Bonjour à tous ! Voici le quatrième chapitre de cette histoire. Bonne lecture et à la semaine prochaine !


Après sa visite à Luna, Hermione n'eut pas la force d'aller directement chez ses parents. Elle avait peur de leur réaction, et avait eu suffisamment d'émotions fortes pour le moment, d'autant plus que son corps, vidé de sa magie, était désespérément faible.

Arrivée chez elle, elle s'occupa de ses enfants, tentant d'oublier l'angoisse qui lui serrait le ventre. Elle aurait pu croire un instant que rester enfermée avec les trois seules personnes qui se rappelaient son existence lui aurait accordé une sorte de répit : il n'y avait plus de discours, d'explications, de présentations... Plus de questions atroces et d'impuissance. Seulement, c'était plus compliqué que cela... Chacun des gestes du quotidien était une épreuve. Toutes les fois où elle tendit la main vers la poche où elle gardait toujours sa baguette inutile, pour se rendre compte que cela ne lui servirait à rien. Les réflexes ont la vie dure...

Elle prépara le repas à la moldue, et chacun de ces gestes dont elle avait peu à peu perdu l'habitude lui rappela sa malédiction. Elle était comme Prométhée : chaque seconde, le vautour du Destin lui dévorait les entrailles... Elle ignorait quel feu elle avait dérobé, quel dieu elle avait offensé... Mais sa colère était terrible.

Après le repas, elle coucha les enfants, et retrouva Ron dans le salon. Il avait mis un point d'honneur à agir le plus normalement possible depuis le début de la journée, mais Hermione voyait bien qu'il était aussi troublé qu'elle. Peut-être plus.

Elle s'installa à côté de lui, et il passa un bras autour de ses épaules.

- On trouvera une solution, Hermione, souffla-t-il, le nez dans ses cheveux.

- Et s'il n'y en a pas ? répliqua-t-elle d'une voix dure qu'elle peinait à reconnaître.

- S'il n'y en a pas, on se débrouillera. L'affaire marche bien, mon salaire suffira. Si tu ne veux pas rester à la maison, tu pourrais reprendre des études à l'université moldue, dans quelques années, avoir un travail, ton indépendance. Et même dans la société sorcière... Ton intelligence, tu ne l'as pas perdue. Tu pourrais écrire des livres, même devenir professeur, que sais-je ? Je me souviens de toi, les enfants se souviennent de toi, l'essentiel est là. Le Destin a peut-être chamboulé notre vie, mais il y a un bonheur qu'il n'a pas pu nous prendre. On se débrouillera, Hermione, je te le promets.

Hermione tourna vers lui des yeux pleins de larmes. C'étaient des larmes de tristesse et de joie mêlées, des larmes douces-amères, qui savent ce qu'elles perdent mais sont heureuses de ce qu'elles gardent. Des larmes chargées de contradiction.

Elle ne répondit pas, mais elle sentait au fond d'elle qu'il avait raison. Evidemment, cela n'allait pas chasser sa tristesse, en tous cas pas pour le moment mais... D'une certaine manière, cela rendait son existence moins désespérée, et son avenir moins noir.

Plus que ses mots, c'était la présence de Ron qui allégeait sa peine. Son bras sur son épaule, son pouce qui caressait distraitement le haut de son bras, son souffle dans ses cheveux. Hermione s'appuya contre lui, nichant sa tête dans le creux de son cou.

Là où elle était, rien de grave ne pouvait plus lui arriver.

/

- Allez, courage, tu peux le faire.

Hermione était figée face au pavillon qu'habitaient ses parents, incapable de faire un pas de plus. Elle avait déjà vécu ce moment. Elle s'était déjà retrouvée face à un pavillon, un autre, prête à s'expliquer avec deux personnes qui lui étaient chères et pour qui elle était une inconnue. Cela lui avait demandé un effort surhumain.

Sauf qu'à l'époque, elle était l'unique responsable, et surtout, ses bonnes intentions la protégeaient. Mais il n'y avait plus rien de tout cela, seulement l'amertume d'un châtiment injuste et la peur.

Elle s'était confrontée à des amis, elle avait vu Molly le matin même pour déposer les enfants – Harry lui avait déjà tout raconté, cela lui évitait de longs discours – ses parents ne seraient sûrement ni les premières, ni les dernières personnes aimées à la fixer d'un œil vide et indifférent.

Mais là, c'était plus dur. Elle n'avait pas l'appui de Ron. Elle n'avait aucune chance de les convaincre, et ne pouvait pas se contenter d'agiter sa baguette pour leur rendre leurs souvenirs. Elle était totalement démunie.

- Hermione, si tu n'y vas pas, c'est moi qui sonne.

Ron était inflexible. Lui qui avait toujours été un peu effacé, un peu en retrait, à faire beaucoup de bruit sans jamais réellement se prononcer, écrasé sans doute par la prestance de son meilleur ami et de sa femme, tirait visiblement sa confiance des événements. Comme s'il fallait palier l'impuissance de son épouse.

Il appuya la main contre son dos et la poussa légèrement. Cela suffit à Hermione. Elle chercha le regard bleu de celui qui partageait sa vie depuis si longtemps désormais, comme pour y puiser le courage qui lui manquait, et grimpa les quelques marches qui menaient à la porte du pavillon.

Ron, qui l'avait talonnée de près, sembla attendre qu'elle appuie sur la sonnette. Ainsi, il ne lui faciliterait la tâche d'aucune manière... D'un certain côté, elle savait qu'il avait raison : si elle voulait retrouver sa vie d'avant, elle devait initier les étapes, elle le sentait au fond d'elle-même.

La main tremblante, elle appuya sur le bouton, entendit des pas s'approcher de la porte.

Elle dut résister à l'envie de fermer les yeux lorsqu'elle perçut nettement le bruit de la clef qui tournait dans la serrure.

- Hermione ! s'exclama la voix de sa mère.

La jeune femme poussa un soupir de soulagement et tomba dans les bras de la femme qui venait d'ouvrir la porte. Elle se rendit compte que son rythme cardiaque était bien trop élevé, elle entendait son propre sang battre dans ses tempes.

- Maman, tu... Tu te souviens de moi ?

- Evidemment que je me souviens de toi, une mère n'oublie pas sa fille.

Hermione se garda bien de lui rappeler ce qu'elle avait fait au sortir de l'adolescence.

- Mais je dois avouer que les choses sont... bizarres. Enfin, entrez, je viens de préparer du thé.

Son interlocutrice n'osa pas demander ce qui était « bizarre ». Elle se contenta de suivre dans le living-room qu'elle connaissait si bien.

Son père arriva sur ces entrefaites, l'embrassa et serra la main de Ron. Il avait l'air de les reconnaître, lui aussi, mais semblait très perturbé.

L'angoisse qui s'était envolée des épaules d'Hermione quand sa mère avait prononcé son nom refit progressivement surface. Le malaise de ses parents n'augurait rien de bon. Quel nouveau tour le destin avait-il bien pu lui jouer ?