Dites, vous vous souvenez que je vous ai dit que les quatre (finalement quatre, oui) parties de "Transition" seront courtes ? Que je travaillerai, et tout et tout ? Eh bien euh... Pas si court que ça, en fait... ^^'

Donc voilà un voilà un long, très long sous-chapitre ! (C'est le troisième chapitre le plus long de l'histoire de Code Nivans, après l'avant-dernier de Code II et le dernier de Code I). Une bonne grosse dose de Chris pour vous, les gens ! xP

Ce chapitre est long pour une seule et bonne raisons : j'en ai fait plein de versions ! Au départ, je devais juste faire le rendez-vous (vous saurez de quoi je parle dans le chapitre). Ensuite, j'ai voulu reprendre la continuité de mon chapitre précédent. Ensuite, j'ai eu une autre idée de sous-chapitre qui se passerait avant celui-ci, mais au final, je l'ai placé après, après l'avoir changé deux ou trois fois de POV. Et au final, j'ai voulu séparer ce sous-chapitre en deux, mais sinon, ça aurait cassé le rythme. Il en a des choses à nous dire, notre capitaine ! ^^

Donc voilà. Un gros chapitre après une grosse annonce, avec de gros sentiments, un gros suspense. Et je vous souhaite un gros dimanche à tous ! :D

GROS SPOILER : La dame en rouge reviendra PEUT-ÊTRE dans le prochain chapitre. Je sais que vous l'aimez ! ^^


Sous-chapitre 2 : Transition, 3ème partie (Chris)

Quand j'ai fini de me préparer, je crus entendre Claire et Piers discuter, mais le temps que je m'habille et que je sorte de la chambre, il était déjà parti, et Claire s'était remise à bricoler. Dommage, j'aurais bien voulu l'encourager encore. Bon, c'est un grand garçon, mais j'étais comme ça.

Je me dirigeai donc vers ma sœur, qui se retourna brusquement en m'entendant arriver, et qui se leva pour me faire face, comme pour protéger quelque chose. Toutefois, elle semblait vouloir cacher le fait qu'elle cache quelque chose, car elle me sauta au cou pour m'embrasser sur la joue, l'air de rien.

-Bonjour frangin, me dit-elle de son ton souriant habituel

-Salut. Qu'est-ce que tu fabriques encore ?

-Ça a un rapport avec les prochains jours, mais si je t'en dis plus, je serai obligé de te tuer, dit-elle en se rasseyant

-Les prochains jours ? Noël, le nouvel an, ou l'anniversaire de Piers ?

-Qu'est-ce que ça change, gros malin ? me dit-elle un peu sur la défensive

-Ça change que si c'est pour l'anniversaire de Piers, j'ai déjà prévu quelque chose. Donc calme ta joie.

-Oh. Non, ne t'en fais pas, ce n'est pas pour l'anniversaire du beau-frère, dit-elle en levant les mains

-Bien. Je vais y aller, moi. J'ai rendez-vous.

-J'avais deviné. Tu as déjà prévu de tromper Piers avec ton lieutenant ? dit Claire d'un ton amusé

Je fis une grosse grimace. Je n'avais aucune envie de rire, moi. Même en rigolant, je n'arrivais pas à croire qu'elle pense ça, ne serait-ce qu'une seconde.

-Très drôle, dis-je d'un ton que j'entendais comme froid. A plus tard.

-Chris attends.

Je m'arrêtai sans me retourner, attendant qu'elle parle. Mais elle n'en fit rien, et je me sentis obligé de me retourner. Elle me regardait, un air plus que désolé sur le visage.

-Désolée de cette blague pourrie. Je ne pensais pas que tu le prendrais si mal. J'oubliais que tu n'es pas Piers.

-Comment ça ? demandai-je en levant un sourcil

-Ben quand je lui ai fait la même blague, et il l'a très bien pris. Vous n'avez pas le même sens de l'humour, ou alors c'est un meilleur acteur, ajouta-t-elle avec un rire nerveux

-Il est meilleur que moi dans bien des domaines, dis-je d'un ton attendri. Bref, j'y vais.

-D'accord. Tu rentres pour manger ?

-Ouais. A plus tard.

Sans attendre sa réponse, je sortis de la maison, et me dirigeai vers l'arrêt de bus près de chez nous pour aller au centre commercial. Je me remis à penser à mon rendez-vous improvisé avec mon nouveau lieutenant, et à ce que Piers m'avait dit un peu plus tôt. Le fait que nos deux seconds nous aient convoqués le même jour était étrange, surtout que Piers m'avait dit qu'ils se connaissaient bien. Plus je retournai la situation, moins je croyais à une coïncidence, moi aussi.

Une fois arrivé au centre, je reconnus Karim de loin, car c'était la seule personne qui était plantée devant le centre, au lieu d'y rentrer. Il me vit aussi, et me fit un grand signe, auquel je répondis avec un peu moins d'enthousiasme. Comme si je pouvais le rater, de toute façon. Je relevai cependant que c'était la première fois que je le voyais sans son uniforme militaire. Il était habillé d'une veste en cuir ouverte, révélant une chemise blanche, un jean noir et des bottes. Ses cheveux noirs ondulés, qui étaient assez désordonnés d'habitude, paraissaient coiffés, aujourd'hui. Enfin, ce n'était sans doute qu'un détail. Lorsque je fis près de lui, je lui serrai la main sérieusement, comme d'habitude, et il m'offrit un franc sourire, ses beaux yeux verts brillant toujours de cette même énergie.

-Bonjour capitaine, me dit-il d'un ton courtois sans perdre son sourire. Vous allez bien ?

-Bonjour Karim. Je vais bien, et vous ?

-Oui, ça va merci. Comme vous vous en êtes douté, je voudrais vous parler de quelque chose. Ça vous dirait qu'on aille dans un endroit un peu plus tranquille ?

-Oui, si vous voulez, dis-je un peu intrigué. Vous avez une suggestion, je suppose ?

-En effet. Suivez-moi.

Karim tourna les talons pour entrer dans le centre commercial, et je le suivis, toujours intrigué. Le centre était bien plein, pour un jour de semaine, et je ne manquai pas les quelques regards suspicieux qui nous regardaient, mon lieutenant. Je ne me demandais pas plus que ça ce qu'ils signifiaient, honnêtement. Karim devait être habitué à venir ici, vu sa facilité pour zigzaguer dans la foule. Parfois, j'avais même un peu de mal à le suivre. Finalement, il s'est arrêté devant un magasin, de jeux vidéo à vue de nez, qui était fermé. Alors que j'allais dire quelque chose, il sortit une clé de la poche de sa veste en cuir et ouvrit le store. Je sourcillai, et Karim tourna le regard vers moi.

-Le propriétaire est un ami. Quand il ferme le magasin, il me laisse les clés. Je viens souvent ici, c'est une ambiance qui me plait, me dit Karim avec un petit sourire

-Vous voulez dire l'ambiance jeu vidéo ?

-Oui. Après vous.

Le temps que l'on discute, le store était déjà ouvert à moitié. Je passai en dessous en me baissant, et, derrière moi, Karim fit de même, avant de refermer. Sans doute fallait-il que les gens comprennent que le magasin était bel et bien fermé. Karim alluma les lumières, pour que nous puissions y voir plus clair. C'est sûr que discuter dans le noir pourrait paraître louche. Karim sauta pour s'asseoir sur le comptoir, et me fit signe de venir le rejoindre. Je m'assis donc à côté de lui, de plus en plus intrigué par ce qu'il voulait me dire en comité privé.

-Donc ? dis-je finalement. Je vous écoute.

-Je suppose que vous savez qu'Alice et moi, nous sommes amis ?

-Le lieutenant de Piers ? Ouais, il me l'a dit. Quel est le rapport ?

-C'est d'elle dont je voudrais vous parler. Ça me paraît assez important pour que vous le sachiez.

Karim sauta sur ses pieds, et se mit à faire les cent pas devant moi. Je le suivais distraitement du regard, attendant la suite.

-Quand je l'ai rencontrée à l'Ecole Militaire Supérieure, il y a deux ans, elle m'a dit qu'elle était amnésique et qu'elle cherchait des renseignements sur son passé. Connaissez-vous un groupuscule mercenaire qui s'appelle la Routine du Massacre ?

-Ouais, ça me dit quelque chose. C'est un groupe fantôme qui se spécialise dans les meurtres sur contrat. Jill et moi avons enquêté sur eux car on pensait que leur chef était lié à Umbrella. Pourquoi ?

-Alice en a fait partie pendant presque deux ans. Juliet Brewster lui a fait croire qu'elle connaissait ses parents pour l'embaucher, mais c'était faux. Alice a éliminé les mercenaires qui étaient encore fidèles à Juliet, et je me suis occupé personnellement de la chef, qui m'a laissé pas mal de souvenirs.

-Comme ? demandai-je, intrigué par ses intonations

-Je vous montrerai plus tard. Il n'empêche que, en fouillant dans ses données, j'ai découvert qu'elle était bel et bien en lien avec Umbrella depuis sept ans.

-Pourtant Umbrella a été détruit il y a quatre ans, après la mort de Wesker, relevai-je

-Peut-être, mais plusieurs membres étaient encore en vie, et Juliet était en lien direct avec eux, à éliminer leurs concurrents. Une recherche approfondie dans son disque dur m'a donné cinq noms : Deborah Harper, Duncan Nivans, Waylon Park, Emmett Spencer et Andrew Wesley.

De tous ces noms, seul un m'était inconnu. Duncan et Deborah étaient morts, et Emmett devait être un descendant du premier Spencer, fondateur d'Umbrella. Alors je m'intéressais sur celui qui m'intriguait le plus.

-Wesley ? répliquai-je

-Oui. C'est le père adoptif d'Alice, me confirma Karim

-Est-elle au courant ?

-Je pense que je devrais lui dire, mais je crains un peu sa réaction. Qu'est-ce que ça vous ferait si quelqu'un que vous aimez sincèrement se révèle être une personne que vous pensiez combattre ?

-J'ai déjà vécu ça, lui dis-je un peu amer. Je vois ce que vous voulez dire.

-Oui, c'est vrai, dit Karim d'un ton gêné. Mais elle, elle est amnésique. Et s'il s'avère qu'elle aussi était une mauvaise personne, et que tout lui revienne quand je lui dirai qui était son père ?

-C'est un risque, en effet, dis-je en prenant mon menton dans ma main. Mais pour moi, l'honnêteté est un besoin. Je pense que vous devriez lui dire.

-Oui, vous… Vous avez sans doute raison. Merci capitaine.

-Il n'y a pas de quoi. Était-ce tout ce dont vous vouliez me parler ?

-Oui, c'était tout. Vous pouvez y aller.

-Ce n'est pas à moi de dire ça, normalement ? dis-je d'un ton amusé

-Oui, enfin, vous m'avez compris, bégaya Karim

-Mais je vous fais marcher, Karim, dis-je en posant une main rassurante sur son épaule. Détendez-vous, ok ?

-Ok, dit-il d'un ton un peu plus sûr de lui. J'ai un coup de fil à passer, vous pouvez m'attendre une minute ?

-Oui, bien sûr. Prenez votre temps.

Karim sortit son téléphone de la poche de son jean, et disparut dans un coin obscur de la boutique. J'en profitai pour regarder autour de moi. Etant donné que j'étais entré dans l'armée assez jeune, et que l'industrie du jeu vidéo n'était pas ce qu'elle est maintenant il y a vingt ans, je trouvai toute cette avancée assez impressionnante. Au moment où j'allais commencer à vraiment regarder dans le rayon des jeux, Karim reparut, et alla ouvrir le store du magasin.

-Je n'ai pas été trop long ? me demanda-t-il

-Non, ça va. Je vous dis à demain, alors.

-Oui. A demain, capitaine. Bonne fin de journée.

-Merci, vous aussi.

Je passai en dessous du store, qui se referma derrière moi, et je rentrai chez moi. Une partie de moi se demandait ce que Karim faisait toute la journée seul dans ce magasin, mais bon, je jugeai que ce n'était pas important. Je fus rapidement de nouveau à la maison, j'arrivai juste au moment où Claire était en train de faire le repas du midi. Une énorme bâche était posée sur la table, pour cacher ce que Claire trafiquait, sans nul doute. Je jetai un rapide coup d'œil à droite et à gauche, et, alors que je posai ma main sur la bâche, je sentis un coup de feu passer près de moi, ce qui me fit sursauter. Je me retournai brusquement, c'était Claire qui avait un flingue dans les mains, le canon encore fumant. Si je ne la connaissais pas, ça m'aurait fait peur.

-Tu nous caches vraiment quelque chose, n'est-ce pas ? dis-je avec un semblant de sourire

-Range tout de suite ce sourire idiot, Chris, sinon je t'arrache une oreille, dit Claire d'un ton sérieux

-Est-ce que ce que tu fais est si important ?

-Non. Mais c'est important que personne ne sache rien, c'est le principe même d'une surprise.

Je m'approchai lentement d'elle, sur mes gardes. Son doigt jouait sur la gâchette. Quand je fus assez près, je vis les initiales " P .N. " sur l'arme. Je me disais bien que ce pistolet me disait quelque chose. Et j'avais oublié qu'il avait un canon silencieux. En même temps, si les voisins entendaient des coups de feu, ils se poseraient des questions.

-Je vais dire à Piers que tu lui piques ses affaires, dis-je d'un ton amusé

-Il me l'a prêté, se justifia-t-elle. Garde-les pour toi tes arguments pourris.

-Et que se passera-t-il si, malgré ta garde permanente, je réussis à voir ce que tu trafiques ?

-Je te tuerai, ainsi que les témoins s'il y en a, et je ferai disparaître vos corps avec ma méthode perso.

-Tu ne crois pas que tu en fais un peu trop ? dis-je avec un soupir amusé

-Chacun son truc, Chris. Que ferais-tu si quelqu'un prenait ta place sans ton accord au B.S.A.A. ? Tu déprimerais, non ?

A une époque, j'aurais sans doute répondu 'non' à cette question. L'époque où je pensais tout plaquer, et laisser ma place à Piers. Mais maintenant que les menaces étaient revenues, je ne pouvais décemment pas abandonner comme ça.

-Oui, sans doute. Mais je n'aurais peut-être pas envie de tuer mon remplaçant. Et tu travailles encore pour Terra Nova, non ?

-N'essaie pas de changer de sujet, grimaça-t-elle. Va dans ta chambre, et plus vite que ça.

-Oui, madame, dis-je en passant près d'elle

Toutefois, plus on en parlait, plus j'étais curieux de savoir ce que Claire fabriquait. Alors au moment où j'arrivai en face de la porte de ma chambre, où j'entendais des murmures, d'ailleurs, je fis brutalement volte-face pour rattraper Claire et la désarmer. Elle émit un soupir de surprise, mais ne s démonta pas pour autant. Elle me mit un coup de coude dans les côtes, me faisant vaciller – elle n'avait pas spécialement de force, mais elle savait où frapper pour faire un max de dégâts –, et envoya son pied vers ma figure. Je réussis à parer au dernier moment, mais là, elle y avait mis de la force, alors je me pris ma propre main dans la figure, et là, alors que je m'apprêtai à repasser à l'attaque, elle fit une roulade en avant pour ramasser l'arme de Piers, et me remit en joue avec. Je levai les mains en riant, et elle finit par faire de même.

-Je m'avoue vaincu, petite sœur, dis-je sans m'arrêter de sourire. Tu as fait des progrès, dis-moi.

-C'est toi qui vieillis, me dit-elle avec un rire sournois. Allez, casse-toi avant qu'il y ait des bouts de viande partout sur les murs.

-En parlant de ça, qu'est-ce qu'on mange ce midi ? Je commence à avoir faim.

-Hamburgers maison. Pour quatre personnes, vu que Jake et Sherry sont revenus avec Piers.

-Et ils sont dans notre chambre, compris-je en me souvenant des murmures

-Voilà. Va les rejoindre, c'est bientôt prêt.

-Ta surprise ou le repas ? ricanai-je

-CHRIS !

Je fis demi-tour rapidement, en me retenant de rire, et entrai dans ma chambre, où je retrouvai le trio gagnant en train de discuter. Je partis donc pour les rejoindre.

-Salut les jeunes, dis-je d'un ton léger en entrant

-Salut Chris ! dit Sherry avec enthousiasme

-Yo, dit Jake de son ton détaché comme à chaque fois qu'il me parlait

Piers sauta sur ses pieds pour venir m'embrasser. Hum. Il s'était déjà plaint qu'il trouvait ses baisers un peu fades, débutants, mais sans doute disait-il ça parce qu'il n'était pas à ma place. En même temps, s'il l'était, ce serait assez glauque. Moi, j'adorais quand il m'embrassait, c'était juste génial. J'en profitai à fond à chaque fois qu'il le faisait, car j'étais le plus romantique de nous deux. Il se retourna vers le lit sans rien ajouter, et j'allai m'asseoir à côté de lui.

-Vous aussi, Claire vous a virés ? leur demandai-je

-Ouais, dit Jake. J'en déduis que toi non plus tu ne sais pas ce qu'elle fout ?

-Non, dis-je en soupirant. Tous les ans au mois de décembre c'est la même chose. Mais là, le peu que j'ai vu me fait croire qu'elle va faire dans la démesure, comme la famille s'est agrandie.

-Elle ne t'a pas crevé les yeux ? dit Piers d'un ton sarcastique

-Elle a essayé, dis-je en retenant mon sourire. Mais je suis plus fort qu'elle.

-Et j'ai raté quelque chose d'aussi épique, dit Jake d'un ton déçu

-Donc c'est pour ça que tu as un bleu sur le visage ? demanda Sherry d'un ton innocent

Sherry posa un doigt sur mon visage, et je fis une belle grimace. Je touchai mon visage au même endroit, et en effet, je devais avoir un bleu. Ça devait être à cause du coup de pied de Claire, qui avait fait que je m'étais pris mon propre poing en fin de compte. Toutefois, je n'allais pas dire ça comme ça, ça me ferait passer pour un amateur. Alors j'éludai.

-Je pensais qu'elle m'avait loupé, dis-je en grimaçant encore. Enfin bref, vous faisiez quoi de beau ?

-Pas grand-chose, dit Piers en haussant les épaules. Nous venons d'arriver.

-Ah bon.

Et personne n'ajouta rien. Nous partîmes sur la conversation, à base de nouvelles et d'humeurs diverses, pendant de longues minutes, puis Sherry se tourna vers Jake, qui n'avait rien dit depuis un moment. Puis, Piers et moi fîmes de même. Il tourna la tête vers nous comme si nous venions de l'attaquer.

-Quoi ? lança-t-il d'un ton qui paraissait méfiant

-Tu as l'air bien pensif, Jake, dit Sherry d'un ton concerné habituel. Qu'est-ce qui te trotte dans la tête ?

-Des neurones, une sorte de liquide, et quelques idées mal placées.

Je m'habituais peu à peu à l'humour de Jake. Sa vieille blague me fit avoir un petit sourire, que personne ne vit parce que tout le monde le regardait encore. Je me demandais, s'il m'avait vu sourire, et si oui, ce qu'il en pensait. Même si nous faisions des efforts pour être courtois l'un envers l'autre, ce n'était pas toujours éloquent.

-Sérieusement, Jake, dit Sherry avec un soupir dépité

-A table les enfants ! dit Claire en défonçant la porte

Dans un même mouvement encore, Piers, Sherry et moi nous tournâmes vers la porte, et Sherry et moi nous levâmes pour aller rejoindre ma sœur. Sherry ferma la porte derrière moi, et je vis que Jake ne nous avait pas suivis. Ma paranoïa fonctionna au maximum de ses capacités, et alors que j'allais faire demi-tour pour retourner dans la chambre, Sherry m'en empêcha, en posant sa main sur mon bras.

-Laisse-les discuter, me dit-elle. Ils ont des trucs à se dire.

-Comme quoi ? demandai-je, d'un ton suspicieux

-Je n'en sais rien. Mais Jake avait vraiment envie de parler à Piers. Ça doit être important.

-Ah bon.

Sherry se dirigea vers la table, pour aller s'asseoir à côté de Claire qui mangeait déjà, et j'allai les rejoindre à mon tour. Je ne sus pourquoi, mais j'eus la franche impression que Sherry me cachait quelque chose. Nous mangeâmes tranquillement, et cinq bonnes minutes plus tard, Jake vint manger avec nous, en s'asseyant à côté de moi. Je le regardai en plissant les yeux, et quand intercepta mon regard, il haussa les sourcils rapidement avant de se reconcentrer sur son plat. Puis, je me rappelai d'un détail.

-Tu as dit quatre, dis-je à Claire, en face de moi

-Oui, dit Claire après une courte réflexion. Piers a mangé avant son rendez-vous.

-Je vois, dis-je en dévisageant mon hamburger

Je tournai de nouveau la tête vers Jake, qui jouait avec un bout de viande sur sa fourchette. Comme s'il sentait mon regard sur lui, il me regarda encore, en levant un sourcil.

-Il faut qu'on parle, Jake, dis-je d'un ton excessivement sérieux

-Oui cap'taine, me répondit-il

Et il se remit à jouer avec sa nourriture. Quelque chose le travaillait. D'habitude, même quand il arrivait en dernier à table, Jake mangeait comme un goinfre et finissait avant tout le monde. Là, il avait pris une bouchée, et n'avait plus rien ingurgité. Il avait le regard vide au possible, et je crus même voir qu'il faisait la gueule. Lorsque les filles se levèrent de table, je commençai mon interrogatoire.

-Jake ?

-Ouais ? dit-il en me regardant de nouveau

-De quoi tu as parlé avec Piers pour être dans cet état ?

-Il n'y a aucun rapport. Je pense à des trucs, c'est tout, se justifia-t-il

Je ne le croyais qu'à moitié, mais je décidai de lui accorder le bénéfice du doute.

-Et à quoi penses-tu, si ce n'est pas trop indiscret ? repris-je

-Tu es au courant que Sherry veut entrer dans les services secrets ? Comme l'autre chevelu, là ?

-Leon, tu veux dire ? dis-je d'un ton presque souriant. Et alors ? Pourquoi ça te rend si pensif ?

-Je ne sais pas si je dois être super fier d'elle, ou mort d'inquiétude. Et honnêtement, je penche de plus en plus pour le 'mort d'inquiétude'. Je m'étais habitué à notre petit quotidien de pachas, moi. C'était trop génial. Je vais m'emmerder comme un rat mort quand elle ne sera pas là, en plus d'avoir toujours peur qu'elle ne revienne pas. Toi tu t'en fous, tu vois Piers tous les jours au boulot, vous savez que vous allez crever, même ensemble, romantique et tout. Mais moi rien. Niet. Elle va juste disparaître pour des durées indéterminées, et j'aurais toujours la trouille de regarder les infos, qui va annoncer qu'on a retrouvé son corps dans un trou de balle quelconque. Je suis mort de trouille, Chris, et j'ai peur que Sherry me prenne pour un connard, et ne comprenne pas ça, si je lui dis un jour que je ne veux pas qu'elle entre dans les services secrets. Je ne pourrai jamais lui dire à quel point je suis accro à elle, et j'ai peur qu'elle ne le sache jamais. Je lui dis que je l'aime, bien sûr, mais ce n'est pas pareil. Un je t'aime, c'est que dalle. J'aime aussi beaucoup Piers, j'aime aussi beaucoup Claire, même toi je t'aime bien maintenant, mais Sherry c'est différent. Je ne pourrais jamais lui dire à quel point je l'aime, c'est une horreur. J'ai su en discutant avec le petit frère de Piers que je pourrais crever pour elle, sans hésiter une seule seconde, mais je sature. Il ne faut pas qu'elle me quitte. Je ne m'en remettrai jamais. Jamais, tu m'entends ? Si ça arrive un jour, j'irai chercher des néo-nazis aléatoires qui vont me coller sur un mur après m'avoir violé sauvagement et ensuite me fusiller avec quarante calibres différents pour être sûr que je sois bien mort. Il ne faudra pas qu'on retrouve le corps, non, ce serait trop facile. Une bonne incinération, y a que ça de vrai. Et même les cendres faudra les faire disparaître, tiens. Sinon, un salaud de biotechnomachin serait capable de me retrouver et de me changer en abomination. Et ça, franchement, ce serait pire que tout. Si ça arrive, jure-moi que tu ne vas pas hésiter à me flinguer.

J'étais mortifié. Non seulement c'était rare que Jake parle autant, mais en plus, le contenu était ultra-éloquent. Avec un discours pareil, n'importe qui pourrait être sûr qu'il était vraiment amoureux de Sherry. Et moi qui avais presque peur qu'il aime Piers… Quel idiot j'ai été. Une petite partie de moi avait vachement retenu ce passage, d'ailleurs. Celui où il disait qu'il appréciait vraiment Piers et ma sœur, et que même moi il m'aimait bien maintenant. Comme si, lui aussi, n'aurait jamais envisagé ça avant il y a quelques mois. En tous cas, il avait le sens de la formule, au moins il fallait lui reconnaître ça. J'étais incapable de parler, et Jake redevint silencieux, comme s'il avait usé son budget parole pour au moins deux heures. Je me surpris à penser que, moi aussi, je l'aimais bien maintenant, malgré ma jalousie maladive quant à sa relation avec Piers. J'avais envie de l'aider, et je trouvai comment, grâce à ses dernières phrases. Sûr de rien, je repris la parole.

-Que dirais-tu si je vous embauchais, Sherry et toi, dans le B.S.A.A ? Vous auriez un travail dont vous connaissez déjà tout. Je m'arrangerais pour que vous soyez dans la même équipe, et si ça n'arrive pas, je te promets que je veillerai personnellement sur elle.

Jake fit une expression franchement surprise. Lui non plus ne s'était pas attendu à ce que je sois aussi gentil avec lui. Il reprit ensuite une expression plus sérieuse, comme s'il ne me croyait pas.

-Tu ferais ça pour moi ? me demanda-t-il d'un ton sceptique

-Pour vous, corrigeai-je. Sherry et toi. Pour ce que vous avez fait, tous les deux, pour Piers et moi.

-Moi, ça me plairait bien, j'avoue. Il faut juste que j'aie les couilles d'en parler à Sherry. Elle avait vraiment envie d'aller dans les services secrets, tu sais ?

-Entre travailler avec toi et travailler avec Leon, je pense qu'elle fera vite son choix, ricanai-je

Jake éclata un rire franc, et je ris aussi. Désolé Leon.

-J'y crois pas ! s'exclama-t-il, toujours amusé. T'es un enfoiré quand tu t'y mets, toi !

-Chacun ses petits secrets. Ce sera le notre, ok ?

-Ok.

Comme pour conclure un marché, je lui tendis ma main, et il la serra sérieusement, un petit sourire en coin sur le visage. Avec ces deux-là dans le B.S.A.A, nos effectifs seront franchement améliorés. Finalement, mon congé forcé avait pris une tournure assez satisfaisante. Jake reprit sa main, et se remit à manger comme d'habitude. Voilà qui était rassurant.

-Chris ? lança-t-il

Je le regardai, sans répondre. J'attendais la suite.

-Si je réussis à convaincre Sherry d'entrer dans le B.S.A.A. avec moi, je veux une vidéo de Claire qui te casse la gueule, dit-il d'un ton excessivement sarcastique

-Je te le promets, dis-je en ayant un sourire qui me paraissait malsain