Il faisait nuit et la pleine lune brillait bien haut dans le ciel du Colorado. Janet mit son clignotant et tourna pour s'engager dans la rue où elle habitait. Ma rue. Songea-t-elle, tout ça était encore si nouveau pour elle. Elle ralentit avant de tourner dans son entrée.
Sam était debout à l'autre extrémité du parterre, les mains dans les poches de son blouson, elle fixait quelque chose, la tête dans les airs. Janet gara sa voiture. Elle doit admirer les étoiles. Se dit-elle. Une astrophysicienne devait toujours avoir la tête levée vers la voûte céleste, c'était une déduction plutôt facile. Elle la regarda un instant en souriant.
Sam sortit une main de son blouson et pointa un doigt vers le haut en indiquant un point précis. Janet la vit articuler quelque chose puis hocher la tête. Elle plissa les yeux. Parlait-elle toute seule ? Se demanda-t-elle en trouvant cela un peu particulier. Bah, elle avait vu, tout au long de sa carrière, des choses beaucoup plus étranges. Elle retira ses clés du contact et sortit de sa voiture.
"Non… pas là !" Entendit-elle Sam s'écrier. "Un peu plus à gauche… Oui… juste là, il en manque un peu !" Cria-t-elle encore en pointant toujours le doigt vers quelque chose un peu plus haut.
Janet s'arrêta pile en fronçant les sourcils. Sam était-elle capable de remanier les étoiles par sa simple volonté ? Peut-être était-elle, au même titre que les autres, un peu barjot ? Après tout, elle ne la connaissait pas vraiment bien. Les génies étaient parfois un peu dérangés. Pourtant, pour faire partie du SGC, tous le personnel devait passer des examens psychologiques fort élaborés, elle-même y avait eut droit et elle savait de quoi elle parlait. Mackenzie était un psychiatre dès plus assidu, et elle doutait qu'il ait laissé passer ce genre de chose. Mais d'un autre côté, ils avaient tous un comportement si étrange…
"Merci, Carter !"
Janet stoppa net en ouvrant de grands yeux et son sang ne fit qu'un tour dans ses veines. Cette voix, n'appartenait-elle pas à Jack O'Neill ?
Bang ! Bang ! Bang !
Et ça ? Ce pouvait-il que ce soit des coups de marteau ?
Bang ! Bang ! Bang ! Bang ! Bang ! Bang !
Des coups de marteau qui provenaient de l'intérieur de sa résidence ?
Ziiiiiiiiiiiiiii ! Ziiiiiiiiiiiiiiii !
Et cet affreux son ? De toute évidence elle reconnut le bruit stridulent d'une scie circulaire qui provenait, à n'en pas douter, de quelque part derrière chez-elle.
Bang ! Bang ! Bang ! Ziiiiiiiiiiiiiii ! Ziiiiiiiiiiiiiiii !
Tak… Tak… Tak…
On taquait quelque chose sur le toit.
"Alors Makepeace, ça vient cette bière !?"
"Va la chercher toi-même, O'Neill !" Entendit Janet. "J'ai du travail."
"Hé ! Au cas où tu ne l'aurais pas remarqué, je suis sur le dernier barreau de cette foutue échelle !"
"Tu l'auras quand j'en aurais terminé avec cette saleté de planche."
Tak ! Tak !
Sam tourna la tête vers Janet et lui sourit un peu gênée.
Les pieds de Janet avaient prit racine dans le parterre. Elle devait s'être endormit sur le coin de son bureau et devait faire le plus atroce des cauchemars ! Les secondes passèrent.
Bang ! Bang ! Bang ! Ziiiiiiiiiiiiiii ! Ziiiiiiiiiiiiiiii ! Tak ! Tak ! Tak ! Floushhhh ! Floushhh !
"Oh ! Bonsoir, Docteur Fraiser." Entendit Janet d'une voix en provenance de la toiture. Elle leva les yeux pour voir Daniel lui adresser un petit signe de la main. Il portait sur la tête un bandeau à velcro sur lequel était accrochée une grosse lumière éblouissante qui l'aveugla du coup et elle du lever une main pour se protéger les yeux.
Elle déglutit avec difficulté et tourna les yeux vers la grande blonde. Elle ne rêvait pas. Tout ça était bien réel. Le sang se remit doucement à circuler dans ses veines et elle réussit enfin à s'ébranler pour rejoindre Sam.
Cette dernière retourna son attention vers le haut et pointa encore le doigt vers quelque chose. "Il en manque aussi à droite, Colonel." S'écria-t-elle encore avant de jeter un autre coup d'œil vers Janet à ses côtés. Cette dernière était un peu pâle, lui sembla-t-il.
Ziiiiiiiiiiiiiii ! Ziiiiiiiiiiiiiiii !
Janet vit enfin l'endroit où Sam posait les yeux depuis un moment. Grimpé dans une échelle, Jack O'Neill, un pinceau à la main et un litre de peinture dans l'autre, était occupé à repeindre les bords de sa toiture. Elle remarqua qu'il avait aussi entièrement repeint le mur extérieur un peu plus bas.
"Hé, doc !" S'exclama-t-il fort joyeusement quand il la vit. "Cette maison avait vraiment besoin d'un bon coup de pinceau !" Continua-t-il en lui désignant le pot de peinture.
Bang ! Bang ! Bang !
"C'est pas vrai ?" Murmura Janet complètement stupéfiée.
"O'Neill peint, Daniel retape la toiture, Makepeace s'occupe de vous fabriquer quelques tablettes de rangement, Johnson est en train de sarcler le jardin, et j'ignore ce que fabrique Matthews." Lui lança Sam dans un même souffle.
Ziiiiiiiiiiiiiii ! Ziiiiiiiiiiiiiiii !
Janet posa sur elle un regard totalement sidérée.
Tak ! Tak ! Bang ! Bang ! Scriiiitttcchhhhhh !
"Je crois que j'ai une très bonne idée de ce dont vous vouliez me parler, Docteur." Dit encore Sam en souriant un peu.
"Ont-ils tous perdus la tête ?" Réussit à articuler Janet.
Tak ! Tak ! Tak !
"D'une certaine façon, je le crains, oui." Répondit simplement Sam en remettant la main dans sa poche en se balança un peu d'avant en arrière en fixant O'Neill toujours perché au bout de son échelle. Ce dernier portait le même bandeau à velcro que Daniel Jackson et peignait à la lumière de sa torche.
Janet grimaça et demanda un peu inquiète. "Et le Jaffa ?"
"Oh, Teal'c, hé bien il n'a pas encore reçu l'autorisation de quitter la base… Vous pouvez vous estimer chanceuse…" Répondit Sam avec désinvolture.
Pas du tout soulagée, Janet fixa un moment le bout de ses chaussures dans l'espoir de retrouver son calme. Ses mâchoires se serrèrent ensembles et elle se mordit un peu la joue intérieure. C'était un tic nerveux chez elle quand elle était sur le point de sortir de ses gonds. Ils étaient tous fous à lier ! Prenant une profonde inspiration, elle quitta Sam pour marcher vers l'échelle où se tenait O'Neill.
Ziiiiiiiiiiiiiii ! Ziiiiiiiiiiiiiiii !
Le bruit strident de la scie allait la rendre folle.
Folle et sourde.
Ziiiiiiiiiiiiiii ! Ziiiiiiiiiiiiiiii !
"Descendez de là, O'Neill !" Cria-t-elle pour que sa voix porte au-dessus de ce bruit infernal.
Bang ! Bang ! Bang !
"Quoi ?!" Répondit ce dernier en faisant un signe vers ses oreilles pour lui signifier qu'il n'entendait pas.
"Descendez !" Hurla-t-elle avec, cette fois, suffisamment de force pour se faire entendre.
Jack déposa pinceau et pot de peinture et commença à descendre. Il mit un certain temps avant d'atteindre le bas de l'échelle et sauta les derniers barreaux pour atterrir devant elle comme un gamin fier de montrer qu'il était un peu casse-cou. Quand il l'a vit mettre son bras devant ses yeux il éteignit la torche sur sa tête. "Oh, désolé." S'excusa-t-il.
Janet lui jeta un regard noir.
Sam marcha nonchalamment vers eux un petit sourire aux coins des lèvres. Pour rien au monde elle n'allait louper ça.
"Vous pouvez m'expliquer ce que vous fabriquez ?" Lui demanda alors Janet d'un ton plaintif qui jouait un peu dans les aigus.
Jack vit le sourire de la grande blonde s'élargir. "Hé, bien… ça se voit non ? On vous donne un petit coup de main." Il jeta de nouveau un œil vers Sam par-dessus l'épaule du petit médecin avant de retourner son regard vers cette dernière. Janet soupira en se raclant la gorge et fourra ses deux mains dans les poches de sa veste de cuir noir en serrant les poings. Le noir lui va à ravir, pensa Jack en se disant que cette couleur faisait ressortir ses magnifiques yeux. "Cette maison avait vraiment besoin d'être retapée…" Dit-il pour conclure.
Janet menait un combat de tous les instants pour garder son calme.
"Quand nous sommes venus porter votre plante ce matin, cela nous a tout de suite sauté aux yeux. Il aurait fallut, que Jackson et moi, soyons foutrement aveugles pour ne pas le remarquer. C'est pourquoi nous en avons déduit que vous ne verriez pas d'inconvénients à ce que l'on vous donne un petit coup de pouce. Nous avons appelé Makepeace en renfort, il est menuisier dans ses temps libres. On ne croyait pas qu'il traînerait toute sa troupe avec lui…" Jack marqua une pause et réfléchit un moment. "Quoi que ce n'est pas très étonnant, si vous voyez ce que je veux dire." Poursuivit-il en affichant un sourire machiavélique. "Les macaques se déplacent toujours en bande…" Ajouta-t-il sur le ton de la confidence.
"Répètes ça, O'Neill." Grogna Makepeace qui venait de faire son apparition une bière à la main.
Sam tiqua. Elle comprit dès lors que ça allait mal se terminer. On ne pouvait pas s'attendre à moins quand on mettait l'Air Force et les Marines dans le même voisinage.
"Je disais que les macaques se déplacent toujours en bande, Makepeace." Il se retourna vers le nouveau venu. "Sais-tu seulement ce qu'est un macaque ?"
Au même moment Daniel étira la tête et sa lumière vint tous les aveugler. "Oh, pardon." Dit-il en éteignant rapidement sa lampe torche. "Quelqu'un m'a parlé ?"
"Non !" S'écrièrent O'Neill et Makepeace d'une même voix.
Daniel pressentit que quelque chose n'allait pas et descendit avec agilité le long de l'échelle.
"Hé les gars, je sens ici un brin d'animosité, vous voulez qu'on en parle."
"La ferme !" Dirent une fois de plus O'Neill et Makepeace à l'unisson.
"Hé ! Restez polis !" Déclama Daniel en fronçant les sourcils. "Il y a une dame ici au cas où vous ne l'auriez pas remarqués !" Termina-t-il en désignant Janet.
Sam plissa les yeux. "Merci !?" S'empressa-t-elle de lancer un tantinet outrée à l'adresse de Daniel qui de toute évidence ne s'intéressait pas du tout à elle. C'est à peine s'il avait remarqué sa présence.
Il la regarda une brève seconde avant d'ajouter. "Et Sam…"
Carter ouvrit la bouche un peu insultée.
Janet vit Johnson s'amener une pelle nonchalamment posée sur son épaule. Elle vit aussi Matthews sortir par la porte de devant un marteau à la main.
"Ah ! Je comprends maintenant !" S'écria Jack. "C'est pour ça que tu as amené tes primates avec toi ! Trouillard !" Pavoisa Jack en s'avançant vers Makepeace. "Fraiser ne tombera jamais dans tes bras, Makepeace, tu es beaucoup trop lourdaud pour ça. D'ailleurs, elle a déjà quelqu'un."
Janet se retourna vers Sam. "J'ai quelqu'un moi ? Première nouvelle."
Sam secoua la tête, elle ne savait pas pourquoi O'Neill avait débité ça.
Daniel Jackson éclata de rire et les deux hommes le regardèrent comme s'il venait de péter un plomb. La crise passée, il fixa les yeux sur Jack.
"Quoi ?!" Lui demanda ce dernier en fronçant les sourcils.
"Et ce quelqu'un , tu crois que c'est toi !?" Rétorqua Daniel d'un ton sardonique.
"Je ne suis avec personne !" S'empressa de répliquer Janet, mais cela n'eut apparemment aucun effet, elle voulut ajouter autre chose mais Daniel ne lui en donna pas l'occasion.
"Tu es sûrement aussi balourd que Makepeace pour ne pas avoir remarqué la façon dont elle me regarde…"
"La façon dont elle te regarde ?" Pouffa Makepeace. "Voyons mon p'tit gars, elle n'a pas besoin d'une mauviette dans ton genre ! C'est d'un homme viril dont elle a besoin ! Un homme capable de la faire grimper au septième ciel vite fait bien fait !" Il rit. "Toi, tu serais tout juste bon à faire la lessive !" Il rit encore plus fort et bientôt, O'Neill, Matthews et Johnson l'imitèrent.
Janet jeta un coup d'œil dégoûtée vers Sam. Ils étaient tous, plus fous les uns que les autres. Jusque là, elle avait été trop abasourdit pour réagir, mais maintenant, elle en avait assez entendu. Elle devait intervenir maintenant avant qu'il ne soit trop tard. Elle ne put cependant pas placer un seul mot.
"Vous, vous faites des illusions les gars ! Croyez-vous vraiment qu'une femme, aussi merveilleusement belle, intelligente, raffinée et sexy, que Janet pourrait s'enticher de gorilles aussi stupide que vous !?" Il avait toujours la main tendue vers Janet quand il reprit. "Non, une telle femme ne fréquente pas des andouilles dans votre genre. Cette divine créature ne s'abaisserait jamais à ça ! Jamais ! De plus vous êtes tous membres de l'armée des États-Unis… alors que moi… je suis un civil… donc… elle est à moi, vous m'entendez ! À moi !" Cracha Daniel rouge de colère.
"Fraiser ! Il faut faire un choix maintenant !" S'écria O'Neill en la regardant droit dans les yeux.
"Oui, faites un choix." Répétèrent Johnson et Matthews.
"Oui, qu'elle choisisse !" Surenchérit Makepeace en affichant un sourire plein d'arrogance certain qu'elle le choisirait lui.
Comme elle ne répondait pas, trop estomaquée pour le faire, ils se mirent tous à s'invectiver entre eux et la tension monta encore d'un cran.
"Janet." L'avertit Sam d'une voix qui dénotait une certaine urgence.
Il était temps de mettre un terme à tout ça. De toute façon, elle était si outrée et en colère par tout ce qui venait de se dire à son propos - cela faisait remonter de très mauvais souvenirs à sa mémoire. Une rage sourde gronda en elle. Ils étaient tous si machos. Elle avait été mariée pendant trois longues années à ce genre d'homme, une erreur monumentale qu'elle n'était pas prête de réitérer. Ça avait été les trois pires années de toute sa vie. Elle regrettait tellement que ça lui ait prit autant de temps avant d'y mettre fin. Ses souvenirs finirent de la mettre carrément en boule.
"Suffit!" S'écria-t-elle d'une voix forte qui les réduisit instantanément au silence. "Maintenant, vous allez m'écouter!" Elle s'avança un peu. "En aucun cas je ne ferais de choix. Je suis seule et entends bien le rester. Je ne ressens rien de particulier pour aucun d'entre vous! Alors vous allez foutre le camp de ma propriété, remonter dans vos véhicules, et conduire vos petits culs terreux directement au SGC. Si vous n'êtes pas à l'infirmerie d'ici trente minutes, je vous mets les MP aux fesses, compris!"
Ils ne bougèrent pas d'un iota et se contentèrent de la regarder un peu abrutit.
"C'est un ordre !" S'écria-t-elle encore d'un ton fort menaçant.
Ils détalèrent enfin en grognant et en s'invectivant l'un l'autre cherchant à rejeter la faute sur un autre que leur propre petite personne.
Janet se passa une main dans les cheveux. "Quel cauchemar !"
Sam lui mit la main sur l'épaule. "Ils ont chopé quelque chose sur P3X-596, ça ne fait plus aucun doute maintenant."
"Vraiment ?" Grogna Janet.
"Vous voulez que je vous accompagne à la base ?"
"Vous voulez rire ? Je n'ai pas du tout l'intention d'y aller. Mieux vaut que je me tienne loin d'eux jusqu'à nouvel ordre. Je vais appeler Warner et lui demander qu'il leur fasse passer des analyses sanguines plus poussées."
Sam retira sa main à contre cœur quand Janet se retourna vers elle.
"J'ai besoin d'un verre. Vous entrez avec moi. Je crois qu'il me reste de la bière… enfin, s'ils n'ont pas tout bu."
Sam toujours silencieuse hocha la tête.
À l'intérieur la maison était un vrai chantier. D'abord, les planchers étaient tous recouverts d'une fine poussière de sciure de bois, ensuite, ils avaient empilées toutes ses boîtes de façon aléatoire dans diverses pièces - elle mettrait un temps fou à les trier pour les remettre là où elles étaient destinées - des bouteilles de bières vides traînaient de-ci de-là, une bibliothèque à moitié montée envahissait le living - vis et boulons éparpillés sur le sol non loin de là - et pour finir, quelqu'un avait tripatouiller la tuyauterie. Résultat : il n'y avait plus une seule goutte d'eau qui daignait sortir des robinets.
Démoralisée, elle ouvrit la porte du frigo. Miraculeusement, il contenait encore quelques bières. Elle en prit deux et en tendit une à Sam.
"Ils n'y sont pas allés de mains mortes." Dit cette dernière en balayant la pièce du regard. Elle décapsula la bière qu'elle avait entre les mains et la passa à Janet avant de s'emparer de l'autre.
Janet ne répondit pas et se contenta de boire un coup…
Sam haussa les sourcils et grimaça un peu avant d'en faire autant. "Que croyez…"
Janet leva la main pour la faire taire et bu encore. Elle avait besoin d'un moment pour se recomposer. Elle était si furax qu'il valait mieux qu'elle se taise encore une minute ou deux, histoire de ne pas dire des choses qu'elle regretterait plus tard.
Sam pouvait très bien comprendre comment se sentait le petit médecin. Elle repensa à sa chèvre chantante, au lac et à tout ce qui avait suivit. Elle repensa aussi à ce qu'elle avait ressentit en voyant, pour la première fois, Janet dans l'infirmerie quand elle était revenu à elle et à ce qu'elle ressentait toujours en ce moment. Souffrait-elle de la même maladie qu'O'Neill et les autres ? Elle en était presque certaine. Il était cependant hors de question qu'elle en parle ouvertement. Mieux valait se taire. De toute façon elle réussissait parfaitement à se contrôler contrairement à eux. Peut-être que le fait de ne pas sécréter de testostérone jouait en sa faveur pour une fois. Bien sûr, elle avait ressentit un sentiment de fierté quand la petite brunette les avaient virés en leur affirmant qu'elle ne ressentait rien de particulier pour eux. Elle se rappela aussi ce que lui avait soufflé sa petite voix intérieure. Si tu ne peux pas l'avoir, personne ne l'aura ! C'était tout à fait troublant. Elle devait forcément avoir chopé la même chose que les autres. Après tout, elle n'avait jamais rien ressentit de tel pour une femme.
Vraiment ? Lui souffla sa petite voix. Tu as la mémoire courte, Samantha Carter ! Elle repensa à son professeur d'astronomie, comment elle s'appelait déjà ? Ah, oui ! Joan, Joan Rosenblum. Je vois que ça te reviens. La taquina encore sa petite voix. Il est vrai qu'elle avait eut des sentiments pour cette femme à l'époque, mais dans les années quatre-vingt ce genre de chose n'était pas très à la mode. Amour, drogue et rock'n'roll ! Dieu ! Quelle époque ! Évidemment, elle ne lui avait jamais avouée ses sentiments et Joan Rosenblum était sorti de sa vie de la même façon qu'elle y était entrée… sans se doutée de rien… Un fantasme de jeunesse, se dit Sam. Ah, oui, tu crois ? Et pour Janet ? Un fantasme elle aussi ? Sam prit une gorgée de bière les yeux toujours rivés sur le décolleté de Janet. Cette dernière prenait appuis sur le comptoir à l'aide de ses deux mains et la tête penchée, fixait un point invisible sur le sol. Elle portait une délicate chaîne en or, où était suspendue une petite croix qui brillait en se balançant tranquillement sur le haut de sa poitrine, au rythme de sa respiration. Sa peau était légèrement bronzée et la petite breloque accrochait le regard… Pas seulement la breloque si Sam était honnête. Janet Fraiser est beaucoup plus qu'un fantasme, pas vrai ? Sam cligna des yeux comme un vieux philosophe. Oh Sam ! Tu as définitivement contracté la même chose qu'eux ! Elle prit une autre gorgée de bière comme si cela pouvait l'aider à laver toutes ses pensées impures qui lui venaient depuis un moment.
Janet attrapa son portable et composa le numéro de la base. Elle parla un long moment tandis que Sam, incapable de faire autrement, la détaillait à loisir. Janet était si petite, elle devait peser quoi… environ cent dix livres tout au plus, se dit-elle en songeant qu'elle avait un don inné pour les poids et mesures. Entièrement vêtu de noir, mit à part son chemisier blanc, elle était vraiment sublime et il se dégageait d'elle un charisme sans pareil. Daniel disait vrai quand il affirmait qu'elle était une divine créature. Merveilleusement belle, intelligente, raffinée et diablement sexy ! Elle se demanda comment ce serait de la tenir dans ses bras… Elle jeta un coup d'œil vers les lèvres de Janet qui discutait toujours avec Warner.
Le petit médecin mit un terme à la communication et remit son cellulaire dans sa poche en posant les yeux sur Sam. Elle inclina la tête sur le côté en fronçant les sourcils. Pourquoi le visage de Sam était-il si cramoisie ? "Ça ne va pas ?" Lui demanda-t-elle aussitôt.
Sam, les joues en feu, se racla la gorge. "Heu… oui… heu… un peu chaud." Ça y était, elle recommençait à parler en monosyllabes. Inspires… expires…. inspires… expires… c'est ça… ça va mieux… inspires…
Janet plissa les yeux. "On peut aller dehors si vous voulez."
"Heu… oui… allons dehors." Balbutia Sam en songeant que l'air frais lui ferait le plus grand bien.
Sur la véranda, Janet balaya la cour arrière du regard. Une énorme scie circulaire traînait au bas de l'escalier. Un peu plus loin, elle pouvait voir l'état lamentable de son jardin. Des outils étaient éparpillés un peu partout sur le parterre et elle soupira en secouant la tête. "Ils ont vraiment foutu le bordel…" Murmura-t-elle en se promettant qu'elle allait s'arranger pour qu'ils terminent ce qu'ils avaient commencés.
"Ouais…" Répondit doucement Sam.
Janet la regarda un long moment en sirotant sa bière. Le concert des grillons leur offrit une distraction pendant un temps.
Sam, mal à l'aise, finit par lever instinctivement la tête vers les étoiles. La constellation de Cassiopée était particulièrement brillante ce soir. "Vous avez une idée… je veux dire de ce que vous allez faire pour qu'ils retrouvent la raison ?"
"De ce que nous allons faire, Capitaine." Elle réfléchit un moment. "Je n'en sais rien. Peut-être que nous devrions retourner sur cette planète chercher quelques amphores afin d'obtenir assez de ce liquide pour pousser nos analyses." Elle soupira et regarda de nouveau le foutoir qu'était sa cour arrière. "Nous en saurons peut-être plus demain quand j'obtiendrai le résultat des analyses sanguines que j'ai commandé au Docteur Warner." Janet se tourna vers Sam qui avait toujours le nez rivé au ciel. "Quelque chose d'intéressant là-haut."
Sam baissa les yeux et lui sourit. "Oui, une superbe constellation." Elle leva de nouveau la tête vers le ciel et pointa quelque chose du doigt. "Là, vous voyez ?"
Janet leva la tête vers la voûte céleste et tenta de suivre la direction que lui pointait Sam. "Je vois…" Elle chercha encore. "heu… des étoiles…" Finit-elle par admettre un peu dépitée.
Sam rit en s'approchant d'elle. Doucement, elle la fit se retournée et tout contre elle, lui attrapa un doigt en le levant pour pointer une étoile bien précise. Comme si s'était encore possible, Sam se pencha un peu sur elle pour se mettre à son niveau.
Janet pouvait sentir la tête de Sam contre la sienne, et son souffle chaud lui chatouilla la nuque et l'oreille.
"Là." Lui murmura-t-elle à l'oreille.
Janet leva une fois de plus la tête vers les cieux. Sa tête, bien malgré elle, se nicha sur l'épaule de Sam et elle la vit enfin. "Oh ! Oui ! Je la vois maintenant." S'exclama-t-elle toute heureuse.
"C'est Cassioppée." Sam pointa encore quelques étoiles et Janet cru déceler une espèce de quadrilatère. Doucement l'astrophysicienne libéra sa main mais son corps resta exactement là où il était. Elle continua de lui susurrer des choses à l'oreille. "Cassioppée était l'épouse du roi Céphée." Son souffle chaud comme un sirocco vint effleurer le haut de sa joue en faisant frémir une petite mèche de cheveux. Un long frisson la parcourut. "Un jour, Cassiopée défia les Néréides en comparant sa beauté à la leur." Janet sentit quelque chose papillonner dans son ventre. Oh ! Mon dieu… "Irrité, Poséidon exigea qu'elle fut sacrifiée à un monstre marin." Sois honnête juste un petit moment, Jan et dis-moi que tu n'aurais pas envie qu'elle te murmure des choses beaucoup plus… Janet ferma les yeux un court instant pour se recomposer et faire taire cette satanée petite voix. "Elle fut délivrée par Persée qui l'épousa" Comme ton nom par exemple… Dit encore sa petite voix. Assez ! Lui répondit-elle à l'aide de sa propre voix. Stop ! Stop ! Stop ! C'est un terrain miné, on ne va pas par-là ! Compris ! L'autre petite voix rétorqua aussitôt. On, non, non, non, on y va pas! On y fonce ! Elle inspira profondément et s'obligea à ne plus penser à rien, ce qui relevait de l'exploit puisque Sam toujours penchée sur elle n'avait pas terminé son histoire. "Après sa mort, elle devint la constellation boréale. On l'appel également la Chaise ou le Trône."
Sam se recula lentement et se redressa.
Merde Janet ? As-tu seulement entendu un traître mot de ce qu'elle vient de te raconter ? À dire vrai, la réponse était non. "C'est une belle histoire." La complimenta-t-elle en tentant de remettre de l'ordre dans ses idées, ce qui ne fut pas une mince affaire. Un long silence s'ensuivit.
"Ça va ? Vous me semblez un peu tendue ?" S'inquiéta Sam qui commençait à réaliser ce qu'elle venait vraiment de faire.
"Heu… oui… trop de stress et pas assez de sommeil." S'empressa de dire Janet. Pas assez de sommeil !? Laisses-moi rire ! Pas assez de nuits blanches à faire autre chose que dormir tu veux dire ! Insista sa petite voix. Pas depuis deux longues et pénibles années en tout cas… Combien de temps encore comptes-tu rester seule, Fraiser ? Janet posa les yeux sur sa bouteille de heineken histoire de faire le vide dans son esprit.
"Oh…" Sam regarda sa montre. 23h03. "Désolée. Il se fait tard. Je dois y aller."
"Non, non, ça va…" Balbutia Janet quelque peu ébranlée par la situation - des plus délurés - qui venait de se produire et des émotions qui l'avaient assaillit.
"Non, vraiment, il faut que j'y aille, il faut vous reposer…"
"Vous avez probablement raison. J'ai l'impression que ce ne sera pas une partie de plaisir…" Avoua Janet en repensant à la scène qui s'était tenue un peu plus tôt.
Sam descendit les quelques marches de la véranda en se disant qu'elle aurait bien besoin d'être retapée. Puis elle posa son regard sur Janet qui l'observait d'un drôle d'air. Ses yeux avaient quelque chose d'indéchiffrable. Sam se rappela qu'elle avait, tout comme O'Neill et les autres, chopé cette saleté sur P3X-596. Son imagination lui jouait forcément des tours. "Bonne nuit, Docteur." S'empressa-t-elle de dire avant de rougir.
"Bonne nuit, Capitaine." Janet la regarda disparaître et porta les yeux au ciel pour admirer Cassioppée.
