Bêta : Mokonalex

Traduction Français/Elfique : Cleo McPhee


Cela faisait pratiquement trois semaines qu'Harry avait presque été tué par son oncle Vernon et son état était encore très moyen. Severus n'avait toujours pas pu retirer la perfusion de potion qui hydratait et nourrissait le jeune sorcier, celui-ci n'étant pas assez fort, ni conscient assez longtemps pour se nourrir, même aidé par le vampire. Harry dormait une bonne partie de la journée et somnolait le reste du temps. Les blessures qu'il avait reçues à la tête étaient gravissimes et auraient dû normalement le tuer. C'était un véritable miracle qu'il fût encore en vie et le vampire bénissait Merlin et toutes les déités disponibles pour ce bienfait. Il n'osait pas imaginer quelle aurait été la réaction de la créature des ténèbres en lui, si le garçon avait succombé à ses blessures. Rien que cette pensée le faisait frissonner. Il se doutait qu'il aurait perdu le contrôle et tué quelqu'un, voire même plusieurs personnes.

La cure de potion de régénération cérébrale se passait bien, même si les effets étaient d'une lenteur exaspérante. Les premiers jours, ils avaient été bien plus spectaculaires, ce qui n'était pas difficile, Harry étant dans le coma et à demi-mort. Ensuite, l'amélioration avait été plus difficilement visible et même parfois, Severus se demandait si elle ne stagnait pas un peu. L'idée de demander à Poppy Pomfresh de venir jeter sur le Gryffondor, un de ses fameux sortilèges de diagnostic l'avait effleuré, mais la jalousie et une méfiance inexplicable l'en avaient empêché. Encore un tour de son vampire qui ne se gênait pas pour l'influencer le plus possible. De toute façon, dès qu'il était question d'Harry Potter, le Maître des Potions n'avait plus de libre arbitre : le vampire prenait les décisions pour lui ! Severus en était parfaitement conscient, puisqu'il ne détestait plus le fils de l'abominable James Potter dont il avait exécré la moindre particule depuis qu'il avait mis un seul pied à Poudlard. Il ne savait pas trop ce qu'il ressentait d'ailleurs, mais ce n'était certainement pas de la haine.

L'ancienne Terreur des cachots, devant la maigreur affligeante de son amant, avait entreprit de le masser des pieds à la tête, matin et soir, avec un onguent de sa composition qui devait entretenir la musculature du blessé, ou du moins, son ancienne musculature car il n'en restait pas grand-chose avec l'immobilité forcée à laquelle il était soumis. La combinaison de l'onguent miracle et des potions de nutrition extra-fortes devait théoriquement palier à ce déficit. Dès qu'Harry irait mieux, ils passeraient aux exercices physiques que les Moldus nommaient rééducation.

Une potion de correction visuelle avait expédié la myopie légendaire du Sauveur aux oubliettes, à la grande joie du vampire qui craignait des lésions des nerfs oculaires dues aux coups du cruel Moldu. Harry avait souri à Severus lorsqu'il s'était rendu compte qu'il voyait parfaitement sans lunettes à présent, et cela avait fait chaud au cœur immobile du vampire. Depuis, le jeune sorcier suivait tous les mouvements de la longue silhouette sombre dès qu'il l'apercevait dans son champ de vision. Son élocution avait progressé également, même si le gamin n'était pas très bavard. À dire vrai, il n'en avait pas trop la force. Rien que de remuer un peu dans le lit, de s'asseoir pour son thé matinal et son demi-bol de porridge suffisaient à l'épuiser et à le faire dormir presque toute la journée.

Les hématomes avaient disparu, après être passés par toutes les couleurs de l'arc-en-ciel. La plaie sur le flanc, causée par le pied de chaise, avait guéri, laissant une cicatrice ronde et violacée que le vampire badigeonnait tous les jours d'Onguent d'Amnésie du Docteur Oubli. Severus Rogue songeait depuis un moment, que l'immobilité forcée d'Harry dans leur grand lit ne devait pas lui être très profitable, ni physiquement, ni moralement. La chambre était magiquement plongée dans le noir, ce qui était nécessaire au repos d'un vampire. Mais Harry n'était pas un vampire, et ne plus voir la lueur du jour ou apercevoir le ciel ne devait pas arranger sa convalescence. Un matin donc, après avoir apporté son petit déjeuner au garçon, la décision fut prise.

— Harry, ce matin, tu vas te lever. Je vais te descendre en bas dans le salon. Et peut-être même que cet après-midi, si le temps se maintient au beau, nous irons passer une petite demi-heure au soleil dans le jardin.

— Tu… tu crois ? J'ai pas trop de forces. Et… si… si un Moldu me voit ?

Un frisson d'horreur parcourut le corps du jeune sorcier à cette simple idée. Il ne faisait aucun doute au Maître des Potions que son compagnon associait à présent le moindre Moldu à son abominable Oncle Vernon.

— Harry… Personne ne te verra, il y a des barrières magiques et un sortilège de repousse-moldus sur la maison. Ensuite, le jardin est entouré de murs, derrière. Et pour finir, ton oncle est dans le Surrey, et ici nous sommes dans le Yorkshire, à Carbones Les Mines, dans l'Impasse du Tisseur. Toutes les maisons du quartier sont abandonnées ou presque, et je sais de source sûre que ta tante Pétunia et ton Oncle Vernon ne mettraient pas les pieds dans cette ville pour tout l'or de Gringotts. Personne ne te trouvera jamais ici, aucun Moldu et aucun sorcier. Il y a trop de protections magiques sur cette maison, c'est une vraie forteresse. Tu me fais confiance ?

Harry hocha la tête en signe d'assentiment, mais son regard vert était dubitatif et même passablement inquiet.

— Me lever ? Je peux, tu crois ?

— Tu ne voudrais pas prendre un bon bain avec de la mousse ? s'amusa le vampire, un rictus aux lèvres. Je peux même te conjurer des petits canards en caoutchouc, si tu veux.

— Fous-toi de moi… pesta Harry, le regard en coin, et sa tasse de thé à la main. Si tu veux faire plaisir à quelqu'un avec des petits canards, offre-les à Arthur Weasley, ça le passionne, les p'tits canards en caoutchouc…

— Weasley… soupira Severus, les yeux fermés en secouant la tête de désolation. Lui seul peut s'intéresser à ça…

Harry émit un petit gloussement amusé à cette pensée. Il se souvenait encore du jour où il avait débarqué pour la première fois chez les Weasley, avec les jumeaux et Ron qui étaient venus le secourir en Ford Anglia volante, il y avait de cela plusieurs années. Arthur Weasley avait aussitôt demandé à Harry à quoi pouvaient bien servir les canards en caoutchouc. C'était ainsi qu'Harry avait découvert la passion débordante d'Arthur pour les objets moldus.

Le vampire avait pris la main droite d'Harry dans la sienne et examinait le fin poignet d'où dépassait encore l'aiguille de la perfusion magique, recouverte d'un pansement transparent, fin comme une seconde peau. Le Gryffondor baissa les yeux et regarda faire le Maître des Potions.

— Je pense qu'on peut retirer cette aiguille, Harry. Tu peux avaler correctement maintenant, et des potions de nutrition, plus un régime adapté, devraient suffire.

Le garçon hocha paisiblement la tête, ne quittant pas les doigts de Severus du regard. Un simple geste de baguette et le collant médicomagique disparut sans même avoir été décollé. Une aubaine, quand on savait tout le bien que pouvait faire un pansement moldu arraché, sur une peau poilue. Harry se souvenait encore des cris d'orfraie poussés autrefois par Dudley, quand la Tante Pétunia devait retirer un pansement collé à ses duvets d'enfant. L'aiguille ne fut pas retirée non plus, elle s'évanouit de la même façon, d'un coup de baguette et le petit trou rouge et béant laissé à la place, se referma aussitôt sous le sort du vampire.

— Il va vraiment falloir que tu te remplumes, Harry, constata Severus en voyant la finesse des bras du garçon, qui n'avait presque plus que la peau sur les os.

Le Gryffondor ne répondit pas. La nourriture avait toujours été un problème pour lui. Durant toute son enfance, il avait dû batailler afin de pouvoir manger chaque jour, et pas souvent à sa faim. Parfois, il avait même été obligé de faire les poubelles, comme un chien errant, se levant au beau milieu de la nuit, pour se jeter sur les restes non souillés qui avaient été balancés la veille, après le dernier repas. Jamais il n'avait osé raconter ça à quiconque, l'humiliation aurait été trop terrible. Et si c'était arrivé aux oreilles de Malefoy, par exemple, il n'en aurait jamais vu la fin… Non, non… personne ne devait savoir. Après tout, ce n'était pas de sa faute, s'il ne mangeait pas beaucoup à Poudlard : son estomac avait rétréci avec toutes ces années de famine et lorsqu'il mangeait un peu plus, il vomissait systématiquement ensuite. Certainement qu'il y aurait eu quelque chose à faire, un Médicomage ou un Médecin moldu aurait trouvé une solution. Mais pour cela, il aurait fallu en parler, et c'était hors de question ! Il avait assez honte de ce que son oncle lui avait fait récemment subir et ne voulait pas en rajouter une couche. D'ailleurs, il remerciait Severus et sa possessivité vampirique d'avoir fait le vide autour d'eux. Personne ne devait jamais savoir qu'un simple Moldu avait failli tuer le Sauveur du Monde Magique avec ses seuls poings ou presque…

Il se demanda même où passait la Magie quand on avait besoin d'elle ! Elle aurait dû le défendre d'elle-même, encore quelque chose qui l'avait laissé tomber quand il en avait eu le plus besoin. Neville avait raconté dans le dortoir de la Tour de Gryffondor comment son grand-oncle l'avait suspendu par les chevilles, par la fenêtre et laissé chuter plusieurs étages en contrebas, et que sa magie accidentelle l'avait sauvé et fait rebondir. Harry aurait bien aimé que ça lui arrive aussi… comme le jour où il avait transplané sur le toit de l'école primaire afin d'échapper à Dudley et ses acolytes.

Le jeune sorcier brun se laissa soulever par le vampire, sans rien dire. Sa tête reposa mollement contre la poitrine immobile et il soupira d'aise. Il ignorait où Severus le conduisait, mais sortir du lit et de la chambre plongée en permanence dans la pénombre était appréciable. Un léger coup de pied de l'homme en noir ouvrit la porte de la pièce se trouvant en face du labo de potions sur le même palier. C'était une salle bain vieillotte, au carrelage blanc usé et fendillé par endroit. La peinture verte des murs était défraichie et même écaillée par endroit, dévoilant des couches plus anciennes aux diverses couleurs. Une baignoire blanche en émail avec de gros pieds en pattes de lion trônait sur la droite près d'un lavabo carré aux deux petits robinets ternis. Des toilettes en émail blanc de facture ancienne également se trouvaient près de la fenêtre aux persiennes poussiéreuses. La chasse d'eau était un bac suspendu en l'air, au dessus des toilettes. Une chaine rouillée terminée par une poignée de bois servait à l'actionner. Une ampoule nue se balançait sur son fil torsadé datant d'un autre âge.

Severus garda Harry dans ses bras tandis que la baignoire se remplissait magiquement et à bonne température. Le sorcier ne conjura pas de petits canards mais vida le contenu d'une fiole de potion dans l'eau qui se teinta en bleu, laissant une agréable odeur de lavande se diffuser dans la pièce. Harry ne pesait presque rien, comparé à n'importe quel jeune homme de son âge, et le vampire n'eut aucune difficulté pour le soulever et le déposer dans la baignoire. S'il avait été encore humain, sans nul doute, il se serait fait un bon tour de rein. Il se redressa et retira tranquillement sa sempiternelle robe noire, puis l'accrocha au porte-manteau vissé sur la porte près de son peignoir de bain, noir lui aussi, bien entendu. Le vampire retroussa les manches de sa chemise blanche et reprit position devant la baignoire, à genoux sur le carrelage vétuste. Un gant de toilette savonneux à la main, il commença à laver délicatement son calice potentiel, qui semblait prostré, tête baissée.

— Harry ? Chaton ? Regarde-moi, veux-tu ?

Le jeune homme secoua légèrement la tête et ne répondit pas. En lui prenant le menton pour lui faire lever la tête, Severus vit de grosses larmes couler sur les joues du garçon et tomber dans l'eau du bain. Déstabilisé, le vampire n'eut pas une réaction très appropriée.

— Et bien, Monsieur Potter ? Il n'y a pas assez d'eau dans votre bain ? ricana-t-il, les vieilles habitudes ayant décidément la vie longue.

Les épaules d'Harry se secouèrent et ses mains mouillées couvrirent son visage. Il pleurait silencieusement comme il en avait pris l'habitude, enfant, dans son placard chez les Dursley.

Severus Rogue pinça les lèvres, maudissant son insensibilité et son inaptitude à gérer ce genre de crise.

— Je plaisantais, bébé, ne pleure pas… Dis-moi ce qui ne va pas, tu as mal quelque part ?

Harry secoua de nouveau la tête, le visage toujours dissimulé dans ses mains. Le vampire en Severus commençait à s'agiter, agacé de ne pas être capable de consoler SON futur calice. Le Maître des Potions passa sa main mouillée sur le dos squelettique d'Harry, espérant par ses caresses maladroites, donner assez confiance à Harry pour qu'il se confie à lui.

— Je suis un monstre… l'entendit-il murmurer doucement.

Les sens surdéveloppés de Severus lui avaient permis de percevoir la réponse de son Gryffondor préféré, autrefois haï.

— Chuuuuut…. Ne dis pas de choses comme ça. Tu sais bien que c'est faux ! Je t'interdis de penser des choses pareilles.

— Regarde-moi, Sev' ! clama cette fois-ci le jeune sorcier, en écartant ses mains, dévoilant un petit visage maigre, ravagé par les larmes. Je… je… je suis squelettique, affreux, décharné ! Mes bras et mes jambes ressemblent à des bâtons ! On voit mes os partout ! Et je suis tout petit en plus, j'ai l'air d'avoir douze ans !

— Calme-toi, bébé… calme-toi, soupira Severus en se penchant pour le prendre contre lui, se fichant éperdument d'être mouillé. Tu as toujours été plus petit que la normale, ce n'est pas nouveau et on peut arranger ça. J'ai des potions de croissance très efficaces. Si tu veux, tu vas en prendre une petite cure cet été, et tu grandiras.

— Mais je serai toujours aussi maigre ! Je ne veux pas qu'à Poudlard on se moque de moi, je ne veux pas que les autres sachent ! Harry Potter battu à mort par un simple Moldu et pas fichu de se défendre ! Ah, il est beau le Sauveur du Monde Magique ! Malefoy ne va plus me laisser en paix…

Harry renifla et cacha son visage dans le cou du vampire, sous ses longs cheveux noirs et ses sanglots reprirent de plus belle.

— D'abord, Malefoy ne te dira rien du tout, il n'a pas intérêt ! J'ai beau ne plus être à Poudlard, il a encore peur de moi… fais-moi confiance pour ça… ricana la Terreur des cachots qui se félicitait intérieurement de la longue tirade d'Harry qui n'avait pas parlé aussi longuement depuis son « accident ». Et tu ne vas pas rester maigre comme ça, nous avons l'été pour te retaper et nous allons commencer dès… tout à l'heure ! Et puis, c'est normal que tu sois maigre, tes muscles ont fondu à cause de ton immobilité forcée. En plus, tu n'avais pas un pouce de graisse avant ça… alors… étonne-toi !

— Promis ? Tu as des potions pour ça ?

— Des potions, et tout ce qu'il faut. Alors ne te fais plus de mouron comme ça, ne pense plus qu'à guérir, c'est tout. Tu es avec moi, ici en sécurité et plus personne ne te fera de mal. Quand tu iras mieux, nous sortirons, nous irons au Chemin de Traverse pour faire tes achats de rentrée, déguisé si tu veux, comme ça personne ne te reconnaîtra ! Et nous irons dans le monde moldu pour te refaire une nouvelle garde-robe moldue, si tu veux.

— Déguisé aussi !

— Si tu y tiens, oui, pas de souci.

— Je ne veux pas qu'on me regarde, personne ne doit me reconnaitre, nulle part. Je voudrais qu'on ne me reconnaisse plus jamais.

Tout en caressant l'épaule nue d'Harry et en frottant son grand nez sur ses cheveux emmêlés, le vampire eut une idée soudaine et son visage s'orna d'un rictus machiavélique.

— Tu veux être incognito tout le temps, pas vrai ? Et tu sais que le Polynectar ça ne dure qu'une heure et que certains sorciers voient à travers les Glamours… Albus… par exemple.

— Oui.

— Alors, j'ai peut-être une idée… et je sens que ça va te plaire. Mais avant, pour que nous puissions la réaliser, tu dois être en forme. Tu sais que tu es un miraculé, pas vrai ? Sans ma nouvelle potion, tu serais mort, Harry.

— Je sais, Sev'. Merci.

— Tu n'as pas à me remercier, poussin. Je m'ennuierais sans toi, et mon vampire m'en voudrait à mort, s'il t'arrivait quelque chose.

Harry gloussa doucement à cette annonce. C'était la façon maladroite et déguisée de Severus de dire qu'il tenait à lui…

— Allez… on doit continuer, j'ai un petit cochon à récurer moi, et le carrelage n'est pas confortable pour mes vieux genoux.

— T'es pas vieux.

— Non, c'est sûr que maintenant, je ne le serai plus jamais… s'amusa le vampire en repositionnant Harry au milieu de la baignoire.

Il passa le gant de toilette sur tout le corps du garçon, alangui contre le rebord en émail blanc de la baignoire. C'était vrai que le gamin était cadavérique. On voyait chaque os de son sternum, on pouvait compter ses côtes, et les os de ses coudes et de ses genoux étaient plus gros que les membres qu'ils articulaient. Quant à sa colonne vertébrale, elle saillait, tout comme ses côtes. Ses yeux étaient enfoncés dans des orbites creusés et la peau de son visage tendue sur ses pommettes saillantes. Ses joues étaient creuses et son teint encore plus cireux que celui du vampire.

Severus conjura un pichet et le remplit d'eau chaude au robinet. Il le versa sur la tête renversée en arrière d'Harry, qui les yeux fermés, avait les deux mains accrochées au rebord de la baignoire, de peur de glisser. Severus avait l'impression que le Gryffondor était devenu craintif et avait peur de se faire mal à tout moment. Il ne fallait pas s'étonner, il était fragilisé physiquement et psychologiquement par son agression, et sa maigreur ne devait pas aider à son confort. Difficile d'être appuyé sur des os saillants en permanence, sans coussinets de graisse pour les enrober. Il allait devoir penser à utiliser des sortilèges de coussinage un peu partout dans la maison, quand Harry commencerait à se déplacer.

C'étaient ses réflexions du moment, tandis qu'il shampouinait son lionceau délicatement, lui massant le cuir chevelu afin de le détendre. Les soupirs d'aise qui émanaient du jeune homme lui prouvaient en tout cas, que ses efforts étaient payants.

Severus oublia le pichet d'un regard méprisant et choisit de rincer les cheveux d'Harry à l'aide de sa baguette. Il la pointa au dessus de la tête d'Harry qui était resté les yeux fermés tout le temps de l'opération. Lorsque les cheveux noirs du garçon furent propres, le vampire fit disparaître le pichet conjuré pour pas grand-chose et se releva. Une nouveauté bien appréciable, ses genoux ne craquaient plus comme avant sa transformation vampirique. Un petit détail agréable… finalement.

Le Serpentard tira sur la chaine de la bonde et la baignoire commença à se vider avec un « pop » et un « glouglou » amusants. Il prit une sortie de bain et la posa sur son épaule puis attrapa le Gryffondor par les aisselles et le souleva comme un fétu de paille. Harry fut extirpé de la baignoire et déposé, debout, sur le vieux tapis de bain gris qui tentait d'orner le carrelage vétuste et d'éponger les gouttes qui tombaient. Il fut enroulé prestement dans la grande serviette et essuyé d'une main efficace. Un sort rapide lui enfila un pyjama noir en soie – on ne se refaisait pas – et Severus nota qu'Harry passa une main légère sur la soie, l'air surpris, puis ravi. Le vampire prit ensuite Harry dans ses bras comme une mariée et alla le déposer sur le lit dans la chambre. Il y avait fort à parier que ce bain avait épuisé le garçon, même s'il ne disait rien. Harry ferma les yeux lorsque Severus utilisa sa baguette comme un vulgaire sèche-cheveux moldu et lui souffla de l'air chaud sur la tête. Il réprima un bâillement que l'ancien Mangemort ne rata pas.

— Une petite sieste à présent ! Tu es bien plus fatigué que je ne le pensais. Donc, tu vas dormir un peu, ensuite ce sera l'heure de manger. Je te préparerai quelque chose de facile à avaler et de nourrissant pour midi. Après le repas, nous irons un peu prendre le soleil, ça te fera du bien.

— Pas à toi… murmura Harry, les yeux mi-clos. Tu ne supportes pas le soleil.

— J'ai une potion spéciale pour ça, ne t'inquiète pas.

— Tu as assez de sang ?

— Mmmm, Mmmm… marmonna le vampire en remontant les draps et couvertures sur son jeune amant.

Harry se recroquevilla sur le côté et glissa ses mains sous l'oreiller. Il songea à la réponse de normand de Severus et se dit alors qu'il faudrait lui reposer plus sérieusement la question dans l'après-midi. Une main fine effleura ses cheveux et il étouffa un nouveau bâillement. Le vampire alluma la bougie sur sa table de nuit et éteignit l'ampoule du plafond d'un geste de baguette.

Il n'avait pas répondu à la question du jeune sorcier, et pour cause. Il n'avait presque plus de sang.

Les poches moldues avaient duré bien plus longtemps que prévu parce que le vampire ne s'alimentait pas correctement. Mais là, il allait devoir passer un appel de cheminette à Albus, pour voir s'il pouvait lui trouver quelque chose… par Mrs Figg ou même cet arsouille de Mondingus. Severus n'était pas en position de faire le difficile. Il ne savait pas chasser, et n'avait aucun moyen pour se payer du sang au marché noir moldu. Il ignorait même où se fournir d'ailleurs, ni si ça existait. Visiblement, Harry ne perdait pas le nord et suivait les choses de plus ou moins près, selon ses possibilités pour l'instant limitées.

Severus soupira et descendit l'escalier. Il aperçut son reflet[1] dans le miroir ébréché qui était accroché sur le mur du palier, près de la bibliothèque qui servait de porte secrète. Ses yeux commençaient à se zébrer de rouge et ses canines pointaient légèrement à présent. Harry avait dû s'en rendre compte et c'était ça qui avait motivé sa question sur le sang disponible. Il n'allait pas tarder à avoir un Gryffondor inquisiteur sur le dos, qui allait – encore une fois – lui proposer de devenir son calice. Et ça… il n'en était pas question !


Au 4, Privet Drive, l'ambiance n'était pas au beau fixe. Le renvoi de Vernon de la Grunnings avait fait grand bruit dans toute la ville, véhiculé par les employés ravis de cette petite vengeance. Surtout qu'ils ne s'étaient pas gênés pour raconter partout que c'était pour incompétence. Depuis lors, dès qu'elle mettait le nez dehors pour aller faire son shopping, Pétunia devait affronter les sourires en coin, les chuchotements des habitants et les regards inquisiteurs des commerçants lorsqu'elle présentait sa carte de crédit à la caisse. Ils avaient certainement un peu peur qu'elle soit refusée.

Le contrôle fiscal des dernières semaines avait passablement ébranlé Vernon, qui avait vu ses comptes personnels épluchés par deux inspecteurs à la mine revêche qui ne s'en étaient pas laissés compter. Bien évidemment, ils avaient trouvé des irrégularités, Vernon ayant omis de déclarer au Trésor Public Britannique la pension que la Banque Gringotts versait sous sa dénomination moldue pour l'entretien d'Harry. Cette somme relativement conséquente, était versée chaque premier du mois par ordre du Service de l'Enfance Magique du Ministère de la Magie et les fonds retirés du coffre de James et Lily Potter, pour l'instant bloqué tant qu'Harry était mineur. Le garçon devant atteindre sa majorité magique légale dans une petite semaine, Vernon et Pétunia avaient touché la pension pour la dernière fois au tout début juillet. Et maintenant, ils devaient faire face à des arriérés d'impôts sur plusieurs années. Le redressement allait très certainement être conséquent, cet oubli volontaire de Vernon l'ayant maintenu dans une tranche fiscale inférieure à celle où il aurait dû être. Tous les jours, ils attendaient le recommandé du facteur avec une angoisse grandissante.

Les deux Moldus indignes avaient dû revoir à la baisse leur train de vie. La voiture neuve commandée avait été annulée, les vacances d'août en Espagne aussi. Ils ignoraient s'ils allaient pouvoir continuer à payer la pension de Dudley à Smeltings qui était très onéreuse et à présent au dessus de leurs moyens de chômeurs.

La chance semblait tourner à une vitesse folle. Chaque nouvelle facture plongeait Pétunia dans un désespoir sans nom. Et elle n'avait pas osé prévenir Dudley de ce coup du sort, ne voulant pas lui gâcher ses vacances. Rien ne filtrait lorsque le gros garçon appelait ses parents pour leur donner des nouvelles. Et lorsqu'il demandait comment allait Harry, Pétunia répondait toujours la même chose : des banalités.

Elle n'avait pourtant pas osé braver les ordres de Dumbledore et n'était pas remontée dans la petite chambre misérable qui était encore pleine de sang et témoignait à elle seule, de la violence de l'agression de Vernon. Furieuse, elle lui avait fait une scène terrible à laquelle l'obèse ne s'était pas attendu, le soir où il était rentré après la visite intempestive que Dumbledore avait faite à Privet Drive. Le monstre ne s'était pas donné la peine de monter dans la chambre d'Harry pour voir l'état des lieux. Il avait demandé à Pétunia de nettoyer la pièce mais celle-ci avait refusé tout net, arguant que le Directeur de l'école de fous d'Harry lui avait interdit de le faire. Vernon en était resté bouche bée. Depuis quand Pétunia obéissait au vieux sorcier détestable ?

Les épreuves qui s'accumulaient sur leur famille aigrissaient la sœur de Lily qui commençait à présent à regarder Vernon d'un œil nouveau. Pour elle, il était clair que tout était de sa faute. Pourquoi avait-il ainsi roué de coup Harry au point de presque le tuer ? Le gamin avait obéit et était resté dans sa chambre, si on exceptait un détour parfaitement compréhensible à la salle de bain et qui ne lui aurait pas posé de problème si elle en avait été le témoin. Dudley lui avait affirmé au téléphone qu'il avait eu une discussion « sympa » avec son cousin, dont il n'avait toutefois pas donné la teneur. Mais le gros garçon semblait ravi et demandait depuis lors des nouvelles du jeune sorcier à chaque occasion. Comment allait réagir Dudley quand il allait rentrer et vouloir aller raconter son séjour à Harry comme il en avait plusieurs fois manifesté l'intention ? Pour Pétunia, tout était clair : elle prendrait le parti de Dudley, quoi qu'il arrive… Elle n'aimait pas Harry qu'elle supportait à contrecœur, mais tenter de le tuer était une chose inimaginable et impardonnable. Le garçon avait quand même du sang Evans dans les veines, tout comme Dudley…


À genoux devant son âtre allumé, Severus conversait avec Albus Dumbledore, mais les nouvelles n'étaient pas folichonnes pour lui non plus.

— Je suis navré, Severus. Mais Mrs Figg ne m'a pas expédié de poches de sang pour vous. Il semblerait que le cousin de son mari soit toujours en arrêt de travail et je n'ai pas de nouvelles de Mondingus, il est possible qu'il ait encore été arrêté pour un forfait quelconque. Je vais devoir appeler Amélia au Département de la Justice Magique si je n'ai pas de nouvelles d'ici la fin de semaine. Combien vous reste-t-il de poches, mon garçon ?

— Une, Albus… Et elle est entamée.

Le vieil homme soupira et lissa sa barbe en silence pendant un instant.

— Vous avez pensé à sortir chasser pendant que le petit dort ?

— Vous savez très bien que je ne sais pas chasser, Albus et que je risquerais de tuer un Moldu en voulant essayer. Et je m'y refuse !

— Certes, certes… c'est très fâcheux. Je vais voir avec Sainte-Mangouste ce qu'ils auront à me proposer.

— Harry commence à me poser des questions, Albus. Il a remarqué que mes yeux commençaient à être rouges et que mes crocs sortaient involontairement à présent. Je ne sais pas combien de temps je vais pouvoir tenir ainsi… Il va insister pour que je lui prenne du sang et je ne peux pas ! Je refuse !

— Severus, est-ce que faire d'Harry votre calice accélèrerait sa guérison ?

— Je… Je ne sais pas.

— Relisez le livre que je vous ai offert et cherchez-y la réponse. Elle s'y trouve très certainement au chapitre des calices.

Le vampire hocha simplement la tête d'un air las.

— Comment va-t-il ?

— Je lui ai fait prendre un bain et ça l'a fatigué plus que prévu. Je pensais le descendre un peu au salon pour le distraire mais j'ai dû le recoucher et il dort.

— Vous avez de quoi le nourrir ? Je vais vous envoyer un Elfe avec du ravitaillement. Si, si… J'y tiens… Ce sera ma façon de l'aider un peu à se rétablir… ce pauvre petit.

— J'ai… quelques bricoles mais pas beaucoup. Il faudrait que j'aille à Gringotts retirer de l'or et des livres sterling pour les achats dans le quartier… mais je ne peux pas le laisser seul.

— Ne vous préoccupez pas de ça, Severus. Si vous avez besoin d'ingrédients pour ses potions, commandez-les chez Slug & Jiggers et Poudlard les paiera. Je vais d'ailleurs prévenir Flavius de ce pas qu'il faudra prendre l'or dans le coffre de Poudlard.

— Comme vous voudrez, Albus.

— Je vous laisse. Tenez-moi au courant de l'évolution de son état surtout. Je vous rappelle dès que j'ai du nouveau pour le sang.

La communication s'interrompit et le vampire se redressa. Il passa une main lasse dans ses longs cheveux noirs et mentalement fit l'inventaire du garde-manger et des placards de la cuisine. Le vieux frigo moldu ne contenait pratiquement que des potions à part une plaquette de beurre et une demi-douzaine d'œufs.

Un « pop » inattendu lui fit tourner la tête vers l'origine du bruit. Dobby, l'Elfe de Maison idolâtre d'Harry, se trouvait derrière lui, l'air passablement inquiet et dansant d'un pied sur l'autre. Posé sur le sol près de lui, se trouvait un grand panier d'osier dont le contenu était masqué par un torchon aux armes de Poudlard.

— Le Professeur Dumbledore a demandé à Dobby d'apporter de la bonne nourriture à Harry Potter, Professeur Rogue, Monsieur, fit l'Elfe avec un sourire hésitant. Dobby va cuisiner un bon repas pour Harry Potter et le Professeur Rogue, Monsieur.

Severus regarda un instant l'Elfe et poussa un soupir. Il désigna la cuisine du doigt.

— La cuisine est par là, Dobby. Fais ce que tu veux.

— Tout de suite, Professeur Rogue, Monsieur, fit alors l'Elfe soudain soulagé de ne pas avoir reçu un mauvais sort.

Il prit son panier et se précipita vers le lieu indiqué. Severus s'assit alors dans son vieux fauteuil râpé près de la cheminée et fixa un point devant lui, sans prêter attention au bruit de casseroles qu'on entendait à présent. Le sorcier réfléchissait à ce que Dumbledore lui avait dit… Il devenait de plus en plus difficile de trouver du sang humain qu'il puisse consommer, et encore ce sang-là, il avait de plus en plus de mal à le boire depuis qu'il avait goûté au sang d'Harry. Il était conscient qu'il n'allait pas pouvoir continuer à se leurrer ainsi : il recommençait à s'affaiblir. Ses yeux étaient zébrés de rouge, ses canines sortaient involontairement et il se sentait faible comme un blessé ou un malade convalescent. Bientôt, il n'allait plus pouvoir s'occuper d'Harry car il n'en aurait plus la force et pire, il allait devenir dangereux pour lui et pour les rares Moldus qui vivaient encore dans ce quartier à demi abandonné depuis la fermeture de l'usine. Peut-être il y avait-il une solution dans le livre d'Eldred Worpel… Il ne l'avait pas lu intégralement. Il se souvenait très bien avoir sauté certains chapitres qui ne l'intéressaient pas. Celui sur les calices en faisait partie car dans son idée, ce n'était même pas envisageable…

En soupirant une nouvelle fois, il se releva et se dirigea vers la bibliothèque où il savait qu'il avait rangé l'ouvrage lorsqu'il avait défait ses malles après sa démission. Il attrapa le mince volume relié de cuir noir et retourna s'asseoir dans le vieux fauteuil. Il ouvrit le livre à la dernière page qui listait tous les chapitres et chercha celui qui traitait des calices. C'était le chapitre 9, page 85. Rapidement il feuilleta le grimoire pour trouver la bonne page. Il croisa ses longues jambes et s'adossa plus confortablement, se sentant un peu courbaturé. Le vieux lampadaire de tôle verte allumé près de lui, éclairait le livre et le petit coin de salon où il se trouvait.

Le calice est généralement choisi dans l'entourage du vampire. Il s'agit le plus souvent d'un sorcier ou même d'un Moldu que le vampire connait ou fréquente. Plus rarement, c'est quelqu'un trouvé par accident en chassant : le sang a une saveur unique qui indique au vampire que la proie est un calice idéal pour lui. Le vampire mettra donc tout en œuvre pour séduire son calice potentiel s'il est encore en vie après la chasse. Voir chapitre 3 : «Le sang des proies et des donneurs». Et le chapitre 4 : «L'art de la séduction vampirique».

Le sang d'un calice magique ou moldu n'a pas de différence au niveau nutritionnel puisque lors de la transformation, il s'adapte au vampire pour lequel il est destiné. Il est recommandé au vampire recherchant une compagne ou un compagnon pour en faire son calice, de laisser ses sens vampiriques le guider. En effet, étant donné qu'il sera aussi son conjoint, légal ou non, l'entente et l'harmonie dans le couple sont aussi importantes sinon plus, que dans un couple dit normal. L'immortalité qui est offerte au calice par son vampire, permet de rencontrer des couples qui vivent ensemble depuis plusieurs centaines d'années. Une mésentente serait dramatique. Il est donc important par ce fait de bien respecter son orientation sexuelle et de ne pas chercher à être politiquement correct.

Les avantages offerts au calice lors de sa transformation sont d'abord physiques. Les maladies en cours ou les petites blessures seront guéries aussitôt. Pour les plus graves atteintes (sans perte de membres par exemple) seul le temps sera efficace, mais sans dépasser un trimestre. Au bout de ce délai, le calice sera en parfaite santé et pleine possession de ses moyens. Il pourra ainsi subvenir aux besoins de son vampire quotidiennement si besoin. Le calice doit savoir que pour être en bonne santé, le vampire doit se nourrir au minimum tous les deux jours. Il soit donc s'organiser pour être disponible. En cas d'impossibilité, un sort de saignée pourra être utilisé et le sang conservé sous stase dans un bocal stérile.

Le sang du calice étant plus nourrissant que celui d'une proie, la quantité avalée sera moindre et n'affaiblira donc pas le donneur. Cette inquiétude est commune chez les vampires débutant cette relation ainsi que chez les calices.

Le calice bénéficie de la protection du vampire qui ne peut par sa condition s'y soustraire. Le lien magique qui les unit permet au vampire d'être capable en tout lieu de savoir comment se porte son calice, s'il est en danger ou stressé, afin de pouvoir intervenir pour corriger la situation. Une séparation involontaire et brutale est préjudiciable pour le couple. Le vampire souffrira de ne pouvoir porter secours à son calice, s'il s'avérait qu'il ne puisse l'atteindre alors qu'il serait en danger physique ou moral. Tout doit donc être organisé pour éviter cette situation.

Les vampires sont des créatures jalouses et possessives par nature. Le calice devra en être averti avant sa transformation afin d'éviter les situations de crises qui seraient dramatiques pour tous deux, notamment qu'il soit convoité par un autre vampire ou un humain. Un lien récent ne doit pas être fermé volontairement par le vampire car le calice en souffrirait considérablement, jusqu'à dans certains cas extrêmes en perdre la vie. Cette possibilité de fermeture ponctuelle ne peut être réalisée que dans un couple établi depuis longtemps. Il est à noter que les calices sont toujours profondément attachés à leurs vampires et poussés par leur nature à tout faire pour leur plaire. Aucune violence de la part du vampire n'est possible envers son calice même s'il a commis une faute, et ceci afin de préserver sa source de nourriture. La force physique des vampires surpassant celle des calices, il leur serait trop facile de les tuer accidentellement. La nature a donc bien fait les choses.

Un jeune vampire qui souhaite prendre un calice doit si possible prendre conseil – ou même se faire assister – auprès d'un vampire expérimenté, déjà avec calice. Il n'est pas rare qu'un vampire inexpérimenté saigne à blanc son futur calice avant d'avoir effectué l'échange de sang, et donc le tue. En cas d'impossibilité d'aide extérieure, ne jamais faire la transformation pendant une soif de sang. Prendre l'équivalent d'un demi-repas normal de sang sur une proie et s'abreuver au calice pour le reste. Dès le lendemain, le calice sera apte à fournir le sang nécessaire à son vampire.

Pour la quantité de nourriture ingérée quotidiennement par un calice, se reporter au chapitre 11 : «Le régime alimentaire du calice»

Pour les vampires avec calices femelles, noter que la fécondation est possible sous certaines conditions, lire le chapitre 12 : «La reproduction des vampires».

Certaines conditions affectent le lien magique unissant le vampire à son calice. Ces conditions ainsi que les symptômes avertissant le vampire d'un danger pour son calice sont décrits plus bas au paragraphe 7.

Les vampires sont capables des mêmes sentiments que les humains, la plupart d'entre eux étant humains avant leur transformation. Ils gardent donc leurs capacités à aimer et tombent facilement amoureux de leurs calices, même s'ils ne l'auraient pas aimé en tant qu'humain, le côté créature magique influençant grandement le vampire…/…

Severus reposa son livre ouvert sur ses genoux, l'air pensif. Il avait lu le chapitre sur la reproduction des vampires et avait appris qu'ils pouvaient mettre enceintes leurs calices femmes, ce qu'il ignorait auparavant car ce sujet n'était bien évidemment pas abordé pendant les cours de Défense Contre les Forces du Mal, qui mettaient l'accent sur les façons diverses de les tuer. Bien entendu, étant gay ainsi qu'Harry, ils n'étaient pas concernés. Le livre expliquait aussi que le côté vampire influençait les sentiments et il l'avait bien remarqué tout seul, ne détestant plus du tout Harry Potter. Il avait à la place une furieuse envie de le protéger et – il fallait le dire – de le mettre de nouveau dans son lit, sexuellement parlant bien entendu, puisqu'Harry vivait dans son lit. Enfin… son cerveau en avait envie, mais son corps affaibli ne suivait plus.

Visiblement, il avait raté beaucoup de choses en ne lisant pas tout le livre, puisque des symptômes étaient décrits plus loin. S'il en avait eu connaissance avant, il aurait su décrypter les signes. Les sensations de malaise qu'il avait ressenties n'étaient que les prémices du lien vampire/calice qui se manifestaient en ces circonstances fâcheuses. Il est vrai qu'il avait bu le sang d'Harry et qu'ils avaient déjà eu des relations sexuelles, donc d'après l'ouvrage de Worpel, il ne manquait plus qu'un échange de sang pour que le lien soit complètement établi et que le Gryffondor devienne son calice. Harry devait boire de son sang pour ce faire.

L'ancien Professeur secoua la tête et pressa son pouce et son index sur ses globes oculaires douloureux. Son corps protestait contre le manque de sang et le vampire prendrait bientôt les rênes s'il ne trouvait pas rapidement de quoi s'abreuver. Mais il ne pouvait pas infliger une telle malédiction au jeune sorcier qui dormait à l'étage : lier sa vie à un vampire aigri et solitaire, rejeté par la société magique malgré ses années au service de l'Ordre du Phénix. Les gens ne voyaient toujours en lui qu'un Mangemort qui avait échappé à Azkaban. Il n'avait plus de travail et ne gagnait actuellement pas assez avec ses potions, pour subvenir à ses besoins et payer ses impôts au Ministère de la Magie comme tout sorcier du Royaume-Uni. Il vivotait de ses maigres économies, les Professeurs de Poudlard n'étant pas si bien payés que cela. Et puis, il fallait le dire, il avait pendant longtemps dépensé pratiquement tout son salaire en livres et en achats d'ingrédients de potions pour ses recherches personnelles et autres expérimentations. Jamais il n'aurait pensé qu'il aurait été obligé de démissionner de son poste. Parfois, et de plus en plus souvent d'ailleurs, il en venait à se dire qu'il aurait mieux valu qu'il meure sous l'assaut du vampire enragé auquel il avait été jeté en pâture par son ancien Maître

Il en était là de ses tristes réflexions lorsque le flash bien connu du Phénix de Dumbledore éclaira la pièce lugubre, déposant en même temps le vénérable sorcier au beau milieu du salon. Fumseck alla se poser au sommet d'une des bibliothèques et Albus s'avança vers son ancien Maître des Potions.

— Déjà de retour, Albus ? demanda celui-ci avec lassitude.

— Oui, mon garçon. Et malheureusement, je n'ai pas de très bonnes nouvelles, répondit le vieil homme en soupirant.

Sans attendre une quelconque invite, il posa ses fesses sur le tabouret de bois qui se trouvait près du vampire.

— J'ai appelé Amélia Bones au Département de la Justice Magique. Comme je le craignais, Mondingus a encore fait des siennes et il a écopé de trois mois à Azkaban. Donc, nous ne pouvons plus compter sur lui pour l'approvisionnement en sang. J'ai alors appelé Helbert Spleen à Sainte-Mangouste, et malheureusement, il m'a confirmé ce que je soupçonnais déjà ainsi que Poppy : ils n'ont aucune réserve de sang. Les Médicomages ne pratiquent pas de transfusions sanguines comme vous le savez et ils n'ont donc que peu d'utilité pour un quelconque stock de sang. Lorsqu'ils en ont besoin pour des expériences, ils prennent le leur, tout comme leurs Maîtres des Potions.

— Je vois…

Severus referma son livre lentement et le posa de nouveau sur ses genoux. Il leva son regard zébré de rouge vers le vieil homme. Celui-ci continua sur sa lancée.

— Vous allez devoir prendre un calice, Severus. Vous n'avez plus le choix. C'est votre dernier recours.

— Je ne peux pas.

— Mon petit, si vous ne prenez pas cette décision, je vais être dans l'obligation vous retirer Harry et de l'envoyer à l'infirmerie de Poudlard où Pompom prendra le relais pour sa convalescence.

— JE REFUSE ! aboya le vampire furieux, les poings serrés.

— Ne faites pas l'enfant, Severus ! s'énerva Dumbledore en se relevant. Je ne peux pas prendre le risque que vous entriez en soif de sang avec lui sous ce toit ! Vous le tueriez sans hésiter !

Severus Rogue ne répondit pas. Il savait bien que le vieil homme avait malheureusement raison.

— Je vous laisse jusqu'à ce soir pour en parler avec Harry et prendre une décision. Eldred m'a confirmé tout à l'heure que faire d'Harry votre calice accélèrerait sa guérison et vous le savez également si j'en crois le livre que vous avez sur vos genoux. Vous n'avez pas le choix, Severus. C'est cela ou je vous retire la garde d'Harry dès ce soir. Si vous avez besoin d'aide, passez un appel de cheminette à Eldred et Sanguini, ils vivent à Exeter dans le Devon. Ils sont au courant et viendront vous aider.

Severus hocha la tête, toujours sans répondre.

— Je reviendrai à vingt heures. Si vous n'avez pas pris de calice pour cette heure, je repartirai avec Harry, même si pour cela je dois vous lancer un Avada Kedavra !

— Je suis déjà mort, Albus, ricana le vampire amusé. Qu'espérez-vous faire avec un Avada ? Me tuer ? Ridicule !

— Non, mais je sais que ce sera douloureux et que ça vous mettra K.O pour quelques heures. Ensuite, vous pourrez vous détruire si ça vous chante, puisque ça semble être votre seul but ! Alors, réfléchissez bien ! Je vous laisse !

Le Directeur de Poudlard appela son Phénix qui plana alors vers lui. Il s'accrocha à sa queue et tous deux disparurent dans un nouvel éclair lumineux. De rage, Severus poussa un grognement rauque et jeta son livre contre l'une des bibliothèques, puis il se leva et monta le vieil escalier branlant qui menait à l'étage. Sans un bruit, il entra dans la chambre à peine éclairée par la petite lueur de la bougie sur la table de nuit. Harry dormait, dans la position où il l'avait laissé. La flamme vacillante laissait des ombres dansantes sur le visage pâle aux yeux clos. La créature des ténèbres enfouie en Severus était furieuse. On voulait lui retirer son calice potentiel, et il n'en était pas question du tout. Le sorcier, sans s'en rendre compte percevait l'agitation du vampire comme une sourde angoisse. Il se déshabilla machinalement d'un geste de baguette et se glissa dans le lit pour se coller contre Harry, ressentant un besoin irrépressible d'être contre lui, de le protéger et de faire barrage de son corps afin qu'on ne les sépare pas, même si en fait, ils avaient toute la journée devant eux.

Harry sortit lentement du sommeil lorsque le vampire l'enserra de ses bras. Il papillota des yeux dans la presque pénombre et s'étira comme un chat.

— Sev' ? Il est quelle heure ? J'ai dormi tard ?

— Non, chaton. À peine une heure, fit le vampire d'une voix rauque.

Harry pinça les lèvres et posa sa joue sur la poitrine immobile et froide du vampire. Il avait bien remarqué les yeux zébrés de rouges, les canines qui pointaient et la température corporelle en chute libre qu'il percevait à présent lui prouvait indubitablement que Severus manquait de sang pour se nourrir. Mais la tête de mule ne l'avouerait jamais, malheureusement.

— Pourquoi tu t'es recouché, Sev' ?

— Albus vient de me lancer un ultimatum. Si je n'ai pas pris un calice pour ce soir vingt heures, il t'emmènera à Poudlard avec lui et te confiera à Pomfresh.

— NON ! s'horrifia le Gryffondor en se tendant contre lui. Je ne veux pas te quitter ! SEV' ! Ne le laisse pas m'emmener, s'il te plaît !

— Harry…

— S'il te plaît… commença à sangloter le convalescent, bouleversé. Ne m'abandonne pas… Sev'…

Les bras du vampire se resserrèrent avec possessivité sur la frêle silhouette qui pleurait à présent.

— Je… je sais… que… que tu n'as… plus de sang, Sev'… bredouilla Harry, entre deux sanglots.

Severus soupira, bien sûr que le gamin avait remarqué. Il n'était pas stupide et n'avait pas perdu ses facultés mentales… miraculeusement.

— Tu… tu vas devenir quoi… hein… si… si je pars ? Dumbledore…

— Dumbledore m'abandonne à mon sort, Harry, le coupa le vampire qui ne voulait pas mentir à son amant.

— Je… je reste. Je veux pas… pas partir. Je veux pas que… que tu meures.

— C'est peut-être aussi bien, Harry. Je suis déjà mort, de toute façon…

— Nooooon !

Le jeune Gryffondor s'accrocha au vampire de toute la force de ses bras maigres. Ses sanglots déchirants faisaient mal au Maître des Potions qui serrait les dents, et le vampire en lui était furieux. Il n'allait pas se laisser faire et si le sorcier ne faisait pas ce qu'il faut, il le ferait, LUI. Il prendrait les rênes et tuerait impitoyablement tous ceux qui se mettraient en travers de leur chemin. On ne lui reprendrait pas son calice potentiel.

— Bois, Sev'… bois ! Prends mon sang ! le pressa Harry en penchant son cou.

L'offre était plus que tentante pour le vampire dont les yeux rougirent encore plus à cet instant. Grâce à sa vision vampirique, il percevait très nettement les veines tentatrices gorgées de nectar carmin. Involontairement, ses crocs sortirent complètement et il plongea son visage dans le cou d'Harry et commença à le lécher. Le jeune sorcier s'accrocha aux longues mèches noires de Severus et retint son souffle. Mais le côté humain du vampire reprit brutalement le contrôle et il recula vivement.

— Non, non ! Je ne peux pas, je ne dois pas !

— Arrête, Sev' ! paniqua Harry. Tu dois boire, tu vas mourir pour de bon si tu ne bois pas. Je t'en supplie ! Me laisse pas…

— Harry, si je bois à ton cou, je vais te tuer… Tu n'es pas en état de le supporter, tu es trop faible.

— Alors, fais de moi ton calice !

— Impossible ! Je te tuerais avant pour la même raison. C'est trop risqué. Et puis tu serais enchaîné à moi pour l'éternité. Maudit comme moi… rejeté par tout le monde.

— C'est pas vrai. Lorcan d'Eath est admiré par l'ensemble du Monde Magique, Eldred Worpel est reconnu comme un écrivain de valeur alors qu'il est un calice, et personne ne rejette Sanguini son vampire. Ils vont même ensemble à des réceptions mondaines. Dumbledore me l'a dit.

— Ce vieux manipulateur qui se mêle de tout. Bien sûr qu'il t'a dit ça. Mais pour deux vampires et un calice acceptés, combien sont rejetés ?

Harry ne répondit pas. Il n'en savait rien, il ne connaissait aucun autre vampire à part Severus. Lorcan D'Eath était un chanteur connu dont toutes les filles étaient folles s'il en croyait Lavande et Parvati. Hermione dévorait tout ce qu'Eldred Worpel écrivait, quelque soit le sujet, mais ce rat de bibliothèque serait bien capable de lire le bottin moldu et de l'apprécier si on la laissait faire… un peu comme Remus…

— Je suis Harry Potter, on ne me rejettera pas, j'ai vaincu Lord Vold… Le Seigneur des Ténèbres, trancha Harry avec une grimace, ayant oublié que Severus détestait qu'on prononce son nom devant lui à cause de l'ancien tabou. Et on ne rejettera pas mon vampire pour la même raison.

Le Serpentard hésita et ne rajouta rien. Tout en caressant machinalement le dos décharné du garçon, il posa son menton sur le sommet de la tête d'Harry et ferma les yeux.

Il ne voulait pas l'avouer mais il était mort de trouille. Il détestait sa condition de vampire. Il ne maîtrisait aucun de ses pouvoirs et avait besoin de livres écrits par des humains pour comprendre ses réactions !

Quelle déchéance !

Il était incapable de se nourrir seul, de subvenir à ses besoins, de se contrôler… ce qui lui avait coûté sa place de Maître des Potions. La mort de Voldemort aurait dû le libérer mais cet être malfaisant avait pris soin de lui faire subir un châtiment odieux, pire que la mort. Il lui avait donné la vie éternelle, une vie maudite de mort-vivant. Il était devenu une créature des ténèbres destinée à la solitude et la souffrance, encore une fois. Comme s'il n'avait pas assez souffert toute sa vie…

— Pourquoi tu m'as sauvé, si c'est pour te laisser mourir maintenant ? fit alors sèchement Harry.

Le vampire interrompit ses noires pensées et soupira.

— Tu mérites de vivre, chaton. Tu es jeune, tu vas guérir, tu as toute la vie devant toi.

— Elle ne vaut rien sans toi, Sev'. Je t'aime, me laisse pas…

Cet aveu choqua Severus qui se figea, bouleversé. Jamais personne ne lui avait dit ces simples mots, à part sa mère quand il était petit. Mais il y avait si longtemps qu'elle était morte… Il y avait bien eu Lily Evans, sa meilleure amie et la mère d'Harry qui lui disait souvent lorsqu'ils étaient enfants et qu'ils jouaient : « Je t'adore, Sev', t'es l'meilleur ! »

Mais ce n'était pas pareil. Non, pas pareil du tout.

Le vampire en Severus jubilait. Le calice potentiel l'aimait et ne voulait pas partir. Il ne manquait plus qu'un tout petit échange de sang et tout irait bien. Si seulement son côté sorcier et humain n'était pas un idiot dépressif et borné…

Les yeux redevinrent rouges, par contre les crocs se rétractèrent et le vampire se jeta sur les lèvres du Gryffondor pour lui prouver son attachement. Harry se laissa faire totalement lors de ce baiser, ce qui apaisa le vampire dominant. Il passa ses mains froides sur tout le corps de son amant, provoquant même un début d'érection chez Harry, ce qui compte tenu de son état physique était quand même bon signe.

Même s'il l'avait voulu, Severus aurait été dans l'incapacité de faire quoi que ce soit de sexuel avec Harry. Sa piètre condition physique ne lui permettait plus ce genre de fantaisies et il n'avait pas eu d'érection matinale depuis des jours. Tant qu'il n'aurait pas fait un repas de sang correct, son corps et sa libido seraient aux abonnés absents.

Tous deux s'endormirent sans même s'en rendre compte. Ce furent les petits coups frappés à la porte de la chambre par Dobby qui les firent sortir de leur torpeur.

— Oui, qu'est-ce qu'il y a ? grogna l'ancienne Terreur des cachots, pas encore bien réveillée.

La petite voix criarde et haut-perchée de l'Elfe de Maison leur répondit.

— Le déjeuner est prêt, Professeur Rogue, Monsieur.

— Nous descendons, Dobby.

L'arrivée intempestive de l'Elfe avait réveillé Harry qui remua contre le vampire.

— Tu as faim ? Dobby est là, et il nous a fait à manger.

— Mais pas ce dont tu as besoin, Sev', pesta le convalescent.

— Nous en reparlerons dans la journée, Harry.

— Tu as intérêt…

La lumière du plafond s'alluma et une lueur blafarde envahit alors la pièce aux fenêtres magiquement occultées. Harry, ébloui, papillota des yeux et cacha un instant son visage sous les mèches noires du vampire. Celui-ci retira ses mains de sous la veste de pyjama de soie d'Harry, puis repoussa les couvertures. Il se leva et d'un geste de baguette, se rhabilla, puis il contourna le lit et aida Harry à s'asseoir au bord. Il l'aida à enfiler une robe de chambre qu'il avait métamorphosée la veille à partir d'une serviette de toilette, puis il le prit dans ses bras en grimaçant discrètement, ses forces vampiriques commençant à l'abandonner épisodiquement. Il réussit malgré tout à descendre l'escalier branlant et à aller jusqu'à la cuisine où il déposa son fardeau sur une chaise améliorée d'un sortilège de coussinage.

Dobby s'affaira aussitôt autour du Sauveur.

— Harry Potter ! Dobby a préparé une tourte aux rognons et au bœuf pour Harry Potter, Monsieur ! Le Professeur Dumbledore a dit que Harry Potter était malade, Monsieur. Et aussi qu'il devait bien manger.

— Merci, Dobby, répondit Harry en frottant ses yeux rougis par ses larmes à présent asséchées. Je vais mieux grâce au Professeur Rogue.

Il fit un mince sourire à l'Elfe qui en retour dévoila sa large dentition avec un plaisir évident. Severus se pencha et déposa sur la table de la cuisine, deux fioles de potions pour qu'Harry les avale avant le repas. Elles étaient destinées à aider l'estomac d'Harry à reprendre une taille normale après avoir été alimenté par les potions intraveineuses et à faciliter sa digestion. Ainsi, il ne vomirait pas son repas et profiterait de tous ses nutriments. Dobby leva les yeux vers l'ancienne Terreur des cachots, poussa un cri et recula en le pointant du doigt.

Sogan ne sereg, sogan ne sereg !

Harry regarda Dobby les sourcils froncés. Mais que pouvait-il bien dire ? Et quel était ce langage étrange ? Il se tourna vers l'endroit que l'Elfe pointait du doigt et vit qu'il désignait Severus. Le vampire avait les yeux zébrés de rouge comme auparavant et ses canines étaient de nouveau sorties.

— Dobby ? Qu'est-ce que tu dis ? Je ne comprends pas.

— Harry Potter, Monsieur, bredouilla l'Elfe apeuré. C'est de l'Elfique, ça veut dire « buveur de sang », le Professeur Rogue est un buveur de sang, un vampire ! Harry Potter doit fuir, il va se faire dévorer !

— Mais non. Et je sais que Severus est un vampire. C'est pas nouveau. Et je te rappelle qu'il m'a sauvé, donc il ne me fera pas de mal.

— Professeur Rogue ne boira pas le sang de Dobby ? s'inquiéta l'Elfe qui tordait à présent ses oreilles et roulait des yeux paniqués.

— Non, promis, Dobby. Severus n'aime pas le sang des Elfes, il n'aime que le mien.

— MAIS ALORS IL VA DÉVORER HARRY POTTER !

— Non, je te dis. Pas sans ma permission et il l'a d'ailleurs. Il peut boire de mon sang quand il veut.

— Harry… tenta Severus en prenant place à table.

— Tu nous sers, Dobby ? l'interrompit Harry d'une voix lasse.

— Dobby, fit alors le vampire d'une voix rauque. Je ne bois pas le sang des Elfes. Il n'est pas bon pour moi.

— Pas bon ? répéta Dobby qui s'apprêtait à ouvrir la porte du four.

— Non, pas bon du tout.

— Tu vois, tu ne risques rien, confirma Harry. Au fait, tu peux répéter comment tu l'as appelé en Elfique ? J'ai bien aimé la sonorité.

Sogan ne sereg, Harry Potter, Monsieur.

— J'aime beaucoup «sogan», c'est un joli mot. Je trouve que ça ferait un très joli nom pour ton côté vampire, Sev'. Tu trouves pas ?

— Tu veux appeler mon côté vampire, Sogan ? s'étonna le Maître des Potions en poussant de nouveau les fioles de potions vers Harry.

Celui-ci en prit une sans un mot, l'ouvrit et l'avala en faisant une horrible grimace.

— Oui ! Bon sang, mais c'est affreux ce truc !

— L'autre est meilleure, elle a un goût de menthe fraîche.

— Ah. Tant mieux.

Harry ouvrit la seconde fiole et l'avala sans discuter. Cette fois-ci, il ne fit pas de grimace et passa sa langue sur ses lèvres.

— Mmm… Pas mal du tout. Ça change de tes potions habituelles qui feraient vomir tripes et boyaux, rien qu'à l'odeur.

— Arrête de critiquer mes potions. Garde plutôt tes forces pour manger une portion décente.

— Alors ?

— Alors quoi ?

— Sogan…

— Va pour Sogan, si ça te fait tant plaisir… s'amusa le vampire.

La créature des ténèbres en lui était absolument extasiée. Elle avait un nom, un vrai ! Il était un vampire du nom de Sogan et il allait bientôt avoir son calice. En tout cas, il ferait tout pour ça… même si pour arriver à ses fins, il allait devoir faire des dégâts et sacrifier quelques humains…


[1] Contrairement à ce que pensent les Moldus, Severus a bien un reflet et peut se voir dans un miroir.