Savoir qu'on fonce droit dans un mur et accélérer quand même.
Courir à sa perte le sourire aux lèvres.
Attendre avec curiosité le moment où tout va foirer.
CHAPITRE III : L'étape du tutoiement
"Avec toute l'attention que tu me portes, je me sens vraiment privilégié, Sakura. Est-ce que ce comportement cacherait quelque chose d'autre ?"
"C'est juste de la nourriture, Kakashi. Pas la peine d'en faire tout une histoire. C'est pas comme si je te demandais d'être le père de mes futurs enfants", plaisanta la jeune femme tout en pétrissant la pâte à ravioles qui leur serviraient de dîner. "Je n'avais plus de farine chez moi et, géographiquement, ton appartement est plus proche que l'épicerie. Ca me permet de me nourrir de façon saine, et tu gagnes un repas gratuit. En plus, Ino est en mission alors ça ne me tente pas tellement de manger seule. Loin de moi l'idée de vieillir isolée !"
"Je ne me sens plus aussi privilégié tout d'un coup..." répondit son ex-sensei depuis le canapé.
"Ton humour est ravageur. Tu devrais te faire payer pour ça" ironisa Sakura.
Cachant son amusement sous son masque, comme à l'accoutumée, Kakashi quitta le confort du sofa pour se rapprocher de son ancienne élève et superviser ses avancées culinaires.
"Je n'aime pas quand tu donnes dans le sarcasme", dit-il en contournant la table de la cuisine, incapable de rester en place plus d'une dizaine de minutes. C'était le principal problème dans leur profession. Habitués à se déplacer, et de manière souvent rapide, les ninjas et l'immobilité n'allaient pas de paire.
"Et pourtant, c'est pas comme si ce trait de caractère était nouveau chez moi", répondit Sakura tout en nettoyant le plan de travail blanchi par les restes de farine et la farce à ravioles. "Retrousse-toi les manches et aide-moi à faire la vaisselle", lui intima la jeune femme en lui montrant l'évier d'un geste distrait de la main.
"En général c'est celui qui salit qui est sensé tout remettre en ordre, non ?" plaisanta Kakashi avant d'attraper les bols et autres accessoires de cuisine en ouvrant le robinet d'eau chaude.
"Absolument pas."
"Hum... Je dois vivre dans une autre époque..."
"Arrête de te plaindre et pense plutôt aux ravioles gratuites qui vont remplir ton estomac dans quelques minutes", lui rappela-t-elle.
"Il semblerait qu'une certaine jeune fille soit de mauvaise humeur."
"Il semblerait qu'un certain ex-sensei doive apprendre à se taire." Même sans voir son sourire, elle pouvait sentir les traits de Kakashi s'adoucir sous son masque.
"Blague à part, je sais que quelque chose te tracasse, Sakura."
La concernée se surprit à hocher positivement de la tête à sa remarque.
"Il est gravement malade, et ça me met hors de moi malgré tout ce que je pense de lui..." commença-t-elle sans réellement comprendre pourquoi elle se confiait si ouvertement. Kakashi ne représentait pas la meilleure personne pour parler de thérapeutique et d'ancien nukenin devenu patient dont le pronostic vital s'engageait. Mais d'un autre côté, elle savait difficilement lui mentir. Elle le respectait beaucoup trop pour ça. Le Jounin pervers qui lui servait autrefois de professeur incarnait maintenant un homme de confiance, une sorte de guide spirituel dont elle peinait à se passer. Sur ce point, son rôle dépassait même celui de Tsunade. Et Sakura entretenait de toute façon davantage d'affinités auprès de la gente masculine.
"Qui ça ?"
"Itachi", précisa-t-elle. "Tu penses que sa condition physique est liée aux raisons de son retour ?"
"Pourquoi faudrait-il donner une raison à son retour ?"
"Tu fais un bien piètre menteur", constata-t-elle sans aucune méchanceté.
Kakashi dans toute sa splendeur. Feignant l'innocence alors qu'il savait très bien de quoi elle parlait. Si seulement son élève savait à quel point elle approchait de la vérité...
"Il ne fallait pas m'impliquer dans cette histoire sans espérer que je pose des questions."
"Tu peux toujours refuser de le soigner. Si c'est trop compliqué à gérer, dis-lui simplement que c'est hors de ta portée."
"Ah oui ? Et qui s'occupera de lui faire recouvrer la vue ?!", s'emporta-t-elle. "Je ne suis pas la dernière des connes, Kakashi, et ce que je vais dire peut paraître hautain mais je suis la seule à pouvoir le soigner. La technique que j'ai développée est beaucoup trop avancée pour que je puisse seulement penser à l'enseigner à un collègue. Elle a été conçue pour moi, et moi seule. Ce n'est pas un savoir que je peux partager aussi aisément que n'importe quel autre jutsu. Je veux dire, je l'ai créée..."
"J'entends bien que tes possibilités d'action sont limitées, Sakura, mais que veux-tu que je te dise ? Tu es la seule personne qualifiée pour accomplir cette tâche et, que tu le veuilles ou non, l'Hokage considère que restaurer sa santé est primordial au bon développement du village. Et pour la lignée des Uchiha, par extension."
"On parle d'Itachi là. Pas de Sasuke..."
"En effet, on parle d'Itachi."
"Et alors quoi ? Tu ne vois pas où je veux en venir ? Tu comprends les raisons de ma frustration, j'en suis certaine."
"Je saisis parfaitement ce que tu insinues et je ne te donne pas tort, crois-moi, mais débuter ce genre de mission avec autant d'à-priopri ne laisse présager rien de bon pour la suite. Pour l'heure, Itachi est ton patient et en tant que médecin, tu n'es pas sensée porter de jugement à son encontre."
"De jugement ?!" s'emporta-t-elle. "Tu te fous de moi ?! J'ai grandi en écoutant toutes sortes d'histoires à propos d'Itachi Uchiha. De la manière brutale dont il a massacré de sang froid son clan tout entier en une seule nuit. J'ai évolué aux côtés de son frère et de la rancune qu'il lui porte, pour ne pas dire une haine sans borne. Et tu sais de quoi je parle... Même à l'académie, on nous a toujours répété qu'Itachi incarnait le pire meurtrier qui soit, un monstre, et qu'il ne fallait surtout pas négliger les cours sur les mécanismes de défense et la santé mentale si on ne voulait pas finir comme lui. Et toutes les actions qu'il a accomplies en ma présence n'ont fait que me conforter dans cette idée. Il est responsable de la mort de l'Équipe 7... Peut-être pas directement, c'est certain, mais à cause de lui Sasuke nous a abandonnés. Abandonné le village. Nous, ses amis. Il a même essayé de tuer Naruto pour le compte de l'Akatsuki. Alors j'ai tous les foutus droits de pouvoir porter un jugement à son égard ! Mes opinions ne m'ont jamais trompé jusqu'à présent alors pourquoi changer ma façon de penser maintenant ?"
"Est-ce réellement le cas, Sakura ? Tes jugements se sont toujours avérés justes ?"
"Qu'est-ce que tu sous-entends ?"
"Je ne sous-entends rien, je te pose simplement une question."
"Non, tu ne poses pas simplement une question", s'énerva la jeune femme, "Et occupe-toi de cette foutue vaisselle. Les ustensiles ne vont pas se laver tout seuls..."
"Ne change pas de sujet."
"Ça suffit, donne-moi cette éponge !"
La sueur s'écoulait en fines gouttelettes sur son front brillant. Ses muscles tendus par l'effort commençaient à la faire souffrir et ce, bien avant qu'elle n'entame cet entraînement improvisé avec ses deux coéquipiers. Le stress jouait pour beaucoup et les réminiscences de sa discussion de la veille avec Kakashi ne faisaient qu'accentuer son énervement. Les heures de garde effectuées ce matin à l'hôpital ne lui avaient pas permis de se défouler. Au contraire, Sakura incarnait la parfaite image d'une cocotte-minute dont la soupape menaçait grandement de sauter. Se défouler de la sorte avec Naruto et Saï représentait, en cet instant, tout ce dont elle pouvait rêver.
"J'appelle ça une égalité", décida-t-elle quant à l'issue du combat tout en s'adossant contre un tronc d'arbre en signe de reddition.
"Conneries, je vous prends tous les deux quand je veux !" renchérit Naruto tout en reprenant sa respiration avant de se laisser tomber au sol, puis en adoptant la position de l'étoile de mer.
"Je n'avais pas saisi qu'on se battait sérieusement. Je pensais que c'était un combat amical", ajouta Saï d'une voix parfaitement maîtrisée. Il ne transpirait pas et ne semblait pas non plus épuisé contrairement aux deux autres. Il ne volait clairement pas son statut de membre de la Racine. Son endurance en témoignait.
"C'était bien le cas, Saï", lui confirma son amie, "Naruto se fait juste des illusions..."
"Quoi ! Je ne me fais pas des-"
"Ça fait un bail qu'il ne s'est pas pris une raclée pareille, si tu veux mon avis..." renchérit-elle.
"Allez-y mollo avec moi, 'ttebayo..."
"Accepte la vérité pour ce qu'elle est, Naruto-kun. Tu as perdu. Fin de l'histoire."
"La ferme, Saï."
Le blondinet se redressa et lorsque son regard accrocha celui de Sakura, l'atmosphère amicale qui s'était installée prit fin en même temps qu'il brisa le silence, posant la question qu'il retenait depuis déjà quelques minutes :
"Il a dit quelque chose à propos de Sasuke ?"
Pas besoin de disposer du QI d'un Nara pour deviner à qui Naruto faisait référence. La jeune femme s'attendait à ce que la question sorte à un moment donné. Raison pour laquelle elle ne fut pas surprise le moins du monde.
"Non", se contenta-t-elle de répondre.
"Est-ce que tu penses que tu pourrais... tu sais... le faire parler ?"
"Naruto, je suis son médecin, pas son psy !" trancha-t-elle.
"Okay, okay."
"Il commence à faire nuit, on devrait rentrer", constata Saï.
"Oui..." approuva Sakura en se redressant et en tapottant sur ses habits pour faire disparaître la poussière. Une belle diversion mais elle accepterait n'importe quelle excuse pour ne pas avoir à croiser le regard de Naruto. Pour ne pas voir l'expression consternée qu'il arborait sans nul doute. Aussi consternée qu'elle pouvait l'être, elle aussi, à l'intérieur. Rétrospectivement, la médic réalisa que ses fréquentations les plus proches se résumaient à Naruto, Saï, et Kakashi. Soit dit en passant, des personnes dont la santé mentale laissait clairement à désirer. Et elle en faisait partie. Sans parler d'Itachi dont les entrevues inonderaient bientôt son quotidien. Il gagnait incontestablement la palme de l'esprit le plus bousillé du groupe.
"Tu fais un détour, Sakura-chan ?" questionna le blond alors que les pas de sa coéquipière la menaient en direction de la forêt.
"Je dois ramasser quelques plantes pour un projet sur lequel je travaille en ce moment à l'hôpital... Allez-y sans moi les garçons. On se voit demain !" mentit-elle en s'appuyant d'un sourire qu'elle espérait convainquant.
"Ça marche. A demain alors !" répondit Naruto en rejoignant Saï qui s'éloignait déjà.
"Ne te perds pas dans les bois, Mocheté" conclut le brun dans une œillade amicale.
Sakura réfréna un sourire avant de s'engager sous le couvert des arbres. Leurs feuilles jaunies par la sécheresse de ce début d'été parsemaient la forêt de nuances automnales, sa saison favorite, pensa-t-elle en s'écartant du sentier. Après quelques minutes de marche, elle sentit un chakra familier emplir l'air environnant. La signature chakraïque se voulait puissante. Brûlante. Presque étouffante. Semblable à un brasier ardant. Et avant même qu'elle ne s'en aperçoive, elle marchait déjà inconsciemment dans sa direction. Jusqu'à déboucher sur une clairière surplombant un lac, où elle reconnut sans mal le détenteur de cette énergie. Itachi. Assis sur le ponton en bois près du bord de l'eau. Quand elle réalisa qu'elle pouvait presque sentir l'odeur de bois de santal et de pluie qu'il dégageait d'ordinaire, et qu'elle se plaisait à ignorer du mieux qu'elle pouvait, elle se trouvait déjà assise à ses côtés.
"J'ignorais que j'étais placé sous surveillance."
La voix de l'ancien nukenin résonna de manière harmonieuse dans l'air. Rejointe rapidement par celle de Kakashi qui flottait dans l'esprit de Sakura, lui rappelant sournoisement les paroles dites la vieille. Ne pas porter de jugement.
"On ne peut pas dire que j'aie le profil de l'emploi", répondit-elle d'une voix qu'elle espérait neutre. "Mais en tant que médecin attitré, si je peux me permettre une remarque, je vous conseille de respecter mes conseils à la lettre en ce qui concerne l'utilisation du Sharingan."
"Qu'est-ce qui te fait croire que je ne respecterai pas tes recommandations ?"
Elle ne répondit rien à cela. Rien ne saurait le forcer à se passer de son dojutsu de manière continue. Il était quasiment né avec. Sakura se contenta plutôt de chercher un sujet de conversation qui leur permettrait à tous les deux de faire plus ample connaissance. De tisser des liens. Et de rester dans le non-jugement, comme le suggérait Kakashi.
"Vous étiez seul au Pays de l'Herbe, cette fois-là... Dans ce bar... Aviez-vous déjà quitté l'Akatsuki à cette époque ?"
Le concerné tourna lentement la tête dans la direction de la jeune femme, juste assez pour que leurs regards se croisent dans un silence pesant. Il remarqua que sa jambe tremblait légèrement, signe qu'elle craignait que sa question ne soit déplacée. Et elle ne se trompait pas.
"La curiosité est un vilain défaut, Sakura."
Elle se mordit la lèvre inférieure, déstabilisée, mais il fallait davantage pour la décourager. "Alors, vous étiez de repos ? Vous portiez des vêtements de civil..."
"C'était également ton cas, même si je suis surpris que tu te souviennes d'autant de détails vu l'état dans lequel tu te trouvais."
"Vous n'étiez pas complètement sobre vous non plus..." se défendit-elle. Elle ne qualifiait pas Itachi comme quelqu'un de particulièrement loquace, mais elle devait reconnaître que, pour un Uchiha, il faisait l'effort de fournir des phrases construites et plutôt longues. Ce qui tranchait indéniablement avec son cadet et ses interjections d'une syllable monocorde qu'elle et Naruto devaient apparenter à un Oui ou un Non selon le déroulement de la situation.
"Je n'ai jamais prétendu le contraire", annonça-t-il en détournant son regard en direction d'un vol de corbeaux sur sa gauche. Au même moment, un éclat de lumière provenant de sa nuque éblouit les yeux de Sakura. Elle cligna des paupières avant d'entre-apercevoir le collier en argent de l'aîné Uchiha sur lequel les rayons du soleil couchant se reflétaient et scintillaient.
"Pourquoi étiez-vous au Pays de l'Herbe ?" insista-t-elle, ne pouvant refouler son envie d'investigation. Elle savait que la question l'énerverait sûrement, mais elle ne supportait pas les secrets. Les non-dits. Et Itachi Uchiha semblait receler de nombreux secrets qu'elle comptait percer à jour, avec ou sans son aide, même si la première option lui faciliterait grandement la tâche.
"Pour le travail. Et je te déconseille de poursuivre tes interrogations dans cette voie. Oublie ce que tu crois avoir vu là-bas."
"Dans ce cas, donnez-moi une bonne raison d'oublier."
Au lieu de répondre à sa question, comme elle s'y attendait sans doute, Itachi attrapa son poignet et, dans un geste qu'elle ne sut anticiper, la plaqua habilement sur le sol en bois du ponton. Un sentiment de déjà-vu s'empara de Sakura face à la situation même si son emprise se voulait moins violente que la première fois à l'hôpital. Son geste s'apparentait davantage à un avertissement qu'à un règlement de compte.
"Ton insistance à vouloir tout savoir défie les limites de ma patience. Tu devrais apprendre à te taire, Sakura. Pour ton propre bien-être."
"Lâche-moi, Itachi", ordonna la jeune femme.
"Tu laisses tomber les formalités, c'est nouveau", constata-t-il avec une certaine forme d'amusement. "D'abord tu utilises mon prénom et ensuite, quelle sera la prochaine étape ?"
Lorsqu'il sentit qu'elle ne résistait plus, il relâcha son emprise et la regarda se relever et se masser les poignets. Lui qui honorait quotidiennement le code taciturne imposé par les Uchiha quant à la maîtrise de soi, il dut reconnaître que cette fille, aussi compétente médicalement parlant soit-elle, détenait le pouvoir de lui faire perdre son self-control. Il avait supporté les humeurs de Kisame pendant des années sans broncher, et voilà que Sakura Haruno débarquait comme une tornade et ravageait la façade d'impassibilité qu'il avait mis un temps considérable à façonner.
"J'ai une heure de libre dans mon emploi du temps, demain matin à 8h", commença-t-elle avec une voix calme et professionnelle, comme si les échanges de violence entre les deux shinobis se révélaient être quelque chose de tout à fait naturel. "Je compte sur toi pour me faire l'honneur de ta présence afin d'entamer notre troisième session."
"J'attends ce moment avec une impatience contenue."
Il n'avait pas le choix. Elle non plus. Et tous les deux en étaient pleinement conscients. Vie de merde. Mission de merde. Et ils pouvaient remercier chaudement Tsunade pour cette brillante idée.
"Tu avais besoin d'autre chose ?" demanda Itachi. "Le fait tu sois toujours là sous-entends que tu as une autre question déplacée à me poser. Corrige-moi si je me trompe."
"Non, j'en ai terminé avec toi..."
"Dans ce cas pour quelle raison es-tu encore ici, Sakura ?"
La concernée tourna les talons en levant les yeux au ciel de façon magistrale. Elle ne trouva rien de plus intelligent à lui répondre.
La prochaine séance arriva plus rapidement qu'elle ne l'espérait. Au fur et à mesure que Sakura arpentait les couloirs de l'hôpital en direction de la salle d'examen dans laquelle l'attendait son patient, elle sentit sa cadence de pas ralentir inconsciemment. Après seulement deux sessions avec l'ex-nukenin, les résultats se voulaient encourageants et sa motivation ne s'en voyait que renforcée, mais l'entente avec l'Uchiha restait un point noir de leur relation. Lui donnant autant envie de le voir que de se coller une note explosive sur le pied. Depuis les trois dernières semaines, son monde ne tournait plus qu'autour d'Itachi. Quand elle terminait ses gardes à l'hôpital, c'était pour rentrer à son appartement et approfondir ses recherches thérapeutiques le concernant. Elle poussait l'étude de son dojutsu si loin que le regard pourpre et hypnotique d'Itachi venait hanter ses rêves, la privant de tout répit de jour comme de nuit. Évidemment elle n'en parlait à personne, ne voulant pas donner l'impression de se plaindre. Mais il fallait avouer que la prise en charge de son patient représentait un sacré morceau.
"Tu bloques le passage, Sakura", entendit la jeune femme dans son dos.
Elle se tourna en direction de la voix pour tomber nez à nez avec Neji, un sourire affiché sur les lèvres, attendant qu'elle libère le chemin menant à l'escalier du personnel.
"Désolée", dit-elle en s'écartant du chemin, lui laissant la voie libre. "J'étais perdue dans mes pensées, j'ai dû m'arrêter sans m'en rendre compte..."
"Quelque chose te préoccupe ?"
"Rien d'intéressant..." mentit-elle.
Malgré leur appartenance au groupe des onze de Konoha, Sakura n'échangeait que rarement avec le génie Hyuuga bien qu'elle le croise régulièrement sur son lieu de travail. Le don de lignée porté par Neji et sa famille se révélait être d'une grande utilité pour certaines chirurgies dans lesquelles visualiser les tenketsus pouvait permettre d'alléger l'opération.
"Hokage-sama te cherche. Je te conseille de passer la voir après ton entrevue avec Uchiha-san."
"Qui t'a mis au courant de ça ?" s'étonna la jeune femme étant donné le caractère confidentiel de sa mission. A sa connaissance, seulement quelques personnes triées sur le volet étaient dans la confidence. Elle-même, Kakashi, Saï, Naruto, Tsnade, et évidemment Itachi. Neji ne faisait pas partie de l'équation. Ce dernier ouvrit la bouche pour lui répondre mais fut stoppé par l'intervention de l'héritier Uchiha, depuis le haut de l'escalier.
"Haruno-san."
"Excuse-moi", s'adressa-t-elle à Neji, "Je dois y aller... A plus tard !"
Arrivée en haut des marches, elle croisa le regard d'Itachi et ce qu'elle lut dans ses yeux la déstabilisa. Était-ce une forme de colère ? La dilatation de ses pupilles donnait raison à cette observation et la façon dont il la détaillait en cet instant, comme s'il lisait en elle, électrisa sa colonne vertébrale. Même sans activer son Sharingan, il l'intimidait. Quand elle passa à son niveau, elle réalisa qu'elle sentait une source de chaleur dans le bas du dos, à l'endroit même où Itachi venait de poser sa main dans un geste presque anodin. Leste. Mais ferme. La pressant à accélérer le pas en direction de la salle d'examen. Elle attendit qu'il s'installe sur le lit avant de se racler la gorge et de s'adresser à lui :
"Désolée de mon retard. J'ai perdu la notion du temps..." se justifia-t-elle en s'installant au-dessus de son patient, les doigts sur ses tempes, afin d'entamer les soins. "As-tu ressenti une gêne au niveau des yeux depuis notre dernière séance ?"
"Pas au point d'en être incapacité."
"Développe..."
"Je ressens parfois des démangeaisons quelques heures après les séances, mais rien d'incontrôlable", précisa-t-il.
"C'est probablement un effet secondaire au traitement. Le chakra médical que j'utilise pénètre dans tes nerfs optiques et utilise ta propre circulation jusqu'à ce qu'il s'estompe. C'est sans doute à ce moment-là que les démangeaisons se produisent. Après tout, ça reste une énergie étrangère à ton système... Ce n'est pas idiot de penser qu'il cherche à la rejeter d'une manière ou d'une autre..."
"Ton pouls accélère, Sakura. Il apparaissait plus stable dans le couloir."
La concernée poussa un soupir d'agacement consécutif à sa remarque. "Et ta main sur ma hanche... Tu veux qu'on en parle ?" le provoqua-t-elle. "Tu inities des contacts maintenant... C'est nouveau ?"
La commissure des lèvres d'Itachi se retroussa de manière presque imperceptible, sauf pour son médecin. "As-tu trouvé ce geste déplaisant ?"
"Ça ne répond pas à ma question..." remarqua-t-elle alors qu'une teinte rosée colorait à présent ses joues.
"Serais-tu gênée par tant de proximité, Sakura ?"
"Évidemment que je le suis !" répondit-elle. "Tant que tu seras dans les parages, ce sera le cas... Maintenant ferme les yeux que je puisse continuer mon travail."
Itachi prit quelques secondes pour considérer sa réponse, puis accéda à sa demande.
