Ami du jour, bonjour ! Ami du soir, bonsoir !
Voilà la quatrième (déjà) aventure de cette équipe si particulière ! Au menu du jour, cuisse de grenouille à la française et rosbif à l'anglaise, quelques nouveaux clichés sur la rivalité franco-britannique (je peux pas m'en empêcher !) et un Léon qui ne mène pas une vie facile...
Un grand merci à tous ceux qui ont pris le temps de lire l'OS précédent, et un plus grand encore à ceux qui ont laissé une pythite trace de leur passage. Merci également à Staffy pour la correction de ce texte.
Je ne sais plus si j'ai répondu au review de Debralovelove et de Lady Sunrise (si ce n'est pas le cas, je m'en excuse. J'ai eu un été plutôt chargé) donc je les remercie ici et maintenant ! J'espère que ce texte-ci vous plaire autant !
Une bonna pythie lecture !
Disclaimer : Aucun des personnages torturés ci-dessous n'est à moi ! Ils appartiennent soit à la légende, soit à la BBC (ou les deux).
Léon détestait les gardes de nuit. À chaque fois, c'était pareil. D'abord, en début de soirée, il s'ennuyait comme un rat mort. Il regardait passer les heures en s'occupant de la paperasse en retard d'Arthur et Perceval ou en tentant désespéramment de résoudre le rubik cube que lui avait offert Gauvain lors de leur première collaboration.
Ce soir-là, le bouclé, plus ou moins confortablement installé au bureau de Gwen, que la secrétaire lui prêtait gentiment lors de ses gardes, parcourait les cv à la recherche de l'équipier parfait pour Perceval. Et c'était loin d'être gagné ! Le Gallois pouvait être... comment dire ? Un vrai emmerdeur ? Non, pas assez diplomatique. Incapable de travailler en équipe ? Pas ça non plus : lorsqu'il était associé avec Arthur ou lui, tout se passait généralement bien – raison pour laquelle Uther leur avait refourgué le phénomène. Difficile à supporter ? Oui, voilà qui était plus juste...
Non content de préparer un café infâme, le grand blond était borné, n'écoutait jamais rien de ce qu'on lui disait et, surtout, avait tendance à vouloir faire cavalier seul parce que certain que les autres ne travaillaient pas correctement. Si Léon n'était pas sûr qu'il agissait ainsi par manque de confiance envers le corps policier et pas à cause d'un ego surdimensionné, il aurait depuis longtemps arrêté de le défendre auprès d'Uther après chaque incident que le Gallois provoquait avec d'autres collègues.
Seulement, pouvoir garder le grand blond dans l'unité ne s'était pas négocié sans compromis et c'était maintenant à Léon qu''incombait la tâche difficile de trouver un partenaire assez patient pour supporter l'électron libre du commissariat.
Le bouclé soupira en constatant que la pile de cv, pourtant assez conséquente à la base, s'amenuisait dangereusement. Pour l'instant, toutes ses tentatives de caser le Gallois s'étaient avérées infructueuses. La dernière en date lui avait offert une faible lueur d'espoir. Après tout, le courageux gars avait tenu deux semaines avant de partir en claquant la porte, déclarant qu'il ne pourrait plus supporter une minute de plus cet emmerdeur.
Néanmoins, malgré l'adversité, Léon n'abandonnait pas. La veille, il avait envoyé une convocation à une jeune recrue – enfin, jeune…qui sortait de l'école de police – recommandée par un de ses amis, Blaise, qui y travaillait comme instructeur. Puisque cette recrue avait environ le même âge que Perceval, le bouclé espérait que les deux auraient quelques atomes crochus... Mais, prévoyant, il préférait avoir quelques noms en réserve. Juste au cas où...
« Lâchez-moi, espèce de... de... de poulets sans ailes ! »
Léon releva le nez de ses papiers, une grimace aux lèvres, et jeta un coup d'œil à l'horloge de son écran d'ordinateur. Il venait tout juste de rentrer dans la deuxième partie de sa nuit, encore plus détestée que la première : le défilé des ivrognes et des drogués ramassés par les différentes patrouilles.
Cette fois-ci, leur client était une charmante demoiselle, complètement saoul, qui hurlait et se débattait comme une possédée pour tenter de s'extirper de l'emprise des deux agents qui l'emmenaient tant bien que mal en cellule.
« Bonne chance avec celle-là ! » Lâcha l'un d'eux à Léon avant de repartir en patrouille.
Le bouclé haussa un sourcil et examina son invitée. C'était une jeune femme, d'un peu moins de trente ans, à la peau pâle qui faisait ressortir ses joues rougies par l'ivresse et aux longs cheveux noirs en bataille à force de s'être agitée. Elle aurait pu être mignonne si elle ne puait pas l'alcool et la cigarette à plein nez.
Son escorte partie, elle s'était un peu calmée, assise sur la banquette de la cellule, la tête dissimulée derrière sa chevelure sur ses cuisses. Néanmoins, dès qu'elle sentit un regard inquisiteur se poser sur elle, elle releva la tête et le toisa de ses yeux bleus, encore vifs malgré l'alcool.
« Un problème, le planqué ? »
« Décidément charmante... » Pensa Léon, plus amusé qu'il ne l'aurait montré.
Cette fille, malgré son caractère, changeait agréablement des poivrots habituels...
« Je devrais ? » Répondit-il avec un petit sourire en coin.
Elle eut un reniflement méprisant.
« Vous êtes tous pareils, les Rosbifs ! Never explain, never complain ! »
Léon tiqua. Elle venait tout à coup de perdre tout le capitale sympathie qu'elle avait accumulé depuis son arrivée.
« Française... » Grogna-t-il tout bas.
Pas assez visiblement. La fille applaudit, ironique.
« Bien joué, Sherlock ! Comme quoi, vous êtes plus doués pour les énigmes que pour la cuisine ! »
« Nous, au moins, on ne mange pas d'escargots à l'ail, ni de grenouilles ! » Répliqua-t-il, mauvais.
C'était digne d'un enfant de quatre ans, il le savait. Seulement, il n'avait pas pu s'empêcher d'ouvrir ce débat, aussi cliché et stupide soit-il. Et puis, c'était elle qui avait commencé ! Zut !
« Non, vous, c'est la morue et les haricots à la tomate... »
Et elle n'était clairement pas plus mature que lui. Seulement, elle, elle avait l'excuse de la boisson.
Puisant dans des réserves de maturité insoupçonnée, il ne répliqua pas. La fille le considéra comme une victoire à en juger par le grand sourire qu'elle afficha. Néanmoins, elle resta silencieuse. Et ça, ce fut la raison pour laquelle Léon se considérait comme gagnant.
Il déchanta bien vite.
La Française, ayant soudain la bougeotte, se leva et se mit à faire les cent pas dans sa cellule. Le policier l'observa du coin de l'œil, méfiant.
Après un petit moment à tourner en rond, elle finit par se tourner vers le bouclé.
« Je pourrais avoir un café ? » Lui demanda-t-elle contre toute attente.
Léon haussa un sourcil.
« Est-ce que cela ressemble à la terrasse d'un café, ici ? »
« Ouais, vous avez raison... Dans un café, je pourrais exiger un serveur plus mignon ! » Déclara-t-elle sur le ton de la réflexion. « Vous pourriez pas faire une exception ? Ne vous inquiétez pas, j'ai survécu à ce que vous osez appeler cuisine, je survivrai à votre infâme café de flic ! »
« C'est toujours non ! »
Elle insista. Il refusa. Elle insista encore. Il refusa de plus belle.
Après une énième demande, il craqua. Sa pile de cv sous le bras, il quitta le bureau de Gwen au profit du calme de son propre poste de travail.
« Eh ! » Protesta la Française dans sa cellule. « Où allez-vous ? Ne me laissez pas toute seule ! »
Il ne se gêna pas. Lorsque la porte fut refermée et les cris étouffés, il soupira d'aise. Enfin le calme...
« Ils ont des chapeaux ronds, vive la Bretagne ! Ils ont des chapeaux ronds, vive les Bretons ! »
Léon se figea. Elle chantait ! Chanter ! Le pire dans cette histoire ? Les murs n'étaient pas assez épais pour étouffer son chant, parfaitement faux par ailleurs.
Il jeta un coup d'œil à l'heure et ne put retenir un gémissement désespéré. Il lui restait encore cinq heures de garde.
La nuit allait être très longue...
SsSsSsSsS
Léon grogna lorsqu'on frappa à la porte. Cela n'effraya cependant pas Yvain, un de ses plus jeunes collègues, qui prit le risque d'entrer dans la pièce. Il y trouva le bouclé, assis sur sa chaise et la tête posée sur la pile de cv, transformée en oreiller pour l'occasion.
« Léon ? » Fit-il timidement – il savait par expérience qu'il ne valait mieux pas brusquer les collègues qui terminaient leur garde de nuit.
« Quoi ? » Grogna le bouclé, de mauvaise humeur.
« Il y a une femme à l'accueil... »
« Et ? T'as jamais vu de femme de ta vie ? Ou tu sais simplement pas les approcher ? »
« Elle exige de voir celui qui était de garde. » Expliqua le plus jeune en ignorant les dernières paroles de l'endormi.
Ce dernier poussa un immense soupir et daigna enfin ouvrir les yeux. Yvain semblait embarrassé, se tortillant dans tous les sens et transpirant comme si le diable était à ses trousses. Et ce n'était certainement pas pour avoir dérangé le repos bien mérité de son collègue. Qui que soit cette femme, il avait visiblement traumatisé ce pauvre Yvain.
Après s'être assuré d'être un minimum présentable, il alla donc à la rencontre du dragon, qui l'attendait devant le bureau de Gwen. La créature à défier se présentait sous la forme d'une femme d'une cinquantaine d'année, dont l'allure sévère et chic était renforcée par un chignon qui renfermait ses longs cheveux blonds et quelques argentés et un tailleur Yves-Saint-Laurent bleu foncé, fait sur mesure et qui épousait parfaitement sa silhouette.
Ce n'était pas le genre de femme que l'on s'attendait à trouver dans un commissariat de quartier... Ni qu'on oublie facilement. Pourtant, Léon était certain de l'avoir déjà croisé... sans pour autant se rappeler où.
« Que puis-je pour vous, Madame... »
« DuLac. Viviane DuLac. » Se présenta-t-elle, l'air contrariée. « Je viens récupérer ma fille qui, d'après mes sources, a passé la nuit dans vos cellules. »
Le bouclé se figea. Viviane DuLac. L'ambassadrice de France. Voilà où il l'avait déjà vue, sa photo ornait le "mur des envahisseurs froggies" de son père au domicile familial.
Mais, pire que de se retrouver devant l'ambassadrice de France sans avoir au minimum bu une tasse de thé pour émerger de sa courte nuit, la Française ivre/emmerdeuse/qui confondait bar et commissariat était sa fille ! Il était dans la merde !
Heureusement, il n'eut pas le temps de céder à la panique. Le regard inquisiteur de Viviane DuLac le força très vite à reprendre contenance. Il se tourna vers Yvain et lui demanda d'aller chercher la demoiselle dans sa cellule. Le jeune officier ne se fit pas prier, trop heureux d'échapper au regard noir de l'ambassadrice.
Pour la faire patienter, Léon lui fit compléter un formulaire qui stipulait qu'elle récupérait bien sa fille, payait sa caution et les libérait enfin de cette diablesse.
« J'aimerais cependant savoir comment je n'ai pas été directement prévenue de la situation... » Susurra l'ambassadrice d'une voix dangereusement mielleuse.
Parce que, en plus, elle les tenait pour responsable de l'état de sa fille ? Culottée, la Reine des Frenchies !
« Sous votre respect, Madame. » Répliqua-t-il en laissant bien comprendre que, son respect, elle pouvait mettre un mouchoir dessus. « Nous ne faisons pas de miracle. Nous ne pouvons pas deviner l'identité d'un interpellé quand il n'a aucun papier sur lui... »
Et, parce qu'elle l'avait vraiment énervé avec ses accusations bancales, il ajouta :
« Notre travail consiste à empêcher des individus de faire du mal, à d'autres ou à eux même. Mais c'était à vous de vous assurer que votre fille ne se retrouve pas dans nos cellules ! »
Léon ne le sut que bien plus tard mais il ne dut son salut qu'à l'arrivée tout à fait opportune d'Yvain et de la soûlarde. Cette dernière observait le bouclé d'un regard nouveau, où se mélangeaient colère d'avoir connu les joies de la cellule de dégrisement par sa faute, mépris envers les Rosbifs mais aussi une certaine admiration pour avoir tenu tête à sa mère.
Viviane signa d'un geste irrité les papiers que le blond lui avait tendus. Sans regarder une seule fois sa fille, elle lui parla dans la langue de Molière. Même si les deux policiers n'en comprirent pas un mot, ils saisirent parfaitement les reproches dans la voix de l'ambassadrice.
Sa fille ne se laissa pas démonter pour autant. Elle adressa même un signe de main au bouclé lorsqu'elle passa devant lui, un grand sourire aux lèvres.
« Salut, Rosbif ! Au plaisir de ne jamais plus te revoir ! »
« Plaisir partagé... Frog ! » Répondit-il machinalement.
Ce n'est qu'une fois les Françaises hors de vue, et qu'Yvain lui tapota l'épaule en lui souhaitant bon courage pour annoncer ça au commissaire, qu'il se rendit compte de ce qu'il avait fait.
Il en tomba assis sur la chaise de Gwen. Yvain avait raison : Uther aller le tuer... Et certainement lui décerner la médaille du mérite post-mortem.
Et lorsqu'Arthur pénétra à son tour dans le bâtiment, il retrouva son coéquipier dans la même position, encore à se demander comment annoncer au commissaire qu'il avait créé un potentiel incident diplomatique en envoyant balader l'ambassadrice de France.
SsSsSsS
Lancelot ne remarqua pas tout de suite sa sœur. Ce ne n'est que lorsqu'il eut ramassé son courrier qu'il vit la petite silhouette recroquevillée dans un coin du hall de son immeuble.
« Rassure-moi, tu n'as pas passé la nuit ici, n'est-ce pas ? » Lui demanda le jeune homme en soupirant.
Freya releva la tête brusquement, comme s'il venait de la réveiller. Cela n'empêcha pas un grand sourire d'illuminer son visage quand elle reconnut celui qui l'avait interpellée.
« Salut p'tit frère ! » S'écria-t-elle joyeusement, espérant ainsi masquer ses traits marqués par la fatigue. « Ne t'en fais pas, j'ai passé la nuit dans un endroit bien pire que celui-ci ! Et j'ai même énervé maman en bonus ! »
Pour ne pas changer... Enfin, cela expliquait la présence de Freya si tôt dans la journée.
« Qu'est-ce que tu as fait, cette fois-ci ? » Soupira Lancelot sur un ton blasé.
Sa sœur se leva d'un bond. Il remarqua alors qu'elle tenait un sachet en papier dans sa main droite.
« Je te raconte tout en échange d'une bonne tasse de café ! Je suis vraiment à cours de caféine... Et je dirais pas non à une bonne douche... J'ai déjà acheté les croissants ! »
Quelques minutes plus tard, Freya racontait sa mésaventure à son frère, confortablement installée dans le canapé de ce dernier, autour d'un bon café et de savoureux croissants récupérés dans la boulangerie française la plus réputée de Londres.
« On est sorties de commissariat. Maman a commencé à me faire la morale. J'ai quitté la voiture au premier feu rouge. » Conclut-elle avant de boire une gorgée de son café.
« Et qu'est-ce que tu as fait à la base pour qu'ils t'embarquent ? » Voulut savoir son frère, qui préférait ignorer la dernière partie de son récit.
« Vomi sur leurs pompes ! » S'exclama-t-elle joyeusement, presque fière d'elle. « A ma décharge, j'avais vraiment besoin de me vider l'estomac... »
Elle ajouta qu'elle aurait aimé faire de même avec le Rosbif (elle prononça le surnom comme s'il s'agissait d'un titre). Néanmoins, malgré son ton hargneux, Lancelot crut percevoir une pointe d'admiration dans la voix de sa sœur lorsqu'elle parlait du policier.
Pendant que Freya, digne fille de sa mère, lançait des imprécations envers les Anglais, son cadet vérifia son courrier. Il se figea en ouvrant la première enveloppe.
« Au fait, c'était quel commissariat ? » Demanda-t-il à son aînée, pris d'un doute immense.
« Celui rue Tintagelle. » Grommela-t-elle. « Tu sais, là où règne la tyrannie d'Uther Pendragon... »
Lancelot grimaça. Dans ses mains, une convocation pour un entretien d'embauche au commissariat de la rue Tintagelle. Elle était signée Léon Talbot.
Et voilà ! Bonbons ou tomates ? Dans tous les cas, merci d'avoir pris le temps de lire ce texte !
Pour les personnages du mythe qui n'apparaissent pas dans la série, on a d'abord Yvain, le chevalier au lion, qui, si je me rappelle bien, à même sa propre histoire écrite par Chrétien de Troyes ! (et qui n'est pas vraiment épargné dans Kamelott...)
Et puis, il y a Viviane (oui, là je triche un peu parce qu'elle est apparue dans la série... mais j'aurais préféré que ça ne soit pas le cas...). La Dame du Lac, dont Merlin tombe éperdument amoureux. Le magicien lui apprendra presque tous ses secrets et finira enfermé par les soins de la dame. Plus tard, elle recueillera Lancelot et l'élèvera comme son fils. Dans la série, c'est Freya qui tient plus ou moins ce rôle, c'est pourquoi qu'elle soit sa fille coulait de source dans ma petite caboche...
Je rappelle que, si vous avez des idées à proposer pour la suite des opérations, je suis tout ouïe...
