Disclaimer: Pour le peu qu'elle a exploité de Tobias et Eileen, Rowling aurait au moins pu me les céder... Que tchi! Ha!
Avec les températures actuelles, j'aimerais être embauchée par les Service National d'Archivage de Carottes Glaciaires. Ça n'existe pas? Ça devrait...
Allez la suite: Tobias~
Chapitre 4:
Tobias Snape n'aimait pas l'étrangeté. Oh certes non, il ne l'appréciait guère.
Sitôt repérée, il la rejetait aussi loin de lui et le plus violemment possible, c'était plus fort que lui.
Cette répugnance envers tout ce qu'il considérait comme anormal, il la connaissait depuis le jour où il avait enfin admis qu'il était désormais seul. Seul à porter sa maison et ce qui lui restait de famille à bout de bras, sa mère ayant décidé de laisser de côté sa raison et par là même ses responsabilités. Ce jour-là, il se le repassait de temps en temps en tête, pour ne pas oublier pourquoi il se retrouvait à, à peine 20 ans, désabusé et solitaire, avec de longues années de labeur derrière lui.
C'était courant, à l'époque, encore. Mais il n'était pas destiné à ce genre de vie à la base. Son père ne l'aurait jamais accepté. C'est pour lui payer ses études-à peine entamées- qu'il s'était tué, au sens propre comme figuré, au travail. « T'as d'la cervelle, Tobias, qu'il lui disait. T'as d'quoi sortir de c'genre de vie. J't'aiderai tant que j's'rai en vie, alors contente-toi d'bosser à l'école, pigé? »
D'la cervelle, hein? Ah pour sûr, elle l'a bien aidé lorsqu'il a fallu se débrouiller avec l'enterrement de son père et de son petit frère mort-né quelques jours plus tard. Et lorsqu'il a fallu commencer à vendre des meubles en attendant de trouver un emploi lui permettant de vivre, lui et celle qui avait été sa mère. Et lorsqu'il fallait encore qu'il garde cette dernière loin des yeux de ce monde auquel il aspirait tant. Le monde des normaux. De la banalité. De la masse. Il le voulait à en crever, y participer, y vivre, y trouver sa future femme normale qui lui donnerait des enfants normaux qui grandiraient dans une maison normale...
Impossible pour le moment, tant qu' elle vivait. Il devait se résoudre à encore subir cette vie qui ne devait pas être à la base. Tout ça à cause d'un stupide accident- tous les accidents le sont, de toute façon- dont il avait dû, par la force des choses, surmonter les conséquences.
Mais il était solide, maintenant, et obstiné. Il s'occuperait de sa mère comme il savait que son père l'aurait sans doute voulu, résigné, et attendrait patiemment qu'elle le libère de tout ce fardeau.
C'était le genre de pensées qui lui tourbillonnaient dans la tête lorsque, le dimanche, il faisait son détour habituel par le cimetière où reposait son père et son frère. Une fois face à la pierre grisâtre, il se contentait de fixer en silence les noms gravés dessus. Dans ces moments-là, il ne priait pas. Il ne pensait à rien non plus. Il venait se rassurer en fait; sur le fait qu'ils étaient bel et bien morts, qu'il ne restait que lui et sa mère, que sa réalité était bien la bonne.
Il avait essayé, quelques années auparavant, de lui montrer la tombe, mais elle s'était contentée de lui hurler dessus, de lui reprocher ses blagues de très mauvais goût, qu'imaginer une chose pareille n'était digne que d'un cerveau malade. Il ne la ramena plus.
Il restait à fixer la tombe jusqu'à ce qu'il sente la logique de la situation, pourquoi il était là et ce qu'il allait faire en repartant.
En passant les grilles du cimetière, il allait généralement faire un tour au pub à quelques rues de là, boire un dernier verre avant de rentrer. Il y croisait à l'occasion d'anciennes fréquentations, ses anciennes petites amies notamment. Maggie, Jane... Il ne savait s'il devait être plus affecté par le fait qu'elles l'aient complètement oublié ou par celui qu'il s'en moquait complètement. Elles n'avaient sans doute pas eu le temps de s'attacher à lui et réciproquement les quelques semaines pour la plus longue relation, qu'ils s'étaient fréquentés. Il était assez froid et distant, parlait peu et il le savait. Il n'avait pas eu le temps d'avoir envie de changer qu'elles l'avaient déjà quitté; non pas pour un autre- c'eût été trop beau- mais bien parce qu'il ne donnait pas envie qu'on s'attache à lui. Il était tellement conscient de tout cela qu'il en était devenu indifférent.
Il aurait le temps plus tard, quand il aura commencé à revivre. Il savait qu'il ne déplaisait pas, physiquement parlant: elles étaient venues d'elles-même vers lui, avaient commenté longuement ses yeux et son sourire timide et discret. Il n'avait pas eu besoin de dire grand-chose qu'elles lui avaient déjà suggéré qu'ils se revoient. Tobias n'était jamais à l'aise dans ces moments-là, trop directs à son goût. Et une fille n'avait pas à se comporter ainsi non plus. Néanmoins, il avait accepté. Pour voir.
Ce dimanche-là, il croisa la petite demoiselle d'à côté, comme il l'appelait. Il l'avait rencontrée ce fameux soir, alors qu'il était allé chercher un peu de thé et de compagnie chez la vieille Grubb. Discrète. Un peu trop, d'ailleurs: il n'arrivait pas à se rappeler son prénom. Aline? Eliane? Elle rentrait, la tête dans les épaules, le regard baissé et avait sursauté au salut qu'il lui avait lancé. Son air d'animal pris au piège l'avait à la fois surpris et amusé, il se sentit sourire un peu.
-Je suis le voisin,Tobias Snape. On s'est déjà rencontrés. J'étais v'nu chercher du thé..'Vous rapp'lez?
La jeune fille hocha lentement la tête après avoir froncé les sourcils de concentration. En effet, elle se rappelait, mais ne répondait rien. Il se sentit le besoin de reprendre.
-Vous rentrez chez vous?
Nouveau hochement de tête. Décidément.
-On s'fait le chemin du r'tour ensemble?
Encore ce hochement. Il ne l'aurait pas entendue le soir où il l'avait rencontrée qu'il l'aurait crue muette. Un sourire un peu plus visible et un signe de tête en guise d'invitation et ils étaient partis.
Rapidement fatigué de n'entendre que leurs pas qui résonnaient sur le trottoir, il se décida à poursuivre ses banalités.
-'Fait froid, hein? ...'Faites quoi dehors par un temps pareil,m'zelle?
Elle rougit légèrement, les yeux fixés sur le sol. Visiblement, elle n'était pas à l'aise. Tobias regretta presque de l'avoir abordée.
-...travail, murmura-t-elle.
Il la dévisagea un instant, surpris.
-Pardon?
-...Je rentre du travail...
-Un dimanche?
Elle ne répondit pas, apparemment embarrassée. Il en resta là. Pas son affaire, après tout.
Et puis non.
-Vous êtes de Londres?
La tête secoue un non.
-Vous aimez?
Une hésitation, puis elle hoche un petit oui, toujours les yeux rivés au sol. Tobias se sentit une stupide envie de rire: elle avait l'air aussi mal engoncée dans la vie que dans ses vêtements.
Il estima qu'il en avait déjà assez fait et termina le reste de chemin qu'ils avaient à faire en silence. Elle ne sembla pas y voir d'inconvénient, semblant soulagée qu'il ne lui adresse plus la parole.
Arrivés devant la grille qui ouvrait sur le jardin de Beth Grubb, il lui fit face.
-'Pourriez m'regarder un peu quand j'vous salue. J'mords pas, v'savez.
La jeune fille se figea, interloquée visiblement. Elle sembla hésiter puis leva un regard intimidé vers Tobias qui sourit à nouveau un peu.
-Ben voilà...C'est quoi vot' nom encore?
Petit silence. Il fut un instant persuadé qu'elle allait rentrer en courant sans lui avoir répondu.
-Eileen. Eileen Prince.
-Ah, c'était Eileen...j'y étais presque.
Elle leva les yeux qu'elle avait à nouveau baissés en murmurant son prénom et le dévisagea, étonnée. Tobias haussa les épaules.
-Sans importance...Bonne soirée alors, m'zelle Prince.
Elle vira au rouge soudainement et, après une petite révérence, se dirigea rapidement jusqu'à la porte qu'elle referma sur elle sans un regard en arrière. Tobias secoua la tête en laissant échapper un petit rire. Il avait dit quelque chose de mal?
Il tourna sur ses talons et aperçut l'entrée de sa maison. Il se sentit bloqué un moment. Un dernier regard dans la direction où avait disparu Eileen, un soupir et il se mit à nouveau en marche.
Peut-être que ce soir, ça allait être différent.
A suivre...
Un immense merci à celles qui ont reviewé!=)
Que les températures vous soient douces!m(_)m
