« - Mr Weasley, Le poison a quitté votre corps et vous pouvez à présent quitter mon infirmerie. Peut-être la vue larmoyante de Mlle Brown me manquera-t-elle pendant quelque temps, ajouta-t-elle dans un sourire. Cela vaut aussi pour vous Mr Potter, je vous libère, vous êtes bon pour la sortie, déclara Mme Pomfresh d'un ton qui se voulait emprunt de soulagement.»
Harry, qui avait été hospitalisé après le violent coup de batte que lui avait infligé McLaggen, la remercia et prit le chemin de la sortie le premier. Ron fit un signe de tête et un mince sourire qui voulait très certainement dire à la fois « merci et excusez-moi ».
Au moment où ils s'apprêtaient à sortir, Mme Pomfresh interpella Ron.
« - Et, Mr Weasley, avant que j'oublie...Ne vous inquiétez pas trop pour votre mémoire, je suis sûre qu'elle reviendra en temps voulu. »
Sur un second signe de tête, qui signifiait juste « merci », ainsi qu' un sourire plus affirmé, Ron rejoint Harry qui l'attendait à l'exterieur. Il avait hâte de retrouver son quotidien, ses amis, Lavande...
Non, pas Lavande, justement.
Tout le problème était là. Lavande puisait beaucoup de son air et le temps passé à l'infirmerie lui avait fait comprendre, qu'il voulait respirer seul.
Enfin, non.
Pas vraiment seul.
Peut être accompagné de quelqu'un d'autre.
Quelqu'un qui n'avait pas un nom de fleur.
Les fleurs, ce n'était pas vraiment son truc. Et puis, les fleurs, ça a besoin d'eau. Au moins Lavande en tout cas. Vu le besoin qu'elle avait de puiser dans sa salive, à lui, quotidiennement...Non, cette histoire d'air et d'eau allait beaucoup trop lion, il stoppa ses pensées.
Il ne savait pas trop pourquoi, mais il avait au fond de lui, la certitude de s'être trompé. Non, c'était plus une conviction profonde, comme si quelque chose, quelque part, en lui, lui criait : « T'es vraiment un abruti, vieux, t'as tout gâché ».
Il s'arrêta (non, les hommes ne peuvent pas faire plusieurs choses en même temps). Ça, c'était nouveau, tiens.
Ce sentiment-là, était nouveau.
D'où pouvait venir cette conviction, lui qui n'était d'habitude que doutes et troubles ? Une chose devenait sûre au creux de ses pensées, il devait quitter...
Harry constata que Ron s'était arrété.
"- Qu'est-ce que t'as vieux, y'a un souci?" Demanda-t-il.
Ron aperçut alors Hermione qui traversait le couloir un peu plus loin, de son pas décidé bien caractéristique. Elle semblait absorbée par ses pensées. Hermione, quoi.
"- Non, tout va bien maintenant," repondit-il en le rejoignant en quelque enjambées.
Harry suivit le regard de Ron, juste à temps pour voir passer la gryffondor. S'il comprit, il ne fit aucune remarque pour autant, trop heureux d'avoir ces deux meilleurs amis se reparler ces derniers jours. Il savait qu'il n'y aurait pas de retour en arrière.
« - Won-Won ! Mon chéri, tu es sorti! S'écria Lavande, sortie de nulle part, avec énergie. Je suis sûre que c'est le destin ! Je venais te voir et tu es venu vers moi ! Nous sommes fait pour être ensemble ! Tu vas voir, je ne laisserai plus jamais personne te faire du mal ! »
Commence par sortir de ma vie, comme ça tu arrêteras de m'empoisonner l'existence, pensa-t-il.
Il sourit tout seul à cette répartie silencieuse.
Manque de bol, Lavande le prit pour un encouragement.
« - Mon Wonnie, tu es tout silencieux, mais tu me souris. Pauvre choux, tu dois être encore tout secoué. C'est pas étonnant que tu es eu besoin de dormir autant...ajouta-t-elle.
Dormir ? Il n'avait pas eu besoin de dor...Ah, oui, « dormir ». Moi, j'appellerai plutôt ça « survivre à tes assauts», pensa de nouveau Ron.
Elle était maintenant assez près pour le tenir dans ses bras et débitait un monologue interminable. Elle ne s'était probablement pas rendu compte que Ron n'avait pas ouvert la bouche et semblait être sur « pilote automatique ». Elle lui prit le bras et l'emmena dans la Grande Salle pour le petit-déjeuner, en le berçant d'un incessant flot de paroles.
En arrivant devant le lieu où l'appétit de Ron trouverait un écho, ce dernier percuta un tourbillon de cheveux bruns broussailleux, bien reconnaissable et surtout, inhabituellement bien distraite.
Elle s'apprêtait à s'excuser, très certainement, mais se reprit dès que son regard se posa sur le couple.
Il semblait que plusieurs sentiments se battaient en elle. Elle ouvrit cependant la bouche mais fut interrompue.
« -Hermione tu pourrais faire attention!Won-Won est encore fragile et tu aurais pu...
- Tu es sorti, cela veut dire que tu es totalement guéri, la coupa Hermione. C'est bien alors...Bon appétit.
- Merci, Hermione, répondit le concerné.
- Comment ça « Merci, Hermione » ?! , s'offusqua Lavande. Vous vous reparlez maintenant ?! Non, mais...»
Mais Ron ne l'écoutait plus, si bien qu'à un certain moment, il sortit de sa torpeur et se rendit compte qu'il était toujours devant la porte et que Lavande lui hurlait dessus. Il ne devait plus rester beaucoup de temps avant que le petit-déjeuner disparaisse des tables. Il envoya Lavande balader et entra dans la Grande Salle de mauvaise humeur.
Il s'avança vers une place pour s'asseoir. Durant le repas, il observa Hermione qui parlait à Neville. Il la vit rougir violemment, tout en continuant de parler et en détournant la tête. Elle avait ensuite cherché quelque chose dans son sac, puis s'était levée. Pourquoi diable rougissait-elle devant Neville ?
Il avait bien remarqué que son ton avait été beaucoup plus froid que les fois où elle était venue à l'infirmerie. Ces fois-là, il n'y avait pas de Lavande et il semblait qu'il n'y en avait jamais eu.
Et il savait dès lors qu'il ne devrait plus y en avoir. Plus de Lavande, ni d'autres fleurs en tout genre. Voilà, la conviction qui refaisait surface. C'était une sensation surprenante, qu'il ne devait pas laisser filer, mais dont il ignorait l'origine...Une conviction qui s'affirmait étrangement, derrière le mur de jalousie qui s'érigeait en Ron.
La journée se passa dans la frustration. Il voulait que tout cela se termine, mais tout le courage des Gryffondors le quittait lorsqu'il s'agissait de passer à l'acte.
Il évita ses baisers, fut distant, de façon inconsciente pourtant . Il était soucieux, pensif, parce qu'il cherchait une solution pour laisser tomber Lavande et sans le savoir, il était en train de mettre le feu aux poudres.
