CHAPITRE IV
Il se réveilla. 8h. Beaucoup trop tôt. Il grogna, s'enfonçant un peu plus sous les draps. Cette chaleur, cette peau douce contre son dos… Mmhh. Il se retourna doucement, ne voulant pas la tirer de son sommeil. Qu'elle était belle. Allongée sur le côté, une main sous l'oreiller, l'autre à côté de son menton, ses cheveux encerclant son visage. Elle paraissait angélique, douce, détendue. Il passa une main sur sa joue, la caressant du bout des doigts. Elle soupira de contentement. Tourné vers elle, un bras autour de ses hanches, il essaya de regagner le sommeil. Rien à faire. Il commençait à avoir un besoin furieux de remuer, d'étirer sa jambe. À contrecœur, il s'extirpa de son lit douillet. Il attrapa sa boite de Vicodin restée sur la table de chevet, puis sa canne accrochée au montant du lit, direction le salon. Arrivé à la porte, il se retourna, photographiant mentalement le moment. Elle bougea légèrement, cherchant son corps manquant et découvrit ainsi le haut de son corps. Il sourit à la charmante vue et fit demi-tour. Il enroula la couette autour de ses épaules, déposa un baiser sur son front et put partir, en toute quiétude.
Elle se réveilla. 10h. Satisfaite d'avoir pu dormir aussi longtemps, elle laissa la fine lumière du jour chasser définitivement toute trace de sommeil. Elle tendit le bras, s'attendant à trouver un corps chaud et douillet. Non, rien. Draps froids et oreiller vide. Elle ouvrit les yeux un peu plus, attendit qu'ils s'accommodent à l'obscurité ambiante et scanna la pièce. Pas la moindre trace de lui. Plus de canne, plus de petit flacon orange. Elle soupira. Elle aurait bien été partante pour une grasse matinée. Mais sans lui, l'intérêt était proche de zéro. Elle se leva, frissonnant aux assauts de l'air frais contre son corps nu. Elle récupéra son shorty au pied du lit, mais ne trouva pas d'autres vêtements susceptibles de couvrir le haut de son corps. Tant pis. Elle marcha jusqu'au salon, vide, récupéra la chemise portée par son amant la veille. À présent, elle pouvait sentir le fumé du café émaner de la cuisine. Elle suivit l'odeur, se retrouvant devant un House en pleine action. De dos, debout devant la cuisinière, il faisait cuire des crêpes. Elle s'avança jusqu'à lui sans un bruit et passa ses deux bras autour de sa taille, déposant quelques baisers sur son épaule.
« Bonjour, toi. » Murmura-t-elle.
« Salut. » Dit-il avec un sourire. Il se retourna complètement afin de l'embrasser, laissant un goût sucré sur ses lèvres.
« Tu cuisines pour moi ? » demanda-t-elle avec un sourire radieux.
« Ne vas pas t'imaginer n'importe quoi. J'avais faim et je n'avais pas envie de sortir pour acheter quoi que ce soit. » Lui répondit-il un peu plus froidement que ce qu'il aurait cru. Il la sentit défaire son étreinte et s'éloigner de lui. Il aurait voulu se gifler. Décidément, il commençait bien la journée. Voulant rattraper le coup, il lui tendit l'assiette. « T'en veux une ? » demanda-t-il sans la regarder. Il posa l'assiette sur la table et se dirigea jusqu'à la cafetière. Il versa le liquide noir dans une tasse, la mit au micro-ondes, attendit qu'il bipe et la tendit à sa compagne. Il ne leva pas une seule fois les yeux vers elle, trop honteux.
« Merci » marmonna-t-elle en saisissant la tasse. La journée commençait fort. S'il avait mal à la jambe, il ne devait pas trop avoir mal à la langue. Elle aurait bien sûr préféré l'inverse. Elle savait aussi qu'il essayait de se racheter de sa bourde. Mais l'humeur n'y était plus. Elle regretta de s'être levée, de lui avoir même adressé la parole. Il pouvait vraiment être un sale con des fois. Agacée, elle finit son petit-déjeuner en silence, pendant qu'il finissait de faire cuire la pâtisserie. Sans un mot, elle se leva et partit se recoucher, espérant que son second réveil serait le bon.
Quand le saladier fut vidé de sa pâte, et l'assiette pleine de crêpes, il s'assit autour de la table et se demanda comment il allait se faire pardonner. Pourquoi avait-il toujours besoin d'être agressif et méchant ? Des fois son caractère l'insupportait lui-même. Et dire qu'il avait fait ça pour elle, et pour Rachel. Oui, il en avait fait suffisamment pour le petit-déjeuner et pouvoir en ramener chez elle. Il n'en avait même pas mangé lui-même. Non, il avait pris un bol de céréales. Sa jambe le faisant souffrir, il avait besoin de bouger, de rester debout. Il avait commencé à faire les cent pas dans son appartement, mais en avait vite été lassé. Il se serait bien détendu en jouant de la guitare ou du piano, mais il ne voulait pas la réveiller. Alors, il était revenu dans la cuisine. Il avait attrapé le paquet de farine, une brique de lait, retiré quelques œufs du frigo... ça l'avait occupé, distrait et étiré. Puis il avait tout gâché. D'accord ce n'était pas pour elle qu'il avait cuisiné en premier lieu, mais pourquoi le lui dire ? Et pourquoi surtout le lui dire comme ça ? Il roula une crêpe, la fourra dans sa bouche. Était-il vraiment allergique au bonheur ? Se devait-il vraiment de tout gâcher ? La veille, il avait été heureux. Réellement heureux. Devait-il le payer aujourd'hui ? Se le faisait-il payer lui-même ? Pouvait-il faire autrement ? Il roula une autre crêpe et la porta à sa bouche. Elles étaient vraiment délicieuses. Pourquoi ne pas s'autoriser ce bonheur ? Pourquoi, surtout, le refuser à Lisa ? Si lui ne méritait pas d'être heureux, elle le méritait amplement. Et, pour une raison qui lui échappait totalement, elle semblait ne se sentir bien qu'en sa présence, et celle de sa fille. Content de cette constatation, il commença à farfouiller ses placards. Il savait qu'il avait un plateau quelque part, Wilson l'avait acheté quand il avait squatté chez lui. Il finit par mettre la main dessus, y donna un coup d'éponge et entreprit de le remplir.
Elle entendit la porte s'ouvrir, suivit d'un léger grincement. Elle attrapa la couette et la passa par-dessus sa tête. Elle ne voulait pas le voir, ni lui parler. Elle savait que c'était plutôt puéril, et qu'elle devrait bien le confronter à un moment ou un autre, surtout qu'elle était allongée dans son lit. Mais là, il l'avait énervé, l'avait mise de mauvaise humeur. Sa journée était gâchée ! Elle n'avait qu'une envie : lui sauter au cou, lui hurler dessus. Pas forcément judicieux, mais définitivement défoulant. Elle sentit son poids sur le lit et se retourna, prête à mettre son plan à exécution.
Ce qu'elle n'avait pas prévu, c'est qu'il arrive à se faire pardonner aussi facilement. Il était là, assis auprès d'elle, un sourire triste et espiègle sur le visage. Sa petite moue d'enfant boudeur. Rien que ça, elle avait du mal à y résister. Et puis le plateau. Deux tasses, l'assiette de crêpes, le pot de Nutella et... et c'était quoi ce truc ? Elle s'assit, l'invitant à poser le plateau entre eux deux. Elle attrapa le vase et inspecta son contenu. Comprenant de quoi il s'agissait, elle laissa échapper un petit rire. Elle l'embrassa, le remerciant pour sa bonne volonté. Elle posa sa tête contre son épaule et continua de jouer avec l'objet. Il lui avait fait une rose en papier, elle ressemblait plus à un nénuphar qu'à autre chose, mais l'intention y était. Elle sentit quelques baisers glisser le long de sa joue et venir se nicher dans son cou. Elle tourna la tête, lui offrant un meilleur accès. Finalement, son humeur pouvait rapidement changer.
