Un grand merci à Hamataroo, Missdagane, Littlebeattle, Chocolatine et miss DS pour leurs reviews sur le troisième chapitre, je les aies lues avec beaucoup de plaisir !

A Missdagane, tu te posais la question des raisons de l'attitude de Rose…elle ne te semblait pas très heureuse…eh bien, à partir de ce chapitre, on commence à comprendre pourquoi…je n'en dis pas plus !

Sinon oui, Rose est une sadique, mais Scorpius n'est pas parfait non plus, loin de là…elle n'a pas totalement tort quand elle explique ce qu'elle voit en lui…même si elle exagère.

Bonne lecture, j'espère que le chapitre vous plaira, il est assez…intérieur.

Rose s'appuya des deux mains au lavabo, et rejeta lentement la tête en arrière, les lèvres à demi-ouvertes. Son reflet lui renvoya l'image d'un zombie aux joues anormalement blêmes, avec des yeux trop grands pour son visage, et une cascade foisonnante et emmêlée de cheveux auburn.

-C'est pas brillant aujourd'hui non plus, hein Granger ? murmura-t-elle pour elle-même.

Attrapant la brosse sur le rebord du lavabo, elle peigna sa chevelure, si l'on pouvait appeler ça peigner –quelques grands coups de brosse au hasard. Elle ne s'attachait jamais les cheveux. C'était une protection commode, mais aussi une fierté, un signe extérieur de sa personnalité. Même Malefoy s'arrêtait sur ses cheveux une ou deux secondes, parfois plus, lorsqu'il pensait qu'elle ne regardait pas. Elle se passa ensuite le visage sous l'eau froide, longuement, avant d'affronter de nouveau son reflet. Les gouttes qui ruisselaient sur son front, et coulaient jusqu'aux commissures de ses lèvres lui donnaient l'air sauvage.

Non, correction : elle aurait voulu avoir l'air sauvage. Mais elle avait simplement l'air pathétique. Un chat mouillé et piteux.

Rose fit glisser la fermeture éclair de sa trousse de toilette et plongea machinalement la main à l'intérieur. Ses doigts tâtonnèrent avant de se refermer sur une petite boîte rectangulaire, qu'elle tira hors de sa trousse. Le clapet émit un bruit sec quand elle l'ouvrit, et la plaquette de médicaments fit « scritch » lorsque son ongle perfora deux alvéoles. Une paire de pilules blanches et dodues tombèrent au creux de sa paume. Rose les observa un moment à la lumière du néon, puis les porta à sa bouche et les avala avec un gobelet d'eau. Comme d'habitude, elles eurent du mal à passer. C'était comme si elles se coinçaient au fond de sa gorge, bloquant l'air jusqu'à l'asphyxie, une insupportable agonie. Elle les sentit plomber son estomac –ces quelques milligrammes semblaient peser trois tonnes.

Rose se regarda une nouvelle fois dans le miroir, bien en face. Elle essaya de grimacer un de ses fameux sourires qualifiés de « sadiques », mais ses lèvres refusèrent de remonter.

Ce serait un jour sans, aujourd'hui. Sans énergie, sans envie, sans rien.

-Je te rappelle que tu n'es pas la seule à te servir de cette salle de bain, Rose ! Bouge tes fesses et fais-moi un peu de place !

Rose croisa dans le miroir les yeux bleus de Blake Parkinson, spécialiste dans l'art de se lever cinq minutes avant le début des cours, et accessoirement sa meilleure amie. Blake était la seule personne qui se permettait de l'appeler par son prénom, « Rose », chose étrange de la part d'une fille sensée savoir que sa meilleure amie détestait son prénom. Mais Rose la laissait dire, parce que c'était Blake, qu'elles se connaissaient depuis l'âge de onze ans, étaient entrées ensemble à Serpentard et partagé de délicieux moments à descendre en flèche le reste du monde. La médisance, ça créé des liens, si si.

-Record battu, j'ai plus que trois minutes avant le cours de soins au créatures magiques, bon sang mais qu'est-ce qui m'a pris de choisir cette saleté de matière enseignée par cette saleté de prof ! gémit-elle.

Blake se faufila près du lavabo, ses cheveux noirs coupés en un carré lisse et fatal frappant ses joues, et fondit aussitôt sur sa brosse à dents. Rose se poussa un peu pour lui faire de la place.

-Oui, ça fait trois ans que je me pose aussi la question, répliqua-t-elle en farfouillant, absente, parmi ses tubes de rouge à lèvres. On avait une dizaine d'options au choix, et il a fallu que tu choisisses celle-là précisément. Je suis sûre que tu t'imaginais que le cours consisterait à bercer des bébés licornes.

Blake projeta des postillons de dentifrice sur la glace en répondant.

-Pourquoi est-ce que je n'ai pas pris Runes, comme toi ? Je n'aurais pas eu à me lever aux aurores !

-Aux aurores…Blake, il est neuf heures du matin, l'aurore c'était il y a trois heures…

-T'as décidé de me contredire en tout point aujourd'hui ou quoi ?

La brunette cracha son dentifrice dans le lavabo tandis que Rose passait nonchalamment sur sa bouche son bâton de rouge à lèvres.

-Rose ! gloussa Blake. C'est du rouge vraiment rouge, tu crois que les profs vont apprécier ?

-Quoique je fasse, ils apprécient.

-Oui, un de ces jours ils vont te couronner Reine de la Concorde et de l'Entente Cordiale.

-Exactement.

Rose reboucha son rouge à lèvres sur le lavabo, faisant involontairement tomber sa boîte de médicaments par terre. Sans lui laisser la chance d'esquisser le moindre geste, Blake s'était déjà accroupie pour la ramasser et l'examinait de près, sourcils froncés. Rose se détourna en silence, prête à se barricader en elle-même. C'était reparti pour un tour.

-« Antidépresseurs »…Rose, ne me dit pas que tu reprends ces trucs ? s'exclama son amie. Je croyais que ton traitement était terminé depuis des mois !

-J'ai un peu maquillé la réalité, c'est tout, grogna Rose. Tu ferais mieux de filer, tu as déjà cinq minutes de retard pour ton cours, pas sûr que ça va faire remonter ta moyenne.

Rappelée aux réalités tristement matérielles, Blake lâcha une bordée de jurons et se rua hors de la salle de bain. Rose entendit la porte de leur dortoir claquer derrière son passage, puis le calme revint, pesant. Elle acheva sa toilette, noua sa cravate « à la cool » pour le petit déjeuner –il serait bien temps de la nouer plus tard « à la sage » pour le cours de 10h.

En longeant les cachots, elle nota une fois de plus la détérioration des murs, la mousse humide et verdâtre qui s'étendait un peu plus chaque jour, dévorant les surfaces encore saines. Et quand la pourriture aura tout envahi, que feront-ils ?

Dans la Grande Salle, Rose retrouva Drev Zabini et quelques autres acolytes de sa maison, et elle alla s'installer avec eux à la table des Serpentards –comme d'habitude, quoi. Et, comme d'habitude toujours, il y avait des toasts grillés, de la confiture et du chocolat chaud au petit déjeuner. Rose décida de ne rien manger. Elle n'avait pas faim, et puis, elle ne tenait pas à ruiner son rouge à lèvres excessif qui ne manquerait pas d'outrager les gentils petits gryffondors –rien que pour le plaisir de voir le mépris et le choc s'afficher sur leurs visages, cela valait la peine de sauter un repas.

-Tu ne manges pas, Granger ? nota Drev au bout d'un moment.

Sans le regarder, elle noua les mains sous son menton et croisa les jambes.

-Non, tu vois bien que je suis en plein festin, ironisa-t-elle.

-Un toast ne te ferait pas de mal, tenta-t-il prudemment.

-Oh, fiche-moi la paix Drev, ok ?

Drev haussa les épaules et retourna à sa conversation avec son voisin. Ouf, un peu d'air. Merci. De ses yeux exercés, Rose sonda la Grande Salle, passa sur toutes les tables en une seule et vaste embrassade. Il n'était pas un lève-tôt –en tout cas s'il l'était, on pouvait dire qu'il cachait bien son jeu. Elle subit bien une dizaine de minutes de pur ennui avant qu'enfin, deux hautes silhouettes masculines et une féminine, beaucoup plus petites, fassent leur entrée. Elle se désintéressa aussitôt de la fille et du garçon aux cheveux noirs pour river les yeux sur le garçon orgueilleusement blond. Il se prenait vraiment pour un prince. Avidement, Rose détailla la variété d'hypocrites expressions sur son visage alors qu'il disait bonjour à un tel ou un tel, saluait de la main petite salope n°1, souriait à petite salope n°2, rigolait avec groupie de bas étage…c'était fascinant. Réellement, c'était fascinant de constater à quel point il usait avec ingéniosité de son panel d'expressions faciales, mesurait ses sourires, et travaillait chacun de ses gestes. Ce fourbe…cet espèce de diable de première classe qui brandissait le masque de l'innocence…il se faisait une petite place confortable dans ce monde, n'est-ce pas ? L'ordure…

-Encore en train de regarder Malefoy, Granger ?

La voix de Drev qui murmurait tout près de son oreille la fit légèrement sursauter, et elle s'écarta en haussant un sourcil.

-Garde tes distances, Zabini.

Elle le sentit suivre son regard et poser le sien sur la tête blonde de Malefoy, visiblement très occupé à en mettre plein la vue à cette petite dinde de Luzia Brown.

-Un vrai virtuose, commenta-t-il avec un fin sourire. Il arrive même à faire tourner la tête à notre rebelle Granger. Cela fait six ans qu'il t'obsède.

La jalousie enlisait ses yeux noirs d'un verni presque vulgaire. Rose se contenta de renifler de mépris, sans même se détacher de Malefoy. Drev ne comprenait rien. Personne ne pourrait jamais rien comprendre. « Faire tourner la tête » ? Quelle expression stupide et grossière. Quelle consonance morne et ordinaire. L'amour adolescent, c'est ça ? Naïveté. Ces choses-là n'existaient pas. Ce qu'elle ressentait à l'égard de Scorpius Malefoy n'avait rien à voir avec l'amour. Elle voulait le détruire. Depuis quand associait-on destruction et amour ?

-Je me demande quel est son pouvoir, reprit pensivement Drev. Le pouvoir qui t'attire vers lui. Son joli visage ? Son côté maso ? Ou bien son...innocence ?

Rose faillit lui rire au nez. Son innocence ? Depuis quand Malefoy avait-il quoi que ce soit d'innocent ? Si même Drev se faisait avoir par ses minauderies de garçon parfait…par Merlin, il n'y avait donc personne, personne à part elle, pour comprendre que cela faisait partie de son personnage… ? ça ne pouvait QUE faire partie de son personnage, cette impression de pureté et de candeur qui se dégageait de lui…c'était une tromperie, un mensonge. Même la veille au soir, lorsqu'elle l'avait aguiché un peu pour essayer de le faire sortir de ses gongs, ces grands yeux incrédules et candides qu'il avait ouverts c'était de la comédie ! Elle était certaine d'avoir discerné, dans ses pupilles, une lueur plus sombre… « tu ne voles pas haut, Granger »…sa voix aussi avait été différente. Froide, métallique.

Scorpius Malefoy était le diable.

Il l'était.