RIZA
Les rues sont presque désertes, à cette heure matinale. A l'exception des livreurs et des travailleurs encore endormis, je ne croise pas grand monde. Au moins, tout est presque silencieux. Le jour est à peine levé, une lumière bleue et douce caresse les murs des maisons et rase les pavés. J'aime aller au boulot à pied, c'est à peu près mon seul moment de paix dans la journée. Je suis seule, je n'ai à rendre compte à personne et aucun homme à surveiller.
J'ai le dossier que m'a demandé Roy Mustang sous le bras. J'y ai travaillé jusque tard dans la nuit, je sais qu'il aime être au courant de tout. J'ai tout classé. Grèves, fêtes, contraventions et crimes les plus marquants depuis le début de l'année. Affaires en cours, situations à régler … Il va avoir de la lecture, et moi je connais presque tout par cœur.
J'arrive à la caserne, franchis le grand portail et gravis les marches qui mènent à l'entrée.
L'activité habituelle règne dans les quartiers des officiers. Les premiers visiteurs ne vont pas tarder à arriver, avec leur lot de problèmes les plus divers, leur mauvaise humeur et leur impatience. Je me demande comment le colonel supportera le mépris qu'ont beaucoup de gens ici pour les militaires, plus particulièrement les Alchimistes d'Etat…
Je suis assez surprise. La porte de notre salle est ouverte. Je suis pourtant systématiquement la première à arriver…Je tourne la poignée et rentre doucement. Les grands rideaux vert sombre sont à moitié tirés. Une pénombre grise enveloppe la pièce. Roy Mustang est dans son grand fauteuil de cuir, la tête légèrement renversée en arrière. J'étouffe le « bonjour, mon colonel ! » que je me préparais à lui lancer, m'apercevant qu'il dort. Vu qu'il n'est pas en uniforme que sa chemise est plutôt fripée, je déduis deux solutions. Soit il n'a pas réussi à dormir tranquille et a passé la nuit sur ses dossiers, soit il a déjà visité les bars de la ville, et pris d'une crise de remords, est arrivé il y a une demie heure pour remplir quelques paperasses. Personnellement, je penche pour la seconde, mais nous lui laisserons le bénéfice du doute… Je regarde quelques secondes son visage. Sept ans… il reste encore quelque chose chez lui du gamin qu'il était. Ses cheveux d'un noir de jais dans lesquels il ne cesse de passer ses doigts, les fossettes arrogantes au dessus des commissures de ses lèvres…C'est encore lui.
Je remets les pieds sur terre. Evitons une situation embarrassante. Je m'approche de lui doucement.
- Colonel ?
Pas de signe de vie.
- Colonel Mustang ! dis-je d'une voix plus franche.
Il sursaute violement et ouvre grand les yeux.
- Hein ? Quoi ? Oh, lieutenant Hawkeye… Il jette un regard désespéré à l'horloge. Nom d'un chien, vous êtes vraiment matinale…
- Vous m'aviez dit « à la première heure », colonel.
- Visiblement, nous sommes en décalage horaire, soupire-t-il en s'étirant rapidement. Bon… vous êtes là pour…
- Le rapport sur les affaires en cours.
- Ah, oui, c'est vrai, dit-il en se levant. Très bien. Je vais me changer, et je reviens pour y jeter un œil.
Il disparaît d'un pas étrangement chaloupé dans la petite chambre accolée au bureau et ferme la porte derrière lui. Je reste seule, stupidement plantée au milieu de la salle. Je n'en mène pas large, à vrai dire. J'admets que j'attendais quand même quelque chose de cette première entrevue seule avec lui. Je commence vraiment à me demander s'il se souvient de moi. Parce que là, il me traite vraiment comme un vulgaire brigadier. Peut être parce que je ne suis « qu'une » femme… Quelle horreur, il serait devenu macho, en plus ? Je dépose machinalement le dossier devant son fauteuil, et l'ouvre à la première page, un goût amer en bouche.
Lorsque Mustang revient, il a déjà l'air plus frais. Il a du se passer la tête sous l'eau une bonne dizaine de fois, pour retrouver sa raideur habituelle.
- Commençons, puisque vous êtes là.
Il pose un regard atterré à mon dossier.
- C'est ce que je vous ai demandé ?
- Oui, colonel.
- Je ne voulais pas vous tuer à la tâche, lieutenant. ' il sourit légèrement ' en tous cas, pas le premier jour.
Je garde mon sérieux. Il en tient vraiment une couche.
Il s'affale de nouveau dans son fauteuil, et tourne les premières pages.
- Cinq feuillets rien que pour le sommaire…Moi qui croyais que c'était une petite bourgade bien tranquille…
Je ne sais pas où il a entendu petite bourgade bien tranquille …mais s'il cherchait ça, il s'est un peu fait avoir.
- A vrai dire, colonel, il ne se passe pas un jour sans affaire. Le général Hakuro, lorsqu'il était en poste ici, arrivait tout de même à tenir le rythme.
Mustang cille imperceptiblement.
- Je devrais donc me débrouiller aussi… Bien. Je lirai tout, je vous le promets. Mais orientez moi tout de suite sur les dossiers les plus chauds. Je veux m'y atteler dès aujourd'hui.
- Et bien, il y a cette affaire de pickpockets qui sévissent dans la zone nord de la ville… Les quartiers riches, en fait. La police n'arrive pas à les coincer… On a aussi des problèmes d'agressions sur des commerçants du centre, par un groupe d'anciens prisonniers…
- Bon pour la rubrique faits divers…mais j'y jetterai un œil.
Je réfléchis à ce qui pourrait bien l'intéresser.
- Je peux aussi vous parler des plaintes d'immigrants de l'Est, contre de prétendus abus des militaires en poste ici.
Touché. Les yeux de Mustang étincellent une seconde.
- Des officiers ?
- La plupart du temps des brigadiers ou de simples aspirants. Mais une jeune femme a porté plainte contre un sous lieutenant, il y a trois semaines…Regardez, c'est page cinquante, je crois.
Il cherche rapidement le compte-rendu et le lit avec attention.
Debout à ses côtés, je me sens brusquement émue. Enfin, mes années d'efforts ont un résultat…
J'abandonne l'autocongratulation lorsque j'aperçois la chaînette en argent à sa ceinture. Il est vraiment devenu Alchimiste d'Etat… Je me demande quels sont ses pouvoirs. Sûrement quelque chose de classe et tape à l'œil, le connaissant.
- Delambre…Ca vous dit quelque chose ?
Une espèce de grosse brute. Misogyne avec ça.
- Très bon soldat, habituellement. Il est à New Optain avec se famille, en ce moment.
- Je le veux dans mon bureau dès son retour.
Il baisse les yeux une seconde.
- Un viol… Dit-il entre ses dents serrées. C'est une véritable…
Il se tait. Je retiens presque mon souffle.
Et soudain, il se renverse en arrière dans son fauteuil et me fixe droit dans les yeux. Je soutiens son regard, sans trop savoir à quoi m'attendre.
- Vous étiez mieux avec les cheveux longs, Elizabeth.
Je dois avoir les yeux ronds comme des soucoupes. Un sourire s'élargit sur sa figure.
- Vous ne pensiez pas que j'avais oublié un visage comme le vôtre !
Le rouge me monte aux joues, mais je n'arrive toujours pas à me dérider. Je recule vers une chaise et m'y laisse tomber. Nous nous observons quelques secondes, puis Mustang prend une feuille dans un tiroir. Je reconnais immédiatement mon formulaire de renseignements.
- Rentrée dans l'armée à dix-huit ans…longtemps chargée de l'escorte de hauts dignitaires depuis qu'elle a sauvé le lieutenant colonel Alayne d'une embuscade dans le Sud. Très douée au tir… - il me fait un clin d'œil ' Grâce à vos yeux, Elizabeth.
Il remet le formulaire à sa place. Je ne sais plus où me mettre.
- Vous n'avez pas perdu de temps !
- J'avais du retard à rattraper.
Cette fois, il me regarde beaucoup plus gravement.
Je poursuis.
- J'ai simplement tenu la promesse.
- Je m'étais arrangé pour que vous n'ayez plus aucune nouvelle de moi…Vous n'avez jamais été tenue de…
- Si je n'ai plus de parole, il ne me reste plus grand-chose.
- Il y a des limites.
- Au bout du compte, j'arrive quand même à mes fins.
Mais pourquoi suis-je si sèche ? Et lui si glacial ?
- Elizabeth…Les faits ne sont plus les mêmes que quand vous aviez seize ans, commence-t-il avec un froncement de sourcils.
-Vous ne m'apprenez rien. Mais j'ai mes principes.
Quelque chose nous bloque. Mais quoi ?
Il se lève, la main gauche dans la poche, et va à la fenêtre, faisant mine de s'intéresser à l'extérieur.
- Heureux de voir que l'armée n'a en rien altéré votre droiture. - Il se retourne vers moi - Tout le monde n'a pas eu cette chance…c'est pour ça que certaines choses changent.
Je comprends enfin.
Il y a quelque chose de nouveau au fond de ses prunelles sombres.
Quelque chose d'horrible… Une lueur douloureuse comme une plaie ouverte.
Il reporte son regard sur la fenêtre avec un soupir de lassitude.
J'ai l'impression que mon cœur va exploser dans ma poitrine.
Tout ne peux pas avoir changé à ce point !
- Colonel... Roy !
Merci pour vos premiers commentaires déjà très enthousiastes (meme ceux qui ont déjà lu cette fic sont contents c'est super!)...J'espere que vous ne serez pas arrêtés par le manque d'action de ces chapitres, il faut bien poser quelques bases, vous comprenez?
Sur ce je vous laisse, et ce pour une semaine...Je pars a la plage...
Laissez des commentaires ca sra super de les lire a mon retour dans ma ville toute grise
Etincelle
