Disclaimer : tout est à Mr Pratchett, sauf Le titulaire de Botanique Biothaumique et Jarreton Bouzefeu. J'ai donc le droit de les torturer comme je veux, là.

Dédié à Benebu : voilà, enfin, Modo. Sans le Bagage, toutefois...

Remarque : toute ressemblance avec un lecteur ayant existé, existant (moi comprise) ou à naître n'est pas forcément fortuite.

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Objections 4

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Compostition littéraire

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Le Bibliothécaire, furieux, entra en trombe sans frapper (ni ouvrir la porte, d'ailleurs) dans le bureau de Ridculle.

« Ooooooooooooooookkh !! »

Son hurlement tenait du loup enragé, de l'amant désespéré et de l'orang-outan en folie. De quoi faire frémir ; le bilboquet lui-même roula au fond d'un tiroir.

L'Archichancelier, sérieux pour une fois, le regarda sévèrement.

« C'est inutile. Le mal est fait ; les 2 fautifs sont maintenant hors de portée depuis 3 jours...

- OOOOOOOOOOK ! EEEEEK ! OOOOOOOK !

- ... songeons plutôt à récupérer la malheureuse victime. »

Le Bibliothécaire tempêta, fracassa deux chaises et démolit la collection de pipes de Ridculle, mais rien n'y fit : le directeur de l'U.I. se montra intransigeant, les coupables échapperaient à se vindicte. L'anthropoïde finit par sortir en piétinant les restes de la porte et se dirigea d'un pas vif en direction des jardins. D'un certain point de vue, l'Archichancelier n'avait pas tort : la vengeance attendrait, il avait un livre à sauver.

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Modo, le nain jardinier (1) de l'U.I., s'activait précautionneusement autour d'un énorme tas de compost. Depuis l'éphémère passage d'un sourcelier à Ankh Porpork (2) qui avait provoqué quelques perturbations (le fumier avait alors tenté de le phagocyter), il restait assez méfiant vis-à-vis de ces matières en décomposition toujours animées d'un léger mouvement. Mais depuis 3 jours environ, le compost se tenait particulièrement tranquille ; il n'avait même pas protesté lorsque l'un des balayeurs était venu y jeter les restes d'une expérience culinaire désastreuse. Modo se tenait tout de même sur ses gardes : à chaque fois qu'il venait prélever un peu d'engrais naturel, le tas rechignait à lui en livrer la moindre parcelle. Jets de trognons de pomme, gaz pestilentiels, grondements sourds : en général, il s'en tenait à des réactions bénignes quoique désagréables. Cette fois, il lui en fallait toute une brouette pour accélérer la culture de certains champignons à la demande de l'Archichancelier.

Il plongea donc une pelle prudente dans le tas. Rien. Il se dépêcha alors de se servir et s'apprêta à repartir, lorsqu'il vit débouler dans sa direction une formidable boule de muscles et de poils roux s'appuyant sur un bourdon.

« Ook ! Ook ! Ook ! Ook ! »

Modo, abasourdi, s'en lâcha la brouette sur le pied. Avant qu'il puisse se remettre, le Bibliothécaire l'avait attrapé par la barbe.

« Ook ! Oooooooook ! »

Le nain se dégagea et tenta de faire le point. D'un côté, un Bibliothécaire en colère, de l'autre un tas de compost beaucoup trop calme depuis 3 jours. Ca concordait, mais il n'y pouvait rien, lui...

« Ooook ! »

Modo haussa les épaules.

« Qu'est-ce que vous voulez ? D'un côté, ce que vous me racontez ne m'étonne pas, les mages d'ici sont tellement négligents...

- Eeek !

- D'accord, oublier un livre sous un tas de nourriture n'est pas négligent mais irrespectueux.

- Eeeeek !

- Criminel.

- Eeeeeeeeeek !

- Monstrueux et passible des pires tortures.

- Ook.

- Mais vous ne pouvez pas en vouloir au garçon de nettoyage qui a par mégarde jeté le tout aux ordures puis au compost.

- Eek ! Ook ! Eek ! Eek ! Eek ! »

Le Bibliothécaire n'avait jamais été un grand bavard, mais là il ne se tarissait pas d'insultes et de malédictions sanglantes à l'encontre du titulaire de Botanique Biothaumique et de Jarreton Bouzefeu qui avaient lâchement fui, une fois leur immonde forfait accompli, avec la bénédiction de Mustrum Ridculle (3). Sa diatribe achevée, l'anthropoïde regarda fixement le nain. Ce dernier ne pouvait lui être d'un grand secours.

« Vous savez, le tas ne m'obéit pas, il a même failli me manger un jour. »

Le Bibliothécaire hocha la tête, compréhensif : il connaissait bien ça avec les livres indisciplinés, toujours prêts à mordre la main qui les rangeait. Il essaya tout de même. Il s'approcha du tas, étendit le bras et demanda poliment :

« Ook ? »

Il récolta un « Prrrr ! » sans élégance et un jet de matières en décomposition. Il reconnut là les symptômes caractéristiques du lecteur enragé, accroché bec et ongles à son livre bien-aimé et refusant de le rendre malgré les demandes formelles, injonctions et menaces. Il passa en revue les méthodes dont il était coutumier avec les étudiants et les mages. Nul doute que le blocage de la carte d'emprunteur ou la perspective d'une amende soient inefficaces. Quant à l'inscription sur la Liste Noire des bibliothécaires du Multivers, peu de chance que le tas de compost y soit très sensible. Restait l'affrontement physique... En général, les retardataires cédaient vite en voyant s'avancer 150 kg de mage anthropoïde (4), mais là il se trouvait en présence d'un adversaire inconnu et 3 à 4 fois plus lourd que lui. Il opta donc sans tergiverser pour l'Ultime Solution.

Modo, voyant le mage pointer son bourdon sur le compost, abandonna sa brouette et se carapata derrière le premier arbre venu.

Le tas réagit violemment : une puissante vague le souleva et ses contours se teintèrent d'octarine, aucune chance qu'il lâche son livre. Le Bibliothécaire rugit en entamant une incantation terrifiante et, alors que la vague déferlait sur lui, une onde de magie éblouissante émana de son bourdon.

Le jardin et une partie des bâtiments se trouvèrent recouverts d' 1/2 tonne de compost, tandis qu'aux pieds du Bibliothécaire gisait un livre aux pages humides maculées de fanes de carottes, crème pâtissière et matières douteuses.

L'anthropoïde s'agenouilla et saisit délicatement Les Fleurs du Klatch de Laidelalère. Cette édition courait les rues et n'était même pas magique, mais un livre est un livre : jamais un bibliothécaire digne de ce nom n'abandonnerait le plus insignifiant d'entre eux. Il repartit avec son précieux fardeau en direction de la Bibliothèque : un méticuleux travail de nettoyage l'attendait.

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Modo soupira : pour ce qui était du nettoyage, c'est surtout lui qui allait être servi.

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Ridculle, de sa fenêtre, plaignit quelque peu le jardinier ; la tâche était plus qu'ingrate. Toutefois, il ne pouvait qu'approuver l'action rondement menée par le Bibliothécaire : les livres, c'est sacré. Il avait été plus qu'énervé lorsque le titulaire de Botanique Biothaumique et Jarreton Bouzefeu avaient débarqué dans son bureau, affolés, pour raconter les effets de leur négligence libriocide. Il les aurait volontiers laissés au Bibliothéciare, mais un éparpillement de viscères aurait été du plus mauvais goût pour la réputation de l'U.I. (5), sans compter le surcroît de nettoyage qui aurait sans doute mécontenté Mme Panaris. Ce qu'il ne voulait pour rien au monde (6)

Il avait donc proposé aux deux crétins ce passage dans une dimension parallèle, ce qu'ils avaient accepté sans réfléchir. Sans demander .

Ridculle sourit : la science des dimensions est extrêmement complexe ; certaines se réduisent à la taille d'un objet du Disque-Monde. Voire à l'objet lui-même, lorsque le mage qui opère le transfert est doué. Et l'Archichancelier n'avait rien d'un incompétent.

Ridculle saisit son bilboquet, lança la boule et pour la centième fois dans la journée cette dernière retomba lourdement sur les dalles du bureau.

« Oups, décidément je suis bien maladroit aujourd'hui... pas trop secoués, les gars ? »

Et il recommença.

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Notes :

(1) Et non pas le nain de jardin, comme se plaisent à le dire en ricanant certains crétins d'étudiants de 1ere année à l'U.I., qui ignorent la puissance de morsure d'un nain. Surtout lorsque ses dents se trouvent au niveau de... euh... certaines parties sensibles.

(2) cf. Sourcellerie

(3) En fait, après que le premier eut réalisé qu'il ne pourrait pas rendre le livre, et que le second eut compris qu'il avait malheureusement mis le dit bouquin aux ordures, ils avaient choisi de partir vivre dans une dimension parallèle. Ce qui explique par ailleurs leur absence des Annales du Disque-Monde.

(4) Et ceux qui ne cédaient pas se ramassaient à la petite cuillère sur les tapis de la Bibliothèque, pour être jetés en pâture aux livres les plus gloutons. C'est du moins ce qui se murmure dans les couloirs de l'U.I.

(5) Et la Guilde des Assassins désapprouve hautement le meurtre non conventionné, très lourdement taxé.

(6) Personne ne souhaite se mettre à dos la personne qui gère le nettoyage. Ou la cuisine. Ou la blanchisserie. A plus forte raison les trois à la fois...