Coucou !
Je suis devenue monomaniaque d'un nouveau jeu, This war of mine, et ce chapitre a failli ne jamais voir le jour ! Mais le gentil Pavel me faisait un peu penser à Jake, alors j'ai quand même réussi à ne pas oublier complètement que j'avais une fanfic en cours !
Dans le dernier chapitre, j'avais peur que vous en vouliez à Jake parce qu'il se comporte un peu mal, et finalement vous avez tous été furax... contre Chris (pour changer XD) ! Qui n'était même pas là pour donner sa version des faits ! Bande de monstres XD ! (bon okay, j'y suis peut-être allée un peu fort avec Chris... mais vu que c'est un POV Jake et que Jake l'aime pas, j'ai pas pu faire autrement !)(et puis allez, je l'avoue une fois pour toutes : j'aime bien le maltraiter un peu :D)
Chapitre 4 !
Jour 30 et quelques :
Redfield a rappelé deux fois. La première fois il n'a pas laissé de message, et la seconde un très court : Bonjour Piers, c'est encore moi... Chris. Je veux juste m'assurer que t'ailles bien. Rappelle-moi ». Il avait l'air sincère, le salaud, ça avait le don de m'énerver. J'effaçais tout sans scrupules.
Par contre, quand je croisais le regard de Piers qui se doutait de rien, je peux pas dire que j'étais fier de moi. Il avait sûrement besoin de Redfield en ce moment. Et même, il avait sûrement plus besoin de lui que de moi.
Mais bon, dans la vie on a jamais ce qu'on veut. Nivans veut Redfield, Redfield veut Nivans, et moi je veux Sherry, du fric et un palace en Californie, alors fuck. Je rétablis la justice.
C'est ce que je me disais pour me donner bonne conscience et ça passait. Ça passait même un peu trop bien, faut dire que j'avais intérêt à me blinder, Piers faisait tellement de peine avec ses quintes de toux et son œil plein de fièvre que vraiment, je culpabiliserais au moindre truc si je faisais pas gaffe. Rien que là, maintenant, j'avais poussé la table basse pour faire un peu de sport sans avoir à lâcher la télé des yeux, et Nivans avait été relégué dans la cuisine au milieu de tout un tas de paperasse. Il... alala... bon je vais dire ça d'un ton neutre pour vous laisser juger du niveau de pathétique de la situation :
Il cherchait du travail.
Ce mec a un bras amputé, un visage dégueu et une espérance de vie dans le négatif, et voilà ce qu'il fait. Il croit encore qu'il a une chance d'avoir une vie normale. Si c'était pas culpabilisant, ça. Quoique, oh, j'ai un taff. Un taff à 15000, même, je prend juste un peu mon temps.
Pour le moment, le monde réel me donnait raison : Nivans ne décrochait que des réponses négatives. Ben ouais, qui voudrait de lui ? Les rares entretiens qu'il était parvenu à décrocher s'étaient tous finis dans le dégoût, et le malaise au moment de serrer la main gauche. Il s'était inscrit au pôle emploi, où il allait pointer bravement tous les mois. Mais depuis qu'ils lui avait trouvé un poste d'assistance téléphonique dans lequel il avait tenu deux jours, avant de cracher ses poumons dans le combiné en terrorisant le client et tout l'open space, il était grillé je pense. La boite aux lettres était pleine de refus, et le téléphone restait obstinément silencieux. Ouais, le téléphone silencieux j'y était un peu pour quelque chose, mais je le checkais régulièrement, et je savais que personne d'autre que Redfield n'avait appelé ce mois-ci.
Piers ne se décourageait pas, c'est quelque chose que je ne peux pas lui enlever. Faut dire que financièrement ça allait pas fort, la pension du BSAA couvrait à peine les frais d'hôpitaux, et mois après mois, Nivans grignotait ses économies. Et ben oui, j'ai fouillé ses relevés de comptes, et après ? Il avait qu'à pas les laisser traîner.
En parlant de boulot, voilà le mien qui m'appelle.
- Merde, ai-je râlé en voyant le numéro s'afficher sur mon portable.
Piers m'a regardé. Je me voyais mal discuter de sa mort juste en face de lui, alors je suis sorti sur le balcon.
- Jake Muller, j'écoute, ai-je fait très classe et très pro.
Cris d'hystérie. Comment ça se faisait que je l'avais pas encore buté ça faisait déjà un mois ? Rooh ça va, ya pas mort d'homme, si je puis dire, haha. J'avais dit 48 heures ? Et ben vous aviez qu'à me payer plus que ça, je sais de source sûre que vous m'avez baisé. Non, je demande pas une augmentation ! Je demande plus de temps, c'est tout. Il vous fait chier, le gosse ? Non ? Bah alors ou est l'urgence ? Ah, et m'envoyez pas de remplaçant, sinon jle bute. Non mais.
J'ai raccroché un peu inquiet. C'était le papy flippant. Il allait falloir que je trouve un moyen de régler le problème avant qu'il ne perde patience.
Par la vitre, je voyais Nivans. Il était en train de s'étouffer dans sa toux, il crachait du sang et des bouts de J'avo sur ses lettres de motivation. Il allait devoir les refaire, de la main gauche et sans appui, ça lui prendrait des heures et des heures et le résultat serait moche comme tout, aucun employeur se donnerait jamais la peine de lire. Il ferait aussi bien de les envoyer telle qu'elles, avec des traces de glaires et de sang, ça pouvait pas diminuer ses chances.
J'ai pas envie de le tuer, putain j'ai pas envie.
Je suis repassé dans le salon et Nivans m'a fait le même regard intrigué.
- C'était ton papy, j'ai fait. Il te passe le bonjour.
- C'est vrai ?
- Mais non crétin ! Il m'a engueulé parce que je t'ai pas encore buté.
- Ah.
Déçu, Nivans a repiqué du nez vers sa paperasse. J'arrive pas à comprendre le rapport de ce type avec son affreuse famille. Ils l'ont déshérité, viré de chez eux et engagé un mercenaire pour le tuer, et Nivans croit encore qu'il y a une chance que tout s'arrange.
Je suis allé m'asseoir sur une chaise à coté de lui et j'ai jeté un coup d'oeil à ses lettres de motivation. C'était pas aussi crade que ce que je pensais, mais l'écriture c'était niveau CP. Il s'appliquait pourtant. Il traçait les mots tout doucement, en essayant de garder sa main gauche immobile et en attendant que l'encre sèche bien avant de passer dessus. Je le regardais faire en rêvassant. Aucune chance qu'il obtienne un entretien avec une écriture comme ça. C'était comme pour sa famille, de l'espoir mal placé, misé sur n'importe quoi parce qu'il y a pas de place ailleurs. C'est nul. Ça me déprime. Si j'avais du fric je lui achèterais un PC, il pourrait au moins faire ses lettres proprement et avoir une chance.
- Qu'est-ce que je vais faire de toi, ai-je soupiré sans y faire attention.
Nivans a pas compris. Je disais ça, je sais que c'est difficile à croire mais c'était affectueux. Oui, c'est dingue, même moi je m'en remet pas. Mais Piers a cru que je pensais encore à l'engueulade que je venais de me prendre par son papy diabolique. C'est presque gentiment qu'il m'a dit :
- Tu peux toujours me tuer. Je t'en empêcherai pas.
Ça m'a donné une envie soudaine de le choper par les cheveux et de lui éclater sa tête de mutant sur ses quarante brouillons de CV. Putain ! Je supporte pas quand il dit des trucs comme ça. Pourquoi tu cherches du travail si déjà t'as pas envie de vivre ? Comment ça se fait que l'idée de trouver un taff de merde ou de te réconcilier avec tes affreux parents ça te rende plus heureux que le fait que je te tue pas ?
Je m'en rendais bien compte que sa vie était nulle mais... suicide-toi, putain ! Je l'ai dis à voix haute, ça, en gueulant bien fort. T'as qu'à te suicider si t'as ce point pas envie de vivre ! Ça fait déjà un mois que je suis là, je te tuerai pas t'as pas compris ? Si c'est ce que tu veux t'as qu'à le faire toi-même, et me fais pas chier. Me culpabilise pas. Me fait pas mal comme ça en disant des trucs pareils.
Les derniers trucs, je les ai pas dits a voix haute, heureusement. Mais je crois que pour une fois Piers a compris. Il s'est mis a rire un peu bizarrement et là j'ai eu droit à la scène la pus surréaliste de ma vie, et pourtant j'en ai vu des horreurs. Piers a posé son stylo et a reculé sa chaise jusqu'au tiroir, puis il a attrapé le grand couteau et il se l'est planté dans le ventre. En rigolant et en me regardant droit dans les yeux.
J'ai hurlé comme un taré, je crois. Je me suis levé tellement vite que j'ai renversé la table (pour ma défense, c'est une pauvre table en plastoc toute bancale qu'il avait dû trouver dans la rue). J'ai enlevé le couteau sans penser une seconde à l'hémorragie, tout ça. Il était plein de sang. Le T-shirt aussi, plein de sang. Et Nivans continuait à gentiment rigoler.
- Si tu savais...
Je l'écoutais pas. J'étais à genoux devant lui et je soulevais son T-shirt pour voir la plaie. Et bien sûr...
Mesdames et messieurs, je vous présente superboy, la version trash et pas du tout sexy de supergirl.
- Si tu savais le nombre de fois que j'ai essayé... au début surtout. Les premiers mois.
Il m'a repoussé de sa main maladroite, et il a remis son T-shirt en place. J'ai reculé, dégoûté.
- Je suis pas humain, Jake. Je peux pas mourir comme ça.
J'avais vu la plaie se refermer, et c'était pas comme sur Sherry, un truc propre. C'était la mutation j'avo qui courait déjà sous sa peau, et qui avait régénéré sa blessure en laissant une sale trace.
- Tu...
hallucinant comment ma voix tremblait.
- ...Tu refais plus jamais ça devant moi !
J'arrivais même pas à gueuler. Je me suis mis a tourner en rond dans la cuisine comme un gros psycho. Pendant ce temps Nivans ramassait la table et ses papiers qui étaient définitivement foutus. Respire. Respire mec il s'est rien passé.
- Je vais faire un tour.
J'ai pris mon blouson et les clés de ma moto. J'avais besoin d'air. Nivans me regardait faire avec un espèce de sourire étrange :
- Fais gaffe, Muller. Tu vas être dans la merde pour ton boulot si tu t'attache à moi.
- T'attacher à toi ? Nan mais tu t'es vu ? Qui pourrait s'attacher à... à...
J'allais dire : à un taré qui se saigne sans aucune raison ! Mais j'ai même pas fini ma phrase tellement j'étais scié, parce que j'aurais pu dire : a ta gueule. A ton corps de lépreux en stade final, et il s'en foutrait. Ma méchanceté le laissait aussi indifférent que le coup de couteau qu'il s'était mis, et ça me faisait carrément flipper.
Comment Chris avait pu laisser son lieutenant sombrer à ce point ? D'accord, il essayait de prendre des nouvelles, mais c'était trop tard maintenant. C'était au début, quand j'étais pas là qu'il aurait fallu qu'il le laisse pas seul.
Je suis parti sans me retourner, mais je savais que ce je venais de dire à Nivans ne lui était même pas monté au cerveau, tellement il était... tellement il était comme mort à l'intérieur.
Sa plaie qui venait de guérir confirmait ça.
J'ai fait un tour dans le quartier, donc, mais c'était aussi gris et moche que chez Nivans. Des vieux alcolos qui squattent le PMU et qui vont rentrer chez eux mettre les pieds sous la table. Oui je sais, je suis mal placé pour critiquer.
Même pas de fric pour aller au ciné. Du coup bah je suis rentré.
J'ai eu droit à une surprise en arrivant : Piers m'attendait en bas de l'immeuble, assis sur les marches, et bien caché sous la capuche de son manteau. C'était la première fois que je le croisais dans la rue. Quand je me suis retrouvé en face de lui il m'a dit :
- J'ai cru que je t'avais fait peur, et que tu reviendrais pas.
Peur ? Moi ? Pfff. J'avais peut-être été un tout petit peu impressionné mais ça va pas plus loin faut pas déconner.
Je me suis assis sur la marche coté de lui et je me suis allumé une clope.
- T'es immortel alors ? Ai-je demandé.
- Non. Tu sais bien qu'on peut tuer les J'avos. C'est juste... pas pareil. Toi tu pourrais me tuer sans problème.
Si tu crois que je te vois pas venir avec tes sous-entendus. Mais je tomberai pas dedans :
- T'as essayé de te tirer une balle dans la tête ?
- Non.
Il m'a regardé.
- J'y ai pensé mais je l'ai jamais fait. Imagine j'y survis.
J'ai craché la fumée de ma cigarette en imaginant Piers aller à ses entretiens d'embauche avec un trou de chaque coté du crane.
- J'ai pas essayé de me pendre non plus, j'arrivais pas à faire le nœud avec une seule main.
Trop glauque. J'espère qu'il voulait pas que je le tue parce qu'il n'y arrivait pas lui-même, et qu'il ne me laissait pas rester chez lui pour cette raison. Parce que j'en avais franchement de moins en moins envie.
- Je peux de demander un truc ? M'a-t-il alors demandé.
- Ça dépend, ai-je répondu tout en pensant et merde
- Tu crois que je pourrais mettre ton numéro de portable sur mes CV ? Comme j'en ai plus, je me dis que peut-être que les employeurs trouvent ça bizarre que j'ai pas de portable. De nous jours ça se fait plus trop.
J'ai eu envie de rigoler. Mon pote, tu crois que c'est parce que ya pas de numéro de portable que tout le monde fout ton CV à la poubelle ? Après j'ai eu envie de l'envoyer chier, pour l'amour de l'art, mais j'étais rassuré qu'il ne me demande que ça. Et puis si un employeur appelait, ce serait sur mon téléphone et je pourrais choisir de lui transmettre ou non, répondre à sa place, contrôler sa vie. Quand je m'emmerde, faut que je fasse ce genre de trucs c'est plus fort que moi.
J'ai dit okay, et je lui ai dicté mon numéro pendant qu'il notait sur un bout de papier. C'était marrant. Comme si on était potes, s'échanger nos 06 et à zoner en bas de l'immeuble.
Jour 37 :
Pas d'offre d'emploi mais un message de Chris :
Piers... j'ai appelé ton hôpital. Ils m'ont dit que tu étais en vie mais que tout le reste relève du secret professionnel. Allez, réponds-moi, s'il te plait. Tu comptes, pour moi... plus que tu l'imagines. J'ai besoin qu'on se parle. Et je pense que toi aussi. Rappelle-moi. Dis moi ce que je peux faire. Je t'en prie.
De plus en plus mélo le Redfield. Mais on a pas besoin de lui c'est bon.
Jour 40 :
Piers et moi on a eu notre première engueulade. Il était temps, faut dire, ça devenait bizarre. Mais quand même, j'aurais pu m'en passer.
C'était venu de nulle part. Je l'ai déjà dit, Piers supportait à peu près tout sans moufter. Des fois il me regardait de travers, mais ça allait jamais plus loin. Aujourd'hui, comme tous les jours, je regardais tranquillement la télé pendant qu'il faisait la vaisselle. Il avait toujours eu du mal avec la vaisselle. Malgré six mois tout seul, il n'avait toujours pas trouvé l'astuce pour arriver a frotter une assiette ou nettoyer l'intérieur d'un verre avec une seule main, surtout quand ça glisse à cause du produit. Mais comme il ne me demandait pas plus d'aide pour ça que pour quoi que ce soit d'autre, je m'en foutais, je le laissais gérer. Fallait bien qu'il apprenne.
- Putain ! S'est-il soudain mis à gueuler. fait chier !
Suivi d'un bruit de vaisselle pétée. Vu que c'était venu après, il avait dû faire ça volontairement. Pas malin. Il en cassait déjà tellement sans faire exprès, on allait finir par manger sur du papier journal à même la table si ça continuait.
Il ne s'énervait jamais à voix haute d'habitude, j'aurais peut-être dû réagir à ce moment là. Mais voilà, j'étais en train de me bidonner devant video gags, j'avais aucune envie de me soucier d'un amputé en crise de détresse, parce que c'était de ça qu'il s'agissait. La misère, l'isolement, l'impuissance. Je suis pas stupide, je savais bien que Piers souffrait. Mais j'avais pas envie de voir, pas envie de m'approcher de ça. On dirait pas comme ça mais moi aussi j'étais déprimé, depuis la base sous marine, la mort de maman, le départ de Sherry et les documentaires de merde que je me tape. Alors comme on dit : chacun sa merde. Moi je pleurniche pas et personne ne vient m'aider, alors je ne vois pas pourquoi je ferais quelque chose pour Piers.
Sauf que lui, il a pas vu les choses comme ça. Il s'est tourné vers moi et il m'a gueulé :
- Ça te tuerai de venir m'aider ? Tu vois pas que j'arrive pas à m'en sortir ? Si tu comptes vivre ici, tu participe !
Oulààà pour qui il se prend d'un coup? Objectivement il avait pas tort et ça m'aurait pas fait chier plus que ça de faire la vaisselle une fois dans ma vie, mais vu comment il m'avait engueulé comme du poisson pourri, c'était mort. J'ai ma fierté.
- T'inquiètes pas et fait une pause, chéri, ai-je rigolé, tu finiras demain.
C'était une private joke : J'avais imité les deux ou trois blaireaux avec qui ma mère était sortie quand j'étais petit. Piers n'a pas trouvé ça drôle du tout. Pire que ça, même. Il m'a répondu en me lançant un morceau d'assiette au visage. Okay. Une scène de ménage digne des téléfilms les plus foireux. N'empêche, ça se voit qu'il était sniper le mec parce que je me le suis pris en plein front. Ça m'a pété l'arcade. Un peu plus et ce con me crevait un œil.
Je me suis levé. La colère était montée d'un coup. Ya des trucs dans la vie qu'on peut pas laisser passer. Que ce j'avo de merde de Nivans jette des débris de vaisselle à la gueule de Jake Muller, ça allait pas être possible.
Je suis allé vers lui, tranquille et menaçant. Il a hésité sur l'attitude a adopter, il devait se demander si je m'approchais pour faire la vaisselle ou pour lui démonter la gueule. Il a juste reculé un peu, et il a lancé au hasard, pour la frime :
- Aide-moi, putain !
Juste à ce moment là je lui ai allongé une méga tarte dans la mâchoire. Il a levé son bras pour se protéger et je lui ai chopé le poignet.
Il pouvait plus rien faire.
Sans le lâcher, je suis passé derrière lui pour pas qu'il puisse donner de coup de pied, et je lui ai tordu le bras jusqu'à ce qu'il se mette à genoux. C'était mécanique, chez moi, l'enchaînement était rodé à fond, j'avais même pas besoin de réfléchir. C'était peut être ça le problème d'ailleurs.
Il a couiné de douleur. Comme quoi, le virus C renforcé est pas invincible. A moins que ce soit seulement le coté humain qui trinque. Un millimètre de plus et je lui pétais le seul et unique bras qu'il lui restait. Quand j'y repense aujourd'hui, je me sens horriblement mal d'avoir fait ça, mais sur le coup c'était jouissif. C'est qui le maître, Nivans ?
- C'est bon... lâche-moi...
Mais qu'est-ce que je fous, moi ? Qu'est-ce qui me prend ? il est handicapé putain ! Je l'ai lâché. Il s'est redressé et immédiatement, et il a ramené son bras contre lui. Il pouvait rien faire d'autre, avec. Il m'a fait un regard de haine :
- Barre-toi de chez-moi, m'a-t-il murmuré d'une voix basse mais implacable.
Je voulais répondre un truc mais les mots sortaient pas. Son poignet était tout violacé, et il ne pouvait rien faire d'autre que le tenir contre son torse. Pourquoi j'avais fait ça ?
Encore une fois, j'ai eu besoin d'air. J'ai eu besoin d'échapper au poids de sa vie. J'ai commencé à m'en aller, et Nivans m'a réclamé :
- Tu prend tes affaires. Prend ton chargeur. Et laisse les clés ici.
Je l'ai fait, et j'ai claqué la porte. Une fois dehors, au parking, j'ai touché mon front. Je saignais là où le bout d'assiette m'avait frappé. C'était pas bien grave. J'ai démarré ma moto et je me suis cassé. J'essayais ne de pas m'avouer que je m'en voulais à mort.
Je suis sorti de la ville, et j'ai continué sur l'autoroute. Mais de voir défiler tous ces panneaux qui indiquaient tout plein de destinations, ça m'a fait me sentir mal. Ou est-ce que je vais ? Dans quelle ville ? Et pour faire quoi ? Si seulement j'avais quelqu'un à aller voir, un ami chez qui me poser en attendant de savoir quoi faire de ma vie. Comme tout le monde. Comme les gens normaux. Mais moi j'avais même pas ça. A cette heure ci tout ce que j'avais c'était un amputé mutant passif-agressif a qui je venais de péter la gueule. Je suis pas foutu de garder quoi que ce soit. Et pourtant Nivans était pas difficile, il était aussi seul et paumé que moi. Malgré tout il avait trouvé le courage de me mettre dehors, lui, alors que moi j'arrivais pas à partir.
Je croyais que j'étais libre, mais je l'étais pas. Je croyais que je m'attachais à personne, mais c'était faux. Quelque part, Nivans, je lui étais reconnaissant de m'avoir laissé rester chez lui, c'était tellement inattendu de sa part. Et puis je le trouvais peut-être un peu con et un peu chiant, mais je pouvais pas m'empêcher d'admirer sa façon d'affronter son existence de merde, d'aller de l'avant même si le cœur n'y était pas. Je trouvais ça classe. Nivans faisait partie de ma vie maintenant. Et je pense, vraiment, que c'était plutôt quelque chose de positif.
J'ai pris la sortie d'autoroute suivante, et je suis passé au supermarché. J'ai acheté des assiettes, des couverts et des gobelets en plastique, il pourrait pas m'engueuler si je lui ramenais un cadeau.
En rentrant je stressais quand même un peu. La porte était pas fermée à clé et il n'était pas dans le salon. Je l'ai trouvé dans sa chambre. Il était en train d'essayer de se soigner, enfin je crois. Il essayait de frotter son bras contre une serviette sur laquelle il avait du mettre de la pommade. Déprimant.
Quand je suis entré il ne m'a rien dit. Il a simplement levé les yeux.
- Tiens, j'ai fait, cadeau.
J'ai balancé les assiettes en plastique sur le lit à coté de lui. Il les a ramassées pour y jeter un coup d'oeil, puis il m'a regardé, méfiant.
- On est tranquille, comme ça, me suis-je expliqué. Plus besoin de se faire chier avec la vaisselle.
- C'est pas très écolo, m'a-t-il répondu du bout des lèvres.
Bon. Au moins, il me gueulait pas dessus. J'ai insisté :
- T'en a pas marre de sauver le monde ?
Il a reposé le paquet sans me répondre. Je me suis assis à coté de lui :
- Donne ton bras.
Il a grondé, soudain menaçant :
- Alors là...
- C'est bon ! Je vais rien te faire ! Je veux juste te soigner.
Devant son expression qui était tout sauf confiante, j'ai ajouté :
- J'essaye de me faire pardonner, là, tu vois pas ?
Il a fini par me laisser prendre son bras. Il me laissait une chance, je l'oublierai pas, ça. Je lui ai fait faire des mouvements pour voir si tout était normal, et heureusement oui. Il était solide. Je lui ai mis la pommade là ou j'avais serré son poignet, et j'ai mis un bandage par dessus. Impec. C'était pas forcément nécessaire, mais il avait qu'un seul bras, fallait qu'il en prenne soin. Et puis ça me faisait du bien à moi de faire ça.
J'ai jeté un coup d'oeil à sa tête. Là ou je lui avais mis la méga-tarte y avait déjà presque plus rien. En même temps, comparé à l'autre moitié de son visage, il aurait fallu une putain de charcuterie pour que ça se remarque.
Il m'a dit, d'un ton encore un peu méfiant :
- D'abord tu me frappes, et après tu me soignes. Tu serais pas un genre de pervers manipulateur détraqué ?
Mince. J'espère pas. Et encore, s'il savait que je supprime ses messages de Redfield...
Je me suis justifié d'une façon absolument pas "pervers manipulateur" :
- T'avais qu'a pas commencer, aussi !
Il a secoué la tête et vaguement souri.
- Allez, m'a-t-il dit, dehors.
Au ton de sa voix j'ai su que ça voulait dire sort de ma chambre, et plus sort de ma vie. Alors j'ai obéi, je suis retourné dans la cuisine, j'ai ramassé les morceaux de vaisselle cassée et j'ai tout mis dans un sac. J'ai lavé les quelques assiettes rescapées qu'il restait au fond l'évier. Et puis sur ma lancée, j'ai fait la bouffe. Ça nous ferait du bien à tous les deux de manger autre chose que des céréales et de la pizza. Fallait qu'on se serre les coudes. C'était nous deux contre le monde maintenant. Et je voulais que ça reste comme ça.
J'ai moins bashé Chris, vous avez vu ? Vous pouvez me féliciter ! Vous savez, il arrive dans un le prochain chapitre (normalement... sinon celui d'après) pour rétablir la vérité ! Encore un tout petit peu de patience !
Merci BEAUCOUP BEAUCOUP pour vos reviews ! J'espère que ça vous plaît toujours, moi en tout cas je fais toujours de mon mieux ! a bientôt pour la suite \o/ !
