Jikan no Hikage – Alea-la-démone
Fertilité
- « Je veux voir le moment où Alea a changé le cours du temps. Ça devrait être suffisamment précis cette fois-ci, non ? »
- « Jikan no Hikage. »
Alea ne l'avouerait jamais à sa sœur, mais le fait que l'embryon de son fils se soit dédoublé en deux embryons identiques n'était pas entièrement dû au hasard.
Voire même pas du tout.
Après tout, s'était-elle alors dit, Alea-le-Réceptacle lui avait interdit de regarder le futur de son enfant... Mais pas son présent. Et si – en désirant tester le pouvoir inventé par sa sœur – elle avait changé un tout petit détail dans le passé proche, juste un petit coup de pouce pour pousser la première cellule à se séparer en deux lors de sa première division cellulaire, qui pourrait le lui reprocher ?
Personne ne pourrait jamais le prouver.
Sa sœur n'irait jamais observer de si près le moment de la conception de son, non ses enfants. Et puisqu'il avait s'agit d'un changement extrêmement subtil, il n'y avait eu aucune répercussions temporelles immédiate. Si ce n'était une propension aux grossesses multiples qui se ressentirait dans le futur pour son double et ses descendants. Encore plus de bébés pour peupler mon clan.
Bref, aucune conséquence négative pour son acte.
Alea avait pris soin d'annoncer personnellement la grossesse soudainement gémellaire à sa sœur, afin que cette dernière n'y regarde pas de trop près, et cela avait magnifiquement fonctionné. Ainsi, même si elle-même n'arrivait jamais à séduire Itachi, le clan serait non seulement puissant, mais s'étendrait rapidement. Très rapidement.
Les jumeaux naquirent, et Alea se porta souvent volontaire pour aider à s'occuper de ses neveux. Même si l'acte de changer une couche lui répugnait, il était important qu'elle acquière des connaissances en matière de bébés humains. Après tout, un jour ou l'autre, elle aussi allait en produire quelques-uns : autant être préparée.
(Et si, en observant les deux humains miniatures qui avaient hérité des cheveux roux qu'elle s'était choisi lorsqu'elle avait formé son corps, elle sentait son cœur s'emplir d'une douce chaleur… Et bien c'était son affaire.)
Il fallut du temps avant qu'Itachi n'accepte que ses intentions, bien que maladroites, étaient sincères – ça, et une expérience assez traumatisante doublée d'une gueule de bois très irritante. Mais la joie de se sentir acceptée, peut-être même un petit peu désirée, compensa largement tous les désagréments.
À partir de ce jour-là, leur relation progressa lentement. Très lentement.
Alea fit l'effort de s'intéresser de plus près aux rituels de séduction humains. Elle avait déjà tenté l'approche démoniaque, après tout, lorsqu'elle avait ostensiblement déclaré à Itachi son intérêt à porter ses enfants, avant de se parer d'atours considérés attirants par les humains – et Alea ne comprendrait jamais pourquoi ces derniers préféraient des minuscules habits qui révélaient la peau nue plutôt que des plumes chatoyantes – pour tourner autour de lui dans une danse d'accouplement.
Autant dire que cela n'avait pas fonctionné.
Alors elle se documenta avec l'aide de Sai, l'autre ninja dans Konoha qui avait l'air à peu près aussi avancé qu'elle quant au sujet des interactions humaines les plus complexes. Avec son aide, ainsi que celle de sa compagne Ino, elle s'attela à réaliser une composition florale aux couleurs du clan Uchiwa. Emportée par son enthousiasme, la démone ne s'arrêta d'ajouter des fleurs que lorsque le bouquet atteignit les proportions d'un gros buisson.
Itachi cligna deux fois des paupières quand il aperçut sa création et la remercia poliment avant de déposer le bouquet dans le hall d'entrée du manoir. Il s'en alla sans un mot.
Alea sentit ses épaules s'affaisser, déçue. Elle qui croyait avoir fait des progrès avec Itachi depuis le jour où elle lui avait volé un baiser… Mais Sasuke, qui avait observé leur interaction avec une expression moins morose qu'à l'accoutumée, lui indiqua d'un signe de tête le portrait près duquel son frère aîné avait installé le bouquet. Le portrait de leur famille.
Et c'est ainsi qu'Alea comprit qu'Itachi communiquait plus avec ses actions qu'avec ses mots.
Ce fut une période d'apprentissage commun : la démone s'appliqua à décrypter les non-dits de son partenaire, et ce dernier apprit à lui parler un peu plus ouvertement.
Alea s'était beaucoup moquée de sa sœur lorsque celle-ci s'émoustillait devant Kakashi. Elle fit beaucoup moins la maline lorsque ce fut son tour de fondre après qu'Itachi avait initié un baiser pour la première fois. Elle arrêta de réclamer des enfants à Itachi, choisissant la voie de la patience. Il n'y avait que ça qui fonctionnait avec l'aîné Uchiwa, après tout.
Lorsque leur relation progressa à un niveau plus physique, Alea eut un mal fou à s'empêcher d'intervenir à nouveau sur le cours du temps pour faire échouer leur moyen de contraception. À ce moment-là, elle faisait partie du monde des humains depuis suffisamment longtemps pour comprendre que ce genre d'actes était vu comme une trahison, un abus de la confiance de l'autre.
Cela avait été suffisamment difficile de gagner la confiance d'Itachi, et l'idée de le blesser lui faisait horreur – même si cela étendrait son précieux clan. Devenir humaine m'a rendue effroyablement sentimentale.
Alea en vint même à se sentir juste un tout petit peu coupable pour avoir manipulé la première grossesse de sa sœur. Cela ne l'empêcha pas de se répandre en ricanements quand sa sœur effarée lui annonça qu'elle était de nouveau enceinte… De triplets.
Elle haussa les épaules et annonça qu'il était normal pour un Réceptacle d'être extrêmement fertile, clôturant efficacement le sujet.
Profitant du fait que la future maman était trop bouleversée pour lui interdire de regarder, Alea jeta un bref coup d'œil et vit que l'embryon s'était divisé naturellement, cette fois-ci. Minato et Obito auraient bientôt trois petites sœurs, chacune ayant le potentiel de porter des jumeaux, voire même plus. On dirait bien que notre clan sera connu pour sa fertilité et ses naissances multiples. Parfait.
Quelques mois après l'anniversaire des sept ans de Minato et Obito, un peu avant les quatre ans de Yume, Aya et Ren – Kakashi voulant nommer l'une des filles Rin et Alea-l'humaine ayant refusé net, Ren était leur compromis – Itachi et Alea se marièrent enfin.
N'étant pas du genre à se laisser dépasser par sa sœur, et sachant qu'elle était seule maîtresse de son corps, Alea passa à l'action dès la minute où Itachi l'emmena dans le lit conjugal sans protection. Enfin, pas exactement : elle fut occupée à autre chose durant cette minute-là, ainsi que celles qui suivirent, mais elle revint sur ce moment-là dès le lendemain.
Il y eut plus de travail que lorsqu'elle avait touché à la grossesse de sa sœur : dans ce cas-là, une fécondation avait déjà eu lieu naturellement. Ne désirant pas produire une flopée d'enfants identiques comme Alea-l'humaine, la démone tenta plutôt quelque chose de nouveau et choisit de déclencher une ovulation très prolifique quelques heures avant le moment où l'acte avait eu lieu. Cela lui demanda plus d'effort que de forcer une simple division cellulaire, mais le jeu en valait la chandelle.
C'est ainsi qu'elle passa une journée entière dans un sommeil proche du coma, exténuée par l'usage intensif de sa technique, puis se réveilla enceinte de sextuplés. Et pionnière d'une lignée prône aux naissances multiples très nombreuses.
Itachi fut quelque peu choqué, mais heureux néanmoins, à sa manière subtile. Sasuke ne fut pas amusé à l'idée de devenir un oncle, surtout d'autant de neveux et nièces à la fois.
Après quelque mois de grossesse, Alea non plus n'était pas amusée. Mais alors pas du tout.
Surtout quand son idiote de double se mettait à ricaner ainsi.
Mais une fois qu'elle se trouva à l'hôpital de Konoha, faible et meurtrie après deux jours de travail, devant six bassinets où dormaient ses quatre petits garçons et ses deux filles, Alea songea que cette éprouvante grossesse en avait valu la peine.
Alea songea à ses longues années d'existence. À tout ce qu'elle avait vu durant l'émergence de l'Âge d'or des humains. À la disparition des anciens démons. À son ami Ekitai, condamné au même sort que les démons à queues.
À ses années prisonnière du corps de son Réceptacle, à leurs aventures, leurs troubles. À leur séparation, à l'issue de laquelle elle avait dû apprendre à devenir humaine par elle-même.
Elle regarda ses enfants, qui étaient chacun un parfait mélange d'elle et de la personne qu'elle en était venue à aimer sincèrement. Qui portaient en eux un petit peu de son essence démoniaque, et assureraient qu'elle continuerait d'exister, d'une certaine manière, même lorsque les démons ne seraient plus qu'un mythe.
Itachi passa son bras autour de ses épaules, et elle s'appuya contre lui avec un soupir satisfait.
Oui, songea-t-elle, ça en valait vraiment la peine.
- « Je commence à croire qu'ils se moquent de nous. »
- « S'ils ont assez de volonté pour faire exprès de mésinterpréter nos ordres, il faut peut-être augmenter leur dosage de drogue. »
- « Impossible, ils arrivent à peine à rester conscients à l'heure actuelle. Mais cette vision était plus longue que les autres, tu as remarqué ? »
- « C'est bon signe : ils s'endurcissent. »
