Chambre de Saphir

Personnage : Franky

Thème : Bleu comme une orange


La Machine à faire de la Viande

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- Alors si je comprends bien, tes parents t'ont abandonné ? Tahahahaha !

- C'est pas drôle !

- Toi, tu es bleu comme une orange, gamin !

- Vous êtes en train de vous moquer de mes cheveux ?

- Allez viens donc manger un morceau, je suis sûr que tu meurs de faim !

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- Aïe !

- Arrête de bouger, Usopp ! râla Chopper.

La canonnier faillit rétorquer que se faire enlever des points de suture sur le visage, ça n'avait rien d'agréable, et que par conséquent, il était en droit de se tortiller autant qu'il le voulait. Mais il commençait à bien connaître le petit renne, et il savait que c'était une mauvaise idée de contrarier le médecin de bord. En particulier quand celui-ci était en train de tripoter des fils de suture dans sa joue. Usopp se demandait d'ailleurs comment il pouvait avoir une telle dextérité avec des sabots. Mais n'ayant pas le cœur de blesser son camarade avec une question aussi indélicate, il s'était toujours abstenu de la poser.

- Hey Chopper ! s'exclama Franky en poussant brusquement la porte de l'infirmerie. Est-ce que tu n'aurais pas... ?

Le renne sursauta et arracha involontairement le dernier point de la joue d'Usopp qui poussa un glapissement de douleur.

- Désolé ! s'excusa Chopper.

- Aaaaah, tu m'as arraché la moitié du visage, je suis défiguré ! gémit le canonnier, les mains crispées sur son visage.

- Quoi ? s'étrangla le médecin. Fais voir !

Il tenta de repousser les mains d'Usopp pour examiner son visage mais ce dernier bascula en arrière, gesticulant des pieds et lâchant une longue plainte sur son visage de héros à jamais déformé. Chopper, paniqué, se changea en Heavy Point et maitrisa son camarade en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, afin de révéler son visage qui, s'il arborait une longue cicatrice encore fraîche sur la joue droite, n'était pas défiguré pour autant. Il assura au canonnier que tout allait bien et que d'ici quelques jours, il n'y aurait plus trace de la blessure. Usopp ne le crut qu'à moitié, mais se réconforta en se disant que les belles cicatrices faisaient les grands pirates.

- Qu'est-ce que tu voulais, Franky ? demanda finalement Chopper en se tournant vers le cyborg, qui avait assisté à toute la scène sans mot dire, depuis la porte de l'infirmerie.

La main toujours posée sur la poignée, il fixait Usopp sur la table d'auscultation d'un air troublé et tourna brusquement la tête lorsque le médecin l'interpella. Le nouveau membre de l'équipage eut un moment de flottement, puis rabaissa ses lunettes de soleil sur son visage et afficha un trop large sourire.

- Oï, Chopper ! Comme je suis en Super forme, je suis venu faire le plein de Cola !

Les yeux du petit renne brillèrent d'admiration lorsque Franky prit la pose.

- Tu peux y aller, je n'ai pas touché à ta réserve.

- Ta réserve ? répéta Usopp en massant distraitement sa joue douloureuse.

- J'ai planqué du Cola un peu partout dans le navire, expliqua le cyborg en s'avançant vers le petit frigo, au fond de l'infirmerie, où Chopper conservait certains produits nécessitant de rester à basse température.

Il ouvrit le réfrigérateur et désigna deux bouteilles de Cola, rangées tout au fond.

- Parce qu'il faut être paré à toute éventualité, sur un bateau pirate ! affirma-t-il en levant le pouce vers ses camarades.

- Trop cool, Franky ! s'extasia Chopper.

Le charpentier sourit plus largement encore avant de prendre l'une des bouteilles dans le frigo - et prenant soin de ne pas renverser les fioles du médecin - puis il ouvrit son torse, révélant le compartiment secret et les trois litres de Cola qui alimentaient l'étrange machinerie de son corps. Il ôta l'une des bouteilles, encore bien pleine, la rangea rapidement dans le frigo avant de placer la nouvelle bouteille dans l'emplacement de son ventre laissé vide.

Le cyborg referma le compartiment et poussa un léger sifflement. Il se pencha en avant, bras tendus au dessus de la tête puis se redressa lentement avec un mouvement de rotation des bras avant de prendre sa pose fétiche.

- SUPER ! clama-t-il avec force.

Chopper reprit le cri avec enthousiasme et Usopp, toujours sur la table d'auscultation, eut un sourire torve, oubliant la douleur dans sa joue. Franky ne tarda pas à s'esquiver, prétextant du travail à faire dans son atelier. Le jeune renne passa plusieurs minutes à s'émerveiller des prouesses du corps robotique de leur nouveau compagnon et Usopp l'écouta distraitement, hochant la tête et le relançant aux moments nécessaires, tandis qu'il terminait d'examiner ses blessures.

Usopp se savait un certain talent pour nier l'évidence et s'aveugler lui-même. Après tout, il était un menteur, et un bon. Mais l'inconvénient du bon menteur, justement, c'est de pouvoir déceler aisément les mensonges des autres, même ceux qu'il aurait préféré ne pas connaître.

Et tout, chez Franky, de la tonalité de sa voix jusqu'à la raideur de sa posture, puait le bon gros bobard.

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Le charpentier referma la porte de l'infirmerie et alla s'enfermer dans son atelier.

Cependant, au milieu des outils poussiéreux, des planches de bois et des morceaux de métal épars, des projets à peine entamés ou inachevés, dans ce désordre si familier et connu, Franky ne voyait que les blessures d'Usopp.

Ses bras encore couverts de bandages blancs, la longue cicatrice sur sa joue que Chopper était en train d'examiner, le bleu encore visible sous son œil gauche... et tout le reste, qu'il ne voyait pas directement, mais dont il devinait aisément la présence. La croûte, épaisse et violacée, sur son mollet, aperçue alors que le canonnier se penchait en arrière contre le bastingage. Le fait qu'il tire les cordages de la main gauche lors des manœuvres navales, alors qu'il était droitier. Le léger boitement qu'il avait, lorsqu'il pensait que personne ne le voyait.

Franky était responsable de cela.

Pas entièrement, bien sûr. Il avait conscience que les combats d'Enies Lobby n'avaient pas arrangé l'état d'Usopp. Mais cela ne changeait pas la dure vérité : les premières blessures d'Usopp, les plus graves, c'était Franky et ses hommes qui les lui avaient infligées.

Ils étaient ennemis à ce moment-là. Et le cyborg avait eu plus que son compte de bagarres dans sa vie. Il savait se battre et n'avait pas peur de cogner. Il avait d'ailleurs mis une dérouillée à la plupart des membres de la Franky Family avant de les convaincre de le rejoindre. Parfois, ce sont les coups de poings qui scellent les plus belles amitiés, ce n'était pas Zambai qui dirait le contraire.

Mais là, c'était différent.

Usopp était déjà à moitié mort lorsqu'il s'était pointé à la Franky House pour récupérer le fric qu'ils lui avaient volé. Zambai et les autres n'avaient pas été tendres avec lui sur le chantier naval où ils l'avaient dépouillé. Mais encore, cela faisait parti des règles du jeu. Ils étaient des voleurs et des chasseurs de primes. Usopp était un pirate avec plus de fric qu'il ne pouvait en porter. C'était dans l'ordre des choses, on ne choisit pas ce genre de vie sans accepter les risques qui vont avec. Cependant, Usopp avait eu le courage de revenir, malgré son état déplorable et le peu de chances d'en ressortir vivant, il était entré dans la Franky House, la tête haute, pour venir réclamer son argent.

Franky lui avait ri au nez, ne voyant que la stupidité de ses actes et s'en était donné à cœur joie, frappant un homme dans un sale état déjà, et incapable de se défendre par dessus le marché. Ça n'avait pas été une belle bagarre, mais un massacre gratuit.

- Ah Franky, t'es là ! s'exclama Luffy en surgissant dans l'atelier, et interrompant le fil de ses pensées. Qu'est-ce que tu fais ?

Le cyborg se retourna et releva ses lunettes de soleil.

- C'est top secret !

- Oooh ? Dis-moi ! Dis-moi ! Dis-moi !

Luffy faisait des bonds tout autour de lui, les yeux en étoiles. Depuis deux jours qu'ils étaient partis de Water Seven, le garçon-élastique était dans un état d'excitation permanente, époustouflé par leur tout nouveau navire et par toutes les spécificités cachées du Thousand Sunny. Son enthousiasme était tel que Chopper avait craint un instant pour sa santé, mais Luffy semblait tout simplement infatigable.

En réalité, Franky ne faisait rien de particulier dans son atelier, bricolant distraitement sans même réfléchir à ce qu'il faisait. Mais il n'avait pas envie de parler.

- Qu'est-ce que c'est ? Tu peux bien me dire ! Je suis le Capitaine !

- Oï, laisse-moi travailler, Luffy ! Tu sauras bien assez tôt de quoi il s'agit...

- Une nouvelle arme ? Un canon géant ? Un rayon laser ? Ah, non, non, je sais, une machine à faire de la viande !

Le garçon-élastique commençant à baver par terre, en plus de mettre une pagaille sans nom dans l'atelier, Franky le poussa sans ménagement vers la sortie, râlant au sujet du respect des artisans et de la tranquillité nécessaire au travail de charpentier. Juste avant de passer la porte, Luffy se tourna vers lui, avec ce regard troublant qu'il avait parfois derrière sa naïveté apparente.

- T'es sûr que ça va ?

- Pourquoi ? contra le cyborg, sur la défensive malgré lui.

- T'as l'air bizarre... tu devrais manger plus de viande...

- Je vais bien, assura Franky avant de refermer la porte derrière son capitaine.

Luffy baragouina quelque chose au sujet des bienfaits de la viande derrière la porte close, puis informa le charpentier qu'il repasserait plus tard pour voir l'avancée de la machine.

Le cyborg ne chercha pas à comprendre et retourna à son atelier. Il découpa deux planches, planta une série de clous, tentant de trouver dans le travail manuel un exutoire aux pensées inconfortables. Mais il n'arrivait à rien, ayant l'impression de tourner en rond ; et la sensation de ne plus rien pouvoir construire de ses mains revint le hanter, familière compagne dont il pensait pourtant s'être défait. Il commençait à s'énerver tout seul sur son établi lorsqu'il entendit la porte s'ouvrir dans son dos.

- Je t'ai déjà dis que j'avais besoin de tranquillité pour travaill... s'agaça-t-il avant de s'interrompre en découvrant Usopp dans l'entrée de l'atelier.

- Ah, désolé, je ne voulais pas déranger...

- Non, c'est bon. Je pensais que c'était encore Luffy...

- Ah, ah, rigola doucement le canonnier. Il ne tient pas en place celui-là. Mais c'est vrai que tu as fait un travail exceptionnel avec le Sunny.

Usopp passa pensivement la main sur le chambranle de la porte. Franky avait réalisé un travail précis et minutieux, jusque dans les moindres détails. Leur nouveau navire était vraiment incroyable, et le digne successeur de Merry.

Le cyborg rabaissa ses lunettes de soleil sur son nez.

- Merci.

Usopp hocha la tête avant d'entrer dans l'atelier. Il parcourut les étagères du regard, observant les différents outils, reconnaissant certaines pièces de rechange pour le bateau, et découvrant d'étranges mécanismes, dont il était incapable de deviner la fonction. S'il était bon bricoleur, il n'avait que de vagues et insuffisantes connaissances en charpenterie, réalisation violente et douloureuse, mais nécessaire pour accepter de laisser Merry derrière lui. Il attrapa l'un des objets au hasard, et l'examina, curieux.

- Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-il.

- Une orange.

Perplexe, Usopp dévisagea son camarade.

- Elle est bleue, nota-t-il au bout d'un moment.

- Oui.

- Les oranges ne sont pas censées être de cette couleur, objecta le canonnier.

Franky se contenta de sourire.

Usopp étudia de plus près la-dite orange, qui était une sculpture en bois particulièrement réussie, malgré un choix de couleur saugrenu. Pensif, il la reposa sur l'étagère et continua de faire le tour de l'atelier. Avisant un tonneau bourré de rouleaux de papier de différentes tailles, il en prit un au hasard et en le déroulant, reconnut le plan du dortoir des garçons. Certaines des annotations lui étaient incompréhensibles mais il comprit l'ensemble. Un plan est un plan, après tout.

Le canonnier sentait Franky l'observer dans son dos, tout en faisant semblant de travailler sur son établi. Il y avait tant de choses qu'il aurait voulu dire mais il ne savait pas par quoi commencer.

Le silence pesait dans l'odeur de sciure et de poussière, le cyborg se demandait avec une tension grandissante ce que son camarade était venu chercher ici. Il n'appréciait guère l'attente de cette situation, mais il ne se voyait pas mettre Usopp dehors comme il l'avait fait avec Luffy. Il cherchait un sujet de conversation pour mettre fin à ce silence dérangeant, lorsque le canonnier prit finalement la parole.

- Je suis désolé.

Franky releva la tête, surpris.

- De quoi ?

Usopp haussa les épaules, mal à l'aise.

- Je sais pas. De tout. De rien.

- Hein ?

Le canonnier soupira, jouant distraitement avec le coin du plan qu'il tenait entre les mains.

- De ne pas avoir su protéger l'argent. De vous avoir provoqué à la Franky House alors que je n'avais pas la moindre chance. De m'être aussi stupidement entêté pour Merry. De ne pas être aussi fort que vous tous...

Il se détourna, nerveux.

Franky le dévisagea, stupéfait. Depuis un quart d'heure qu'il était là, dans ce silence pesant et inconfortable, le cyborg cherchait un moyen de lui présenter ses excuses pour l'avoir tabassé aussi violemment, et l'autre était désolé...

Il éclata de rire.

Usopp se retourna vivement, éberlué par sa réaction et vaguement vexé.

- Gahahahah ! T'es vraiment bleu comme une orange !

- Quoi ?

Franky fut pris d'un fou rire, violent et incontrôlable, du genre de ceux qui animaient Tom, dans le temps. Le canonnier le regardait sans comprendre, se demandant s'il devait rire avec lui ou se mettre en colère.

- Euh... tu m'expliques ?

- Ouais, ouais, attends, fit Franky en relevant ses lunettes de soleil et en essuyant les larmes qui perlaient à ses yeux.

Il garda les lunettes sur son front.

- C'est un truc que m'a dit mon maître Tom, lorsque je l'ai rencontré, expliqua-t-il. J'étais qu'un sale gosse sans rien dans la cervelle à l'époque, mais il m'a quand même accueilli chez lui, et m'a appris tout ce que je sais sur la charpenterie...

- Tom, répéta Usopp en s'asseyant sur un tabouret qui traînait par là. C'est lui qui a construit le navire du Seigneur des Pirates, non ?

- Ouais, l'Oro Jackson. Il a été condamné à cause de ça d'ailleurs, mais je te raconterais cette histoire une autre fois. Ce que je veux dire, c'est que c'est l'une des premières choses que Tom m'ait dite. Que j'étais bleu comme une orange. Sur le coup, j'ai pas compris, j'ai cru qu'il se foutait de ma gueule.

Franky désigna sa banane bleue électrique.

- J'ai compris bien plus tard, je sais plus comment exactement. C'est juste qu'un jour, ça a été clair dans ma tête, tu vois ?

- Euh, pas trop, non... répondit Usopp, déstabilisé par la tournure de la conversation.

Le cyborg se leva, attrapa l'orange bleue sur l'étagère et la lança à son camarade qui la rattrapa au vol.

- C'est pas parce qu'une orange est bleue que ce n'est plus une orange.

- D'accord... fit Usopp, toujours aussi perdu.

- C'est pas parce que mes parents m'ont abandonné dans une décharge quand j'étais gosse, c'est pas parce que toute la ville me considère comme un détraqué exhibitionniste, que j'ai moins de valeur d'un autre être humain. Voilà ce que Tom m'a fait comprendre. Exister n'est jamais un crime, peu importe qui tu es.

Le canonnier se redressa, interloqué. Robin avait évoqué quelque chose de semblable la nuit dernière, quand elle était venue relever son tour de garde à la vigie et qu'ils avaient pris le temps de discuter un peu avant qu'Usopp ne descende se coucher. Il se demanda si elle tenait ces mots de Franky. Tous deux avaient été prisonniers de Spandam un certain temps avant que leur groupe n'atteigne la Tour de la Justice. Usopp fit glisser ses doigts sur l'orange bleue, même s'il comprenait l'image, il ne saisissait toujours pas où Franky voulait en venir.

- T'es peut-être pas fortiche comme Zoro ou Sanji, mais ce que t'as fait à Enies Lobby, personne d'autre n'aurait pu le faire.

Usopp se mordit la lèvre.

- C'était pas moi... contra-t-il par automatisme.

- On s'en cogne du masque. C'était toi.

Le canonnier resta silencieux, se remémorant ces instants, solitaires et décisifs, en haut de la Tour de la Justice. Sanji lui avait dit à peu près la même chose pour le convaincre de monter là-haut. Et cette victoire arrachée aux quatre vents avaient comblé ce vide qui béait en lui depuis si longtemps, lui redonnant sa légitimité de pirate.

- Si ça peut achever de te convaincre, c'est grâce à toi que j'ai construit le Sunny Go.

La mâchoire d'Usopp faillit se décrocher.

- Comment ? J'avais même pas encore ré-intégré l'équipage à ce moment-là...

- J'ai toujours su que tu reviendrais, balaya Franky avec un geste de la main négligent. Mais c'est pas ça. Tu m'a rendu le goût de la construction navale.

Le cyborg traversa l'atelier et ouvrit un petit frigo, casé entre deux étagères pleines à craquer, et en sortit deux canettes de Cola - il avait vraiment fait des réserves partout à bord. Il revint, tendit une boisson à Usopp, décapsula la seconde et but une longue gorgée.

- Y'a longtemps de ça, je construisais des armes.

Le canonnier glissa le plan naval entre ses genoux, ouvrit sa canette et tendit l'oreille.

- Mais un jour quelqu'un s'est servi de mes canons pour blesser des personnes à qui je tenais beaucoup. Depuis, je me suis juré de ne plus jamais construire d'armes. De ne plus jamais rien construire. Je m'en pensais pas digne, tu comprends ? C'est pour ça que je me suis reconverti dans le désossage de navires. Parce que je n'étais plus bon qu'à détruire.

Franky laissa échapper un rôt sonore.

- Et puis, voilà que tu débarques. Gamin cabossé et fêlé jusqu'à l'intérieur. Mais avec un vrai cœur de marin. Tellement déterminé à sauver et protéger ton navire que tu lui as donné une âme.

Usopp sentit les larmes lui monter aux yeux, au souvenir encore vif de la disparition de Merry.

- Le Klabautermann...

- Après t'avoir parlé de cette légende, je me suis dis que, pour un homme comme toi, je serais prêt à construire à nouveau un bateau. Bon après, les catastrophes se sont enchaînées, le CP9, le train des mers, Enies Lobby et tout le reste. Mais cette idée ne m'a jamais complètement quitté. Et elle est revenue de plus belle quand Merry est venu nous chercher.

Usopp prit une profonde inspiration, la gorge nouée par les évènements encore récents, gravés au fer rouge dans sa mémoire.

- Admettons. Je suis une orange bleue. Mais ton maître a raison, toi aussi, t'en es une, dit-il en lançant à nouveau la sculpture de fruit à son camarade.

Franky la rattrapa sans mal et haussa un sourcil.

- Arrête de t'en vouloir pour mes blessures. Je savais à quoi m'attendre en allant à la Franky House, affirma Usopp en vidant sa canette de Cola. Et je suis presque guéri, de toute façon.

Il jeta la canette vide dans la petite poubelle, près de la porte. Il se leva et tendit à son camarade le plan naval, qu'il avait encore dans les mains et demanda :

- On est quitte ?

Franky sourit.

- Pose ça, et viens plutôt m'aider à faire des étagères supplémentaires pour la bibliothèque.

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- Luffy ? Qu'est-ce que tu fais ?

Chopper dévisagea le garçon-élastique, accroupi contre la porte de l'atelier de Franky, l'œil collé devant le trou de la serrure.

- Je veux savoir s'il ont fini la Machine.

- Quelle machine ?

- Ça fait des heures que Franky et Usopp sont enfermés là-dedans. Ils doivent avoir fini la Machine, maintenant, jugea Luffy.

- C'est quoi, comme Machine ? demanda à nouveau Chopper en se collant contre son ami pour essayer lui aussi de voir à travers le trou de la serrure.

- Une Machine à faire de la Viande ! s'exclama le garçon-élastique, des étoiles pleins les yeux et la bave aux lèvres.

- Ooohhh, trop cool ! Tu crois qu'elle fait de la bonne viande ?

- J'en suis sûr, acquiesça Luffy. Ça n'existe pas de la viande pas bonne.

- Sanji sera content, on ne manquera plus jamais de provisions, remarqua Chopper.

- Ah, mais pousse-toi, j'y vois rien.

- Toi, pousse-toi ! Tu as eu tout le temps de regarder, moi j'ai encore rien vu !

Les deux amis se bousculèrent pour essayer de regarder en même temps à travers le trou de la serrure, mais Luffy trébucha et emportant Chopper dans sa chute, ils firent basculer le battant de la porte et s'étalèrent tous les deux au beau milieu de l'atelier, dans un concert de gémissements, sous le regard éberlué des deux bricoleurs.

- Aïe !

- Mais qu'est-ce que vous faites ?

- Elle est où ?

- De quoi ?

- La Machine à faire de la Viande ! répondirent Luffy et Chopper en chœur.

Usopp cligna stupidement des paupières.

- La Machine à faire quoi ?