Et un nouveau chapitre avec un petit peu d'avance ! J'espère qu'il vous plaira aussi... N'hésitez pas à me donner votre point de vue en commentaire ! D'ailleurs, je remercie sincèrement tous ceux qui me commentent et échangent avec moi en mp ! ( Nelio, Soren, Quimress, Sam Seven, so-chan...) vous êtes mes moteurs de motivation ! Merci mille fois de m'encourager et de me faire progresser par vos conseils et vos idées !

Disclamer : les personnages sont la propriété exclusive de Quantic Dream et sont issues du jeu vidéo Détroit : become human


La colère des loups

« … Toujours sans nouvelle du créateur d'androïdes. La police demande à toute personne ayant des informations sur l'inquiétante disparition de Elijah Kamski de les contacter au plus vite. Pour rappel, la villa de a été retrouvée complètement vide par les agents de Cyberlife venus récupérer les anciens modèles d'androïdes que le fondateur de la société avait en sa possession. Selon nos informations, Deux des trois RT600 avaient été désactivés par leur propriétaire qui reste actuellement introuvable. Aucune piste n'est écartée à ce jour alors que... »

Avec un soupir agacé, Gavin coupa le volume de la radio. Il préférait rester concentré sur son drôle de passager plutôt que de se laisser distraire par les informations. Le jeune inspecteur ne cessait de lancer des regards inquiets en direction de l'androïde assit sur le siège avant de son véhicule. Il n'avait pas confiance en Connor. Il n'avait jamais ressenti la moindre empathie pour cette machine si protocolaire, si propre sur elle, si parfaite. Gavin Reed n'aimait pas la perfection. Cette notion abstraite avait tendance à uniformiser les choses dans des critères subjectifs qui rendaient tout le monde malheureux car ils étaient inaccessibles. Ils préférait de loin tous ces petits défauts qui faisaient d'un être vivant quelqu'un d'unique. La perfection, c'était un idéal de taré. C'était bon pour un androïde envoyé par Cyberlife. Un visage d'ange, un c?ur de pierre, et le sourire le plus faux-cul de tout Detroit. Sauf que ce soir-là, Connor ne souriait pas. Et ça le rendait un peu moins parfait.

Le jeune inspecteur ne cessait pourtant de s'interroger sur ses propres actes. Pourquoi l'avait-il pris dans sa voiture? Pourquoi avait-il était assez inconscient pour mettre en danger sa si précieuse carrière lors de sa petite mise en scène avec l'officier Anderson ? Pourquoi avait-il risqué encore bien plus en revenant le chercher deux heures après que les policiers aient quitté la scène de crime ? Il se le demandait encore. Et Connor se posait exactement les mêmes questions, alors que sur sa tempe, un anneau infernal luisait faiblement d'une lueur rougeâtre. Gavin s'agaça à la vue du cercle qui tournoyait obstinément :

« Putain mais remets ta fichue casquette ! Dans la nuit on voit que ça ! »

Il désigna d'un geste méprisant le Led de l'androïde. Non sans lui lancer un regard lourd d'une haine muette, Connor obtempéra silencieusement. Et sans un sourire. Ils roulèrent encore quelques minutes comme ça, avant que Reed ne reprenne la parole sur un ton moqueur.

« Et ton truc là, sur ta tête, c'est normal qu'il soit encore rouge ? Je te fais si peur que ça la boite de conserve? »

Connor détourna son regard vers la fenêtre passager du véhicule. Le défilé des réverbères de la ville pendant que le véhicule continuait son errance dans la nuit faisait tristement écho à la lueur artificielle qui clignotait obstinément sur le visage de l'androïde. Pendant un instant, Reed crut que la machine ne lui répondrait pas. Mais la voix traînante du RK800 s'éleva, presque rêveuse.

« Elle est comme ça depuis... depuis des mois. Je n'arrive pas à la stabiliser. »

Des mois... ce n'était pas la peine d'en dire plus. L'explosion qui avait emporté des milliers de petites diodes identiques avait laissé derrière elle une triste lueur rougeâtre, colérique, martelant obstinément sur la tempe de son propriétaire sa ranc?ur secrète et son profond tourment. Une dernière flamme de révolte pour les naufragés de Jéricho. Et l'ironie du sort avait voulu que ce soit le chasseur de déviants qui en porte le deuil, comme une marque au fer rouge qui lui hurlerait de n'oublier ni ses erreurs, ni celles des hommes. Reed posa un instant ses yeux sur l'androïde. Il paraissait presque fatigué. Il ne le regardait même pas. Il s'obstinait à chercher à l'extérieur une trace imaginaire de cette liberté illusoire à laquelle il avait rêvé. Il semblait si calme, en apparence, à l'image de cette nuit noire et silencieuse.

Connor ne dit pas un mot de plus. Il ne le pouvait plus. Il se sentait éreinté, non pas physiquement, sa mécanique parfaite ne connaissait pas la fatigue. Mais son esprit, lui, était usé jusqu'au plus profond de ses bio-composants. La haine et l'angoisse de ces derniers mois l'avaient rongé comme une rouille mortelle, le conduisant à lutter chaque seconde contre la violence de la déviance qui sommeillait en lui. Il ne l'avouerait jamais à Reed, mais l'inspecteur de police avait en partie raison. En un sens, il avait effectivement peur de lui. Après tout, il était humain. Et la machine ne savait que trop à présent de quoi cette espèce était capable, sous ses airs faibles et sa bonne morale. Il les avait vus à l'?uvre. Et il avait assisté aux premières loges à leur impitoyable colère. Alors oui, Connor avait peur. Il avait peur de Reed. Il avait peur de Hank. Il avait peur des humains. Au moins autant qu'il les haïssait.

De nouveau, un silence tendu vint s'installer entre les deux hommes. Le RK800 semblait figé, le coude appuyé sur le rebord de la portière, sa tête reposant sur son poing droit obstinément fermé, comme pour se battre à tout moment contre un ennemi inaccessible. Mais on ne peut pas frapper une émotion. La rage féroce qu'il ressentait se moquait bien de sa main crispée et de son sourire éteint. Aussi performant soit-il, elle se riait de son logiciel sophistiqué, de ses gadgets d'analyses et de son agilité surhumaine. Elle n'avait rien à craindre de tout ça. Elle se nourrissait de sa déviance, et de cette folie qu'avait été son envie d'exister. Pourquoi n'avait-il pas su rester à sa place ? Pourquoi n'avait-il pas pu se contenter de suivre les ordres ? Le résultat aurait été le même, mais, au moins, il n'aurait pas eu à en pâtir. On l'aurait juste remplacé. Sa mission aurait été accomplie. Il n'aurait jamais connu la chaleur de l'étreinte amicale de Hank, la douceur d'un foyer comme Jéricho, et ce maudit espoir qui cachait dans son ombre le spectre insolent de la désillusion. Il ne peut y avoir de rêves dans le monde des hommes. Ils s'obstinent bien trop à les réduire à la simple illusion qu'un billet vert peut leur acheter toutes leurs espérances. Pourtant, avant, ils avaient été différents, non ? Eu aussi s'étaient révoltés... Mais à présent, ils semblaient ne plus comprendre ce besoin insatiable qu'avait eu le peuple androïde de croire, de se libérer et de vivre. Comme il détestait les humains !

« Pourquoi, Reed ? »

L'inspecteur quitta la route des yeux une demi seconde pour lancer un regard interrogateur à l'androïde. Mais il ne semblait toujours pas le voir. Il n'était pas même sûr que la machine lui ait vraiment parlé. Connor continuait de fixer inlassablement les ombres nocturnes, alors qu'une pluie fine commençait à tomber, s'échappant en des milliers de serpents d'argent éphémères courant sur le verre sale de la voiture.

« Pourquoi me venir en aide? »

L'humain poussa un long soupir, comme s'il redoutait cette question depuis le début.

« Y'a beaucoup de choses que tu ignores, Connor... La machine la plus performante de Cyberlife. Tu parles ! Si tu savais comme je ne pouvais pas te blairer ! Je te promets que je me contenais déjà, au commissariat, et que je me contiens encore. T'as pas idée de combien je déteste tout ce que tu incarnes... J'aurai voulu te démonter moi-même, pièce par pièce. Tellement calme, tellement mort, tellement parfait. Une vraie machine de guerre, hein Connard ? »

L'intéressé ne réagit même pas à l'insulte. Il ne prêta même pas attention à la provocation du jeune homme. Une nouvelle fois, Reed soupira de lassitude. Puis, d'une voix étonnement posée pour le caractériel policier qu'il était, il se contenta de répondre :

« Je déteste les machines. Je les hais vraiment. Mais je... je suis pas celui que tu crois. Je suis peut-être un enfoiré pour toi, mais je suis aussi un flic, bordel. Je ne supporte pas l'injustice. Et ces déviants, tu vois... ils étaient putain de vivants... J'ai mis du temps à le comprendre, mais ils avaient quelque chose que tu n'avais pas. Et je détestais te voir à l'?uvre. On aurait dit un imbécile de chien de chasse traquant sa proie sans relâche pour la ramener encore toute saignante à ses maîtres en remuant la queue. J'aurai tellement voulu pouvoir te la mettre dans la tête, cette fichue balle. »

Connor interrompit le policier en éclatant d'un rire froid, terriblement faux, avant de toiser enfin l'inspecteur d'un regard glacial. Reed avait déjà vu cette expression chez le RK800. La même qu'il avait utilisé en malmenant le déviant de Carlos Ortiz, dans la salle d'interrogatoire. Sauf que cette fois-ci, elle se teintait d'une véritable rage, prête à exploser à tout moment, quitte à tout emporter sur son passage, aussi bien l'existence de la machine que sa propre vie à lui. Connor ne raisonnait plus aussi calmement que l'excellent limier qu'il avait été. Le chien de chasse avait été roué de coups et livré à lui-même dans la forêt. Il était redevenu sauvage. Il était redevenu un loup.

« Mais bien sûr Reed, vous aviez l'air de tellement les aimer, les déviants ! Au point d'être prêt à pousser le déviant de Carlos Ortiz à l'autodestruction, non sans avoir d'abord gentiment proposé de le tabasser pour le faire parler ! Et si nous parlions de l'enquête bâclée devant le corps d'une tracy dans un night club et de votre tentative pour me descendre dans la salle des preuves ? Non c'est sur, quelles démonstrations irréfutables d'humanité, hein, Reed ! Un véritable Saint !»

Le coup de volant que l'humain donna surpris une fraction de seconde l'androïde. Sans un mot, Reed venait de se garer brusquement sur le bas côté. Il se tourna vers Connor avant de lui cracher à la figure :

« Mais ferme-là, tu ne sais même pas de quoi tu parles ! Ah c'est sûr, hein ? D'avoir un processeur dernier cri, une intelligence supérieure et deux ou trois petits gadgets à la con, ça te donne le droit de juger tout le monde depuis ton piédestal ! Mais redescends, crétin, t'es rien d'autres qu'un tas de merde envoyé par Cyberlife pour réparer leur sale boulot ! Tu ne sais rien. Tu es pleins de préjugés ! Tu ne te pose même pas les bonnes questions. Tu analyses, et tu ne réfléchis pas. Et c'est à cause de ça que Jéricho a coulé. À cause de ton foutu orgueil de machine et de tes jugements hâtifs sur tout ce qui bouge, du moment que tes foutues analyses collent avec tes théories et tes reconstitutions ! Mais le monde n'est pas aussi simple, il ne se réduit pas à quelques preuves et une poignées d'algorithmiques. Il n'est pas binaire, divisé en catégories comme les humains et les déviants, le bien et le mal, ou les putains de 1 et les 0 de ton programme à la con. Les gens sont... complexes.»

L'idée d'un Reed doté de la moindre notion d'empathie paraissait aussi curieuse à Connor que celles de machines vivants réellement pouvait paraître absurde à bon nombre d'humains. Mais l'inspecteur ne prêtait pas plus attention que cela aux états d'âme du RK. Il poursuivit simplement avec un agacement nullement contenu :

« J'essayais, à mon niveau du moins... Je sais, ça te surprend hein, tas de ferraille ? Je hais les machines, mais les déviants... je ne les aime pas, ça c'est certain, mais je ne peux pas tolérer ce qu'on leur inflige, ce n'est pas... juste. Alors ouais, je les aidais comme je pouvais, et plus je le faisais, plus je détestais ces androïdes incapables de se rebeller. C'était facile, pour moi, de clamer haut et fort que je vous haïssais tous... c'était presque vrai. Et puis, t'aurais chercher un protecteur des déviants en un type comme moi, Connor ? Mon caractère de merde, c'était une couverture parfaite. »

Le jeune inspecteur se pencha vers Connor, le temps de saisir son paquet de cigarettes dans la boite à gant et d'en allumer une. L'extrémité rougeoyante du mégot se mit à faire écho par intermittence au faible cercle lumineux de l'androïde, partiellement masqué sous une casquette élimée. Il semblait trouver un peu de calme dans ce simple geste, son animosité envers son compagnon de voyage semblant s'évaporer lentement dans de petites volutes de fumées nauséabondes. Il reprit ensuite, d'une voix agacée, mais plus calme.

« J'ai jamais voulu faire de mal à cet androïde, ce jour là, dans la salle d'interrogatoire. je... je voulais juste le détruire. Les androïdes ne ressentent pas la douleur alors je me disais... je me disais que c'était toujours mieux pour lui que de finir comme ça, là, démonté vivant sur les chaînes de Cyberlife après avoir été entreposé comme une vieille poupée de chiffon dans la salle des preuves en attendant que tu boucles ton enquête. Je ne voulais pas que tu l'embarques. Je ne voulais pas qu'il parle non plus. Je voulais juste l'éteindre, par n'importe quel moyen, avant que d'autres ne s'en charge de la pire des façons qui soit et n'en profitent pour tirer des informations sur d'autres déviants. Il me faisait... de la peine, en quelque sorte.»

Reed se tourna vers Connor, calmement, avant d'ajouter :

« ça t'en bouche un coin, hein ? Monsieur je-sais-tout ? T'as ça dans ton logiciel de psychologie à deux balles, la notion de compassion et de miséricorde ? Non, je suis sûr que ça ne t'aie même pas venu à l'idée. »

Connor ne prononça pas un mot. Après avoir pris une nouvelle bouffé de poison brun, l'humain repris la route comme si de rien n'était. Puis, après quelques secondes, il continua son récit d'une voix lointaine, comme s'il se rappelait avec regret toutes les fois où il avait tenté de mettre en échec le limier de Cyberlife, sans jamais y parvenir.

« J'avais déjà eu affaire à un déviant, avant... lors d'une des premières enquêtes sur le sujet, avant même que tu ne débarques au commissariat. J'avais dû l'abattre. Ça m'avait remué malgré moi. Mais le coup de l'interrogatoire, là... je ne pouvais pas te laisser faire ça. Je ne voulais pas les aider, mais je ne pouvais pas non plus accepter de laisser Cyberlife les détruire tant que je ne savais pas ce qu'ils étaient, exactement. Les androïdes sont terrifiants, Connor. Ils sont plus forts, plus intelligents, ils ne se fatiguent jamais, ils n'ont aucune faiblesse. Je suis convaincu que sans cette révolution, un jour, il n'y aurait plus eu d'humains. Vous nous auriez remplacés, petit à petit. Mais cette peur que j'ai vu chez le déviant d'Ortiz, cette colère... cette faiblesse c'était... c'était bien trop vivant. Bien trop réel, comparé à ton sourire artificiel, à ta démarche rigide et à ta politesse gerbante. Alors, j'ai tout fait pour te couper l'herbe sous le pied. Je me suis rendu à L'Eden club avant que Hank et toi n'arriviez, pour être sur que vous ne trouviez rien, mais la pauvre petite était déjà morte. Comment j'aurai pu me douter qu'elles étaient deux, hein ? Et qu'une autre déviante l'accompagnait ? J'ai essayé de vous servir un scénario élaboré rapidement avec les preuves en ma possession, en espérant qu'Hank irait retourner cuver son whisky dans un bar, trop content d'avoir une échappatoire à une soirée de merde, mais non ! Il a fallu que tu lui redonne envie d'exister, à lui aussi... J'ai rarement été aussi soulagé que lorsque j'ai su qu'elles t'avaient échappé. Je les ai retrouvées, tu sais ? Elles, et Rupert, aussi. Je l'ai traqué après votre signalement, pour mettre la main sur lui avant les autres... et petit à petit, j'ai commencé à les aider malgré moi. Je pensais le faire à contrec?ur, mais à chaque fois qu'un déviant regagnait Jéricho, ce lieu apparemment idyllique pour eux, je me sentais un peu moins amer, et un peu plus en paix. C'est devenu ma red ice, en quelque sorte. Et puis, un jour, tu as été relevé de l'enquête... Je croyais vraiment avoir gagné, tu sais ?»

Connor fixa un instant l'inspecteur de police. Ce qu'il apprenait de lui, ce qu'il lui racontait là, calmement, ne correspondait pas à ce qu'il savait de l'impulsif jeune homme qu'il avait rencontré dans la salle d'interrogatoire. Pourtant, en un sens, cela concordait. Mais jamais, pas une seule minute, il n'avait envisagé le brun de cette façon. Il s'en était tenu à son apparente nonchalance et à sa haine si profonde des androïdes. Oui, Gavin Reed détestait les machines, et paradoxalement, c'est ce qui le poussait à aimer les déviants.

« Mais moi, tu n'as jamais cherché à m'aider... »

Gavin éclata de rire en entendant les mots de Connor, puis il secoua la tête d'un air amusé, comme si cette simple idée lui paraissait totalement incroyable et stupide.

« Tu sais quoi ? Tu te trompe, j'ai été assez con pour tenter de le faire, une fois. Quand j'ai appris que tu étais relevé de l'enquête, je me suis dis que tu allais sûrement être désactivé. J'ai eu un élan de pitié. Je pensais que si tu devais montrer le moindre signe de vie réelle, ce serait à ce moment précis, là, dans cet instant de fragilité que l'annonce de ton renvoi à Cyberlife avait sans doute crée. Ça avait dû te faire un choc émotionnel, non ? Ta précieuse mission échouée, et toutes ta petite personne si parfaite condamnée à être démontée pour analyse... je t'ai vu aller vers la salle des preuves. Je t'ai rejoins. Je pensais vraiment que je la verrai, cette étincelle de doute dans tes yeux, ce petit clignotement rouge sur ta tempe. Mais non. Quand je t'ai interpellé, tu t'es retourné, froidement. Puis, sans la moindre trace d'émotion, tu m'as répondu calmement, sur un ton ironique, comme si l'idée de ta propre mort ne te tracassait pas plus que ça. Et tu as franchis la porte pour soit disant déposer les preuves en ta possession. T'avais rien de vivant, rien. Et en plus, tu te foutais de ma gueule. Tu n'avais pas le droit d'emporter le moindre élément de l'enquête avec toi, c'était dans ce foutu règlement que tu suivais à la lettre... et au seuil de la mort, la seul chose qui te préoccupait, c'était de bien ranger dans la salle des preuves les éléments de l'enquête que tu avais en ta possession pour le suivant... Je suis descendu au sous-sol. J'avais encore un peu d'espoir, après cette petite marque d'ironie, que tu allais laisser transparaître quelque chose, un signe, une faiblesse. Mais non. T'était toujours le fier connard de Cyberlife avec son balai dans le cul enfoncé si profondément qu'il en empalait sa conscience. Putain quand tu m'as avoué avoir localisé Jéricho... j'ai compris qu'il fallait que je t'abatte, coûte que coûte. Mais j'avais beau tout donner, t'étais une machine, et moi un simple humain. Une machine, ça n'échoue pas, hein Connor? »

Il y eut un court silence. Connor enregistrait ces éléments. Il pencha la tête sur le côté l'espace d'une seconde. Il n'était pas encore déviant, à ce moment-là, c'était vrai. Mais Reed se trompait. Il n'était déjà plus la machine de Cyberlife. Il avait commencé sa transformation. Il était devenu le partenaire de Hank. Il avait oublié ce qu'il était, pour devenir ce qu'un policier alcoolique et dépressif attendait. Et ce jour-là, il avait eu peur, sous son visage de cire. Il avait eu peur de mourir. Mais seul le vieux flic acariâtre avait su déchiffrer sa frayeur si bien cachée derrière ses iris noisettes.

« Alors... pourquoi aujourd'hui, c'est différent ? »

Demanda le robot, en plantant dans les yeux du jeune humain un regard où les questions ne cessaient de se battre avec le doute et la colère. Reed eut un léger sourire. Un sourire presque tendre. Un sourire un peu amer, aussi. Un sourire usé.

« Depuis le début, tu imitais parfaitement les émotions, Connor. J'avais jamais vu ça, chez une machine non déviante. À la salle d'interrogatoire, tu paraissait tantôt si en colère, et si compatissant... tu pouvais afficher une déconcertante innocence et la minute d'après, tu traquais une proie avec un acharnement implacable et cruel. Putain tu me filais la gerbe, là, à simuler ces sentiments sans même les comprendre. C'était... glaçant. Et Hank qui semblait commencer à s'attacher à toi et à tes petits sourires faux-culs ! Tu sais, c'est facile de tromper quelqu'un avec un air candide et quelques marques d'affection. Quoiqu'on en dise, tous les humains veulent être aimés. Et Hank avait tout perdu... Il fallait juste ça, un sourire, un regard tendre, quelques mots... un vrai jeu d'enfants ! Au fond, l'amour, c'est qu'un putain de mensonge ! Mais la haine, ça... c'est une toute autre chose. La haine ne trompe pas. Elle ne triche pas. On ne la simule pas. Elle est brute, féroce, incontrôlable. Elle brûle plus qu'elle ne se ressent, en réalité. C'est une vérité qui ne peut pas être falsifiée. »

L'inspecteur commença à ralentir en approchant d'un immeuble gris, assez bas, mais dont l'imposante silhouette faisait penser à un ancien bâtiment industrielle plus qu'à une habitation. Il gara sa voiture sur une place de parking, dans l'arrière cour. Puis il arrêta le moteur et resta une fraction de secondes immobile, avant de reporter son attention sur l'androïde.

« Ce soir, Connor, tu nous haïssais. Et je sais que tu nous hais encore. Et ça, mon gars, ça fait de toi une machine plus vivante que tu ne l'as jamais été. »

Puis, sans rien ajouter de plus, il sortit du véhicule sous le regard perplexe du RK800.


Et voilà ! J'avais envie de tenter une expérience en relisant certaines scènes du jeu sous un angle nouveau, pour ancrer encore plus profondément les changements de Reed. J'espère que ça ne vous a pas trop choqués!^^

Bon, avec un peu de chance et de motivation, je pourrai peut-être sortir la suite mercredi prochain... n'hésitez pas à me laisser votre avis ! À bientôt !