté de ma frénésie et la violence de l'impact avec lequel ma carcasse s'écrasait sur le sol, prit l'initiative de soulever sa charogne et s'empêtra dans le fouillis que formait l'accumulation de parchemins sur mon réveil, faisant ainsi à peu près autant de bruit qu'une centaine de chihuahuas aboyant en choeur. Mes trois camarades n'avaient pas bougé d'un pouce.

Je me relevais difficilement en pestant. J'avais tout de même réussi à saisir mon walkman en plein vol, lui évitant ainsi de se briser en mille morceaux. Je vins ensuite en aide au stupide volatile qui me servait de pigeon voyageur en le dépêtrant de la mêlée qui faisait rage par terre. Quelle belle façon de commencer sa journée.

J'abandonnais l'idée d'écrire sur ma petite table de chevet et lissai la lettre sur mon matelas pour avoir un support relativement plat. Je décidais d'écrire directement au dos de du parchemin. Ma mère ne s'en offusquerait pas, elle serait trop contente d'avoir une réponse rapide, pour une fois. Quand l'inspiration me vint enfin et après avoir réussi à dégoter une plume et un encrier, je pus rédiger, tout en m'empiffrant de fondants :

« Maman,

J'ai bien reçu ta lettre et tu seras heureuse de savoir que tout se passe bien à Poudlard. Cependant, je suis débordée, comme tu dis, et n'émettrai ainsi qu'une réponse brève.

Je n'ai jamais eu l'intention de participer au Tournoi des Trois Sorciers, n'étant pas encore assez abrutie pour m'inscrire à ce genre de trucs. Voilà.

J'espère que toi et papa allez bien aussi, et merci pour les gâteaux !

Jude. »

Simple, direct, efficace. Bon, mon écriture laissait à désirer. D'accord, ma prose n'était pas exceptionnelle. Et j'avais troué la feuille deux ou trois fois avec ma plume. Tant pis.

Je décollai Felix et Gollum qui se câlinaient, et renvoyai le hibou à la maison après quelques caresses (non méritées, soit dit en passant). Ceci fait, je me dirigeai vers mon lit avec une tête de déterrée, j'imagine. Je m'effondrai sur mon édredon avec la grâce d'un camion benne et regardai l'heure : huit heures et demi. J'enlevai l'alarme que j'avais mise pour neuf heures.

Pourquoi prendre la peine de mettre un réveil le week-end ? Pour les sélections de Quidditch, bien sûr. Elles commençaient à dix heures. Il y avait d'abord Gryffondor, puis Serdaigle, Serpentard ensuite et Poufsouffle pour finir. C'était pratique, je pouvais assister à toutes les sélections et repérer mes adversaires. Car je ne doutais pas d'être choisie. Je connaissais tous les Poufsouffles et j'étais la plus forte, donc pas de surprises. Sur ce constat on ne peut plus satisfaisant, je me levai pour aller prendre ma douche.

Quand je revins dans le dortoir, les filles étaient encore endormies. Je réveillai Abby et Felicity, qui voulaient absolument assister aux sélections - baver comme des Saint-Bernard devant les joueurs serait plus exact. Elles se dirigèrent en courant vers la salle de bain, et des cris étouffés me parvinrent. Quelle paire de cloches elles pouvaient être, des fois.

Je passai ensuite mon équipement de Quidditch, c'est-à-dire un pantalon beige à taille haute, un pull (oui, parce qu'on se caille les miches en allant à pleine vitesse sur son balai) aux couleurs de Poufsouffle, mes protège-tibias, mes protections pour les bras et enfilai pour finir des mitaines noires. Je mis ensuite la cape de Quidditch jaune qui m'avait été fournie l'année dernière et mes bottes noires, souples, idéales pour le jeu, qui montaient jusqu'à mes genoux. Un immense sourire s'épanouit sur mes lèvres. C'était tellement bon de retrouver ma vraie peau après trois mois. Je plaçai finalement ma baguette dans une poche de mon pantalon prévue à cet effet. Je ne m'en séparais jamais.

Je m'agenouillai devant ma valise et sortis les pièces de mon Comète 235. J'avais dû économiser et emprunter pas mal d'argent à mes parents pour l'acheter, en troisième année. Bien sûr, ils croyaient que j'achetais des babioles par-ci, par-là, et n'auraient jamais soupçonné que je m'achète un balai. Je ne pense même pas qu'ils me croient capable de faire du sport.

Je m'installais sur mon lit et entrepris de le remonter avec beaucoup de soin, tout en le nettoyant et le polissant. C'était une vraie merveille. L'odeur du produit pour balais monta jusqu'à mes narines et j'inspirai un grand coup. Je caressais le bois du manche et l'époussetais une dernière fois, puis je le saisis fermement et me levai pour aller manger dans la Grande Salle. En atteignant la porte de la chambre, une voix ensommeillée me lança :

- Bonne chance pour tout à l'heure, Jude. On compte sur toi pour nous faire gagner cette année.

- Ne t'inquiète pas pour ça, Dorene, répondis-je sans même me retourner. Je vais leur botter le cul, à ces incapables.

Je l'entendis rire avant de refermer la porte. Je saluai la fondatrice de ma maison dans son tableau en levant haut la main dans sa direction tandis que je traversais la salle commune, et elle me répondit en souriant et en soulevant sa coupe gracieusement.

Mon balai à la main, je marchais fièrement jusqu'à la Grande Salle. Peu de gens traînaient dans les couloirs à cette heure là, les joueurs devaient être en train de se préparer ou de manger, et les autres en train de les admirer. Ma pensée fut confirmée alors que j'arrivais à destination : plein de petits groupes se formaient à toutes les tables, entourant ceux qui allaient se présenter tout à l'heure. Tous les visages se levèrent dans ma direction alors que je longeais la table de ma maison, en passant près de celle des Serdaigles. L'entrée d'un joueur en tenue impressionnait toujours. Je relevai le menton et m'assis à ma place habituelle, à l'écart du remue-ménage.

- Pourquoi tu portes cette tenue ? Me demanda une voix très aiguë sur ma droite.

Une petite fille de Poufsouffle que je n'avais jamais vue entra dans mon champ de vision. Elle semblait plus curieuse qu'effrayée et soutint mon regard en triturant un toast croulant sous la confiture dans sa petite main aux ongles rongés.

- Parce que je vais jouer au Quidditch, lui répondis-je simplement en tournant la tête pour signifier que la conversation était terminée.

- Pourquoi ?

Mon regard glissa sur elle une nouvelle fois et mes sourcils se froncèrent. Elle planta ses dents dans son toast, en arracha une bonne partie et mâcha sans plus de retenue qu'une vache dans son étable. Elle avait de la confiture de cerises jusque sur sa joue. Ses yeux ne s'étaient pas détachés de moi.

- Parce que ça me plaît, c'est tout.

- Pourquoi ?

- Écoute, je me fiche de toi et de tes questions. Laisse-moi manger en paix.

- Je m'appelle Sarah, énonça-t-elle en expulsant une infinité de miettes de pain grillé de sa bouche pleine.

- Je t'ai dit que je m'en foutais complètement, assénai-je-je en me tournant complètement vers elle.

- C'est quoi ton nom ?

« Mais c'est pas vrai, quelle teigne », songeai-je. Je fermais ma bouche grande ouverte devant tant d'obstination puis relevai la tête en soupirant longuement. Rien n'y faisait, cette petite peste ne baissait pas les yeux. Autant rentrer dans son jeu maintenant, ce sera plus vite terminé.

- Je m'appelle Jude.

- C'est bizarre comme prénom, me dit-elle avec une moue pensive.

- Il n'est pas fait pour te plaire.

- Tu crois que je pourrais jouer au Quidditch, moi aussi, Jude ? Me demanda-t-elle en passant outre ma remarque.

- Non, les première année n'y sont pas autorisés.

- C'est dommage, je parie que j'aurais pu battre tout le monde.

Sa réplique me fit sourire et la gosse me sourit en retour.

- Tu seras peut-être dans l'équipe l'année prochaine, si tu y tiens vraiment.

- Mais toi, tu seras partie ?

- Oui.

- Alors je te remplacerai ! Tu sers à quoi en fait ?

- Je dois attraper le Vif d'Or.

- Qu'est-ce-que ça veut dire ?

- Tes parents sont moldus, n'est-ce pas ? Devinai-je.

- Oui, mais c'est pas pour ça que je peux pas jouer !

- Non, tu as raison.

Elle était marrante quand même, et sûre d'elle. Elle ne s'était pas encore oubliée. Peut-être qu'il y avait un espoir pour la nouvelle génération.

- Je dois y aller, Sarah, lui dis-je en me levant.

- Est-ce-que je peux venir te voir ? Me demanda-t-elle en se levant aussi.

- Je n'ai pas à te dire ce que tu peux faire ou non.

- Chouette ! Je peux toucher ton balai ?

- Jamais de la vie.

Elle tendit la main pour le toucher tandis que nous marchions côte à côte, elle pressant le pas pour rester à ma hauteur. D'une tape sur les doigts, je l'en défendis.

Je dévalais le parc pour me rendre au terrain de Quidditch, et j'entendais Sarah souffler derrière moi, mais elle ne se plaignit pas. Une fois arrivée, j'entrepris de monter les gradins pour avoir une meilleure vue des jeux et là encore, la petite me suivit difficilement mais sans chouiner. Un vrai pot de colle.

Sur ma gauche, j'aperçus la brochette d'illuminés que formaient les joueurs de Serpentard, Regulus Black au centre. Je montai encore un peu, à un rythme soutenu, pour arriver le plus haut possible. Tandis que je m'installais, Sarah s'écroula à côté de moi sur le banc, essoufflée comme un bœuf. Je notai le regard de Black sur moi et lui fit un... petit geste sympathique de la main, dirons-nous, pour lui dire d'aller se faire voir dans les cachots. Il ne fit qu'afficher un sourire carnassier et articuler silencieusement « tu t'es trouvé une mascotte ?», ce à quoi je répondis de la même façon « va crever », puis ancrai mon regard sur le terrain en attendant M. Aberline, le professeur de Quidditch, qui était chargé de garder un œil sur les élèves lors des sélections. Comme le plein pouvoir de décision revenait au capitaine, il fallait quand même quelqu'un pour nous encadrer et éviter les accrocs. Inutile de dire que ça ne servait complètement à rien, et que tout le monde le savait.

Enfin, dix heures sonnèrent et les sélections débutèrent officiellement. Le son des cloches de Poudlard avait fait taire toutes les conversations. Aberline lança distinctement :

- Bienvenue à tous. Les sélections sont désormais sur le point de commencer. Je vais d'abord rappeler l'ordre de passage des maisons. En premier, ce sera Gryffondor, puis Serdaigle, Serpentard et enfin Poufsouffle. Je rappelle à toutes les personnes ici présentes que les violences physiques et morales, les discriminations et autres délicatesses dont vous pouvez faire preuve sont interdites. Que les jeux commencent !

Une salve d'applaudissements retentit. J'aperçus du coin de l'oeil que certains professeurs avaient fait le déplacement et applaudissaient en même temps que les élèves. Je reconnus entre autres les professeurs McGonagall et Slughorn, ce dernier certainement à l'affût de nouveaux talents à récolter pour sa collection.

Bref, Matthew Skinner descendait les gradins, le balai à la main, et sa tenue écarlate gonflait et dégonflait avec le vent matinal. C'était le capitaine de Gryffondor. Il était réglo, et il avait quelque chose dans le crâne. C'était un attrapeur, comme moi, depuis quelques années, mais on avait déjà mis le Quidditch de côté pour un ou deux travaux en binômes. Un groupe important le suivait précipitamment, certains trébuchaient même lors de la descente, tandis que Skinner passait souplement d'un banc à l'autre. Quand tout le monde fut sur le terrain, il commença par faire dégager tous les première année, ce qui correspondait à un bon quart du troupeau. Ceci fait, il annonça que tous ceux qui souhaitaient postuler en tant qu'attrapeur pouvaient « s'éclipser dès l'instant car le poste n'était pas disponible ». Joliment dit. Quelques garçons retournèrent au château avec un air écoeuré. Et là seulement, les sélections débutèrent. Les poursuiveurs d'abord, puis les batteurs, puis le gardien.

Nicholas Powell, le capitaine et un des deux batteurs de Serdaigle procéda de la même façon et sélectionna l'attrapeur en dernier. C'était généralement comme ça que ça se déroulait. J'avais eu du mal à retenir quels joueurs avaient été sélectionnés, étant donné que la sangsue à côté de moi passait son temps à me poser des questions sans queue ni tête. J'avais réussi à la faire taire en lui affirmant que si jamais elle ouvrait la bouche encore une seule fois, je la lancerais par dessus les gradin et qu'elle finirait en pâtée pour calmar géant.

Les Serpentards furent appelés à rejoindre le terrain par Aberline.

Black se redressa. Son expression était on ne peut plus semblable à celle d'un suricate : le menton haut, les yeux vifs, et le nez pointé de la manière la plus ridicule que j'avais jamais vue. Il se leva avec un sourire en coin en attrapant son balai et s'engagea dans l'allée centrale des gradins, descendant les hautes marches deux par deux. Il contrebalançait ses grandes enjambées d'un mouvement de bras qui lui donnait maintenant l'air d'une mouette alcoolisée.

Dix personnes le suivaient. Ce n'était pas beaucoup, simplement parce que tout le monde savait déjà qui constituerait l'équipe. Les sept joueurs de l'année dernière étaient présents, ce qui signifiait qu'il n'y avait pas de place pour les nouveaux venus. Leurs destins étaient d'ores et déjà scellés, aussi bon qu'ils puissent être. Ainsi, beaucoup n'essayaient même pas de concourir et restaient dans les cachots à ruminer amèrement quelques malédictions bien pensées. Quels abrutis à Serpentard, franchement. C'était vrai qu'ils formaient une bonne équipe, mais elle pouvait être améliorée.

Black enfourcha son balai et s'envola, plantant là sur le terrain les élèves attendant d'être sélectionnés. Le vent s'engouffra dans ses cheveux longs, il bomba le torse et inspira profondément l'air glacé écossais. Il décrivit quelques cercles dans les airs et les tripotées de donzelles ici présentes gémirent comme si elles s'étaient cogné le petit orteil dans un pied de lit. La diva Black était bien évidemment très au dessus de ça et continua ses loopings à en faire perdre la tête à un billywig. Petit péteux, va.

Notre fée Pimprenelle redescendit, sans toutefois poser les pieds par terre, et démarra la sélection de son équipe. Il demanda à voir les poursuiveurs en premier. Il garda bien sûr les mêmes que l'année dernière, à savoir Cyrus Flint, Bartemius Croupton Jr et Dakota Fawley. Ce fut de même pour les batteurs et le gardien. Quelle surprise.

Finalement, c'était à Poufsouffle de jouer. Aaron Brown se leva à son tour et fut suivi du plus grand groupe d'élèves des quatre maisons. Pourquoi ? C'est simple, Poufsouffle était censée être la maison de la tolérance et de la justice. Ce n'était vrai qu'à moitié, et pas du tout applicable au Quidditch. Les garçons, même chez Poufsouffle, restaient machos, bâtards et sexistes. Le jeu était pris très au sérieux. Bref, les filles étaient toujours évincées. Enfin, pas dans mon cas. J'étais la seule fille de l'équipe et ils considéraient déjà ça comme un mal. Mais j'étais la meilleure, et ils le savaient aussi. Petit à petit, j'avais appris à me faire une place et je leur avais appris à ne pas empiéter dessus.

Mes rapports avec les garçons de mon équipe n'avaient jamais été très chaleureux, loin de là. Le jeu m'avait néanmoins permis de créer des liens avec quelques uns, comme le capitaine, mais certains autres étaient nettement plus fielleux. Et si désormais aucun ne s'opposait à mon droit et à la légitimité du poste qui m'était accordé, ils ne faisaient que me tolérer. Mais je m'étais vite accommodée. A vrai dire, je les tolérais uniquement aussi. J'avais été ferme et j'avais su faire mes preuves dès le départ. Je n'avais eu aucun besoin d'être défendue par personne d'autre que moi, jamais. Que ce soit moralement ou physiquement. C'était au moins quelque chose dont je pouvais être fière.

J'arrivais en dernier sur le terrain et croisai Black qui repartait vers les gradins. Il baissa la tête et planta ses yeux dans les miens.

- Bonne chance, Peters, me souffla-t-il avec un petit air exécrable.

Je ne répondis rien. Je détestais qu'on se paye ma tête. Il me dépassa et commença à monter les marches. Il allait assister à la sélection des Poufsouffles. Je n'en attendais pas moins d'un chef d'équipe. J'avançais lentement vers Brown qui faisait son petit discours de capitaine. Il vira lui aussi les première année du terrain, puis il nous demanda de former des groupes selon le poste que l'on espérait obtenir. De fait, je me retrouvais avec cinq garçons, et comme Brown désirait sélectionner l'attrapeur en dernier, il nous demanda de nous éloigner près des gradins.

- Tu ferais mieux d'abandonner tout de suite.

La voix provenait de ma gauche. Comme je n'entendis aucune réponse de la part des autres garçons, je tournai la tête. En la baissant, je m'aperçus qu'un minuscule représentant de la gent masculine me fixait.

- C'est à moi que tu parles, microbe ?

- Oui, répondit-il d'une voix nasillarde. Et je pense que ce serait aussi bien si tu retournais à ta couture.

Un garçon que je ne connaissais pas pouffa derrière moi. Je me retournai vivement et il se tût en voyant ma tête de tueuse à gage. Ils avaient cependant tous l'air d'apprécier ce qui se passait. Le gamin s'enorgueillit de la situation.

- T'as quel âge, dis moi, onze ans ?

- Quatorze, contesta-t-il en grondant comme un chiot.

- Et tu penses que ça te donne la maturité et la force nécessaires pour t'opposer à moi ?

- Parfaitement, t'es qu'une fille, et les filles sont faibles et geignardes.

- Ah tiens donc ? C'est comme ça que tu vois les choses ? Demandai-je de la voix la plus douce qu'il m'était possible de prendre.

- Puisque je te le dis, idiote. Combien de fois vais-je devoi…

N'y tenant plus, je saisis le col de cette petite vermine d'une main, le soulevai brusquement et le plaquai contre la base des gradins derrière moi. Sa tête cogna violemment contre le bois dur et il semblait déjà sur le point de s'évanouir. Ses pieds étaient à un mètre du sol. Les quatre imbéciles qui pensaient pouvoir être de meilleurs attrapeurs que moi sursautèrent.

- Et si je te frappe dans les noisettes, qui est-ce qui va geindre ? Tu fais moins le malin dans cette position, hein. Tu me trouves toujours faible là ? Tu penses toujours que je ne pourrais pas te briser la nuque d'un simple mouvement de main ? Tu penses toujours pouvoir me vaincre moi avec ton ego disproportionné, ta condescendance aveugle et ton incompétence certaine ? Eh bien, comme tu peux le voir, tu t'es attaqué à la mauvaise personne. Fais-moi plaisir, gamin, va donc te dénicher une dignité et reviens me voir après. Je pourrai alors détruire à nouveau ta fierté sans que tu mouilles ta petite culotte, comme maintenant.

Parce que oui, en baissant les yeux, je m'aperçus que la larve gémissante que je tenais en joug s'était pissée dessus. Douce vengeance... Je relâchai la pression de ma main sur son cou et m'éloignai pour le laisser tomber à terre. Il se réceptionna sur une cheville et on entendit un horrible craquement. Son visage se tordit de douleur au moment où son talon se retrouva perpendiculaire à sa jambe. La vie avait peut-être une justice en fin de compte. Je me rapprochais de lui à pas lents et mesurés. Les autres s'écartèrent à mon passage et formèrent ainsi d'eux même une haie d'honneur jusqu'à ma victime, qui leva des yeux larmoyants vers moi. Il me faisait presque pitié. Je me maintins droite et le regardai de haut.

- Tu t'en sors bien. Je te souhaite de ne jamais recroiser ma route, sinon, tu risquerais d'avoir plus qu'une cheville brisée. Tu es loin d'être supérieur à moi. Je veux que tu comprennes qu'avec ou sans magie, je suis et serai toujours aussi redoutable que n'importe quel homme. Peut-être même plus. Alors, je te conseille de ne plus jamais reparler comme tu viens de le faire à aucune fille, parce que je te jure que je te le ferai payer. Et la prochaine fois, s'il y en a une, je ne me gênerai pas pour faire de toi un exemple de ce que ma fureur peut déchaîner.

Sur ce, je partis pour de bon, et un des garçons alla chercher Aberline, sûrement pour emmener le gosse à l'infirmerie. Je ne me faisais aucun souci quand aux conséquences de mes actions. Ils auront tous honte d'admettre qu'une nana pouvait être forte. Je n'avais passe remords non plus. Si pour certains son âge excusait ses dires, il fallait bien que quelqu'un l'éduque à un moment ou un autre. J'attendis un peu plus loin que vienne mon tour d'être sélectionnée. Plus que quatre concurrents, ça devrait aller vite. Tout dépendait du Vif.

Je levai les yeux vers Sarah, toujours en haut des gradins. Elle n'avait rien vu de ce qui s'était passé et semblait hypnotisée par les mouvements des batteurs qui s'affrontaient à grands coups de batte dans les cognards. En revanche, quand mon regard dériva sur Black, je sus qu'il n'en avait pas perdu une miette. Il me fixait froidement. Je ne pouvais pas déceler le fond de sa pensée. Mes yeux rencontrèrent les siens un moment, puis il reporta son attention sur le jeu.

Du fait de mon altercation avec l'autre gnome, je ne savais pas qui étaient les nouveaux poursuiveurs de mon équipe, les élèves postulant pour ce poste étaient tous partis prendre une douche bien méritée et je n'avais pas l'intention d'aller parler à qui que ce soit pour savoir. Je n'avais pratiquement rien suivi des sélections, en fait. De toute façon, les constitutions de équipes seraient affichées le soir au tableau de la salle commune. Je n'avais plus qu'à attendre.

Enfin, Brown appela les attrapeurs. Je raffermis ma prise sur le manche de mon balai et rejoignis le capitaine, qui était aussi le gardien de l'équipe. Je le saluai d'un signe de tête et il me sourit. Je croisai les bras sur ma poitrine. Les quatre garçons que j'allais affronter se tinrent plus à l'écart. « Vous faites bien d'avoir peur, raclures de bidet », songeai-je.

- Bien, commença Brown. Les consignes sont simples : je vais lâcher le Vif d'Or, et le premier d'entre vous cinq qui l'attrape sera le nouvel attrapeur de Poufsouffle. Des objections ?

Personne ne se prononça. Je commençais à m'impatienter quand il nous demanda de nous mettre en position d'envol. Il ajouta :

- Si l'un d'entre vous pense à partir avant mon coup de sifflet, sachez qu'il sera éliminé d'office.

Et il lâcha le Vif. Même si je ne l'avais pas quitté des yeux un seul instant, son éclat doré se perdit vite dans le ciel nuageux. Une pluie fine et brumeuse tombait. Ça compliquerait les choses, mais j'avais déjà vu pire. Je regardais autour de moi pour tenter de déceler les émotions de mes adversaires. Je vis de l'inquiétude, de la volonté, du stress et de la détermination, mais pas d'assurance à proprement parler.

Je fléchis mes genoux, c'était pour bientôt. Le sol était spongieux, je sentais la boue coller à mes bottes et mes pieds s'enfoncer dans le terrain. Je serrai un peu plus fort mon balai et le coup de sifflet retentit. Je fus la première à réagir. Je m'envolai en tendant les jambes et en me redressant vivement. Merlin, que ça m'avait manqué.

Bien sûr, tout Poudlard m'avait beaucoup manqué pendant les vacances. Le merveilleux château, les longues marches dans le parc après le couvre-feu, quand tout était noir, calme et figé, les banquets dans la Grande Salle, les visites chez Hagrid dans sa cabane près de la Forêt, lancer de beaux sortilèges dès que l'envie m'en prenait sans me soucier du monde Moldu, tout cela m'avait manqué. Mais, par dessus tout, l'absence du Quidditch pendant les vacances m'avait démunie. Maintenant, je pouvais sentir l'air emmêler mes cheveux, plaquer mon pull contre mon buste, faire claquer ma cape sèchement dans mon dos, et c'était la meilleure sensation du monde. De tout ce que j'aimais à Poudlard, voler surpassait tout.

Je montais toujours plus haut, presque à la verticale, pour avoir le meilleur point de vue possible. Tous les autres rasaient le terrain de fond en comble en espérant dénicher le Vif d'Or. Quels imbéciles.

Je faisais des cercles parfaits en essayant d'embrasser toute la surface du terrain. J'avais les yeux plissés afin de rendre l'accommodation plus facile, et il me semblait regarder dans toutes les directions à la fois tant je tournais et retournais la tête. Je n'arrivais pas à percevoir la présence de la balle. Évidemment, on commença à copier ma technique. Pourquoi est-ce que ça devait toujours se passer comme ça ?

Un mouvement rapide attira mon attention, en bas. Ce n'était qu'un des garçons. Il feintait, ça se voyait comme le nez au milieu du visage, mais tous les autres se ruèrent à sa suite. Quelle bande d'amateurs... Remarque, je le remercierai peut-être plus tard pour m'avoir débarrassé d'eux. Je décidai de m'arrêter un moment pour scruter le terrain plus attentivement, laissant mes jambes pendre lâchement de chaque côté de mon balai. En même temps, je resserrais mes mitaines et m'aperçus que tout le monde dans les gradins me regardait. « Désolée, mais je ne vais pas me lancer à la poursuite de l'autre gus pour votre bon plaisir » pensai-je. Parce qu'ils continuaient toujours à se courser pour rien, ces idiots.

- Allez, montre toi, marmonnai-je dans ma barbe, je sais que je t'ai manqué, cet été.

Tout s'enchaîna très vite. J'aperçus un bref scintillement à l'exact opposé de là où je me trouvais et fonçai sans attendre. Les paysages autour de moi devinrent de plus en plus flous au fil de ma course, les couleurs se mélangeaient pour former un ensemble brunâtre. J'allais trop vite pour distinguer la moindre personne, et je n'avais de toute manière d'yeux que pour le Vif d'Or, qui me narguait. Il me forçait à me fendre, à vriller, virevolter, tourbillonner sans relâche. Le maelstrom de mes pensées s'évanouit, mon être entier n'avait qu'un objectif : l'attraper. Je ne voyais plus que lui et j'osais à peine cligner des yeux par peur de le perdre. La pluie ne facilitait pas la tâche. En plus de limiter ma visibilité, elle m'alourdissait et par conséquent me ralentissait, ce qui n'était jamais bon pour un attrapeur. Mes cheveux me collaient au visage. Les mèches lourdes, imbibées d'eau pesaient sur ma nuque. Je sentais une infinité de perles glacées s'infiltrer à travers le tissus de mon pantalon et geler mes cuisses. J'haletai en étirant mon corps un peu plus dans le but d'atteindre le Vif et de la buée s'échappa de mes lèvres. Bien évidemment, les quatre guignols avaient cessé leur stupide manège en me voyant me démener de la sorte. Il rappliquèrent et me collèrent aux fesses. Je détestais ça.

L'un d'eux arriva à ma hauteur. Je savais que je le connaissais mais je ne pouvais pas me rappeler qui il était. Quelques pauvres centimètres nous séparaient tandis que nous filions en ligne droite, les trois autres à notre suite. Ce chameau avait le nouveau Nimbus, qui était plus rapide que mon bon vieux Comète... mais j'avais nettement plus de technique. Si la vitesse de son balai l'avantageait, il n'avait clairement aucune maîtrise. Quel gâchis.

Soudain, le Vif d'Or fit une brusque embardée sur la gauche, et seuls mes réflexes me permirent de maintenir une distance minimale avec lui. L'autre n'avait pas eu autant de chance. Emporté dans son élan, il n'avait pas amorcé un geste pour tourner et continua en ligne droite sur une cinquantaine de mètres. Un autre avait dû être écarté par un des deux garçons qui me suivaient toujours. Ils parvinrent à me rattraper. L'un s'était placé à ma gauche et l'autre à ma droite. Ils se refermèrent sur moi comme un étau. Je connaissait bien cette technique. Ils appuyaient de toute leur force leurs épaules contre le miennes. Il ne servait à rien de se débattre.

En continuant de foncer, j'évaluai ma situation. Je ne pouvais absolument plus bouger le haut de mon corps. Mais m'affaiblir leur coûtait aussi. Ils avaient sacrifié leur équilibre en se reposant sur moi. J'avais une chance de les écarter. Alors, tout en serrant plus fort mon balai, je me soulevai légèrement et laissai pendre mes jambes mollement. Je pris de l'élan en les élançant vers l'arrière puis, en retenant mon souffle, je réussis à les lever à l'horizontale, tendues, à la hauteur de mon balai. Le fait que les deux gorilles exercent la même pression sur moi me permettait de rester parfaitement stable et, bien évidemment, ils ne me faisaient absolument pas mal, contrairement à ce qu'ils devaient penser. Je sentais mes muscles se tendre sous l'effort. Mes mains gantées agrippaient mon balai tant bien que mal sous la pluie traîtresse. Je levai mes jambes un peu plus, les écartai puis, sans attendre, les abattis simultanément sur leurs balais. J'entendis un des manches craquer, un des garçons crier, le sifflement d'un balai changeant brusquement de trajectoire, puis le bruit mat de quelqu'un qui vient juste de se réceptionner comme une crêpe. Je me rassis immédiatement et repris une position convenable. Une chose était sûre, ils étaient tous deux hors de mon chemin et dans l'incapacité de m'atteindre à nouveau. Désormais satisfaite, je me concentrai uniquement sur le Vif.

Alors que je me rapprochais petit à petit de la balle, je m'aperçus que le guignol au Nimbus était à nouveau près de me rattraper. Je tendis mon bras droit au maximum, complètement allongée sur mon balai. Je grognai de frustration : je le frôlais presque. Je décidai de me redresser un peu et, souplement, je fis glisser ma main gauche sur le manche en émettant une douce pression, puis l'inclinai vers le bas d'un coup sec mais mesuré. C'était risqué, mais je n'avais pas le temps de douter de mes capacités. Mon geste subit me permis de me propulser un peu plus en avant mais il m'obligea aussi à abandonner la trajectoire parfaitement horizontale que je maintenais. Je n'avais pas le droit à l'erreur. Je redressais le buste tandis que mon balai plongeait et levai le bras un peu plus haut. Je penchai vivement le haut de mon corps vers l'arrière, la tête complètement renversée alors que je voyais le Vif d'Or passer au dessus de moi. Je parvins à l'attraper en lâchant toute prise sur mon balai, duquel je glissai inévitablement. Mon corps était élancé au maximum alors que je resserrai mes doigts autour de la minuscule balle. Une fois l'objet bien en main, tous mes muscles se détendirent et je basculai sous mon Comète, uniquement rattachée à lui par les jambes.

Là, dans cette position, je laissais mes bras pendre dans les airs et je souris malgré moi. Je m'abandonnais complètement le temps que l'adrénaline redescendit. Mes cheveux pendaient eux aussi librement et j'éprouvais un plaisir intense à sentir le vent les faire ondoyer. J'expirai longuement par la bouche et ne me rendais compte que maintenant de la sueur qui dégoulinait de mes pores et que la pluie lavait. Je décidais de m'accorder quelques secondes de répit en fermant les yeux, puis me redressai en position assise sur mon balai, le Vif d'Or toujours dans la main.

Je repérai Brown au milieu du terrain et fonçais dans sa direction. J'atterris brutalement du fait de mon excitation et courus si vite vers lui que je faillis lui rentrer dedans. Je tendis la main sans même tenter de cacher mon expression victorieuse. Il baissa les yeux en souriant et saisit précautionneusement le Vif d'Or qui avait replié ses ailes métalliques. Mes quatre adversaires redescendirent à leur tour et se placèrent à mes côtés. Mon capitaine déclara :

- Bon retour dans l'équipe, Peters. Désolé, les gars, mais les règles sont claires. Réessayez l'année prochaine, pour ceux qui peuvent.

- Comment est-ce que tu peux nous remballer comme ça Brown ? Je devrais être l'attrapeur de l'équipe.

Ça, c'était Flavius Smith. C'était lui qui m'avait rattrapée en premier, le propriétaire du Nimbus. Si je n'avais pas le caractère type d'un Poufsouffle, cet idiot était encore pire que moi. C'était l'arrière petit-fils d'Hepzibah Smith, et donc l'héritier direct d'Helga Poufsouffle. Ce petit prétentieux se pavanait dans Poudlard, braillant sans arrêt qu'il avait le sang plus pur que n'importe qui et que tout ce que les autres étaient dignes de faire c'était de lui cirer les pompes. Il fanfaronnait moins quand je lui avais cassé le nez en deuxième année, alors qu'il essayait de me voler mon encrier en plein cours de Métamorphose.

- Flavius, répondit Brown d'un ton las, il y a des consignes et je ne peux pas passer outre, tu sais aussi bien que moi que...

- Ce que je sais, c'est que c'est de sa faute à elle si on a perdu l'année dernière, le coupa-t-il en me pointant du doigt. Franchement, confier ce poste à une fille est la pire erreur qu'on ai jamais pu commettre. Elle n'a aucune chance de vaincre les autres cette année. Je demande à ce qu'on repasse les essais.

- Écoute moi bien, stupide bécasse belliqueuse et bouchée, dis-je en m'avançant vers lui. Premièrement, je te conseille d'arrêter de parler de moi à la troisième personne quand je me tiens juste devant toi. Deuxièmement, je te rappelle que je t'ai battu à la loyale et que si je ne peux pas battre les attrapeurs des autres équipes, ce dont je doute fort, toi non plus. Tu ne vaux rien sur un terrain. Seulement, tu es trop entêté pour l'admettre, et je pourrais t'enfoncer une centaine de fois que tu continuerais de contester ma supériorité et à faire des caprices dignes d'un gamin de six ans devant la vitrine d'Honeydukes. Maintenant, pourquoi n'irais-tu pas laver ta carcasse de perdant au château et accepter ta défaite ?

Sa mâchoire se crispa. Un silence de mort était tombé. Beaucoup descendirent des gradins, à la fois parce que les sélections étaient terminées et aussi pour essayer de voir ce qui se passait sur le terrain. Smith me fixait droit dans les yeux dans une tentative de me faire passer tout ce qu'il était dans l'impossibilité de proférer. En effet, je l'avais mis dans une position assez fragile. Il ne pouvait plus contester à nouveau ma victoire devant tous les témoins, il ne pouvait pas s'énerver au risque de paraître encore plus abruti qu'il ne l'était déjà, et il ne pouvait pas non plus partir en me laissant avoir le dernier mot. Il opta donc pour quelque chose de passe-partout, complètement rasoir, qui ne fit même pas se dresser un seul poil de tout mon corps :

- Je suis loin d'en avoir terminé avec toi Peters.

- C'est ça, tu feras la queue, rétorquai-je au tac au tac.

Les poings serrés, il me jeta un dernier regard noir et s'en alla avec le peu d'honneur qui lui restait. Quelle plaie, celui là.

Je me retournai vers Brown qui hocha tristement la tête. Il autorisa les nouveaux joueurs de l'équipe à s'en aller et rejoignit Aberline pour qu'il fasse partir tout le monde du terrain. Alors, je décidai de retourner directement au château pour prendre une douche, et surtout pour ne pas attraper une pneumonie.

Une fois décrassée, ma journée passa en un éclair. J'étais restée dans mon dortoir toute l'après-midi, pour finir une dissertation, lire un peu, et pour me reposer, surtout. Cette première semaine avait été épuisante et je m'étais endormie sur les coups de dix-sept heures. Dorene ne me réveilla que trois heures plus tard. Elle n'avait pas osé le faire avant, mais elle avait fini par se décider pour que j'aie le temps d'aller manger. Elle me dit qu'il restait encore quelques personnes dans la Grande Salle et que je pouvais encore m'y rendre. Je la remerciai et lui dit que je me débrouillerais. Je n'avais pas envie de descendre maintenant, mais je savais que j'aurais faim cette nuit. « J'irai aux cuisines plus tard », délibérai-je finalement.

Quand le plus tard arriva, il était deux heures du matin. Felicity, Abby et Dorene étaient toutes les trois endormies depuis longtemps. Je me levais donc en prenant ma baguette et m'avançais à pas de loup vers la porte du dortoir. J'annulai le sort d'isolation sonore et collai mon oreille contre la porte. Aucun bruit. Je l'ouvris lentement et sortis furtivement sans la refermer. Arrivée dans la salle commune, je pus distinguer le portrait de ma fondatrice endormie ainsi que quelques braises dans la cheminée qui suffisaient à éclairer le tableau d'information. Je me dirigeais de ce côté à pas feutrés et pus enfin découvrir les noms de tous les joueurs des différentes équipes de Quidditch de cette année.

POUFSOUFFLE :

Aaron Brown, gardien, capitaine

Jude Peters, attrapeuse

Edgar Lawford, poursuiveur

Lewis Prescott, poursuiveur

Simeon Gardiner, poursuiveur

Fabian Dawkins, batteur

Garrett Carlton, batteur

GRYFFONDOR :

Matthew Skinner, attrappeur, capitaine

Celian Lawford, gardien

Eugene Bussby, poursuiveur

Henry Mersch, poursuiveur

Isidore Jenner, poursuiveur

Bruce Valentyne, batteur

Sebastian Ayling, batteur

SERDAIGLE :

Nicholas Powell, batteur, capitaine

Jayden Valentyne, gardien

Brent Tempel, attrapeur

Phyllis Rosebury, poursuiveuse

Alan Bowers, poursuiveur

Siobhan Kane, poursuiveuse

David Oaken, batteur

SERPENTARD :

Regulus Black, attrapeur, capitaine

Archibald Wolff, gardien

Cyrus Flint, poursuiveur

Dakota Fawley, poursuiveur

Bartemius Croupton Jr, poursuiveur

Amarion Richardson, batteur

Jaxon Harper, batteur

Je restais un bon moment devant l'affiche sans bouger, analysant simplement les personnes sélectionnées. Les restes du feu crépitaient dans la cheminée et les plantes ronflaient doucement. Je découvrais les membres de mon équipe et fus satisfaite d'apprendre que Dawkins et Carlton avaient été retenus. Ils étaient d'excellents batteurs, tous les deux en cinquième année. Quant à Lawford et Prescott, j'avais espéré qu'il comptent parmi les victimes de Voldemort, cet été. Ce n'était pas que je les détestais, mais s'ils étaient en train de se faire déchiqueter par un ours sous mes yeux, je prendrais une photo. Le nom de Gardiner ne me disait rien, cependant.

J'esquissai un sourire en voyant que Phyllis et Siobhan avaient gardé leurs places en tant que poursuiveuses à Serdaigle. Trois sur vingt-huit. Nous n'étions que trois filles à avoir un poste au Quidditch et ils osaient parler d'égalité des chances ? Heureusement que les Serdaigles avaient moins de préjugés que les autres. Ces filles étaient géniales dans ce qu'elles faisaient, et pourtant, ce n'était pas suffisant pour faire admettre aux machistes que l'on pouvait les égaler ou même les surpasser. J'aurais dû être capitaine cette année. À vrai dire, il devaient plus avoir peur qu'autre chose. Les hommes étaient si effrayés des femmes sûres d'elles que ça en devenait risible. Mon regard glissa sur les noms inscrits pour Gryffondor. Leur équipe allait être sacrément dure à battre, mais il y avait beaucoup de prétentieux dans le lot et c'était un défaut exploitable. Enfin, j'examinai l'équipe de Serpentard. Quelle belle brochette d'enflures. Comme je l'avais prédit, exactement les mêmes que l'année dernière. Au moins, je connaissais leurs techniques. Je balaierai Black en un rien de temps.

Je m'éloignai du tableau pour me diriger vers les cuisines. Une fois passée la porte de la salle commune, l'air glacial du vieux château me gifla et la fraîcheur de la pierre gela mes pieds nus. Mais bon, entre me faire prendre à cause du raffut que je ferais avec mes chaussures et me cailler la couenne, mais manger tout ce que je veux, le choix était vite fait.

Après m'être goinfrée comme un vautour sur un cadavre de six jours, je retournais à mon dortoir. Je m'étalai ensuite de tout mon long sur mon lit, bien au chaud sous ma tonne de couvertures. N'était-ce pas une des meilleures sensations au monde après avoir le ventre bien rempli ? Sans sortir de mon lit, j'attrapai mon walkman. Je me recouchai sur le ventre, la tête enfouie dans mon oreiller. Felix, me trouvant réveillée, entreprit de monter sur moi. Je le sentis renifler mon casque à mon oreille gauche et j'en profitai pour lui gratter le sommet du crâne. Une fois certain qu'il ne s'agissait pas d'un ennemi qui avait pour but de me posséder en s'immisçant dans ma tête par mes oreilles, il se roula en boule dans le creux de mon dos. D'une seule main, je redémarrai la cassette que mon walkman jouait. Je retombai dans le sommeil au son de Dust in the Wind, de Kansas.

I close my eyes only for a moment, and the moment's gone,
All my dreams pass before my eyes, a curiosity,
Dust in the wind, all they are is dust in the wind…


Alors, était-ce à la hauteur ? Comme d'habitude, N'HÉSITEZ PAS à me dire ce que vous en pensez, mon coeur si jeune est en train de dépérir dans l'attente languissante de quelques critiques. J'espère que vous m'enverrez un message, je suis vraiment curieuse de savoir si vous aimez, et si ça vaut le coup que je continue.

La suite sera publiée aux alentours du 9 février. D'ici là, ne faîtes pas de bêtises et emmitouflez vous bien dans vos couvertures, comme un petit burrito tout mignon, et soyez heureuses.