Bonjour à tous ! Voici un nouveau chapitre, tout frais. J'espère qu'il va vous plaire, et même si ce n'est pas le cas, surtout si ce n'est pas le cas d'ailleurs, n'hésitez pas à laisser une review.

Pour les chapitres suivants, je ne sais pas trop à quelle fréquence je pourrais les écrire. Ces quatre là étaient presque prêts quand j'ai commencer à publier ma fic, mais là... Bah j'ai plus rien sous le coude !


4

Après l'étonnement face au charisme du couple que formaient Natan et Shaé, Ewilan dut se rendre à l'évidence. La personne la plus singulière de la famille qu'elle venait de rencontrer, c'était Elio. Une sagesse centenaire brillait dans ses grands yeux verts, et il pouvait être étourdi comme un enfant, et une seconde plus tard, réfléchi comme le plus mature des adultes.

Même si pour le moment, assis devant son petit déjeuner, il était surtout bouleversé.

- Donc tu n'es vraiment pas une fée ? demanda-t-il, un soupçon de désespoir dans la voix.

Contrairement à son habitude, Eryn prit le temps de finir de mâcher sa cuillérée de salade de fruits avant de répondre.

- Ben... non. Et j'ai jamais dit que j'en étais une.

- Mais...

Du désespoir. Plus qu'un soupçon. Les yeux d'Elio s'embuèrent.

Shaé vint à son secours :

- Eryn n'est pas une fée, c'est une petite fille. Mais elle a des pouvoirs étonnants. Je ne serais pas suprise qu'elle soit meilleure magicienne que la plus forte des fées, ajouta-t-elle.

- C'est pas de la magie c'est...

Eryn s'interrompit en remarquant que sa mère lui faisait les gros yeux.

- ... pas plus bizarre que quand tu te transformes en jaguar, ou que tu vois des chemins qui clignotent, se reprit-elle en un instant.

Ewilan sourit. Elio était peut-être étonnant, mais sa fille ne l'était pas moins. Loin de là.

- Des chemins qui clignotent ? releva toutefois Natan.

- Oui, expliqua Eryn. Elio m'a dit que quand son papy djadd était mort...

- Mon djadd, ou mon grand-père. Pas mon papy djadd ! corrigea Elio.

- D'accord. Il m'a dit que quand son djadd était mort, il lui avait donné le pouvoir de voir les chemins qui chemins apparaissent et disparaissent selon ce que les gens décident et que c'est très dur à lire mais qu'on peut les lire quand même, sans devenir devin mais quand même on peut...

- Respire, conseilla Shaé. De toute façon, nous savons de quoi tu parles. D'ailleurs, que disent les chemins depuis que nous sommes ici ?

Elio resta interdit. Devant les trois regards qui le fixaient, il finit par se décider.

- Ils clignotent beaucoup, justement. Je crois que venir ici, c'était pas trop prévu. Mais...

Il s'arrêta.

- Mais ? reprit son père.

Elio ferma les yeux.

« Je suis guide, Elio, et les guides ne volent ni ne mentent », lui avait dit Gino. Il n'avait pas vraiment le choix.

- Rien n'est très net, mais un des chemins qui passe par ici conduit dans un monde obscur et inhospitalier. Enfin, me conduit dans ce monde. Je ne vous y vois pas.

Un silence de plomb tomba sur la tablée. Ewilan ne comprenait pas tout, mais elle était trop fine pour poser la moindre question. Elle finirait bien par comprendre.

- Et si nous rentrons à Ouirzat, demanda Natan.

- Je ne sais pas, bredouilla Elio, de plus en plus perdu. Ouirzat n'apparait dans aucun chemin, comme si...

- Comme si ? pressa Shaé

- Comme si Ouirzat n'existait plus.

- Il n'y a pas que Ouirzat. Que vois-tu Elio ? Tu dois nous le dire, continua Shaé.

Elio ne dit plus rien. Il fondit en larmes. Il ne voyait rien. Comment ses parents pouvaient ils le presser de questions ainsi, alors qu'ils avaient très bien conscience qu'il n'était pas devin. Il ne savait pas, il devait...

Il quitta la table d'un bon, et, au pas suivant, il était devenu jaguar. Il s'enfuit par une fenêtre ouverte avant que qui que ce fût n'esquissât le moindre geste.

Shaé se précipita, descendit l'escalier en trombes – la panthère était trop grosse pour passer par la fenêtre – et se métamorphosa dès qu'elle eut atteint le rez-de-chaussée.

En l'espace de dix secondes, les joyeux convives ne furent plus que trois.

- Elle va le retrouver, murmura Natan, néanmoins soucieux.

Ewilan lui jeta un regard plein de sollicitude. Depuis qu'elle savait qu'Eryn était capable de partir n'importe où, elle vivait dans l'angoisse. Elle comprenait très bien l'inquiétude de Natan.

Seule Eryn n'avait pas l'air perturbée. Elle s'appliquait à mettre de la confiture sur un morceau de pain d'herbes, tartinant joyeusement la table par la même occasion.

/

Shaé revint au milieu de la matinée. Seule. Ewilan s'éclipsa discrètement pour la laisser seule avec son compagnon.

- J'ai perdu sa trace, expliqua-t-elle, totalement désemparée. Ce monde m'est inconnu, il y a tant d'odeurs que je n'ai jamais senties... Je l'ai suivi un moment, puis, il a disparu.

- Ce n'est pas de ta faute, hasarda Natan.

- Si, c'est de ma faute. Je n'aurais pas dû l'ensevelir sous les questions. Ce n'est pas parce que c'est un enfant qu'il faut le harceler. Aurais-tu osé poser ces questions à Rafi ? A Gino ?

Natan ne répondit rien. Elle avait raison, mais le lui accorder n'aurait fait qu'aggraver les choses.

- Alors attendons qu'il revienne tout seul. Il s'est passé de nous pendant des mois, et a réussi, au passage, à détruire une entité qui menaçait de rayer la Terre de la carte de la galaxie. Il peut très bien se débrouiller tout seul.

Shaé hocha la tête. Elle ne croyait pas un mot de ce que disait Natan.

Même un jaguar ne peut semer une panthère. Il n'avait pas beaucoup d'avance, qui plus est. Il a disparu subitement, comme si... Comme s'il avait fait un pas sur le côté.

Être Guide, Métamorphe, Scholiaste, Mnésique, Cogiste, Bâtisseur et Guérisseur était suffisant. Il n'avait pas besoin d'être un dessinateur par-dessus le marché.

/

Lorsque Salim rentra, il trouva la maison vide. Capable désormais d'utiliser son ouïe de loup sans se métamorphoser, il n'avait même pas eu besoin de passer le pas de la porte pour s'en rendre compte. Il rentra tout de même.

- Pas un mot, mais où sont-ils passés ? Et voilà que je me remets à parler seul. Oui, bon, je n'ai jamais vraiment arrêté, mais quand même...

La plaisanterie ne fit sourire personne. Il l'avait hasardée pour se rassurer, mais elle ne le tranquillisa absolument pas. Au contraire.

L'Empire traversait une période de paix, Natan était un combattant hors pair, Shaé une panthère, et Ewilan la meilleure dessinatrice de Gwendalavir. Ils étaient allés faire un tour, il n'y avait pas d'autre explication possible. On n'enlève pas de tels individus.

Salim se concentra. Il n'était pas dessinateur, mais en se concentrant très fort, il parvenait à contacter Ewilan. D'habitude. Cette fois, il n'y parvint pas.

L'angoisse commença à le gagner. Adolescent, il avait rêvé d'une vie d'aventure et de frisson. Il avait été servi. Alors qu'il ne rêvait plus que de paix et de tranquillité – tranquillité marchombre toute relative, néanmoins – le destin lui jouait sans cesse des tours.

Il prit une profonde inspiration et se transforma en loup. Il suivit leur piste sur un kilomètre ou deux, jusqu'au cœur d'Ervengues, loin de tous les sentiers connus des alaviriens. Qu'à cela ne tienne, nul besoin de sentier quand on est loup. Nul besoin de sentier quand on est marchombre.

Nul besoin de sentier à Ervengues, où les arbres sont si majestueux qu'ils ne peuvent pousser qu'espacés.

/

Salim n'avait pas eu beaucoup de mal à retrouver leur trace. La trace ancienne, de deux félins. Puis, la trace plus récente, de Natan, Shaé et Ewilan.

Il était un loup du Nord. Machine à tuer, machine à traquer. Les meutes de loups pouvaient suivre leurs proies sur des kilomètres, pendant plusieurs jours. Rien ni personne ne pouvait leur échapper.

Et pourtant, cette piste-là échappa à Salim. Elle lui échappa complètement.

Arrivé dans une clairière, pour peu que ce mot eût un sens quand on traversait Ervengues, la piste avait disparu. Tout simplement.

De dépit, Salim redevint humain. Il regarda un peu autour de lui, mais ne discerna rien. Il faisait nuit noire.

C'est sans doute pour cela qu'il l'aperçut. Bleutée, dessinée sur le tronc d'un rougeoyeur millénaire, elle n'était pas particulière, mise à part l'étrange lumière qu'elle dégageait.

Une simple porte de bois, pas même sculptée.