Révélations (remanié)
Le matin arriva avec une effervescence jusqu'alors inconnue des habitants du petit manoir. Tout le monde s'affairait dans tous les sens et Mégane courait à travers l'étage poursuivie par Remus qui voulait lui faire enfiler ses chaussettes. Une heure plus tard, ils avaient tous pris leurs petit déjeuner, Mégane était à l'école et les trois adolescents attendaient, sagement assis dans le salon que Severus et Remus daignent arriver.
Ceux-ci firent interruption dans la pièce quelques secondes plus tard, visiblement en proie à une discussion passionnée mais, à voix basse pour l'éloigner des oreilles indiscrètes. Ils s'interrompirent en croisant le regard intéressé des trois ados.
Le maitre des potions portait un grand sac sur l'épaule et il soupesait une bassine remplie d'un liquide argenté à bout de bras. Harry reconnut immédiatement l'objet comme une pensine, qu'il avait lui-même employé clandestinement dans le bureau de Dumbledore l'an passé. Il grimaça en se souvenant du jour où il avait découvert le procès de Karkaroff.
« On va commencer notre petit réunion parce qu'on a beaucoup de problèmes à régler. » Commença Remus d'un ton enjoué.
Levant un sourcil devant l'engouement de son collègue, Severus prit le temps de poser avec précaution la pensine sur la table de salle à manger, de se débarrasser de son sac qui paraissait particulièrement lourd et d'un brusque mouvement de tête intima à ses élèves de s'asseoir autour de la table. Il prit la parole d'un ton morne.
« Comme l'a si bien fait remarqué Remus… On a beaucoup de choses à mettre au point alors, autant commencer tout de suite. Tout d'abord, le moins réjouissant. »
Avec un rictus, il ouvrit son sac et en sortit des parchemins vierges, des plumes, quelques livres et distribua à tous les trois un nécessaire d'outils pour les potions.
« Voilà qui devrait vous permettre de travailler un peu correctement. Ne me remerciez pas. Nous commencerons à nous repartir les cours à partir de cet après-midi. Vous m'aiderez à faire la potion tue-loup pour Remus, ça devient tellement urgent que toute aide est bonne à prendre, même la pire… »
Il laissa ses mots en suspens, insinuant ce que tout le monde savait qu'il insinuait. Son regard resta longuement appuyé sur les deux garçons qui, de pur défi, ne cillèrent pas une seule seconde.
Hermione commençait à trouver franchement énervante l'habitude qu'il avait de sous-entendre une multitude d'insultes à leur intention, et ne parlons même pas d'Harry. Il ne réagissait plus depuis longtemps aux piques de Snape mais là, être coincé dans cette situation avec lui, devoir le supporter cent pour cent du temps, s'entendre se faire commander et qu'il en profite pour l'insulter à chacune de ces phrases, c'était exaspérant. Au moins Poudlard était vaste et éviter de le croiser était possible. Alors qu'ici.
Elle sentit son ami se crisper à côté d'elle mais finalement prendre sur lui et laisser l'homme continuer, sans pour autant croiser son regard.
« Je pense que vous êtes tous au courant que c'est l'année des Buses. Nous ferons tout notre possible pour vous faire assimiler le programme de cinquième année et ce ne sera certainement pas des moments de plaisir. Nous n'accepterons aucune paresse de votre part et nous attendons que vous donniez le meilleur de vous. Nous ne sommes pas en vacances. J'espère que c'est clair. »
Cette fois ci le commentaire ne visait personne en particulier. Remus, exaspéré lui aussi par toutes les menaces de mort implicites qui fleurissaient dans la bouche de son collègue lui coupa la parole en esquissant un fin sourire.
« Je pense qu'ils ont compris Severus, si on passait au deuxième sujet urgent à présent ? »
Brusquement l'homme en noir se leva et s'éloigna au fond de la pièce. Il posa la pointe de sa baguette contre sa tempe et, concentré, entreprit d'extraire de longs filaments argentés de son crâne pour les mettre dans une fiole sortie au préalable de sa cape.
« Le deuxième sujet concerne évidemment notre problème de temps. Il faut d'abord que vous sachiez que nous ne sommes pas les premiers sorciers à avoir remonté le temps. »
Il marqua une pause pour observer les réactions des adolescents. Aussitôt une lueur de curiosité s'alluma dans les yeux de la brunette. Il avait seulement omis de leur dire que jusque-là, aucun sorcier n'en était revenu. Pas la peine de leur foutre le cafard.
« Vous voulez dire que… » Osa Hermione
« Je ne veux rien dire du tout Hermione. C'est un simple constat. Vous allez tout comprendre tout à l'heure. Mais pour comprendre il faut que nous revoyions la scène de l'accident. Severus est en train d'extraire son propre souvenir pour que nous le visionnions. L'un de vous trois à déjà vu une pensine ? »
Seul Harry répondit par l'affirmative ce qui n'eut pas l'air de le surprendre.
« Ce sont des objets très rares et très chers. Celle-ci appartient à Poudlard qui en possède deux ou trois. Monsieur Dippet a accepté de nous la prêter pour nous aider dans nos recherches. Il permet de visionner des souvenirs. Nous allons plonger dans celui de Severus. »
« Est-ce des souvenirs dans la fiole monsieur ? » S'étonna Hermione au retour de Severus.
« Oui Hermione. »
Il lui tendit la fiole. La jeune fille observa longuement la fiole, fascinée qui comptait un liquide argenté aérien. Au bout de cinq années dans le monde sorcier, elle n'en finissait pas de faire des découvertes. Remus la coupa.
« Si tu permets Hermione… »
« Oh oui, désolée. » Elle rougit imperceptiblement et tendit la fiole au lycanthrope qui la versa dans le liquide.
« Prêtez bien attention à ce qui nous arrive, je vous expliquerai tout, juste après. A trois, tout le monde plonge la tête dans la bassine. » Ordonna Remus. « Un, deux, trois ! »
Severus toucha le liquide froid et fut aspiré à la suite des autres dans son propre souvenir.
Ils arrivèrent chez lui. Il s'était trompé dans ses calculs et envoya un regard d'excuse à Remus. Ils observèrent son double quittant son domicile. Severus ne se rappellait que trop bien de ce jour-là.
Pas un de meilleurs qu'il avait passé, si on oubliait ceux où il portait le masque des Mangemorts. Il s'était levé du mauvais pied, la potion qui reposait dans son laboratoire depuis déjà 5 jours avait raté pour une raison méconnue et enfin, Albus était arrivé chez lui au petit jour en lui annonçant que Maugrey Fol Œil avait dû se désister et qu'il fallait absolument quelqu'un de l'Ordre pour accompagner les gamins faire leurs courses de rentrée. Car évidemment on ne savait jamais avec les récents évènements. Et le comble dans tout ça, c'était que le vieil homme avait osé s'en aller en supposant que la réponse à sa proposition était oui.
Bien obligé, il s'était donc acquitté de sa tâche. Et il en était au moment où il attendait impatiemment l'arrivée des gamins.
Quelques minutes, il vit son double de 1995 accueillir avec un dédain non dissimulé, une véritable troupe d'adolescents braillards et dissipés.
Tous les enfants Weasley les plus jeunes étaient là, accompagnés d'Harry et d'Hermione. Molly, Arthur et Remus Lupin qui n'avait pas l'air en excellente forme, la dernière pleine lune remontant à trois jours, menaient la troupe. A son habitude, Molly prit la tête des opérations et avant qu'il ait pu dire quoique ce soit, il se retrouva sur le chemin de l'apothicaire, désigné en tant que spécialiste pour accompagner le trio qui semblait ravi.
Remus suivait le groupe. Ils se séparèrent. Le Severus du souvenir prit la tête des opérations à son tour et embarqua avec lui Weasley pour l'aider chez l'apothicaire, tandis qu'Harry et Hermione suivaient le Loup-garou.
Harry, le non-souvenir, commença à se diriger vers son propre double lorsque Severus l'arrêta et se redirigea.
« Ceci est un souvenir monsieur Potter, je ne possède pas le don d'ubiquité, je ne peux donc pas être à la librairie et chez l'apothicaire au même moment. Utilisez votre cerveau ! Si tant soit peu que vous en possédiez un qui ne soit pas à l'état de fromage blanc. »
Ils suivirent donc le rouquin chez l'apothicaire, en peinant un peu à suivre les grandes enjambés de Snape. Rien de bien intéressant, jusqu'à ce qu'on entende distinctement dans la rue un Everte Statim lancé avec force par la voix de Draco Malfoy.
Ils se mirent de nouveau à la poursuite du maitre des potions qui poussa un juron et marmonna entre ses dents un « Que l'on me coupe la tête si ce n'est pas encore de la faute de Potter ! Dépêchez-vous Weasley ! »
Ron resta un peu à la traine alors que Snape courait vers l'endroit de la bagarre où, un Harry à terre face à un Malfoy triomphant, tentait de se relevait. Voyant que celui-ci s'apprêtait à riposter, il sortit sa baguette brusquement et cria, en même temps que Remus « Protego ! »
Dans l'air, les deux boucliers se frappèrent, créant une bulle protectrice de trois mètres de diamètre dans laquelle tenait les deux adultes, Les deux adolescents et Hermione qui s'était approchée.
Hermione observa la scène avec attention comme l'avait recommandé Remus. Il y eu un « boum » comme une explosion et, à sa grande surprise ils restèrent plusieurs minutes stoppés, comme immobile dans le temps, puis finirent par être… aspirés ? Elle n'avait jamais vu un tel phénomène ! Elle sentit alors ses pieds se décoller du sol. Le souvenir était fini.
Ils se retrouvèrent tous dans le salon, en 1942, dans la position qu'ils avaient quittés. Gêné par la proximité entretenue avec Draco elle s'éloigna de lui brusquement.
« Bon » fit Remus « Asseyez-vous, je vous explique. »
Il sortit un tableau blanc du grand sac de Severus et le fit léviter derrière lui.
« J'ai eu dans mon… » Hésita-t-il gêné. « Expérience, disons… Des contacts avec des langues de plomb. »
« Quoi ? Des quoi ? » S'étonna Draco
« Je te saurai grès de ne pas interrompre la discussion comme ça Draco. » L'interrompit son parrain, agacé. « Si tu as quelque chose à dire, lève la main. Et si c'est trop dur, exprime toi au moins correctement. »
Légèrement châtié, le garçon s'excusa.
« Excusez-moi professeur. Je voulais dire : Que sont les langues de plombs ?
« Ton père ne t'en a jamais parlé ? » S'étonna Remus. « Les langues de plomb sont les sorciers travaillant au département des mystères. On les appelle ainsi parce qu'ils sont soumis au secret professionnel le plus strict qui existe dans le monde des sorciers. Voilà pourquoi je vous demande une grande discrétion sur ce que je suis sur le point de vous apprendre. »
« Comment se fait-il que tu sois au courant Remus ? » demanda Harry.
Son visage se ferma.
« Je n'ai pas le droit de le dire, Harry. Quoiqu'il en soit, nous avons été victime d'un portail du temps. Comme je l'ai dit tout à l'heure, nous ne sommes pas les premiers sorciers à en avoir subi les effets. »
Il se retourna vers le tableau blanc et traça une flèche qui partait vers la droite. Il prit sa voix professorale et commença à expliquer. Comme toujours, ils étaient tous pendus à ses lèvres au bout de quelques secondes.
« Ceci est le temps. Il file en ligne droite, vous le savez. Ce que vous ne savez pas, c'est que la magie est liée au temps. C'est très difficile à expliquer donc retenez-le simplement. A vrai dire, je ne saurais pas vous expliquer non plus l'existence des portails. C'est d'un niveau de magie dépassant largement celui des aspics. Néanmoins, on peut constater leur existence et leur moyen de fonctionner sans pour autant le comprendre. »
Il se retourna et nota un point sur sa ligne. D'ici il fit repartir une flèche qui repartait dans l'autre sens.
« Voici le portail. » Dit-il en désignant le point. « Un portail fonctionne un peu comme fonctionnerait un volcan, il est fixe, et à des endroits distincts de la planète. A notre époque, le plus connu par les langues de plombs est le triangle de Bermudes. De nombreux sorciers y ont disparus il y a très longtemps. »
« Mais ceci n'explique pas comment… »
« Une seconde Hermione. » Sourit-il alors que Severus levait les yeux au ciel, assis derrière eux. « J'y arrive. »
« Donc, comme les volcans, ils sommeillent la plupart du temps et se réveillent parfois. Pour les activer, il faut une dépense conséquente de magie. Le seul problème c'est qu'ils sont des sources de magies contradictoires. Ils agrippent la magie à leur proximité et inversent sa polarité. »
Il marqua une pose, vérifiant qu'ils suivaient tous les trois et reposa son stylo sur la ligne du temps.
« Or, comme je viens de le dire toute magie est intimement liée au temps. Voilà aussi pourquoi les seules victimes de ces portails sont uniquement des sorciers. Le portail, qu'on appelle aussi « porte du temps » inverse la polarité de la magie et comme celle-ci est liée au temps, elle nous entraine irrémédiablement en arrière. Et, plus la dose de magie dépensée est puissante, plus on retourne loin dans le temps. Or, le portail s'est déclenché sous la force de nos deux sortilèges du bouclier, mais aussi sous la force des vôtres. Si je ne me trompe, tu allais lancer un sort Hermione non ? »
« Oui. »
« Et toi aussi Harry ? »
« Mmm. »
« La force de notre magie a donc activé le portail. »
La main d'Hermione fendit l'air, accompagné d'un rictus de son professeur de potions.
« Oui Hermione ? »
« Est-ce pour cela que nous avons été comme… aspirés ? »
« Exactement. C'est exactement ce qui s'est passé. »
« Et… » Osa Harry. « Est-ce que quelqu'un en est… revenu ? »
Pile la question que Remus redoutait qu'il ne pose. Son regard traversa la pièce et alla se poser sur son collègue. Il allait avoir besoin d'aide.
« Non. Personne n'a jamais franchi à l'envers un portail. »
« Comment ! » Explosa Draco. « Alors à quoi ça sert de nous raconter tout ça ? »
« Draco ! Contrôle-toi ! » Coupa la voix de Snape tel une hache fendant l'air.
Il prit une place en face de son auditoire.
« Nous en avons discuté avec Remus, et nous ne avons conclu que la plupart des gens qui se sont retrouvés dans le temps, n'avait ni l'envie, ni les capacités d'envisager de trouver une solution pour revenir. Il fallait déjà se rendre compte de l'existence de tels portails et je peux vous assurer que personne ne les connaissaient. De plus, Remus et moi sommes plus ou moins capables de résonner et sommes parfaitement aptes à tenter de trouver une solution. D'autant que nous sommes accompagnés de Miss Granger qui, n'ayant pas notre niveau, possède une logique de la déduction brillante. »
Les joues d'Hermione se colorèrent une fois de plus.
« Comprenez-bien que notre but n'est pas de nourrir des faux-espoirs. Nous comptons faire des recherches efficaces sur le moyen d'inverser ces portails. »
« Et si l'on ne revient pas ? » demanda Harry brusquement « Si tous ces blablas ne restent que du vent. »
Severus Snape darda un regard noir vers lui.
« Potter, qu'est-ce que tu ne comprends pas dans nous ne voulons pas nourrir de faux-espoirs. Nous parlons d'une solution qui existe. Et puis, commencer à baisser les bras signifie que nous n'avons rien à faire ici et que nous ferions bien de nous intégrer dans cette époque qui n'est pas la nôtre. Ça signifie aussi laisser tomber les gens là-bas, alors que nous avons tous un rôle d'importance à jouer dans la guerre qui se prépare. Sans moi l'Ordre perd son informateur principal, sans Remus, elle perd un excellent guerrier et tacticien, sans toi Potter… »
« Severus ! »
« Bref. » Se reprit-il. « Voldemort est de retour ! Va falloir s'imprimer ça dans le crâne. »
Le sang d'Harry ne fit qu'un tour et il se leva jusqu'à toiser le maitre des potions, bien qu'il soit toujours plus petit que lui.
« Merci du détail professeur, mais je suis bien au courant. Je l'ai vu revenir et se réincarner. J'ai vu ses serviteurs le rejoindre. Je l'ai vu tuer Cédric Diggory de sang-froid. Je l'ai combattu ! »
Il le laissa s'époumoner devant lui, soutint son regard fixe puis, au bout de quelques minutes, lorsqu'aucune réaction de plus ne venait le regarda s'asseoir. Severus eut un peu de mal à reprendre la situation en main mais s'y appliqua tout de même. Il se racla la gorge et observa les trois adolescents.
« De plus. » Ajouta-t-il « Renoncer à toute recherche serait, Potter, signer notre destin lié tous ensemble. Jusqu'à votre majorité tout du moins. J'avoue que je n'y tiens pas. »
Les derniers mots furent prononcés avec froideur. Remus interrompit l'échange de regards houleux.
« Hum. Bien, donc… Vous savez donc à quel point nous en sommes. Vous êtes tous les trois invités à participer aux recherches, il n'y a aucune obligation. Nous espérions bien sur ta collaboration Hermione, tu as du le comprendre. »
Dire que la jeune fille était heureuse, était un euphémisme. Elle rayonnait de bonheur qu'on lui fasse autant confiance.
Il jeta un regard vers l'horloge. 12h10.
« Il est temps d'aller chercher Mégane à l'école. Vous vous en occuper s'il vous plait, on a quelque chose à faire avec Severus pendant ce temps. »
Grommelant qu'il était traité comme un elfe de maison, Draco se mit sur ses pieds. Harry ne se daigna même pas se lever.
« Debout Harry ! Un peu de nerfs ! »
Il voulait secouer l'adolescent, lui changer les idées.
Un regard ennuyé plus tard le jeune homme se leva. Et se dirigea vers les escaliers.
« Ok… bon, vous pouvez bien y aller tous les deux non ? » Sourit-il aux deux restants.
Génial, pensa Draco, allez chercher une mioche à l'école, à au moins 40000 km de, là en seule compagnie de Granger.
« Tu as ta baguette Hermione ? » demanda Severus. « Question de sécurité élémentaire. »
« Je peux avoir la mienne aussi ? » Tenta Draco.
Le seul regard meurtrier qui lui fut lancé lui fit refermer la bouche.
« Je fais entièrement confiance à Miss Granger pour te garder en entier le temps de l'aller-retour. Pas besoin de ta baguette. Allez-y vous allez être en retard. »
Encore mieux, pensa Draco avec toujours beaucoup moins d'entrain. Aller chercher une mioche à l'école à au moins 40000 km de là, en seule compagnie de Granger et ne dépendre que d'elle pour sa sécurité. Il sortit en trainant des pieds.
« Severus et sa foutu ponctualité » Grommela-t-il le long du chemin de pierre.
« Je t'ai entendu ! » Cria le concerné.
Il se retourna et le vit sur le pas de la porte s'apprêtant à sortir avec Remus en direction de la forêt. Il vit aussi Hermione derrière lui.
Il devait admettre que la jeune fille, depuis l'an dernier, n'avait plus rien de la mioche de première année qui lui tenait tête. Ses cheveux avaient pour beaucoup dégonflés et elle était assez jolie.
Celle-ci lui adressa un mince sourire et le dépassa.
« Bon, tu te bouges ! »
Retrouvé seul dans la chambre qu'il partageait avec la fouine, Harry se pencha et ouvrit la fenêtre qui donnait dans le jardin, savourant l'air doux du mois d'automne. Il observa Snape et Remus s'enfoncer dans les bois. Il devinait aisément ce qu'ils partaient y faire. Une seule rencontre il y a plus d'un an avec le Loup-garou lui avait amplement suffit.
Il soupira, Ron lui manquait. Etrange comme il fallait qu'il soit loin de lui pour qu'il le remarque. Si seulement il avait pu être à la place de Draco, la situation aurait été beaucoup plus vivable.
Bien sûr il y avait Hermione mais bon, c'était… différent .Il pouvait tout dire à Ron, blaguer, rire, discuter et avec lui, l'atmosphère se détendait même dans la pire des situations. Et là, il fallait dire qu'il s'agissait d'une situation de crise. Coincé avec Snape, Malfoy, Remus qui s'éloignait de lui et Hermione qui semblait distante. La seule qui l'acceptait sans rien dire était Mégane, mais que pouvait-elle faire, elle qui n'avait que sept ans ?
Et Sirius… Il ne pouvait pas vraiment dire que l'homme lui manquait. Si, évidemment, c'était son parrain et il s'occupait de lui. Mais il était aussi très distant et semblait se préoccuper beaucoup plus de sa petite personne que de son filleul récemment. Se trainant dans le quartier général de l'ordre il passait son temps à gémir sur sa privation de liberté. Chose qu'Harry avait trouvé très injuste étant donné que personne ne l'avait jamais plaint durant l'été et qu'il avait quand même vu Voldemort revenir.
Et surtout, il l'avait vu tuer Cédric. Il revoyait sans cesse la scène dès qu'il fermait les yeux le soir dans son lit. L'éclair de lumière verte semblait à présent familier. Cédric Diggory était mort, et lui, avait survécu. Une fois de plus !
De rage il frappa le mur du plat de la main et redescendit. Il allait préparer le repas, ça le calmait toujours.
Que voulait donc dire Snape par Sans toi Potter… Et pourquoi Remus l'avait-il interrompu si violement ? se demanda-t-il vaguement en ouvrant la porte donnant sur le couloir.
Pendant ce temps, Severus et Remus s'enfonçaient plus profondément dans les bois, cherchant un endroit sûr pour la transformation de Remus. Un quart d'heure plus tard, ils tombèrent nez à nez avec un endroit parfait. Creusée à même la pierre, une grotte immense s'élevait devant leurs yeux, elle était assez éloignée du manoir pour que personne ne tombe dessus sans y prendre garde. Ils lancèrent quelques sortilèges pour mieux la localiser. Apparemment la grotte était assez loin de toutes traces de vies, même si, techniquement, il n'y avait aucun danger.
« Bon, et bien c'est plus agréable que la cabane hurlante. Un peu plus cosy. »
Snape n'en revenait pas du fait que Remus puisse encore blaguer sur sa maladie. Certes, avec la potion Tue-Loup, c'était plus facile à vivre. La douleur était toujours là, mais au moins, la victime conservait son libre-arbitre toute la nuit si elle était bien préparée.
Ce n'était pas Severus qui avait inventé la potion Tue-loup. Il était de notoriété que le génie à son origine était Marcus Delby. Cependant, il lui avait apporté des améliorations non négligeables, reconnue par celui-ci même. Depuis il travaillait en collaboration avec le vieil homme pour essayer de neutraliser la transformation. Celui-ci serait-il même vivant lorsqu'il reviendrait ? Pensa-t-il en soupirant.
Ce n'était pas le moment de se laisser aller à un sentimentalisme mal placé. Ils avaient des responsabilités.
Ils commencèrent à entourer le périmètre d'un certain nombre de sortilèges de protection et satisfait de leur travail, quittèrent la clairière. Ils firent quelques pas et se retrouvèrent nez à nez avec une vielle dame qui semblait les attendre.
« Madame. » Dit-il de son habituelle voix dénuée de toute émotion, ne montrant pas sa surprise quand à sa présence ici.
Ils la regardèrent de plus près. Elle avait quelque chose de presque sauvage. Elle paraissait très fatiguée ce qui la vieillissait considérablement. Elle avait une soixantaine d'année à vue de nez. Elle avait du mal à marcher et visiblement, le fait même de devoir rester debout lui était pénible.
« Vous êtes les nouveaux habitants du manoir ? »
« C'est exact. »
Elle vacilla et parut sur le point de tomber mais se rattrapa et se campa sur ses deux jambes. Ses yeux d'un gris presque blancs se verrouillèrent sur les deux hommes.
« Vous devez partir ! »
« Pourquoi ? » demanda timidement Remus. « Et, qui êtes-vous au juste ? »
« Peu importe qui je suis, je viens vous avertir et il vaut mieux que ni vous ni moi ne trainions dans le coin plus longtemps. » Elle regarda autour d'elle comme si un danger la guettait « Vous devez quitter le manoir avant qu'il ne vous arrive quelque chose de très grave. »
Elle commença à s'éloigna. Remus resta muet mais ce ne fut pas le cas de Severus, qui, détestant par-dessus tout se laisser mener en bateau, attrapa par le bras la vielle dame qui s'éloignait de son pas claudiquant.
« Plus de détails serait-ce trop demander ? Vous arrivez comme une fleur sans prévenir, vous nous menacez, et vous partez sans en dire plus. Il faudra légèrement plus important pour nous faire partir, Madame. Nous avons acheté cette propriété et nous n'avons pas comme projet immédiat de la quitter. »
« Ceci n'est pas une menace. C'est un conseil que vous feriez mieux de prendre à la lettre. » Répondit-elle dans une voix beaucoup plus ferme qu'avant.
Et, d'un geste brusque elle se dégagea de la poigne de fer qui lui serrait le bras et s'enfonça profondément entre les arbres.
« Je n'en peux plus ! » Fit rageusement Severus. Il frappa la cime d'un arbre de son poing et n'eut même pas une seule grimace de douleur.
Remus hésita. Voir son collègue perdre son sang-froid était assez rare. En fait ça n'était pas arrivé depuis longtemps. Ou tout du moins il n'en avait pas été témoin directement. Il le laissa continuer.
« Se faire piéger dans le temps avec une petite fille à charge et des adolescents qui passent leurs temps à se sauter à la gorge. De tous les adolescents, Potter ! Et maintenant, une vielle nous saute dessus en nous faisant des menaces de morts ! Et demain quoi ? »
« Severus, si tu peux me permettre, je penses que tu dramatise un peu. Cette femme était folle. Tu as vu son regard… »
« Le regard de quelqu'un qui a peur Remus, pas celui d'une folle. Croit moi, je m'y connais en regard apeurés. » Il soupira « Bref. Rentrons. Je m'excuse pour ce débordement. »
Le lycanthrope le dépassa et, pour lui montrer son appui, lui posa une main sur l'épaule. Le maitre des potions se crispa sous le contact mais accepta la geste amical d'un mouvement brusque du menton. Ils se dirigèrent en silence vers le manoir.
Merlin, il allait encore falloir faire à manger… Pensa Remus. Ne pouvait-il pas se procurer un elfe de maison ? Hermione s'y opposerait sans doute férocement.
Lorsqu'ils arrivèrent dans la maison il régnait un calme paisible, des voix s'élevaient de la cuisine ainsi qu'une douce odeur de poulet grillé. A leur surprise et soulagement, le repas avait été pris en main. Comme quoi, pensa le loup-garou comme pour démentir les propos de son collègue, ils avaient de la chance d'être tombés sur des adolescents débrouillards !
Les deux hommes sentirent leurs estomacs gronder et suivirent les sons et odeurs. Ils y trouvèrent Harry aux fourneaux et Mégane, Draco et Hermione papotant. Ou plutôt Mégane racontant a qui voulait l'entendre sa première journée à la petite école de village.
Remus vit le regard que posait le garçon blond sur la jeune fille tandis que celle-ci écoutait la plus petite. C'était un regard intéressé et plein de douceur. Un regard et une expression qu'il n'avait jamais vus sur le visage du jeune homme. Aussitôt les yeux de Draco croisèrent ceux de Remus et il rougit insensiblement, s'étant fait piéger. Il reporta son regard sur Mégane et continua la conversation.
Pendant ce temps, Severus s'était penché sur les fourneaux et admirait le travail d'Harry.
« Où as-tu appris à cuisiner aussi bien Potter ? »
Il était décidément tellement imprévisible. Tantôt hurlant, tantôt complimentant, tantôt l'appelant Potter, tantôt l'appelant par son prénom, le tutoyant ou le vouvoyant…
« En faisait la cuisine pour mon oncle et ma tante. » Répondit-il nonchalamment.
« Et c'était souvent ? » Demanda, intrigué, le maitre des potions.
Le garçon refusa de lui répondre et se plongea dans un silence muet. Il y avait un problème derrière tout cela. Severus l'espion le sentait, quelque chose n'allait pas dans le ton du garçon. Il était trop détaché.
Il mit cette idée de côté et tout en indiquant à l'adolescent de s'asseoir, prit le relais. Il éteignit le four, sortit le plat et commença à découper la volaille habillement.
« Tu aussi, fis Remus, tu as l'air de bien t'en sortir. »
« Je ne serai pas maitre de potions si je savais à peine cuisiner Remus. Après tout, à peu près, la cuisine et les potions se ressemblent. Ce qui m'étonne c'est qu'Harry ne soit pas meilleur en potion avec ses apparents talents de cuisinier… »
« Mêlez-vous de vos affaires. » Se renfrogna l'adolescent
« Pardon ? » Fit le maitre des potions en se retournant brusquement et en avisant le garçon brun avec un regard perçant.
« Rien. » Répondit-il calmement
« J'aime mieux ça. »
Il se retourna et continua sa tâche.
Le Déjeuner fut savouré avec forts compliments sur la cuisine d'Harry. Lorsqu'ils eurent tous l'estomac bien rempli, Mégane fut envoyée faire une sieste, non sans protestations. Remus s'éloigna avec un sac bien rebondi posé sur l'épaule, ce qui intrigua les adolescents qui eux, sans grande joie pour certains, se dirigèrent derrière leur professeur vers le laboratoire.
Tandis qu'ils descendaient les marches y menant, le maitre des potions se questionna vaguement. Il ne savait vraiment pas comment prendre le garçon. Toute la gentillesse dont il pouvait faire preuve, même si ce n'était pas grand-chose, ne faisait pas avancer l'affaire, due à la méfiance qu'éprouvait le gamin envers lui et chaque remarque les faisait reculer.
« Installez-vous. » dit-il en désignant les tables devant sa propre table de laboratoire qui était immense.
« Comme vous le savez sûrement tous les trois, Remus est un loup-garou… »
Il vit une étincelle de défi s'allumer dans les yeux de Potter, ce dernier pensait surement qu'il allait l'insulter. Il décida de ne pas y prêter attention et continua.
« Comme la potion Tue-loup n'a pas été inventée à cette époque il nous faudra la confectionner et comme il faut faire la première tournée rapidement, puisque la pleine lune approche, je compte sur vous pour m'aider. »
« J'ai toujours rêvé de faire cette potion ! » S'exclama Hermione joyeusement. « Elle croisa les regards des deux garçons et celui de Severus et sembla gêné ».
« Désolée… »
« Malheureusement Hermione tu attendras un peu avant de la faire, je veux d'abord que vous appreniez à manier tous les ingrédients nécessaires. »
D'un coup de baguette il fit venir une petite liasse de parchemins qui se distribuèrent sur les trois tables.
« Je vous ai inscrit les ingrédients, leurs techniques de préparation, les conseils et l'analyse de la potion comme vous pourriez la trouver dans n'importe quel manuel de cours. Cette potion est au programme de 5année depuis peu et par conséquent, elle est adaptée à votre niveau. » Il s'arrêta sur le mot, insinuant là ce qu'il pensait du niveau de certains. « De plus vous avez dû la rencontrer durant vos devoirs d'été. Ainsi qui peut me dire quel a été le maitre des potions très connu pour avoir inventé cette potion ? »
Aussitôt la main d'Hermione s'éleva vers le ciel.
« Marcus Belby. »
« Très bien. Draco, de quelle couleur est la fumée s'élevant hors du chaudron lorsque la potion est parfaite et pourquoi peut-on dire qu'elle est particulière ? »
« Euh… » Hésita le garçon. « Bleu ciel ? »
Harry pouffa de rire à la réponse de Draco qui avait répondu avec une large grimace. Il se rendait compte qu'il appréciait de plus en plus l'humour tordu du blond, en plus de le trouver courageux de défier ainsi ouvertement le professeur.
« Non. » Répondit Snape d'un ton aigre. « Un jour, il faudra essayer de lire les manuels de potions Draco. »
Il se tourna vers Harry.
« Puisque tu trouves ça si drôle, tu es peut-être capable de me répondre. »
Le sourire s'effaça de son visage a la satisfaction de Snape.
« Je ne sais pas monsieur. »
« Hé bien, on n'est pas sorti de l'auberge. Hermione, tu le sais ? »
« Je crois qu'elle est argentée. »
« Très bien. » Il dirigea un regard noir vers les garçons. « Prêtez une attention particulière à la leçon d'aujourd'hui, je ne veux pas retrouver un cadavre de loup-garou à la prochaine pleine lune »
Se tournant vers le tableau noir dans un tourbillonnement de cape théâtrale, il inscrivit d'une chiquenaude de sa baguette le processus de la potion.
Il reprit sa leçon d'un ton docte, et ce fut ni plus ni moins un cours de potion banal tel qu'ils le connaissaient tous les jours à Poudlard, à la seule différence qu'ils étaient seulement trois. Et du point de vue d'Harry, cela ne changeait pas du tout la donne. C'était toujours aussi ennuyant et totalement inintéressant et Snape était toujours aussi… Snapien.
