« Il m'a toujours semblé que l'horreur véritable était à côté de chez nous, que les monstres les plus
effrayants étaient nos voisins. » -George A. Romero.
« Tu t'appelles comment ? »
La fillette avait de suite lâché le couteau qu'elle tenait entre ses mains. Elle s'était mise à pleurer . Secouée par de violents sanglots, elle avait dit d'une voix étouffée :
« Cl..Clémentine »
Lydia l'avait tirée du dessous de lit, puis l'avait prise dans ses bras, sans réfléchir. La petite fille brune aux yeux verts n'avait pas bougé, ni protesté, les larmes coulant encore abondement sur ses joues sales.
Sans savoir pourquoi, Lydia s'était mise à pleurer aussi, sans réussir à s'arrêter.
C'était il y a sept mois.
Comme si c'était dans une autre vie.
Lydia avait, depuis, perdu beaucoup de poids, et avait coupé ses cheveux blonds. Sa maigre stature peinait à tenir Clémentine sur son dos. La fillette était brûlante et son souffle contre le cou de la jeune femme était de plus en plus saccadé. Cela faisait plusieurs heures que la petite fille ne s'était pas réveillée.
Lydia était littéralement bouffée par l'inquiétude.
La pluie s'était mise à tomber dès 6 heures du matin et ne s'était pas arrêtée depuis. L'imper noir de crasse de la jeune femme était trempé, et le sac poubelle qu'elle avait placé au-dessus de la petite fille en espérant la protéger un minimum était aussi traversé par la pluie. Lydia n'en pouvait plus, elle avait de plus en plus de mal à mettre un pied devant l'autre. Le froid semblait s'insinuer jusque dans ses os et la faisait trembler comme une feuille. Pourtant elle continuait à avancer. Elle avait l'impression que cette foutue forêt n'en finirait jamais.
Pas question d'abandonner.
Elle cligna des yeux plusieurs fois, pour se re-concentrer. Il fallait qu'elle se reprenne. La pluie était si forte que son champ de vision était limité à quelques mètres. Elle resserra sa prise sur l'enfant, et gémit de rage. Elle était trop lourde, elle ne pourrait pas la porter indéfiniment. Il fallait qu'elle trouve quelqu'un ayant des connaissances médicales bon sang !
Cette forêt devait bien avoir une fin. Lydia regretta amèrement d'avoir utilisé leur carte du lieu pour faire un putain de feu. Le froid les avait tellement assommée il y a deux jours, qu'elle n'avait pas réfléchit, elle voulait que la fillette reprenne des couleurs.
Sans succès.
Alors elle continuait d'avancer, la pluie lui glissant jusque dans le cou, et la vue trouble malgré ses efforts. Un grognement semblait venir de derrière, elle tenta d'accélérer le pas.
Elle ne pourrait plus tenir longtemps, Lydia se doutait qu'elle était elle-même déshydratée. La dernière fois qu'elle avait tenté de boire, hier, c'était dans une flaque d'eau en désespoir de cause, elle avait vomi de la bile, n'ayant plus rien dans le ventre.
Quelle situation pourrie.
La nuit était tombée depuis plusieurs heures déjà, elle savait bien qu'il fallait éviter les déplacements de nuit dans une forêt dont on ignorait les moindres recoins, mais elle était convaincue que Clémentine ne passerait pas la nuit. Ça ne devait pas se finir comme ça, pas après tout ce à quoi elles avaient survécu au cours de ces sept derniers mois.
Cette foutue fièvre ne devait pas l'emporter. Lydia ne s'était jamais imaginée être mère un seul instant. Et pourtant elle était sûre que n'importe quel parent ressentirait cette angoisse, qui lui tordait le ventre depuis de longues heures, dans la même situation.
Elle sentit son genou dévier de sa trajectoire, puis elle tomba au sol dans un gémissement étouffé. La terre trempée s'infiltra dans sa bouche et la fit tousser. Elle se releva tant bien que mal en maintenant Clémentine fermement contre elle. Sa cheville lui faisait à présent un mal de chien. Pourquoi n'était-elle pas plus forte ? Elle reprit sa route avec difficulté.
Des grognements se firent plus forts derrière elle. Lydia sentait ses larmes se joindre à la pluie.
Pas maintenant.
Elle remarqua que les arbres se faisaient de moins en moins nombreux. C'était sûrement bon signe. Elle tenta d'accélérer le pas, mais elle était essoufflée et les gémissements rauques se rapprochaient de plus en plus. Par chance, les arbres finirent par disparaître, elle apercevait à quelques mètres la lisière de la forêt. Lydia respira un grand coup et continua son chemin, en tentant de se dépêcher.
« Ça va aller Clém »
Toujours pas de réponse. La jeune femme serra les dents.
Elle était arrivée à la lisière.
Ce qu'elle vit lui coupa le souffle. Un grand bâtiment se dressait face à elle à plusieurs dizaines de mètres. Il était entouré par beaucoup de grilles, elles aussi immenses.
Une prison. C'était une putain de prison.
Lydia était sous le choc. Une faible lumière semblait provenir d'un des miradors. La jeune femme cligna plusieurs fois des yeux, étant persuadée que c'était une illusion. Elle avait l'impression qu'il n'y avait pas de rôdeurs derrière les grilles, mais la brume et la pluie l'empêchaient d'en avoir le cœur net.
Un grognement étrangement proche de son oreille la fit sursauter. Elle glissa dans la boue et dévala une petite pente. La douleur était telle dans ses membres qu'elle crû s'évanouir. Les cailloux l'écorchèrent à vif par endroits malgré ses vêtements. La peur contrôlait tout son être, mais ce n'était pas pour elle qu'elle était inquiète, mais pour Clémentine. Sa chute s'était stoppée, mais les grognements, eux, continuaient de se rapprocher. Lydia était arrivée contre les grilles, elle s'y agrippa tant bien que mal pour se relever, et resserra Clémentine contre son dos. Le souffle de la petite fille était toujours plus faible. La jeune femme avait de plus en plus de mal à tenir sur les jambes. Et les grognements rauques continuaient de se rapprocher.
Lydia pleurait.
La lumière du mirador venait de s'éteindre. Elle sentait ses forces la quitter. S'il y avait quelqu'un d'humain là-dedans, il fallait qu'il vienne en aide à Clémentine.
Lydia sentait sa vue se brouiller, ses joues dégouliner de larmes et ses muscles la lâcher. Alors que se jambes commençaient à trembler, sûrement à bout de forces, elle puisa dans ses dernières ressources et serra les dents.
Elle ne savait pas si sa voix allait porter. Ou si même ses cordes vocales pouvaient encore émettre le moindre son.
Pourtant Lydia cria du plus fort qu'elle pu. Jusqu'à ce que ses jambes la lâchent.
Puis, le trou noir.
La sensation de suffoquer. Les poumons compressés.
La douleur dans tout le corps.
La jeune femme se réveilla brutalement, elle n'arrivait plus à respirer. La lumière blanche ambiante lui agressa les yeux. Tentant tant bien que mal d'attraper un peu d'air, elle sentit quelque chose d'un froid mordant sur son poignet. Elle tira violemment sa main contre elle, mais elle ne vint pas, seule une douleur lancinante lui remonta tout le long du bras.
Elle était attachée à un lit. Par des menottes. Dans une cellule.
Le cerveau de Lydia ne répondait pas, elle se mit à se débattre dans tous les sens instinctivement, même si le métal s'enfonçait de plus en plus dans son poignet. Et à hurler, à hurler à s'en rendre sourde.
« CLÉMENTINE ! »
Elle continuait de crier jusqu'à ce que sa voix se brise et qu'elle entende des gens courir vers elle. Elle vit juste des ombres au-dessus de sa tête, ses yeux étant noyés dans les larmes, avant de sentir une aiguille s'enfoncer dans son bras.
Le deuxième réveil fut moins douloureux. Elle avait l'impression de sortir d'un sommeil de dix ans, sans rêve. Elle eut du mal à ouvrir les yeux. Elle cligna plusieurs fois des yeux. Lydia n'avait pas la force de faire le moindre mouvement.
« Papa ! Elle est réveillée ! »
C'était une voix de jeune fille, très douce comme du coton. Lydia n'avait pas les idées claires. Ses paupières étaient si lourdes.
Une voix d'homme semblait s'être rapprochée.
« Beth, va chercher un linge propre, elle en aura besoin une fois réveillée. »
Lydia sentit une douleur sur le poignet. Ce fut comme un électrochoc. Elle écarquilla les yeux d'un coup et se redressa avec violence dans le lit. Respirant bruyamment, elle s'était recroquevillée contre le mur. Ses yeux faisaient des allers-retours sur toute la surface de la cellule, avant de se poser sur un homme à barbe d'un certain âge qui se tenait devant elle.
Lydia ressemblait à un animal craintif pris au piège.
« Jeune fille, calmez-vous »
Elle se cacha le visage, s'attendant à recevoir un coup, mais rien ne vint. Elle se mit alors à pleurer. Le vieil homme semblait bien embêté.
Elle voulait demander où était Clémentine, qu'est-ce qu'ils lui avaient fait, mais sa voix ne répondait pas, ses cordes vocales refusaient de marcher. Alors elle pleura plus fort, pensant à toutes les horreurs qu'elles avaient traversées ces derniers mois. S'il y avait un dieu ici, Lydia le priait au milieu de ses larmes, espérant que ces gens n'étaient pas de la même sorte que les dernières personnes qu'elles avaient rencontrées.
« La petite fille est dans la cellule à côté, elle va bien ».
C'était la voix toute douce. Lydia releva la tête. Une jeune fille blonde d'environ 15 ans se tenait derrière le barbu.
La jeune femme se calma un peu, préférant ne pas se poser de questions quant à la véracité des propos tenus. Le barbu tenta d'avoir un visage amical.
« Vous êtes en sécurité. Je suis médecin, je vais m'occuper de vous. Reposez-vous un peu, je vous examinerai ensuite. »
Le vieil homme, voyant les yeux de Lydia pétrifiés par la peur, sembla peiné.
« Il n'y a pas de marcheurs ici, seulement nous. Allez viens Beth, laissons là se reposer. »
Elle entendit le verrou de sa cellule se fermer. Lydia resta contre le mur, ses jambes contre elle. Tremblante.
« Seulement nous. »
Et c'est bien ça, qui faisait peur à la jeune femme.
Voilà, voilà, un nouveau chapitre un peu court et j'en suis désolée. A la base j'ai écrit un énooorme pavé. Mais ça faisait trop disproportionné et ça abordait beaucoup de choses variées, alors j'ai fait le choix de couper le chapitre en deux. La suite arrivera donc très vite (après correction et tout et tout!) vu qu'elle est écrite aux trois quarts. Ce chapitre est encore une fois très transitoire, mais il fallait passer par là ! Merci pour toutes les gentilles reviews que vous m'avez laissées, ça me fait vraiment très plaisir vous n'avez pas idée.
Et of course : un énorme merci à Lua d'avoir corriger le chapitre, merci merci.
Je vous souhaite une bonne année 2015, en espérant qu'elle soit meilleure que son début.
Bises.
