C'est un chapitre un peu particulier qui va suivre, vous allez vite comprendre pourquoi ^^
Merci à Dry1410 et à PKClarine pour les reviews du chapitre précédent ! (et à Rain_Flicker pour ses retours par twitter, et ce depuis ma première fic !)
Y a pas mal d'éléments qui s'enchainent, j'espère que ça restera lisible et compréhensible !
Bonne lecture à tous !


Chapitre 4 : Confrontations inattendues -Frederic-

La garde à vue avait duré des heures entières où l'on avait submergé Silverberg de questions, d'accusations et de regards désespérés. L'incompréhension de la majorité les avaient poussés à prendre des conclusions hâtives à son égard, surtout en considérant que d'avoir laisser une hérésie en vie représentait un plus grand crime que d'être devenu son allié. Depuis la création du poste d'Inquisitor dans la police, c'était bien la première fois que l'un d'eux se retrouvait destitué de son grade par autre chose que la mort, quelle déception il pouvait représenter pour ses collègues, sa ville et l'Eglise. Quand l'aube sembla arriver, à passer la nuit assis, observé et jugé de ceux qui furent autrefois ce qu'il pouvait considérer comme ami, Fred commença à effleurer du bout de la pensée ce que pouvait ressentir le vieux Bob à devoir avancer dans un monde opposé de bout en bout à ce qu'il avait toujours connu jusque lors, ignoré et incompris de ses semblables qui paraissaient soudain n'etre plus qu'une horde d'étrangers aux visages aussi similairement qu'étrangement familiers. Son corps demeurait impassible à la tornade d'événements qui ravageait son quotidien, hormis un léger rictus qui trahissait toute l'ironie qu'il captait de la situation… A moins que ce ne soit ses nerfs qui commençaient déjà à lâcher ? Ou peut être un mélange des deux, dont l'un prenait le dessus sur l'autre par intermittence, comme une vieille balance déréglée par les générations. Il se rappela une tape sur l'épaule, une évocation à sa famille qui serait si honteuse… puis l'apothéose : Une dernière formule de politesse, un bras qui soudain le redresse, la marche guidée par une laisse, un véhicule qui s'empresse, l'agglutination soudaine de la presse, des têtes qui s'abaissent, un couloir hurlant de détresse, un verrou qui sent la graisse, des barreaux en attendant qu'il se confesse, sa liberté aussi peu perceptible qu'une caresse… puis il se laissa glisser au sol.

L'effondrement complet d'un rythme. Il ne comprenait toujours pas, tout était si flou, aussi vitreux que son regard à l'instant présent, sa réaction face au demi-démon, le fait de l'avoir épargné, comment il était devenu un pion de l'homme à la rapière en une seule rencontre, pourquoi il n'avait pas réussi à se défendre durant son interrogatoire, la raison pour laquelle on ne lui avait pas rasé de près le crâne et la mâchoire selon le protocole à son arrivée en prison, ce qui l'attendait, un jugement ou une condamnation directe comme celle réservée aux hérésies. La veine de sa tempe battait de plus en plus fort sous l'avalanche de question si bien qu'il ne se rendit pas compte de l'étreinte que lui offrit Morphée.

La journée du lendemain fut du même acabit, en plus du rituel imposé par son nouveau statut de prisonnier. Il sembla cependant déceler un léger traitement de faveur à son égard, sympathie de la part d'anciens collègues en mémoire des faveurs qu'il avait rendu au Cratère ou simple mesure de prévention afin d'éviter de se retrouver roué sous les attaques physiques et psychologiques de détenus qu'il avait placé en ce même lieu ? Une fois de plus, la question resta et resterai sans réponses. Le seul moment qui le marqua fut le retour dans sa cellule qu'il s'imposa pendant la période de temps libre, mesure de précaution et manque d'envie liés lui firent rapidement considérer cette idée comme la plus raisonnable. Et pour la première fois en accord avec lui même en deux jours, il finit par trouver le sommeil qu'il avait tant chassé la veille au soir. Un sommeil sans rêves, accompagné d'un orchestre de cris dans son crâne, jouant la symphonie de vieux souvenirs douloureux, et d'autre si récents… Tellement récents qu'il paraissait réalistes. Ou peut être simplement parce que c'était le cas. Il fut réveillé en sursaut par un garde arrivant en titubant devant ses barreaux, sur lequel il s'effondra, les enduisant d'un sang collant et poisseux, plus visqueux que celui qui sortait de sa bouche, de laquelle sortit une simple phrase, aussi douloureuse sembla t-elle à être prononcée : "Inquisitor...Sauves nous… ou sauves toi." La conclusion fut apportée par une salve de tir qui heurtèrent le malheureux en plein crâne, le dégageant violemment de l'accroche qu'il exerçait pour se maintenir debout.

Il contempla le liquide vermillon se répandre dans les interstices du carrelage au sol dessinant un macabre labyrinthe, sans savoir comment réagir, apparement la menace était déjà trop proche pour envisager la seconde solution proposée, elle était là, et elle s'avançait vers lui, à un rythme qui lui était quasiment inconnu et pourtant distinguable entre mille. Un pas sans doutes ni remords, feutré par le contact du sol avec un manteau et accompagné d'un tintement en accord avec le rythme de la marche, celui du battement de la ceinture contre la garde métallique d'une arme. Puis le son fut engloutit par de nombreux autres, plus pressés, discoordonnés qui se joinrent à lui, sans le dépasser. Une dizaine de mètres et ils seraient devant lui. Si on l'avait considéré injuste dans sa vie, qu'on l'honore au moins pour sa mort, il était un Silverberg, un vrai, ceux qui meurent pour la Lumière. Ses muscles se bandèrent, ses poings se compactèrent, ses yeux de sang s'injectèrent et les quelques rides de son visage se contractèrent. Il était calme, il était prêt. Son sang bouillonnait et son esprit était focalisé sur l'attente de voir sa cible apparaître. Puis le masque de l'Homme à la Rapière surgissa de l'angle mort du mur, comme il l'avait prévu, et sans hésiter, se jeta sur lui, à mains nues, à l'image de ce genre de monstres qu'il avait pu traquer dans les rues étroites de Mirage auparavant. Il le frappa, une fois, deux fois, puis trois, thorax, côtes flottantes, plexus, tout devait y passer. La rage l'habitait, et l'aveuglait. Au point qu'il ne vit pas la lame argentée sortir de son fourreau et se planter à une fulgurance impressionnante dans son épaule, perforant sa chair et ses muscles d'un bout à l'autre si sa scapula n'avait pas bloqué la pointe de l'arme.

Il lâcha sa proie ainsi qu'un long cri de douleur alors qu'on l'aggripait dans tous les sens afin de séparer les deux combattants, la rapière encore plantée dans la haute articulation de son bras gauche. Il fut forcé à se redresser pendant que l'on aidait son opposant à faire de même. Ce dernier s'approcha en titubant légèrement d'un Frederic épuisé, et quand il fut arrivé à distance, attrapa sévèrement le pommeau de sa lame, et la fit tourner d'un grand coup sec dans la plaie, puis continua le mouvement plus doucement, sans s'arrêter pour autant, comme s'il cherchait à la visser définitivement dans l'os. Les regards se noyèrent les uns dans les autres, chacun avait son but, mais l'honneur bafoué se ressentit chez tous deux. L'Escrimeur saisissa le bas de son masque de sa main et le réajusta parfaitement à sa mâchoire, avant de se lancer dans quelques réprimandes envers l'Inquisitor, sans pour autant stopper sa torture.
"Silverberg, Silverberg… Vous êtes bien les mêmes d'une générations à une autre" Il appuya un peu plus fort sur son arme et la fin de sa phrase, enchaînant après quelque secondes pour bien laisser s'ancrer son message.
" Je sais que tu n'as rien à voir avec toute cette querelle de vieux pleins de remords, mais tu es devenu un pion si interessant que ça serait bête d'en profiter quand tout concorde… Ne crois pas que je me cherche une excuse, je suis pleinement satisfait de tout ce qui se passe !" Sa main vint tapoter la joue du militaire, ironisant une marque de consolation.
"Mais le timing est serré, je ne dois pas trainer ! Je viens tout de même d'attaquer la Prison de Mirage… enfin tu as l'air de t'en être rendu compte tout seul. Soit un bon chien Silverberg, et tout se passera bien pour toi à la fin... peut être."

Les deux derniers mots furent accompagnés du retrait de la rapière, accompagnés de l'écoulement de sang qui commença à se répandre de la blessure. L'intéressé ne savait ni quoi répondre, ni s'il en avait seulement la force, ou si c'était vraiment nécessaire. Il observa plus d'une vingtaine de mercenaires en tenues para-militaire lui passer devant, équipés de lance-flamme, se répartir les différentes salles de la prison. Moins d'une minute fut suffisante pour que la chaleur et les fumées commencent à envahir l'enceinte complète du bâtiment. Des mains sévères lui placèrent d'ailleurs de force un masque à gaz sur le visage. Le groupe de "terroristes" se retrouva de nouveau rapidement dans le couloir des cellules d'où notre soldat avait assisté à la scène complète. Ils firent sauter les vitres et les barreaux qui bloquaient les fenêtres et entreprirent la descente en rappel. L'Homme à la Rapière qui était resté, muet et immobile à le surveiller pendant que ses hommes acomplissaient leurs tâches, le dominant de sa hauteur alors qu'il était vaincu, à genoux, lui adressa un dernier message…

"Et la prochaine fois que tu me fonces dessus Silverberg… Prend un bouclier, histoire que l'on s'amuse un peu plus!" Puis il se retira vers l'issue fraîchement créée, jusqu'à s'apercevoir que les cinq seuls hommes équipés de simples mitraillettes entreprirent de le suivre. D'un geste de main, il leurs fit comprendre qu'ils devaient rester ici, en leur fournissant pour seul explication : "N'oubliez pas qu'il faut qu'il soit vu ou récupéré par vous-savez-qui, là vous pourrez ensuite nous rejoindre… Si vous échouez, souvenez vous de ce que vous devez faire… Sinon, le mécontentement du Lord sera pire que ce vous ne pensiez. Pour le Lord.
- Pour le Lord !" Reprirent en choeur mais sans y mettre, les désignés volontaires pendant que leur chef disparaissait du lieu.

Il resta là, à attendre comme un vieux lion de cirque au milieu de la piste pendant que ses dresseurs tournaient autours de lui, prêt à faire claquer leurs fouets de plomb à la moindre tentative de désobéissance, chose qu'il ne comptait pas leur offrir, même si son état le lui avait permis, ce qui n'était pas le cas. La chaleur environnante l'etourdissait encore plus que sa faiblesse, si bien qu'il fût persuadé d'apercevoir une ombre animalière se dessiner et onduler dans les flammes qui obstruaient le bout de couloir. Les contours de l'illusion prirent bientôt une forme un poil plus humaine, bipède pour le moins, sans que ses "geôliers" n'en remarquent rien pour autant. Il faillit tomber dans l'inconscience en voyant la forme surgir en bondissant hors de l'incendie, saisissant le mercenaire le plus proche de lui par le coup, le faisant chuter au sol, et quelques secondes plus tard, lui arracher littéralement la trachée d'un coup de griffes bestial. Le deuxième eut juste le temps de réagir qu'il se trouva déjà éjecté dans le bûcher, dont naquit un souffle enflammé qui vint lécher, puis déguster la chair du troisième, sans toucher Fred, à demi-conscient de ce qui se produisait, sur son passage. Le prochain eut plus de chance, il se retrouva lacéré au niveau de l'abdomen, les organes à l'air sous ses protections militaires, mais encore en vie. Le dernier eut juste le temps de tirer une salve vers la chose, qui lui sectionna presque les deux avants bras, avant de porter le coup de grace au visage, le demandibulant et l'énucléant par la même occasion. L'Inquisitor n'avait pas vu le sort réservé aux deux dernières victimes, mais la seule pensée qui lui vint à l'esprit était qu'il ferait mieux de rester immobile et de se faire oublier, car son éphémère sauveur n'avait rien d'humain, et qu'il serait surement le prochain sur sa liste au moindre mouvement. L'entité s'approcha de lui, il put clairement distinguer une peau quasiment semblable à un cuir marron rougeâtre, des membres secs et musclés à bloc, le visage était sombre, dissimulé sous une crinière cendrée d'où émergeaient deux petites proéminences noires et derrière laquelle luisaient des reflets jaunes maléfiques. Un frisson lui partit de la nuque et se répandit tout le long de sa colonne vertébrale. Le mouvement de trop. En effet, son nouvel assaillant dirigea sa main aux griffes noires ébènes son épaule valide, par laquelle il fut soulevé et remis sur pied sans questionnements ni approbations. Un nouveau frisson le parcourut quand il découvrit la voix rauque et profonde lui dire que ça allait être douloureux, qu'il allait essayer quelque chose. C'est ce moment là que choisit le seul militaire en vie, tenant ses intestins entre ses mains, pour crier de ses dernières force.

" Ca ne te sauveras pas de Lord Azau, Silverberg !"

Après ces dernières paroles pauvres en espérance, le poing du monstre se referma et se crispa, en simultanée une boule de feu se dégagea du reste de l'incident, qui gagnait du terrain, et la "jeta" hors de la prison par la fenêtre utilisée par l'Homme à la Rapière. Quand celle ci atteignit le toit d'un bâtiment opposé, qui était à plusieurs centaines de mètres, ce fut à tout le corps de l'entité de se contracter, alors les langues incandescentes se précipitèrent vers eux et les devorèrent, corps et âmes, dans la fatigue et la douleur.


J'espère que ça vous a "plu",
C'est en effet peut être plus violent que les précédents chapitres, et je m'en excuse si vous ne vous y attendiez pas (bon après j'ai tué un gosse dans le chapitre précédent, ça annonce la couleur, mais c'est plus une tradition dans Aventures ^^)

Lachez vous dans les reviews pour avis, conseils, aperçu,

théories, ce que vous voulez, ça fait toujours plaisirs de voir vos retours (et ils sont bons en plus !)

J'annonce aussi, dans le prochain chapitre, ça sera les mêmes moments, mais avec le narrateur de nouveau axé sur Bob (comment il réagit face à l'arrestation de Fred, l'incendie de la prison, où est il, qu'est ce qu'il fait,..) , comme je disais, c'était un chapitre un peu particulier ^^

Bref, merci de m'avoir lu, et à la prochaine !