Beacon Hills, Californie – Année 2018
" L'amour est un de ces maux qu'on ne peut cacher : Un mot, un regard, le silence même le découvre"
Pierre Abélard

Quand Stiles entra dans ce qu'il restait de la demeure Hale, il ne put s'empêcher de froncé les sourcils de colère. Il savait que son retour ne serait pas facile mais retrouver ses anciens amis et son ex, menaçant de façon explicite son équipe, le mit en colère. Il s'attendait à tout sauf à retrouver Derek à moitié transformé, grognant sur son fils, Scott McCall, son ancien meilleur ami, à califourchon sur Théo, la main sur sa gorge et ce qui semblait être Lydia Martin, sa moitié sororale d'enfance prête à affronter quiconque s'approcherait d'elle, avec ses griffes de Banshee.

Stiles ferma les yeux une nouvelle fois, cela faisait beaucoup en quelques heures, mais il avait l'habitude avec Théo et Braeden qui s'affrontaient régulièrement pour des broutilles. Mais leur première rencontre avec la meute Hale ne devait pas se passer comme ça. Mais alors pas du tout.

De ce que pouvait voir Stiles, Théo semblait presque eustatique d'avoir Scott assis sur lui. Il pourrait jurer voir dans ses yeux, une grosse lueur perverse et des images digne d'un porno. Il connaissait les goûts de la chimère et savait d'instinct que le véritable alpha était à son goût. Pire même, Stiles pouvait voir des liens apparaître. Des liens qui seraient difficiles à défaire s'ils venaient à …

Promis j'ai rien fais ! Fit Théo en levant les mains légèrement, comme un adolescent qu'on prend sur le fait d'une bêtise.

Tais-toi ! Grogna Scott qui se leva rapidement en s'éloignant de la chimère.

Stiles sentit le regard peiné et étonné de Scott sur sa personne. Quelque chose en lui remua, une presque envie de courir et de sauter dans les bras de cet être qui lui rappelait tant de bons souvenirs. Il se retint, il ne devait pas s'ouvrir à ce genre de pensées.

Qu'as-tu encore fait pour que cela dégénère, je vous laisse une petite heure et tu fous déjà la merde, je vais devoir encore t'enchaîner…

Oui ! Acquiesça Théo en se levant. Encore les chaînes…

Tais-toi pervers ! Ricana Stiles en croisant le regard de celui qu'il n'aurait préféré jamais revoir. Celui qui lui avait donné une raison de ne jamais revenir. Derek Hale.

Il était encore plus beau que dans ses souvenirs. Plus grand. Plus étoffé en muscles, moulés parfaitement par le pauvre tee shirt noir qu'il portait ainsi que son jean. Il pouvait presque entendre la peau parsemée de poils crier délivrance. Ce regard de braise bleu azur qui pourrait le foudroyer en un seul instant. Ces lèvres diablement sensuelles avec une moue colérique qu'il aimait embrasser de longues heures couché sur son lit d'adolescent.

Mais ils n'étaient plus des adolescents et son corps d'homme répondait aux appels inconscients du loup. Il serait sa damnation et devait finir la mission rapidement afin de repartir et d'oublier définitivement cette douce mort qu'était Derek Hale.

Ne montrant rien de son émoi grâce à la Glyphe, Stiles tourna son regard vers celle qui avait été sa confidente, son amie éternelle, la seule femme qu'il ait aimé. Le Regard de Lydia Martin était empreint d'une immense joie mais aussi de peur et de colère. La jeune fille était devenue une femme superbe. Ses cheveux remontés en chignon lâche, lui donnait un air encore plus sexy que la cascade flamboyante qu'elle laissait virevolté à leur adolescence. Les souvenirs de leur soirée à deux, parlant, étudiant ou même riant aux éclats dans sa chambre, lui esquissa un sourire fugace que seul Samuel aperçu.

Quelqu'un peut m'expliquer ? Demanda Stiles en entrant dans le salon délabré.

Je n'aime pas être attaquer sur mon territoire …

Quelqu'un est grincheux ? Coupa Stiles. Il avait toujours eu la fâcheuse habitude de couper les phrases de Derek et apparemment cela fonctionnait encore et toujours.

Quelqu'un a besoin qu'on le fasse taire ! Répliqua Derek en esquissant un sourire léger mais sincère.

Apparemment les joutes verbales pouvaient recommencer et cela plaisait beaucoup à Stiles.

Essaie pour voir !

Quand tu veux !

Stiles ancra son regard dans le sien et il put décerner une chose qu'il n'avait pas revu depuis bien des années dans sa prunelle. Il se sentit presque étourdit, presque comme s'il redevenait adolescent et que Derek lui faisait la cour à coup de cadeaux étranges, comme la biche sur le pas de la porte, les bouquets de fleur à la barbare que Derek arrachait dans la forêt et déposait sur son lit en cachette, ou même les chocolats infects que Stiles s'efforçait de manger parce que le loup les avaient confectionné.

Seulement voilà, il n'était plus un adolescent et Derek lui avait fait bien plus de mal que de bien. Il s'était fait une promesse en arrivant et devait la tenir. Finir la mission. Repartir. Et oublier. Mais la dure réalité de la vie fait qu'il aurait dû décliner la mission. A moins que sa boss l'ait fait exprès. Manipulatrice.

Ce n'est pas que je m'ennuie mais nous avons des choses à régler avant que l'on rentre chez nous ! Je suis simplement venu présenter mon équipe aux deux Alphas de ce territoire comme la coutume le veux…

Stiles ?

Il ne devait pas. Il ne devait vraiment pas. Il le fit. Et son regard croisa celui de Scott. Il avala la boule qui s'était formée dans sa gorge et se figea. Les deux seules choses qui n'avaient pas changés chez Scott, c'était son goût vestimentaire à la fois geek chic, Nerd choc à lunettes et sa foudroyante attaque des yeux de chiens battus. D'ailleurs Stiles se posa la question pourquoi Scott portait des lunettes. Étant un loup, il n'avait plus de problèmes de vue. Au contraire. Il se douta que Lydia devait y être pour quelque chose.

Scott ! répondit le sorcier en tentant de mettre une distance verbale et physique entre eux deux. Comme deux collègues de boulot.

Stiles !

Et merde ! Le coup de la tête penchée sur le côté avec les lèvres qui tremblent. Ce mec était un génie diabolique. Il se remémora rapidement les moues de Scott et Isaac Lahey adolescents qui souhaitaient quelque chose que Stiles refusait. Ils finissaient toujours par l'obtenir. Malgré les protestations de Stiles ou même de Derek, ils y arrivaient.

Pas aujourd'hui Scott ! Pas maintenant ! Je ne peux pas ! répondit Stiles en détournant les yeux. Il sentit la présence de son fils et de Théo à ses côtés.

Les glyphes posées sur une partie leur corps, ne servaient pas uniquement à camoufler leur présence et leur odeur, elles avaient bien des fonctions que généralement Stiles pouvait contrôler. Malheureusement, cette journée le désorientait plus qu'il n'aurait voulu. Et ses sentiments contraires et puissants se propageaient comme un raz de marée pendant une tempête.

Une main sur sa nuque pour Théo, une autre emprisonnant son poignet pour Samuel, ils firent passer des ondes apaisantes qui le détendirent. Il put sentir aussi une troisième présence. Même absente et malgré ses dires, Braeden était présente où qu'elle soit. Une vibration le sortit de sa légère torpeur. Un sourire amusé se figea sur son visage quand il décrocha.

Je vais bien …

Non …

Braeden ?

Promis tout va bien, c'était juste …

Oui ! Promis !

Stiles raccrocha et leva les yeux pour tomber sur les regards choqués de la meute. Spécialement ceux de Peter. Il ne comprenait pas pourquoi d'ailleurs, toutes ses menaces il les avait proférées auprès d'un parent dont le fils avait menacé Stiles à cause de sa sexualité.

Quoi ? Demanda-t-il

Elle est sérieuse ? Questionna Lydia qui c'était reculée après que Scott lui ai retranscrit les paroles de la mercenaire.

Deux choses à savoir sur ma mercenaire ! Premièrement elle est folle …

Ça va lui plaire ça ! Murmura Théo en grimaçant.

Et juste quand tu penses avoir vu le pire avec sa folie, tu découvres un garage souterrain. Elle peut ressembler à une Barbie « sucettes et arc-en-ciel » mais je sais que derrière les portes de ce garage se cache, latex, fouets, armes à feu et chaises de tortures.

Oui, ça lui correspond ! Confirma Samuel en hochant la tête.

A leur première rencontre, il l'avait vu débarquer en robe de soirée moulante, beige avec un décolleté plongeant, dans une assemblée de fidèle fou furieux, homophobe, raciste, misogyne et qui prêchait la purification du monde. En quelques minutes, sa robe c'était teintée de rouge et les trois quarts des fidèles super entraîné aux combats, se retrouvaient à chercher leurs dents et leurs egos au sol. Et quelques jours après avoir été convier à vivre et se battre avec eux dans leur équipe, la métisse l'emmena faire les boutiques de fringues comme une mère l'aurait avec son enfant.

Et la seconde chose ? Derek bomba le torse comme s'il n'était pas du tout impressionné.

C'est l'une des rares personnes au monde à pouvoir t'assassiner sans laisser de preuves médico-légales … Et je suis médecin légiste donc je sais de quoi je parle.

Le frisson de terreur qui traversa Théo et Samuel se propagea sur Scott, Lydia et Derek qui resta malgré tout impassible. Peter quant à lui semblait ravi de la nouvelle. Stiles se demandait si la rencontre Peter/Braeden était une bonne idée ? Il chassa la pensée funeste qui lui traversa la tête et se dit que ce n'était pas encore fait.

Pour faire court sur la situation. Continua Stiles qui se mit en mode « travail ». Vous avez plusieurs meurtres de sorciers sur les bras que vous n'arrivez pas à élucider, ma section se charge de ce genre d'enquêtes, je serais votre nouveaux médecin légiste, Samuel va se faire passer pour un nouvel étudiant et Théo devient le professeur assistant du coach Finstock qui est toujours en poste, j'ai cru halluciner en lisant ça mais bon. Stiles entendit Scott rire doucement à l'énoncé de sa phrase.

Tu n'as rien oublié ? Demanda Peter qui s'était fait discret pendant un moment.

L'air changea quand le regard de Derek se posa sur son oncle. Électrique et violent. Un ressentiment et une violence se dégagea de lui, Stiles frissonna. Il n'avait jamais vu une telle lueur dans son regard. Une envie de mort évidente s'installait dans le lieu.

Range tes crocs Derek ou je te promets que je vais t'apprendre les bonnes manières. Cracha Peter en perdant son sourire sarcastique et éternellement posé sur son visage.

Je ne sais pas ce qu'il y a entre vous et je m'en fiche pour le moment tant que cela ne nuit pas à mon enquête. Coupa Stiles.

Le jeune sorcier fit un signe de tête à son équipe et se détourna des trois membres de son ancienne meute et s'avança vers la sortie.

Alors qu'il allait passait la porte, Stiles s'arrêta.

Je te préviens Derek Hale ainsi que les autres ! Il se tourna et plongea son regard dans celui du loup. Il pointa son doigt en direction de Samuel. Si par malheur il devait arriver malheur à mon fils, si par une mésaventure quelconque je te reprenais pour n'importe quelle raison à grogner ou menacer Samuel, je te ferais mordre les pissenlits par la racine, ai-je été suffisamment clair ou dois-je frapper maintenant ?

Ton … Ton fils ? Articula difficilement Derek qui jeta son regard de Stiles à Samuel plusieurs fois.

Mon fils ! Hale ! Abstient toi à l'avenir !

Sur ce fait, Stiles clôtura le sujet en sortant de la demeure qui lui avait donné les plus beaux moments de sa vie. Les pires aussi.

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Confortablement installé dans son siège devenu fétiche depuis que Madame H lui avait installé, Stiles souffla plus que las de sa future discussion. Il connaissait les réponses à ses questions, connaissant Caëris, il savait parfaitement que n'importe quelle escouade aurait fait l'affaire sur ce dossier, même les poussins.

Escouade la plus pénible à gérer, constituées de créatures rentrant en école de recrues qui pensent être les meilleurs des meilleurs, la crème du fleuron de l'Élite. Stiles avait dû gérer une escouade pendant une de ses missions, Caëris voulait se venger d'une des blagues bidon de Théo sur laquelle Stiles avait collaboré. S'il avait pu, il aurait tué les dix personnes qui la constituait en plus des rats modifiés génétiquement qu'il devait exterminer.

Trois avaient été blessés par leur propre pouvoir, deux autres s'étaient battus entre eux pour savoir qui était le meilleur de Candy Crush Saga. Quatre autres boudaient de ne pas être le chef d'équipe et la dernière se prenait pour une hippie magique et avait tenté de parler aux rats qui s'étaient jetés sur elle et avait failli la dévorer si Stiles n'était pas intervenu à temps.

Heureusement pour eux, Braeden et Théo étaient présent pour faire le ménage en un rien de temps, sinon le carnage aurait été complet et une escouade de boulets aurait disparu des radars de l'agence.

À la suite de cet incident, quoique Théo fasse comme bêtises, ou même Samuel qui commençait à s'y mettre, Caëris ne lui donnait plus d'autres brigades en renfort ou à mener. La seconde fois qu'elle avait osé, les choses s'étaient passées un peu moins bien que la première fois et elle n'avait pas voulu faire l'adage « jamais deux sans trois ».

Il s'enfonça un peu plus dans le fauteuil Louis XV en chêne que Mme H avait renforcé avec des coussins moelleux pour son dos. Sur la petite table basse en bois et marbre datant du même siècle que le fauteuil, un verre de bourbon l'attendait à chaque fois qu'il s'isolait dans cette partie de la Maison.

Une cigarette fumait dans un cendrier en cristal Baccarat Cadix qu'il avait vu sur un site de vente en ligne. Quelques jours plus tard le cendrier apparaissait sur la tablette. Son lourd briquet de table Dupont acheté en France 1 an plus tôt faisait son plus bel effet et se mariait avec classe avec l'ensemble.

Il observa la petite pièce qui lui servait de bureau et de bibliothèque, où seul le jeune sorcier entrait. Personne n'osait y venir, même pas Noah qui d'habitude entrait sans frapper, surtout quand Stiles s'adonnait aux plaisirs de la chair avec des inconnus qui lui procurait ce dont il avait besoin avant de les dégager. A croire que Noah avait un besoin pervers de lui rappeler que …

Que veux-tu ? Je dois gérer des fées en colère alors abrège…

Tu l'as fait exprès et je veux la vérité, pas ta vérité mais « la » vérité ! Alors abrège ! Coupa Stiles sur un ton qui fit plisser les yeux de sa boss sur l'écran d'ordinateur posé sur son bureau.

Le grand écran relié au portable était d'une qualité exceptionnelle tel que Stiles pouvait voir les rides de contrariété sous les yeux de Caëris.

Je ne tolère pas …

Tu sais que je m'en fiche et tu sais que je ne suis pas d'humeur !

Stiles observa le vampire souffler et s'installer dans son fauteuil de bureau. Elle fit ce dont il avait horreur. Craquer son coup. Il avait une sainte horreur de cette maudite manie.

Que veux-tu que je te dise…

La vérité Caëris, je ne veux pas de mensonges, ni de vérités déformées.

Oui, je t'ai envoyé là-bas exprès et je sais que tu le sais alors pourquoi nous faire perdre notre temps dans des discussions stériles qui ne mènent…

Pourquoi ?

Pourquoi quoi ? Pourquoi toi ? pourquoi maintenant ? Pourquoi le soleil se lève à l'est et se couche à l'ouest ? Pourquoi les démons sont cool et les anges sont des gros cons ? Tu sais je peux continuer…

Pourquoi j'ai encore mal ! Stiles ne s'était pas sentit aussi démuni et seul depuis bien des années.

Revoir Derek avait brisé toutes ses promesses, réduit à néant des années de maîtrise qu'il avait acquis en détestant un homme qu'il aimait par-dessus tout. Un homme qui l'avait blessé et rejeté. Un homme qui était la raison de son départ de Beacon Hills. Toutes ces nuits où ses larmes ont coulé en maudissant Derek Hale. Ses cauchemars refaisaient surface avec en prime ses peurs les plus profondes.

_ Parce que tu l'aimes toujours mon grand et que vous êtes liés quoi que vous disiez, pensiez ou même vouliez. Vous serez à jamais des compagnons, vous avez accompli le rituel sans vous en rendre compte et maintenant vous ne pouvez pas le défaire, tu peux l'atténuer comme tu l'as fait pendant des années mais jamais tu ne pourras t'en défaire Stiles ! Il est grand temps d'affronter la réalité et si j'ai choisi ton équipe pour cette mission c'est pour que tu puisses faire le deuil de ton passé et affronter ton présent pour construire ton avenir.

Stiles observa le visage de Caëris, il savait qu'elle n'avait plus rien à ajouter et éteignit la conversation vidéo. Il était épuisé. Une seule journée et sa vie partait en mille et un morceau de miroir.

Il avala cul sec son verre et se leva. Demain la journée s'annonçait longue, il avait besoin de repos. Et d'un câlin. Il savait que Samuel et Théo l'attendait dans son lit.