Hello !


Note de l'auteure _ Tadam ! C'est qui qu'est gentille ? C'est bibi. Bibi, c'est moi, bande d'ingrats. Ouais, c'est fini je ne vous aime plus. Enfin si, mais juste un peu parce que je sais que vous êtes là, même si vous ne le dites pas... Mais si vous n'êtes plus là, dites-le moi ! Je suis soudainement prise d'un envie de blabla... Et ça fait longtemps, n'est-ce pas ? Allez, dites que ça vous a manqué. Si ce n'est pas le cas, passez directement à la citation ci-dessous [C'est celle du résumé, vous avez vu ?]... Sinon...

C'est nul de travailler, vous savez ? enfin, ce n'est pas particulièrement déplaisant, parce qu'avoir un salaire, c'est le pied international, mais je ne sais pas vous, mais le rythme métro-boulot-dodo, ça me déprime. C'est comme si brusquement, le monde entier tentait désespérément de me fourrer dans un moule à gâteau trop petit. Et puis, vu que j'ai un cerveau mono-penséïste [Tiens, un nouveau mot, ça aussi ça faisait longtemps !] qui une fois branché sur le rythme "Travail" oublie l'écriture, la lecture & toutes ces choses qui font de moi... Moi, c'est encore plus triste. :) Alors j'ai décidé d'être une anarchiste communiste, nah ! Oui, bon non... U_U'

Et aussi, je suis petite. Enfin, pas trop petite hein, je suis normale. Mais bon, je me suis acheté des bottines avec des talons pour voir le monde d'en-haut. C'est comme porter des échasses en moins drôle. Et ça fait un mal de chien. Sérieusement hein ! Pourquoi est-ce qu'on s'inflige une telle torture ? C'est comme s'épiler les sourcils ou manger de la salade verte. Etre un homme, ça doit être drôlement plus simple. Alors j'ai décidé de changer de sexe, nah ! Oui, bon non... U_U'

Enfin, le mieux comme décision, ce serait que j'arrête de raconter des conneries... Et que je vous laisse lire.

...

[Eh les gens, à la fin de ce chapitre, l'Histoire avec un grand H arrive. Enjoy !]


Schizophrenia

Premier Jour. Dernière nuit.


« Le meurtre, chez l'homme, c'est tout près, c'est juste sous la peau, frémissant, c'est au bord des yeux comme le désir, à fleur de tête. Le meurtre, en un sens, c'est qu'une figure du désir : c'est l'envie de vous le faire passer. »

Camille Laurens.


Musiques du chapitre : Creep by Scala & Kolacny Brothers...


Adam grogna contre son réveil qui teintait désagréablement près de son oreille, hurlant cette litanie obsédante de « dring » et « glang » peu commode. Il aurait voulu s'en saisir et le balancer contre le mur le plus proche, mais réalisa qu'il abimerait forcément quelque chose, comme ce poster d'une sorcière à demi-nue qui se mouvait sensuellement. Il ne lui appartenait pas. Seul Gareth McLaggen était capable d'admettre ainsi être un adolescent bourré d'hormones. Les autres se contentaient de reluquer l'image avant d'aller au lit afin de faire de beaux rêves. Ainsi, Adam ne voulait pas le détruire sous l'effet d'un désastreux réveil.

Il haïssait le matin. Il n'était pas fait pour ouvrir les yeux et penser correctement avant midi en général. Ça lui était physiquement et mentalement impossible. Mais à l'école, il n'avait plus franchement le choix de ses horaires. En baillant, il frotta ses poings contre ses yeux, son corps s'étirant de lui-même. Ses orteils craquèrent sous les draps, et d'autres articulations suivirent à mesure qu'il bougeait.

Autour de lui, ses condisciples commençaient à se lever, d'une humeur aussi massacrante que la sienne. Ils se chamaillèrent pour les douches –comme tous les matins depuis des années- et Adam prit conscience que la monotonie du quotidien le rassurait un peu.

La veille, sa rencontre inopinée avec Emily l'avait troublé plus qu'il n'aurait osé l'admettre. Il avait pris des heures à s'endormir, abasourdi par sa stupidité. Il se doutait que Bart comprendrait –si ce n'était déjà fait- l'expéditeur caché du sortilège… Ou Emily lui avait peut-être dit. En tous cas, Bart n'allait pas lui faire de cadeaux et il devrait s'attendre à se faire maltraiter pendant quelques jours. Il enfouit son visage dans l'oreiller en ronchonnant. Il se doutait que cela pourrait être bien pire. Bart lui demanderait peut-être un service en échange de son pardon. Et d'une manière générale, accorder un service à un Zabini n'apportait que des problèmes.

« Nott, bouge tes jolies petites fesses ! hurla Wilson Hooper en tirant violemment les baldaquins qu'Adam avait fermés durant la nuit. On va être en retard.

- M'attendez pas, grogna Adam, le visage toujours enfoncé sous l'oreiller.

- On a ton père en première heure. Et y'a la fille Weasley dans c'cours. Alors, grouille un peu ! Une punition et un manque cuisant de ta dose « Féminité Emilyesque » dans la même matinée, ça risque de faire beaucoup. Même pour toi. »

Adam lui donna mentalement raison tout en se demandant pourquoi ça intéressait les autres. Durant toute sa scolarité, il avait évité ses camarades de chambre avec une discipline exemplaire, mais ces derniers continuaient à lui parler tous les jours, et ne le laissaient jamais seul. C'en était presque agaçant. Mais au fond, il était relativement soulagé de constater qu'il ne pouvait être associable, même en le souhaitant très fort. Un de ses condisciples finissait toujours pas dire quelque chose, par le trainer hors du lit, ou par s'arranger pour qu'il se lève d'une manière ou d'une autre.

Cette fois encore, Wilson parvint à le faire bouger en le frappant de plusieurs coups de grimoires –le manuel d'Histoire de la Magie de dernière année pouvait être particulièrement assommant. Adam eut très envie de s'enfouir sous la couette pour hiberner jusqu'à la fin des temps, puis se fit une raison : il devait aller en cours, ne serait-ce que pour croiser Emily qui l'attendait sans doute –il l'espérait.

Il finit dans la salle de bain commune, toujours à demi-endormi, et le jet glacé qui gicla sur son visage eut le don de lui faire ouvrir réellement les yeux. Il frotta énergiquement son corps avec du savon, avec l'impression d'arracher toute la couche supérieure de sa peau. Appuyant son front contre les carreaux froids et humides de la douche il tenta d'apprécier un peu cet instant de solitude pure.

Hélas, son esprit vagabonda, laissant la place à des pensées plus brûlantes que ses draps après des cauchemars, et il n'eut plus le sentiment d'être seul. Emily prit rapidement tant de place dans sa tête qu'il se sentit multiplié. Ou plutôt, il imagina avec une facilité déconcertante qu'elle puisse être avec lui, sous cette douche. Il ferma les yeux pour croire un peu plus à ce rêve plus que plaisant. Il put même sentir les paumes moites d'Emily glisser dans son dos, jusqu'à s'enrouler autour de sa taille. Il songea à la caresse de ses mèches folles sur ses omoplates, au souffle chaud sur sa nuque…

Il esquissa un petit sourire en plantant ses dents dans sa lèvre inférieure, les battements de son cœur s'emportèrent, et la chaleur qui l'envahit ne put être atténuée par l'eau dégoulinant sur lui.

Sa main emprunta le chemin habituel vers son entre-jambes, déjà bien déterminée à le conduire au plaisir. Il avait résisté tout l'été à cette tentation, l'existence d'Emily étant presque mise en parenthèse, comme si elle n'était qu'un rêve qu'il avait vécu éveillé durant l'année scolaire. Mais il l'avait croisé tant de fois la veille qu'il ne pouvait s'empêcher d'évacuer cette pression qui envahissait son corps. Il allait atteindre ce petit paradis qu'il nommait « Summum Mily » lorsqu'Owen passa la tête par l'entre-brasure de la porte :

« Adam, tu rêveras plus tard ! On va être en retard ! »

Adam poussa un grognement de fureur, coupé dans son élan. Il détestait les horaires. Il détestait les réveils matinaux. Il détestait les salles de bain sans verrous. Et il détestait encore plus ces deux abominables heures de Potion où tous les pores de sa peau semblaient parés à absorber Emily. Surtout lorsqu'il ne pouvait se faire du bien et se détendre avant de la voir. Ce premier cours de l'année rimait déjà avec le mot « torture ». Mais il en avait l'habitude. Il suffirait juste de ne pas la regarder, ni lui parler, ni même penser à elle… Oui, torture.


Cléo s'émerveillait toujours de cette ambiance festive qui régnait constamment chez les Serpentard, comme si chaque jour était formidable et digne d'être accompagné d'alcool, de musiques et de nuits blanches. Comme cette première nuit. Elle avait réussi à éviter la petite soirée organisée par des dernières années et s'était faufilée dans son lit dès son retour des cachots. Ses retrouvailles avec Violet lui trottaient encore en tête, l'obnubilaient, l'avaient portée à faire des rêves plus qu'émoustillants lorsqu'elle était parvenue à fermer l'œil.

Elle se retrouva donc dans la salle de bain commune à huit heures du matin, trop tard pour prendre le temps de petit-déjeuner. Elle en profita pour se préparer plus longuement que d'ordinaire, tressa ses cheveux et enfila simplement sa tenue complète sans l'agrémenter d'aucune manière. Lorsqu'elle enfila ses chaussures, elle comprit qu'elle finirait par arriver en retard à son cours de Métamorphoses et que le professeur McGonagall se plairait tout particulièrement à la remettre à sa place. Non pas que l'enseignante ait un problème avec elle, mais plutôt avec les retards de toute sorte qu'elle considérait comme le pire manque de respect.

Alors Cléo fila. Elle claqua la porte du dortoir avant de foncer dans les quelques couloirs la séparant de la salle commune. Puis se figea. Pendant une seconde, elle crut être au beau milieu d'un cauchemar très étrange –de ceux qui lui donnaient des sueurs froides. Toute la pièce était encombrée d'un bazar innommable : bouteilles de bièraubeurre, sachets de bonbons vides, packs de whisky pur-feu, vêtements froissés… Un élève d'une autre maison aurait pu penser qu'une guerre avait éclaté, mais Cléo se doutait que la fête s'était tout simplement un peu envenimée. Cependant, ce ne fut pas l'état de l'endroit qui la choqua outre mesure –en cinq années, elle avait pris l'habitude de ce désordre.

Un étudiant était encore présent. Cléo n'eut pas besoin de s'avancer davantage vers le canapé où il était installé pour comprendre de qui il s'agissait. Jake Potter. Ficelé des épaules aux pieds par des liens apparemment solides, le visage barbouillé d'une mélasse douteuse, le petit garçon –et elle constata qu'il avait l'air bien jeune cette fois encore- semblait au bord des larmes. Elle inspira à fond, puis fit quelques pas de plus pour s'assurer de ne pas l'effrayer. Il sursauta néanmoins en la voyant apparaitre dans son champ de vision et elle lui accorda un petit sourire. La directrice allait la massacrer, mais elle ne pouvait laisser Jake dans cet état.

Lorsqu'elle pointa sa baguette sur lui, il écarquilla les yeux d'horreur, croyant d'abord qu'elle agirait comme les autres Serpentard. Puis les liens qui lui coupaient la circulation se relâchèrent avant de disparaitre dans un nuage de fumée, comme si tout ça n'avait été qu'un songe. Elle nettoya également son visage du mieux qu'elle put à l'aide d'un sort, puis récupéra ses lunettes sur la table basse pour les lui passer. Il parut soulagé de constater qu'elle n'allait pas le massacrer –surtout maintenant qu'il voyait à nouveau normalement.

« Merci, bégaya-t-il, les joues rouges de honte d'avoir été secouru par une fille –et une Malefoy qui plus est.

- Ce n'est rien. »

Elle faillit se retourner, voulant éviter la tentation de discuter davantage avec lui. Elle craignait de laisser échapper la moindre information sur Violet, car elle ne pouvait demander à un enfant de onze ans de mentir à son père. Mais Jake l'interpella avant qu'elle ne puisse s'enfuir, et elle prit conscience d'une chose : si elle voulait l'aider à survivre dans cette maison, elle devrait bien évidemment se rapprocher de lui. Il suffirait donc qu'elle arrive à tenir sa langue.

« Tu ne diras rien à personne, hein ?

- A qui voudrais-tu que je le dise ? s'étonna Cléo en croisant ses bras contre sa poitrine en un maigre refus de créer un réel lien avec le Première Année.

- Bah… à mon père, ou à ma sœur. Et puis, Lowel se moquerait de moi aussi s'il l'apprenait. Et papa irait casser la gueule aux garçons qui m'ont fait ça et il perdrait probablement son travail. Tant qu'à Violet, elle s'inquièterait probablement pour rien du tout…

- Tu avais un mélange de produits de chez Zonko et d'autres trucs sur la peau. Je n'appelle pas ça « rien ». Et ton père sait déjà probablement ce que les élèves te font subir. C'est la coutume.

- J'paris qu'ils t'ont rien fait, à toi ! grommela Jake en baissant les yeux sur ses pieds nus.

- Je suis arrivée en Deuxième Année. Bart Zabini a couvert mes vêtements d'orties et j'ai eu des boutons pendant des jours sans comprendre pourquoi. Orwell Flint m'a forcée à boire autre chose que du jus de citrouille jusqu'à l'évanouissement. Puis… Je leur ai montré ce que je valais et ils ont fini par me respecter. C'est comme ça, ici, Potter. Comme partout ailleurs. Les Serdaigle doivent montrer qu'ils sont assez intelligents pour mériter de faire partie de cette maison, les Poufsouffle doivent être capables d'une sociabilité effarante et les Gryffondor… Enfin, selon moi, les Gryffondor sont inutiles, mais je présume qu'ils sont obligés de prouver leur courage d'une manière ou d'une autre. »

Jake pencha la tête sur le côté avec une moue soucieuse et Cléo faillit se laisser attendrir par sa bouille. Il était si petit et avait le visage si enfantin qu'une personne extérieure ne lui aurait pas donné plus de dix ans. Il allait se faire massacrer. Elle évita de le penser pour ne pas laisser transparaitre cette idée sur son visage.

« Les Serpentard, ils doivent faire quoi ? s'enquit-il finalement avec un intérêt. Je suis un Potter, ils ne vont pas se laisser impressionner les autres… Et puis, je n'ai rien de particulier. »

Cléo s'avança vers lui en le reluquant de la tête aux pieds. En effet, physiquement, il n'avait pas l'apparence d'un jeune premier –comme Bart, Orvil Higgs, ou Trish Corner- ni celle d'un bébé à sa maman qui obtenait toujours ce qu'il voulait –tels les jumelles Goyle ou Orwel Flint. Il était relativement banal, mais possédait un regard perçant. Son apparence de gringalet pourrait peut-être s'arranger avec un peu d'exercice. Il suffisait de lui donner un peu confiance.

« Soyons clairs, si tu es dans cette maison, c'est que tu as quelque chose d'unique et de particulier. Et tu ne peux pas en douter. La confiance en soi fait partie du caractère de tout Serpentard qui se respecte. Alors à partir de maintenant, tu dois penser que le monde est tien ! Il te faut être prêt à écraser tous les autres élèves un par un sans rechigner…

- Mais…

- Et n'utilises jamais le mot « mais ». C'est un vocabulaire de faibles. Le « mais » signifie que tu dois contrer quelque chose, alors que les autres ne doivent même pas avoir droit de penser à quoi que ce soit que tu n'acceptes pas. Tu fais les lois, ils les respectent…

- Mais… Enfin, je veux dire… Si tous les Serpentard pensent qu'ils maitrisent tout, tout le temps, ça veut dire qu'au fond, aucun ne maitrise quoi que ce soit ! Sauf si ils ont tous le même avis, bien évidemment. Et mon papa dit que c'est impossible de plaire à tout le monde.

- « Papa » fait aussi partie du vocabulaire à ne pas employer. Tu n'as plus trois ans ! Et… l'important n'est pas de toujours avoir raison. L'important, c'est que les autres se sentent obligés d'être en accord avec toi. Ça voudra dire qu'ils te respectent. Et le respect s'apparente souvent à la crainte… Et, tu sais quoi ? »

Jake dodelina de la tête en signe de dénégation et –elle le comprit en voyant ses yeux écarquillés- avalait son petit discours avec un soulagement grandissant. Après tout, avec un guide d'une telle trempe, peut-être pourrait-il s'en tirer sans trop d'encombres.

« Lorsque les gens nous craignent, ils ne nous couvrent pas de ridicule, ne nous ensorcèlent pas. Si tu as envie d'être à l'heure tous les jours, tu ferais mieux d'apprendre à te faire respecter. Et en parlant d'horaires… File ! »

Jake acquiesça brutalement avant de filer. Il faillit s'emmêler les pieds encore une fois et Cléo comprit qu'il lui faudrait d'abord apprendre à l'enfant comment marcher sans s'écrouler avant d'entamer une autre leçon quelle qu'elle soit. Et cela déjà, devrait lui prendre pas mal de temps !


Violet se sentit frémir lorsque la main de Jeff glissa sur sa nuque, dégageant quelques cheveux rebelles qui s'échappaient de sa queue de cheval. Puis, elle croisa le regard de son père qui évoquait les sortilèges de Pétrification –très ardues à réaliser- qu'ils devraient lancer aux insectes qui reposaient encore dans des bocaux. Il sembla de mauvaise humeur et elle rentra les épaules, faisant comprendre à Jeff qu'il devait éviter de la toucher devant leur professeur de Défense Contre les Forces du Mal à moins de vouloir absolument obtenir une mirobolante pile de Piètres.

Autour d'eux, les étudiants de Poufsouffle et de Serdaigle suivaient le cours. Harry était un professeur relativement apprécié –sauf chez les Serpentard- et rendait les cours vivants afin de ne jamais devenir aussi mortellement ennuyeux que le professeur Binns. Il revint à sa leçon en tentant de contrôler cette furieuse envie d'envoyer Jeff Londubat chez le Professeur McGonagall pour comportement obscène. L'enseignante avait beau adorer les règles, Harry n'aurait jamais pu faire croire que cela était désintéressé.

Mais il n'y pouvait rien : il adorait Jeff et était même son second parrain –à l'époque, Neville croyait dur comme fer qu'il fallait en prévoir plusieurs pour éviter que son fils ne se retrouve avec sa grand-mère en cas de pépin. Cependant, l'idée que l'adolescent puisse songer à sa fille en petite tenue –ou pire- l'exaspérait au plus haut point. Il ne supportait même pas cette idée : celle que sa fille, son bébé puisse se laisser embobiner par un gosse immature et pervers –description englobant toutes les personnes de quinze ans.

Tout en énumérant les effets de la Pétrification sur les victimes de ce sort, il imagina que sa petite Violet puisse tomber enceinte, abandonner ses études et mal tourner. Il serait grand-père avant même d'atteindre un âge décent, tout ça à cause de ces maudites hormones. Il interrompit brusquement son discours et se tourna vers la table que partageaient Jeff et sa fille.

« Monsieur Londubat, installez-vous devant s'il vous plait. »

De nombreux visages curieux se tournèrent vers le garçon et Violet se ratatina sur son siège, rouge de honte. Le caractère protecteur de son père finirait par la rendre dingue, bien qu'il lui évite aussi pas mal de problèmes. Cette fois, néanmoins, elle eut très envie de lui expliquer sa manière de penser. Mais resta muette. Jeff rassembla ses affaires à la va-vite, lui adressa un petit sourire –quasi grimace- de malaise, puis alla s'asseoir au premier rang, auprès d'un Serdaigle trop sérieux pour avoir le moindre intérêt.

Violet balança sa tête en arrière en soupirant. Son père était si prévisible, tout en étant si illogique… Neville et lui étaient amis depuis des décennies, mangeaient ensemble tous les jours –puisque le garçon empoté était devenu professeur de Botanique -, fêtaient noël ensemble et ne s'étaient jamais disputés. Violet avait espéré que la relation qu'elle entretenait avec Jeff lui ferait plaisir. Après tout, cela simplifiait les choses que leurs parents soient si proches. Neville avait dû conseiller son fils et lui expliquer en long, en large et en travers qu'il ne devait surtout par lui faire quoi que ce soit avant la nuit de noce. Mais cela ne rassurait de toute évidence pas Harry qui continuait à jeter des coups d'œil rageurs au pauvre garçon.

Violet saisit sa plume lorsque son père recommença son cours et elle se mit à griffonner nerveusement quelques mots qu'il énonçait, sans se soucier réellement de leur sens. La tête dans les nuages, elle nota plusieurs fois le prénom de Cléo avant de s'en rendre compte et raya cette preuve irréfutable de son obsession pour la dissimuler. Elle seule saurait ainsi ce qu'il se passait dans son esprit, et personne ne pourrait l'accuser de quoi que ce soit. Elle se sentit rougir davantage en analysant ses pensées. A croire qu'elle commettait un crime…

Pourtant, la veille, sa discussion avec Cléo lui avait paru le plus beau des rêves. Elles ne s'étaient qu'à peine frôlées en se quittant et cela l'avait électrisée, comme si chaque fibre de son corps n'attendait qu'une caresse de ces mains ci. Mais elles avaient surtout parlé, de tout et de rien, de leurs vacances, de leurs projets, de Quidditch –un peu parce que Cléo n'était sérieusement pas fan, de Jeff –encore moins car Cléo n'appréciait pas ce sujet non plus, et de leurs amis et famille. Elle avait eu le sentiment de lire une de ces nombreuses lettres qu'elles avaient échangées durant tout l'été, et cette distance qu'elles avaient instaurée avait suffi à la mettre en confiance. Cléo avait compris qu'elle n'était pas prête à avancer dans la même direction qu'elle, et empruntait les petits chemins pour l'atteindre tout en douceur.

Violet appuya son coude sur sa main tout en dessinant un petit cœur tout en haut de son parchemin.

Seul le raclement de gorge de son père put la sortir de ses pensées. Et lorsqu'elle le fit, il était déjà trop tard. Harry était juste devant son bureau et la surveillait si intensément qu'elle se sentit toute rétrécie. Autour d'elle, les Serdaigle la scrutaient avec un air très paternaliste, comme pour lui rappeler qu'elle était là pour étudier et non rêvasser, et ses amis semblaient prêts à éclater de rire tout en s'inquiétant de la punition qu'elle récolterait.

« Miss Potter, pourriez-vous répéter ce que j'étais en train de dire à vos camarades ? s'enquit Harry sur un ton doucereux, mal à l'aise dans cette posture du père-auror qui ne lui allait pas du tout.

- Uhm… Que pétrifier les gens, c'est mal ?

- Et que dessiner des petits cœurs sur un parchemin, c'est bien peut-être ? » ricana Beth Smith depuis sa table juste devant.

Les joues de Violet s'enflammèrent alors que quelques éclats de rire fusaient. Jeff grommela pour la forme, apparemment fier de provoquer cet élan de romantisme chez sa petite-amie puisqu'il ne se doutait pas le moins du monde qu'il n'était que très rarement le sujet de ses rêves. Harry soupira, dépité, tout en passant sa main moite dans sa tignasse toujours impossible à coiffer.

Heureusement pour Violet, la sonnerie retentit à cet instant précis, lui évitant une seconde de plus de cette humiliation publique. Les étudiants émirent quelques « Oh ! » déçus et désapprobateurs en réalisant qu'ils ne pourraient pas assister au spectacle et Harry les mit à la porte sans plus de cérémonie, après leur avoir donné un devoir à faire.

Seule Violet ne bougea pas de sa table, et lorsqu'Harry claqua le battant de la porte derrière l'élève le plus lent –Jeff- elle sentit qu'elle n'allait pas s'en sortir très facilement. Elle glissa ses manuels et parchemins dans son sac, n'osant affronter le regard de son père –qui une fois seul avec elle n'était plus professeur, mais juste papa. Un homme qu'elle se refusait à décevoir donc. Il ramena une chaise devant la table de sa fille et s'y installa –dans le mauvais sens, comme toujours- avant d'appuyer ses coudes au-dessus.

« Alors… Des cœurs, hein ? chuchota-t-il avec l'écho d'un rire dans la voix.

- Te moque pas, papa !

- Je ne me moque pas. J'ai eu mon époque « cœurs avec la lettre G. » moi aussi. « G » pour Ginny, bien sûr, au cas où tu aurais pu en douter. On est un peu idiots à ton âge… Mais ça ne signifie pas que tu puisses faire passer tes études au second plan ! L'important, c'est de bien travailler afin de t'assurer un avenir. Tu as bien le temps pour les amoureux… Et si tu pouvais t'y mettre réellement le plus tard possible, cela soulagerait grandement ton vieux père qui se refuse à devenir grand-père ! »

Violet releva la tête vers lui, attendant un sourire qui ne vint pas. Elle lut une certaine angoisse dans ses yeux et faillit éclater de rire en la découvrant. Ainsi donc, il était sérieux ! Elle n'en revenait pas qu'il puisse y songer alors qu'elle-même n'avait aucune idée derrière la tête.

« J'ai quinze ans, papa. Ce n'est pas d'actualité.

- Vraiment ?

- Promis. Crin de Licorne, Plume de Phoenix, si je mens, je meurs au supplice ! »

Il esquissa un sourire face à cette formule qui lui donna l'impression de retrouver sa petite fille adorée. Mais son regard défila sur les petits cœurs, puis sur les ratures, et il se demanda ce qui était le pire : ce qu'il voyait, ou ce qui était caché. Etrangement, l'idée qu'elle soit amoureuse le torturait, mais pas autant que celle des secrets. Pendant un instant seulement, il aurait voulu pouvoir lire dans ses pensées. Juste un instant aurait suffi sans doute puisque le seul secret de sa fille voletait constamment dans son esprit. Il ne le fit pas. C'était interdit par la loi. Et puis, elle ne lui aurait jamais pardonné. Il ne se le serait pardonné.


Emily était en train de désespérer complètement et irrésistiblement sur l'absence d'Adam en cours lorsque celui-ci décida de leur faire l'honneur de sa présence. Il avait raté le petit déjeuner –Emily devait être la seule sans doute à s'en être rendue compte, et arrivait désormais avec trois minutes de retard. Trois minutes d'une longue et insupportable torture pour la jeune Serdaigle. Elle détestait se sentir aussi influençable, comme si l'apparition d'Adam dans son existence en était la seule lueur d'espoir. Mais elle ne parvenait pas à s'en empêcher, à contrôler cet accès d'angoisse qui enserrait sa poitrine dès lors qu'il n'était pas dans la même pièce qu'elle alors qu'il le devait.

« Merci d'être venu, Adam ! railla Théodore Nott en adressant à son fils un regard qui en disait long.

- De rien ! »

Adam ne put retenir cette réflexion, et se laissa retomber sur son siège sans accorder la moindre attention à une Emily frémissante d'impatience. Elle inspira profondément, s'abrutissant de son parfum d'herbe et de soleil –elle se demandait d'ailleurs toujours pourquoi il sentait comme ça. Même l'hiver, cette odeur entêtante lui titillait les narines et lui donnait irrémédiablement envie de plonger dans l'étang près de chez elle et d'y nager en profitant du soleil et de la chaleur. Ou mieux : de se rapprocher d'Adam et d'absorber tout l'arôme qui encerclait sa personne, la goûter à la source de sa peau, de…

« Miss Weasley ! Pourriez-vous me dire quelles sont les propriétés du sisymbre si vous n'êtes pas trop occupée ? »

Adam releva la tête vers elle pour lui accorder un regard plein de questions auxquelles elle ne pouvait répondre. Alors elle se tourna vers son père à la place et balbutia de vagues excuses avant de lui offrir la réponse qu'il attendait –tirée de son manuel de Potions qu'elle avait lu avec acharnement durant les derniers jours d'été. Théodore lui lança un petit sourire complice, comme s'il savait parfaitement ce à quoi elle songeait et qu'il s'en amusait. Il revint aux autres étudiants pour leur poser d'autres questions et Emily émit un petit rire tremblotant.

Adam la scrutait toujours et elle sentait son regard sur elle comme une brûlure. Alors, au prix d'efforts considérables, elle se tourna vers lui et attendit qu'il cesse de la fixer, ou mieux, qu'il lui adresse enfin la parole.

« Tu as réveillé Bart la nuit dernière ? s'enquit-il finalement avec la voix si rauque qu'il eut l'impression désastreuse de jouer le méchant d'un film d'horreur.

- Oui. Il a dû aller à l'infirmerie à cause d'une énorme bosse à l'arrière de son crâne, mais au fond, c'était assez drôle. J'ai cru qu'il se souviendrait de toi, mais finalement, il était juste sonné et impatient de retourner se coucher. Et je crois aussi qu'il avait un peu honte… »

Elle réalisa qu'il s'agissait du plus long discours qu'elle lui ait offert en toutes ces années, et se sentit rougir avec un peu de retard. Elle détourna les yeux vers le tableau noir sur lequel le professeur Nott notait quelques ingrédients nécessaires à une potion, et tenta de dissimuler –sans grande réussite- le malaise grandissant que provoquait Adam chez elle. Parfois, elle aurait voulu se gifler, d'être si mentalement inconstante. Sa langue allait toujours plus vite que son esprit, et avec Adam, elle se surpassait complètement. Elle ne réalisait qu'elle lui parlait qu'après l'avoir fait, ce qui était complexe à accepter pour une fille aussi organisée qu'elle.

« Alors, il ne va pas avoir envie de me tuer ? soupira Adam, apparemment heureux de l'apprendre.

- Sans doute pas. »

Elle évita de le regarder en répondant, espérant qu'il se détournerait. Elle se serait fusillée si elle avait pu. Durant plus de six années, elle avait prié pour qu'il lui adresse la parole et maintenant, elle ne savait pas quoi faire de cette opportunité. Lui non plus apparemment, car il n'insista pas, détenant désormais les informations nécessaires à sa survie.

Elle passa le reste du cours à trembloter sur son siège, espérant secrètement qu'il se remette à dire n'importe quoi, quoi que ce soit qui aurait pu la pousser à être plus entreprenante, plus sociable. Mais il conserva son air renfrogné qui la faisait toujours rire intérieurement et ne dit plus un mot, s'emmurant dans un silence qui autrefois l'aurait agacé, mais qui désormais la frustrait. Il aurait suffi qu'elle dise quelques phrases de plus, engageant une conversation qui aurait pu se prolonger jusqu'après le cours… Mais elle s'était montrée froide. Elle eut l'impression d'avoir laissé passer la chance de sa vie, avant de se réconforter. Il y en aurait bien d'autres. Et même si elle devait attendre six années de plus pour ça, elle était prête.


Adam haïssait l'Histoire de la Magie depuis sa première année : par la faute du Professeur Binns –rien de mieux qu'un mort pour rendre une leçon mortelle d'ennui- et des sujets évoqués. Il avait l'impression d'avoir entendu le même cours des dizaines de milliers de fois, toujours les mêmes leçons, comme si l'histoire du monde magique avait perdu de son intérêt dès la mort de l'enseignant. Enfin, en tout cas, ce dernier ne prenait jamais la peine de traiter les époques postérieures à son décès alors qu'Adam trouvait que ç'aurait été bien plus passionnant.

Assis à son siège habituel –au fin fond de la salle de classe- il attendait une quelconque différence de programme –identique chaque année- qui ne vint malheureusement pas. Cela faisait partie de ces nombreux espoirs vains de son existence. Mais cette fois, il se souciait de bien autre chose également.

D'Emily d'abord qui avait paru crispée et hésitante durant toute la leçon de Potions. Et par la faute de son père qui s'était amusé à les observer, comprenant facilement ce qui se tramait –et torturer son fils à ce sujet devait être sacrément jouissif.

Et pire que ça, le problème principal tenait en Bart… Qui le fixait péniblement depuis son entrée dans la salle de cours. Il n'arborait pas le même air libidineux et pervers de d'habitude en réalité, mais plutôt une mine rustaude et rembrunie. De plus, une petite bosse se laissait voir sur son front, même si l'infirmière était passée par là et qu'elle se remarquait à peine. Néanmoins, Adam se doutait amplement des raisons poussant Bart à le regarder aussi intensément. Il savait. Et c'était le plus gros souci qui pouvait s'imposer à l'adolescent. Il était cuit. Bart n'était pas très doué pour l'amitié, mais possédait un don incroyable en tant qu'ennemi.

Lorsque la cloche retenti, sortant les adolescents de leur torpeur, Bart détourna les yeux et Adam se mit enfin à le scruter également. Les muscles tendus par la nervosité, le métis semblait impatient et le jeune Gryffondor se doutait amplement des raisons de sa hâte. Le Zabini se leva d'un bond dès que le professeur fit signe aux élèves avant de disparaitre à travers le tableau. Adam aurait voulu être plus rapide et filer pour ne pas être forcé de se confronter à son pire ennemi –ou pire ami selon les situations, mais il n'en eut pas le temps.

La poigne de Bart s'accrocha au col de sa chemise et l'attira en arrière. Le jeune Gryffondor crut une seconde que son compère allait le frapper devant tout le monde, y compris le professeur Binns qui de toute manière n'avait aucun réel moyen d'exercer son autorité. Mais Bart se contenta de l'appuyer contre le mur le plus proche et rapprocha son visage du sien, son regard s'accrochant à celui d'Adam comme pour le défier.

« Alors, Nott… Tu t'amuses à jouer au chevalier servant de la Demoiselle en détresse maintenant ? siffla-t-il entre ses dents sans se soucier des étudiants qui s'étaient figés pour les observer.

- De quoi parles-tu ? souffla Adam en essayant de rester aussi calme que possible.

- Ne joue pas à l'ignorant. Je sais que tu suis la fille Weasley toutes les nuits pendant sa ronde… »

Il avait haussé le ton, brusquement, et quelques élèves écarquillèrent les yeux en l'entendant énoncer cette remarque. Adam failli pousser un soupir afin d'évacuer le malaise dans lequel le plongeait la situation. Il connaissait très bien Poudlard, et se doutait amplement que la rumeur arriverait aux oreilles d'Emily avant la fin de la journée. Il était foutu. Il devrait quitter l'école et se cacher jusqu'à la fin de ses jours afin d'éviter de supporter la moindre remarque désobligeante. De plus, il savait pertinemment qu'elle le prendrait pour un pervers psychopathe…

Bart esquissa un petit sourire, fier de faire honte à Adam, puis continua :

« Alors, je me doute que tu es celui qui m'a lancé un sort la nuit dernière. Et ça ne me plait pas du tout ! Protéger une Serdaigle est pathétique. Protéger une Weasley est encore pire. Surtout au dépend d'un ami que tu as depuis toujours… »

Adam sentit un sentiment de haine incalculable se glisser sournoisement dans ses veines, comme s'il s'agissait d'un poison envahissant son sang. Le mot « ami » sonna à ses oreilles comme une menace et il comprit sans difficultés qu'il s'agissait bel et bien là d'un sous-entendu peu glorieux –même pour Bart. Combien de bêtises avaient-ils commis ensemble ? Au long de leurs années à Poudlard, Adam avait constamment suivi Bart dans tous ses plans foireux, et participait activement à chacun d'eux… Parfois jusqu'à dépasser toutes les règles. L'exemple qui lui vint instantanément à l'esprit fut celui du jour où il avait ensorcelé Violet Potter pour lui faire perdre le match contre les Serpentard. Il se souviendrait éternellement de la mine déprimée de l'adolescente, laquelle lui avait fait découvrir le sens réel du mot « Culpabilité ». Mais il y avait tant d'autres souvenirs qui l'opprimaient désormais.

Cela l'avait toujours amusé d'une certaine manière d'embêter les gens, de ruiner leurs vies, et surtout d'avoir l'impression de réellement faire partie d'un tout. Entre ses parents et Caly, il semblait étouffer, imparfait alors qu'eux rayonnaient continuellement. Les Gryffondor –bien que toujours prêts à l'accepter- l'ennuyaient un peu parfois. Cléo et lui ne parvenaient que rarement à instaurer une réelle relation de confiance, comme si tous deux avaient des choses à se cacher. Ils ne pouvaient se faire confiance sans craindre que Bart, ou un autre, ne l'apprenne.

Sa relation avec Bart était complexe, et pourtant bien simple. Bart voulait quelque chose. Adam l'aidait à y parvenir. Bart désirait faire du mal. Adam trouvait toujours un moyen de ne pas se faire prendre. Et pendant un instant, juste un, ils étaient amis. Pas question de parler réellement d'autre chose que d'un plan d'attaque, pas besoin de confier la moindre émotion à l'autre… Adam trouvait cela relativement plaisant au fond. Sauf qu'il n'avait jamais compris qu'il était très simple de pénétrer dans la liste noire de Bart Zabini. Il s'était hissé à la première place en la seconde qui lui avait fallu pour lancer un sort.

« Nous ne sommes pas amis, toi et moi, ne put-il s'empêcher de répliquer.

- Non, tu as raison. Nous sommes… Complices. »

Il insista tant sur ce mot qu'Adam le soupçonna d'être prêt à révéler tous leurs petits secrets juste pour parvenir à le faire plonger. Les yeux de Bart étaient si noir, ses iris si dilatés, que le Gryffondor se demanda s'ils réagissaient à la colère ou juste à une substance illicite.

« Prend garde à toi, Nott. Tu sais à quel point je peux être méchant…

- Sans moi pour t'aider à l'être, je ne risque pas grand-chose, souffla Adam entre ses dents.

- Tu crois ça ? Alors pourquoi est-ce que tu as peur ? »

La poigne de Bart se relâcha autour de son cou et Adam pu enfin respirer correctement à nouveau. Lorsque Bart disparut finalement au détour d'un couloir, il prit conscience de la difficulté de sa nouvelle situation. Bart n'était pas le plus inventif des tortionnaires au monde. Mais il avait des poings, et une bande d'acolytes prêts à le suivre jusqu'au bout du monde… Et cela plus que toute autre chose, était largement suffisant pour noyer Adam.


Cléo adressa un petit sourire d'encouragement à Jake lorsqu'il s'installa tout au bout de la table des Serpentard. Il se mit presque immédiatement à fixer son assiette vide sans prêter la moindre attention aux étudiants qui le bousculaient un peu. Cléo le surveilla du coin de l'œil tout en déjeunant, son regard défilant parfois sur la table des Poufsouffle où Violet discutait avec ses amis. Elle aurait voulu la rejoindre et poser un baiser au coin de ses lèvres, juste là où elles s'étiraient pour former un sourire.

Elle détourna les yeux dès que Violet leva les siens et tenta difficilement de se joindre aux conversations. Elle ne trouvait pas quoi que ce soit d'intéressant dès lors qu'elle n'était plus en compagnie d'une personne en particulier. Elle se demanda si elle pourrait parler à Violet en public un jour… Elle avait beau être d'un naturel optimiste –pour ne pas dire naïf à l'occasion- cette fois, elle ne put s'empêcher de songer que cela n'arriverait jamais. Son amie resterait une trouillarde effarouchée et finirait mariée à un homme quelconque tout en dissimulant soigneusement son homosexualité. Et elle, Cléo, passerait sa vie seule à ressasser le passé.

Le sentiment d'oppression qui la cloua à son siège à cette pensée ne passa pas inaperçu et les Serpentard interrompirent leurs discussions pour la jauger. Elle chercha à se détendre, mais son regard passa sur Jeffrey qui embrassait Violet, et son cœur s'emballa de plus belle.

Elle détestait Poudlard !

A Dumstrang, les démonstrations d'affections en public étaient totalement proscrites. A Poudlard, il fallait dépasser un certain seuil d'indécence –comme lorsque Bart avait glissé sa main sous la jupe de Trish Corner en plein couloir pour savoir si elle portait une culotte.

Alors qu'elle laissait sa rage à l'égard de Jeff s'emparer de chaque partie de son corps, une main se glissa sur son genou. La peau dure et calleuse de Bart était assez définissable pour qu'elle la reconnaisse et elle ne chercha même pas à s'en soustraire, trop observée par les autres étudiants qui considéraient Bart comme une sorte de roi, donnant raison à la maxime des Serpentard : « Plus les gens vous craignent, plus ils vous aiment. ».

« Je pourrais le faire tuer pour toi, tu sais… » siffla-t-il entre ses dents, sa bouche presque collée à son oreille si bien que son souffle souleva quelques cheveux blonds.

Pendant un instant, cette idée parut incroyablement séduisante tant elle haïssait Jeff. Elle avait imaginé tant de fois qu'il puisse se faire rouler dessus par les carrioles de Poudlard ou par le Magicobus, afin que Violet vienne chercher un peu de réconfort auprès d'elle. Venant d'un autre, cette proposition lui aurait attirée un sourire. De la part de Bart, elle prenait une toute autre dimension où l'humour n'entrait pas en compte. Elle lui adressa un regard assassin et il se recula légèrement pour faire apparaitre un immense rictus amusé.

« Tu as un humour douteux, Bart. Tu le sais ? soupira-t-elle en dissimulant habilement le dégoût qu'il lui inspirait à l'instant.

- En quoi ma réplique était-elle amusante ? Tu le détestes, tu crèves d'envie de lui arracher la tête… Et je te propose de le faire presque gratuitement afin que tu ne te salisses pas les mains !

- Bien que ta proposition ne m'intéresse pas le moins du monde, pourrais-tu m'expliquer combien coûte ce genre de petit service dans ton monde ? »

La langue de Bart passa sensuellement sur ses lèvres et elle comprit ce qu'il voulait dire sans qu'il n'ait besoin de prononcer un seul mot. Elle leva les yeux au ciel, sans plus prendre la peine de cacher son agacement face à cet adolescent plus que fou. En troisième année, Orvil Higgs s'était moquée d'elle à cause de son habitude à trainer avec des élèves des autres maisons et elle avait été si vexée et touchée dans son orgueil qu'elle avait accepté d'embrasser Bart pour qu'il la venge. Elle se souvenait encore du hurlement de douleur qu'avait poussé Orvil lorsque Bart lui avait brisé la jambe. Et plus encore, elle ne parvenait pas à oublier le baiser –son tout premier. Il l'avait mordu si fort pour qu'elle entrouvre les lèvres, qu'elle s'était réveillée avec une boursoufflure rougeoyante le lendemain matin. Elle avait commencé à l'éviter après ça, consciente qu'il n'était pas juste sadique, mais accro au sentiment de puissance que lui octroyait toutes les menaces et coups. Sans qu'elle n'ose l'admettre franchement, il lui faisait peur.

Elle croisa le regard d'Adam qui mangeait tranquillement à la table des Gryffondor, mais la fixait –probablement depuis de longues minutes. Elle lui accorda un demi-sourire, mais il ne parut pas plus rassuré. Peut-être avait-elle l'air paniqué. Elle s'efforça à retrouver une mine plus paisible afin de ne pas alerter qui que ce soit, mais Bart, si proche d'elle, la mettait réellement mal à l'aise. Adam sembla comprendre, car il lui désigna les Grandes Portes d'un coup d'œil avisé. Elle acquiesça et saisit une pomme avant de quitter la table.

Il ne leur fallut que quelques minutes pour se retrouver à leur point de rencontre habituel, près de l'ancienne cabane du Garde-Chasse, devenu avec le temps une sorte de débarras où s'accumulaient les vieux balais de Quidditch à réparer ou les décorations de noël. C'était aussi là que bon nombre d'adolescents venaient se bécoter, à l'abri de tous les regards. Mais Cléo et Adam n'étaient pas là pour ça. Ils s'assirent à la souche d'un arbre et il lui tendit un plat de fruits qu'il avait réussi à chiper à la table sans se faire prendre. Il imagina le grognement de fureur de Gareth dès qu'il se rendrait compte de sa disparition et ne put s'empêcher de sourire.

« Qu'est-ce qu'il a encore fait ? Bart, je veux dire…

- Toujours aussi crétin, se contenta de répondre Cléo avant d'ajouter en repoussant ses cheveux derrière son épaule : Mais parler de lui me déprime ! Parlons plutôt du fait que tu sois un pervers maniaque qui adore suivre les adolescentes en pleine nuit…

- Premièrement, je ne suis qu'Emily ! Et deuxièmement, je ne suis pas un pervers. J'aime l'observer, c'est tout. Toi aussi tu fixes Violet tout le temps.

- Oui, en public. Pas dans des couloirs sombres. Tu réalises que dès que la rumeur atteindra ses oreilles, tu seras un homme mort ? Même les enseignants finiront par le savoir, comme toujours ! Tes parents voudront te faire interner et Harry Potter te fusiller… Il préviendra le père d'Emily et…

- Arrête ! »

Adam enfouit son visage entre ses mains et elle cessa de divaguer en constatant qu'il s'inquiétait réellement. Elle savait qu'elle n'avait pas tout à fait tort, malgré ses exagérations. Pourtant, la réaction qu'il avait le plus à craindre viendrait probablement d'Emily, et ça il n'y pouvait absolument rien. Elle se demanda si elle avait la moindre chance de l'aider et constata qu'en effet, certaines de ces relations pouvaient potentiellement régler le problème.

Elle ébouriffa la tignasse d'Adam qui leva la tête, et elle en profita pour coller un baiser saveur-fraise sur sa joue avant de lancer, avec un sourire éblouissant :

« Ne t'inquiètes surtout pas ! Je m'occupe de tout ! »


Violet fit un bond d'un mètre en avant en sentant des doigts frôler sa main au détour d'un couloir. Puis une poigne se serra autour d'elle et l'attira vers l'arrière. Elle n'eut même pas le temps de dire un seul mot ou de se poser la moindre question qu'elle se retrouva enfermée dans ce qui semblait être un placard à balais. Ou du moins, l'odeur de produits ménagers et la pénombre écrasante des lieux lui suggéra cette hypothèse. Lorsque la lumière apparut, à l'extrémité d'une baguette, elle constata qu'elle avait raison.

Mais le visage qui s'éclaira face à elle lui fit oublier toute potentielle joie à l'idée d'avoir su deviner où elle se trouvait. Cléo lui adressa un sourire et elle y répondit tout naturellement, consciente pourtant de la proximité de leurs corps dans cet endroit si restreint. Les bouts de leurs pieds se touchaient même et Violet constata qu'il s'en serait fallu de peu pour qu'elles puissent s'enlacer, ou même s'embrasser.

Elle tenta d'imaginer la saveur des lèvres de Cléo contre les siennes, mais ne parvint qu'à s'empourprer davantage. Cléo elle-même semblait résister à la tentation qu'elle représentait, puis se souvint qu'elle était présente pour une raison particulière et tenta de se concentrer un peu.

« J'ai besoin de ton aide, lança-t-elle simplement, sans tourner autour du pot.

- Pour quoi exactement ? s'enquit Violet avec une certaine crainte, non attirée par toutes les combines Serpentesques vers lesquelles elle menaçait de plonger.

- Tu as entendu la rumeur à propos d'Adam je présume…

- Bien évidemment. Ce genre d'histoires se diffuse encore plus vite que les autres. Pourquoi cette question ? C'est faux et tu veux que je rétablisse la vérité ? Parce que je tiens à te préciser que je n'ai pas tant d'influence que ça… Ou tu voudrais que je parle à mon père avant qu'il prévienne mon oncle Ron et d'éviter un scandale ?

- Et bien, y a de l'idée ! Ce serait sympa. Mais… C'est surtout à Emily que je voudrais que tu parles. »

Violet haussa un sourcil, plutôt surprise de cette requête. Sa cousine était amoureuse d'Adam depuis plus de dix ans. Elle était trop jeune pour se souvenir parfaitement du mariage où Emily avait rencontré le jeune Gryffondor, mais se rappelait avec quelle passion elle en parlait, encore et encore, depuis des années. Même lorsqu'elles étaient petites, Emily semblait folle amoureuse. Ainsi, elle ne voyait pas vraiment ce qu'elle pourrait faire ou dire pour éviter une quelconque honte à Adam puisque sa cousine était probablement heureuse de l'attention qu'il lui portait.

Cléo comprit que Violet ne voyait pas où elle voulait en venir et ajouta :

« Si tu pouvais lui expliquer qu'Adam n'est pas un pervers obsédé par elle qui la suit dans les couloirs dans l'espoir de lui arracher les tripes un jour… Ce serait gentil !

- Sérieusement ? Emily ne pourrait jamais croire ça de lui ! Elle était amoureuse d'Adam avait même que ses dents de lait commencent à tomber ! »

Elle réalisa qu'elle aurait mieux fait de se taire en voyant l'air de pure stupeur qui se peignit sur les traits de Cléo.

« Aoutch… Je n'aurais pas dû dire ça ! Promets de ne jamais le dire à Adam ! Sinon, Emily va m'arracher la tête.

- Il est amoureux d'elle aussi. »

Elles partagèrent un regard plus que complice, mettant un plan en route sans même se concerter. Elles aimaient bien trop Emily et Adam pour les laisser se torturer chacun de leur côté sans chercher à leur faciliter la vie. Il leur suffirait juste d'être assez discrètes pour que les deux principaux concernés ne se rendent compte de rien.

Violet s'interrogea néanmoins sur leur capacité à agir sur la vie sentimentale d'autres alors qu'elles-mêmes n'étaient franchement pas douées pour ça. La preuve en était de leur situation actuelle. L'une et l'autre mourraient secrètement d'envie de se rapprocher autant que l'espace le leur permettait, mais n'osait bouger de peur –pour l'une- de le regretter et -pour l'autre- d'effrayer sa complice.

La Poufsouffle prit conscience du tambourinement de son cœur dans sa poitrine, si violent et empressé qu'il menaçait ainsi de s'enfuir. Elle se demanda si Cléo pouvait l'entendre tant le silence, seulement entrecoupé par leurs respirations incertaines, était absolu. Elle chercha à se reculer un peu pour s'éloigner de ce corps brûlant qui l'appelait, mais s'heurta bêtement à une étagère remplie de produits et d'éponges. Le parfum s'en dégageant, crasseux et entêtant la fit avancer une seconde plus tard, comme si elle pouvait fuir, et Cléo l'arrêta en apposant sa main sur son poignet.

Elle eut le sentiment que toutes les fibres de son corps entier se réunissaient à l'exact emplacement des doigts de Cléo sur sa peau. Toutes ses pores s'ouvraient à sa seule présence, désormais inconscients du lieu douteux, de l'odeur nauséabonde, ou de l'heure qui défilait, menaçant de lui faire rater les premières minutes du cours de Potions.

En rougissant, elle imagina la sensation qu'aurait tout son corps, débarrassé de vêtements superflus, contre celui de Cléo. Elle exploserait sans doute sous la puissance de cette sorte de désir tout nouveau. Ou alors elle perdrait l'esprit et le contrôle, agirait enfin comme elle rêvait de le faire, débarrassée de toute contrainte sociale et des notions inculquées par la morale plutôt conservatrice de sa famille et de leur monde tout entier.

« Il… Il faut que j'aille en cours. »

Son souffle haletant trahit sans peine son état et une ébauche de sourire éclaira le visage de Cléo qui lâcha avec une lenteur mesurée le poignet de Violet. Ce mouvement sembla se transformer en caresse et Violet ne souhaita pas se tenter davantage. Elle ouvrit la porte à la volée, sans prendre la peine de dire au revoir ou de sourire à la Serpentard qui resta là, figée dans son placard à balais avec la sensation agréable d'avoir franchi une minuscule nouvelle étape.


Emily écoutait le cours de Runes avec intérêt, contrairement aux autres étudiants –tous Serdaigle ou presque- qui suivaient le Professeur Granger car ils obtenaient constamment de bonnes notes. Elle ne prit guère longtemps avant de réaliser que l'enseignante ne cessait de lui jeter des regards inquiets et elle commença elle-même à s'angoisser. Comme toujours, son esprit se mit à la torturer avec un sadisme tout particulier qui la portait à croire qu'elle pourrait devenir masochiste. L'année passée, elle avait rendu un devoir en retard, une sorte de mémoire qu'elle avait elle-même demandé à faire pour augmenter ses notes. Elle se demanda si elle avait commis trop d'erreurs et si Hermione avait osé l'envoyer à des examinateurs d'Aspics qui la jugeaient déjà… Elle s'imagina même en train de faire la manche sur le Chemin de Traverse pendant quelques secondes, avant que Kaithlyn n'interrompe ses pérégrinations mentales en glissant un petit bout de papier devant elle.

Emily attendit qu'Hermione lui tourne le dos pour écrire quelque chose sur le tableau avant d'oser le déplier. Elle fronça les sourcils pour parvenir à décrypter l'écriture en pattes de mouches de sa meilleure amie.

« T'es poursuivie par un lion enragée, ma pauvre chérie ! »

Elle adressa un regard interrogateur à la jeune brunette qui semblait à la limite d'une crise de fou rire, puis constata que d'autres étudiants la fixaient étrangement. Elle ne put s'empêcher de grogner un nom d'oiseau en comprenant ce que cela signifiait. Une rumeur courrait à Poudlard, et la concernait. De plus, d'après les regards des élèves, elle devait être franchement savoureuse. Un autre bout de parchemin déchiré parvint à sa table, lancée depuis le fond de la salle par la seule Gryffondor présente. Kaithlyn grimaça et Emily comprit qu'elle aurait davantage d'explications, mais que Cassie Finnigan n'était pas sérieusement la plus apte à les lui donner objectivement.

« Garce ! »

Le rouge monta aux joues d'Emily si violemment que Kaithlyn se rua sur le papier de Cassie. Elle le déchira en des dizaines de petits morceaux alors que le cerveau d'Emily se tourmentait. Elle ne savait pas ce qu'elle avait fait –ou plutôt, ce que la rumeur disait car la plupart du temps, elles déformaient toute trace de vérité- mais cela devait être relativement grave. Elle jeta un coup d'œil à Kaithlyn qui notait avec acharnement quelques lignes sur un coin de son parchemin de cours. Elle écrivait si vite qu'Emily craint un instant de ne pouvoir déchiffrer son blabla. Mais elle était si inquiète que l'adrénaline lui donna la faculté de le faire.

« Zabini + Nott = bagarre. Z. a dit qu'Adam t'avais sauvée hier soir (sauvée, d'après ce que tu m'as dit, c'est un peu exagéré, mais j'ai eu la version racontée par Bethany et tu l'as connais !) mais qu'apparemment il n'était pas là par hasard. Il te suit à chaque fois que tu fais ta ronde. Dis-moi si c'est censé être romantique ou carrément flippant et je serais d'accord avec toi. Pour l'instant, j'ai comme un doute… »

Emily savait que ses joues devaient être d'un rouge flamboyant et que les étudiants s'en amusaient, puisque certains ricanaient dans son dos. Elle aurait voulu pouvoir quitter la salle pour se réfugier à l'infirmerie, mais sentait que ce serait bien trop lâche et que les ragots s'amplifieraient selon sa réaction. Etrangement, ce n'était pas réellement les murmures qui lui faisaient perdre la tête, mais plutôt cette rumeur. Elle n'avait jamais songé, même pas une seconde, à insister auprès d'Adam pour savoir ce qu'il faisait dans les couloirs aussi tard. Et surtout, comment il avait fait pour se trouver au bon endroit, au bon moment. Elle avait été si heureuse de le voir que le harceler ne lui était pas venu à l'esprit. S'emparant de sa plume, elle nota rapidement une réponse, totalement désintéressée du cours désormais :

« Pourquoi est-ce qu'il fait ça ? Et pourquoi est-ce que Cassie a réagi comme ça ? Ce n'est pas de MA faute ! »

Elle reçut une réponse à ses questions en trop peu de temps pour qu'elle ait l'occasion d'y réfléchir seule. De toute façon, son esprit était bien trop embrouillé pour cela.

« Cassie craque pour lui depuis la 1ère année. Elle est juste jalouse, même si tu n'y es pour rien. Et je suppose que s'il te suit… C'est qu'il est soit fou de toi, soit fou tout court ! »

Emily écarquilla les yeux en découvrant ces mots. Cassie Finnigan, jalouse d'elle, Emily Weasley ? Elle se demanda si elle ne s'était pas endormie en plein cours et si tout ce qu'elle vivait depuis quelques minutes n'était pas un rêve. Ou peut-être avait-elle plongée dans une autre dimension sans s'en rendre compte. Quoi qu'il en soit, Cassie Finnigan mesurait un mètre soixante-dix, était aussi mince qu'elle mais possédait une jolie poitrine que toutes les étudiantes lui enviaient, et était capable de séduire les garçons rien qu'en rejetant ses cheveux d'un blond détonnant derrière ses épaules. Emily, aussi plate qu'une limande et incapable d'aligner deux mots face à Adam, ne tenait de toute évidence pas la comparaison.

Quant à la possible folie d'Adam, elle ne parvint pas à se décider, refusant de croire qu'il puisse être mentalement dérangé. Pourtant, l'idée qu'il puisse la suivre parce qu'il était amoureux d'elle était encore plus invraisemblable à ses yeux.

Elle retourna le petit morceau de parchemin car il n'y avait plus de place d'un côté et se mit à répondre :

« Elle ne peut pas être jalouse de moi ! Et Adam… »

Elle n'eut pas l'occasion de finir sa phrase qu'un livre s'écroula juste à côté de sa main. Elle leva les yeux sans plus respirer, se doutant amplement qu'elle découvrirait son professeur face à elle. En effet, Hermione la dévisageait en tentant d'insuffler à son regard un peu de colère ou de déception, sans pour autant y parvenir. Emily savait pertinemment qu'Hermione l'appréciait en tant qu'élève, malgré tout ce qu'elle avait vécu avec Ron. Pourtant, elle eut comme un doute lorsque l'enseignante s'empara de son morceau de parchemin. Elle eut peur qu'elle le lise devant toute la classe, comme l'avait fait le professeur McGonagall une fois, mais elle se contenta de s'éloigner avec, jusqu'à le poser sur son bureau. Elle continua le cours comme si de rien n'était et Emily comprit qu'elle savait parfaitement quel était le sujet des bavardages entre étudiants ce jour-là.

Lorsque la sonnerie se déclencha, Emily croisa les doigts pour parvenir à disparaitre avant qu'Hermione ne l'interpelle. Mais personne ne semblait disposer à lui accorder le moindre répit et elle se retrouva rapidement seule avec l'enseignante. Elle plaqua ses manuels contre sa poitrine en baissant les yeux, de plus en plus mal à l'aise. Le regard d'Hermione parcourut à une vitesse ahurissante les quelques phrases échangées entre Kaithlyn et Emily, puis elle leva la tête vers cette dernière.

« Je… commença Hermione, apparemment aussi gênée qu'elle. Je ne sais pas quoi dire pour excuser Adam. Enfin, cette rumeur est peut-être infondée après tout, mais… C'est très incommodant comme situation.

- On n'est pas obligé d'en parler, bredouilla Emily en espérant que cela résoudrait tout.

- Bien sûr que si ! Je suis vraiment désolée. Si tu te sens mal à l'aise ou angoissée en présence de mon fils, je comprendrais parfaitement que tu veuilles… être accompagnée pendant tes rondes à partir de maintenant. J'en parlerais au professeur McGonagall. Et sois certaine que j'aurais une sérieuse discussion avec Adam également. »

Emily acquiesça bêtement en se balançant d'un pied sur l'autre. Elle réalisa ce que cela impliquait au bout de quelques secondes seulement. Si quelqu'un la suivait pendant ses rondes, elle préférait nettement qu'il s'agisse d'Adam. Et si un autre restait avec elle, il ne pourrait plus le faire. De plus, il aurait probablement des ennuis, avec ses parents et avec la directrice qui prendrait cela comme une force d'harcèlement très légère, mais néanmoins néfaste.

« Pas la peine ! lança-t-elle finalement en criant presque.

- Comment ça ?

- Je… Je n'ai pas peur d'Adam. Je ne veux pas qu'il ait des problèmes pour quelque chose d'aussi stupide. C'est même assez rassurant au fond de savoir que je ne suis pas toute seule ! Quand Bart m'a ennuyé hier soir, ça aurait pu mal tourner, mais Adam m'a aidé.

- Quoi qu'il en soit, il n'avait pas à se trouver dans les couloirs en pleine nuit, rétorqua Hermione, comme pour nécessairement trouver une raison de punir son fils pour ce qu'elle considérait comme un mini-crime.

- Je le sais ! Mais si vous voulez que quelqu'un vienne avec moi pendant les rondes… Je préférerais que ce soit lui. »

Elle réalisa qu'elle avait réellement énoncé cette phrase en voix haute en voyant l'air choqué de l'enseignante qui mit quelques secondes à se remettre de cette déclaration.

« Emi… Je veux dire, Miss Weasley…

- Vous pouvez m'appeler par mon prénom. C'est ce que vous faites avec les autres élèves, remarqua Emily en haussant les épaules, consciente qu'Hermione n'osait pas le faire à cause de ce qu'il s'était passé entre son père et elle.

- C'est vrai, mais c'est différent avec toi. Tu en as conscience. Ton père… Ton père a fait un véritable scandale lorsque tu as décidé de poursuivre les cours de Potions et de Runes. Je ne veux pas qu'il trouve une autre raison de venir à Poudlard pour… me critiquer, ou critiquer mon mari. Et s'il apprend que mon fils te suit toutes les nuits depuis des mois, ou même des années, et qu'il n'a pas été puni, il viendra. Je ne suis pas prête à prendre ce risque.

- Moi, je le suis. »

Elles se défièrent du regard un instant, Hermione constatant qu'Emily avait une idée réelle de la réaction de son père lorsqu'il apprendrait ce qu'il s'était passé. Mais de toute évidence, elle préférait subir ça que de faire punir Adam. Hermione se demanda si les sentiments que son fils ressentait pour la jeune fille n'étaient pas réciproques finalement, et se refusa à prendre seule une décision. Elle soupira donc :

« Je vais en parler au Professeur McGonagall. »


Adam observait les va-et-vient des étudiants dans la bibliothèque avec un intérêt quelque peu voyeur, s'amusant des relations qui se tissaient toujours en ce début d'année, des amitiés qui pâtissaient des vacances trop longues, des amourettes qui se déclaraient… Les dernières années étaient des spécimens particulièrement intéressants, comme s'ils se doutaient qu'il leur faudrait devenir adultes à l'issu de ces dix mois et qu'ils se devaient de profiter du temps de jeunesse qui leur restait.

Il espérait secrètement être capable de prendre son courage à deux mains pour parler à Emily, puisqu'il n'avait plus rien à perdre. Après tout, elle le prenait probablement pour un pervers. Qu'il se déclare désormais le rendrait peut-être pathétique, mais il aurait au moins osé le faire. D'ordinaire, elle était toujours à la bibliothèque après les cours et ils finissaient à la même heure le lundi –il connaissait son emploi du temps par cœur. Cette fois, néanmoins, elle n'était pas apparue alors qu'il l'attendait depuis de longues minutes.

« Salut mon petit cochon ! »

Il leva la tête à cette remarque qui aurait presque pu être désobligeante si elle n'avait pas été annoncée en un rire. Owen, Gareth et Wilson, les trois garçons de son année, s'installèrent à sa table sans même lui demander son avis. Ils avaient l'habitude troublante de le traiter comme un ami. Pendant un instant, Adam se demanda s'ils ne l'étaient pas en fin de compte… Il se promit de chercher une définition du mot « ami » dans le premier dictionnaire qu'il trouverait.

« Emily est canon, je comprends, déclara sagement Gareth en poursuivant la discussion qu'ils avaient engagée sans Adam un bon quart d'heure auparavant. Elle manque juste un peu de… »

Il hésita une seconde avant de placer ses mains contre ses pectoraux relativement bien formés puisqu'il jouait en tant que Batteur dans l'équipe de Gryffondor. Il forma des seins et fit mine de les mesurer, ce qui fit ricaner ses camarades. Adam même esquissa un sourire.

« Je suis donc le nouveau sujet de conversation, c'est ça ?

- Ouais, carrément, approuva sagement Wilson en sortant son parchemin de potions de sa besace. Faut dire que tout le monde pensait que t'étais un peu…

- Un peu quoi ?

- Gay, soupira Owen en mimant le désespoir.

- Et pourquoi ça ? s'étonna Adam en se demandant si Emily pensait la même chose.

- Tu n'as jamais eu de petites amies !

- Wilson non plus ! rétorqua-t-il pour seule défense.

- Oui, mais Wilson… est gay. »

Adam se tourna vers son camarade de chambre en se demandant s'il était le seul à ne jamais être au courant de rien et pour quelle raison. Wilson acquiesça avec une petite grimace, comme doutant que cette information puisse passer auprès de son condisciple alors que celui-ci s'en moquait un peu. Owen et Gareth échangèrent un regard entendu, comme pour se concerter, et Gareth –probablement le plus expérimenté de tous- ajouta :

« Et Cassie passe son temps à t'envoyer des signaux que tu ne captes pas du tout… Alors, on a pensé que tu étais branché sur la fréquence numéro deux, seule explication possible. Parce que, soyons réalistes, Cassie Finnigan est carrément sexy. Bien plus sexy que ta rouquine…

- Je n'aime pas Cassie, souffla Adam en haussant les épaules comme si cela répondait nécessaire à leurs interrogations. Elle est jolie d'accord, et gentille, mais je ne l'aime pas.

- On parle de sexe, là, pas d'amour, lui apprit gentiment Owen.

- Ce n'est pas la même chose ? »

Les trois autres garçons échangèrent un regard consterné face à la naïveté de leur condisciple. Adam se sentit tout à coup très bête et réalisa qu'il ne connaissait rien de l'amour physique après tout. Il en avait rêvé des dizaines et des dizaines de fois, mais Emily avait toujours été le seul sujet de ses plaisirs. Jamais il n'avait songé à coucher pour coucher, sans ressentir d'émotions particulières pour sa partenaire imaginaire. Il comprit alors qu'il était sans doute le type de dix-huit ans le plus coincé de l'univers, même lorsqu'il s'agissait seulement de rêve. Sa fidélité pour une fille qu'il n'avait même jamais embrassé –sauf à quatre ans, ce qui ne comptait pas réellement- était déjà illimitée.

Gareth le fixa d'un seul coup, comme s'il venait tout juste de réussir à prendre en compte un élément essentiel. Il ouvrit la bouche plusieurs fois sans parvenir à émettre un seul mot, puis articula lentement :

« Attends… Est-ce que tu veux dire que tu aimes Emily Weasley ? »

Trois paires d'yeux se figèrent sur lui et il se sentit rapetisser sur son siège. Il eut envie de mentir, juste par instinct de protection, comme s'il craignait que les autres se moquent de lui ou le répètent à tout le monde. Mais étrangement, il sut qu'il pouvait leur faire confiance rien qu'en regardant Gareth dans les yeux. Alors il acquiesça, tout doucement, plus effrayé que jamais car il l'admettait publiquement pour la toute première fois. Wilson siffla bêtement, Owen ouvrit la bouche, hébété, et Gareth dodelina de la tête.

« Waouh… dirent-ils finalement d'une même voix.

- Waouh, c'est cool ? Ou : Waouh, vieux, t'es super ringard ? s'enquit Adam en se tortillant de malaise sur sa chaise.

- Waouh, c'est intéressant, répondit Owen avec une sorte de rictus entre la grimace et le sourire. Enfin, je suppose. C'est un peu étrange vu que tu ne lui as probablement jamais adressé la parole plus de deux minutes. Et carrément flippant que tu penses que suivre une fille comme un obsédé sexuel soit un comportement normal en amour. Mais… En dehors de ces légers détails, moi, je suis à fond derrière toi ! Je soutiens l'amour véritable avec ferveur ! »

Adam faillit lui tirer la langue, mais constata que déclarer être amoureux comme un adulte pour ensuite agir comme un gamin n'était pas très logique. Alors il se retint –très difficilement. Ils furent interrompus dans leur discussion par la présence d'autres élèves de leur année : les filles bien évidemment. Cassie en tête, elles tirèrent les chaises d'une autre table vers la leur avec une sensualité toute naturelle qui –Adam s'en aperçut- aurait dû lui faire ressentir quelque chose. Au lieu de ça, il se remémora avec quelle grâce Emily s'installait à côté de lui en cours de Potions, juste avant qu'elle n'attache ses cheveux en un chignon bancal.

La main de Cassie sur la sienne l'extirpa de ses pensées et il contempla un instant les ongles fraichement manucurées de l'adolescente au-dessus des siens –rongés jusqu'au sang. Il se souvint qu'Emily aussi rongeait parfois les siens lorsqu'elle angoissait. Il tenta un instant de se la sortir de l'esprit et lever les yeux vers Cassie qui lui souriait franchement, avec la ferme intention de le séduire pour de bon.

« Salut Adam.

- Euh… Re-bonjour, Cass'. Tu vas bien ?

- Oui… Mais j'avoue que j'étais très inquiète pour toi. Emily a été convoquée dans le bureau du professeur McGonagall tout à l'heure. A propos de toi. Tu vas probablement être en retenue tous les samedis jusqu'à la fin de l'année… Selon ce qu'elle dira bien sûr. Mais, elle avait l'air très en colère en cours de Runes aujourd'hui.

- Vraiment ? »

Il sentit son cœur s'emballer. Peut-être que Bart avait réussi finalement. Il s'était vengé en utilisant son pire point faible. Emily avait été le seul rêve de toute son existence pendant les quatorze dernières années. Et il avait réussi à la lui enlever en une seule journée. Il retira sa main de sur la table, rompant ainsi le contact avec Cassie qui fronça les sourcils, désappointée. Elle avait espéré que le désespoir d'Adam lui permettrait d'obtenir quelques minutes seule en sa compagnie. Elle était très douée pour réconforter les gens. Et elle le désirait depuis tant d'années qu'elle s'était promis de parvenir à son but pour une fois. Elle allait insister quand les portes de la bibliothèque laissèrent passer deux adolescentes de Serdaigle : Emily et Kaithlyn. Cassie faillit se lever pour arracher les yeux de cette première en signe de désespoir.

Adam cessa instantanément de respirer en voyant Emily s'avancer vers leur table. Elle devait pourtant être suffisamment intelligente pour remarquer tous les regards pesant sur elle. Les murmures même s'étaient tus, et tous s'attendaient apparemment à une scène de bagarre des plus savoureuses. Mais Emily se contenta de s'arrêter à quelques pas d'eux, suivie par Kaithlyn comme par une ombre.

« Salut Adam… Uhm… Je peux te parler ? »

Elle avait murmuré ces mots si bas qu'Adam dut lire sur ses lèvres pour la comprendre. Il hésita une seconde de trop, laissant ainsi l'occasion à Cassie d'intervenir. Celle-ci se releva légèrement, appuyant ses coudes sur la table en fixant Emily de son regard vert pénétrant.

« Tout ce que tu veux dire à Adam, tu peux le dire devant nous…

- Le truc, c'est que ça ne te concerne en rien ! » répliqua Kaithlyn en sortant presque les griffes.

Emily esquissa un sourire. Elle avait l'habitude d'être ainsi protégée par sa meilleure amie, laquelle avait giflé Wallace Hopkins au bal de noël de leur quatrième année après qu'il ait déclaré qu'Emily ressemblait à un canari dans sa robe jaune –en effet, elle portait alors la robe que sa mère avait acheté pour le mariage de Bill et Fleur Weasley. Kaithlyn la protégerait bec et ongles contre quiconque oserait s'en prendre à elle, et que Cassie ait osé la traiter de garce ne passerait sans doute pas avant longtemps.

« Bien sûr que si, siffla Cassie entre ses dents en passant son bras autour de celui d'Adam. Nous sommes ses amis. »

Elle apposa un instant son front contre l'épaule du jeune homme et Emily eut le sentiment de subir des électrochocs par dizaines. Elle sentit la main de Kaithlyn dans la sienne et chercha à garder contenance, au moins pour ne pas se rendre plus ridicule qu'elle ne l'était déjà depuis le début de la journée.

Adam parut saisir un début d'angoisse dans les iris bleus de la jeune fille et il arracha son bras à la poigne –étonnamment solide- de Cassie avant de se lever d'un geste brusque.

« On peut aller discuter ailleurs. »

Emily ne l'attendit même pas et fit quelques pas en direction de la sortie, heureuse d'échapper à cette atmosphère rendue oppressante par la faute de tous les étudiants qui la reluquaient. Kaithlyn lui demanda d'un regard si elle voulait qu'elle l'accompagne, mais elle refusa d'un signe de la tête. Elle se retrouva dans le couloir –heureusement vide- et s'adossa à un mur en tentant d'interrompre le tambourinement insensé de son cœur. Adam sortit à sa suite, les mains dans les poches, l'air plus nonchalant qu'il ne l'était réellement.

Ils restèrent silencieux un instant. Aucun d'eux ne possédait le don de réussir à formuler des phrases correctes face à l'autre, et il fallut qu'Adam s'arme de tout son courage pour parvenir à émettre un son :

« Hé… »

Il se balança lentement d'un pied à un autre alors qu'Emily levait les yeux vers lui, sourcils froncés. Il fut heureux de constater qu'elle ne le haïssait pas. Il avait déjà vu les regards de haine pure qu'elle lançait à Bart ou la déception que lui inspirait son père dès qu'elle le regardait. Mais aucune émotion néfaste ne prenait place dans ses yeux lorsqu'elle le voyait, lui. Le soulagement qu'il ressentit un instant dénoua son estomac et il marmonna :

« T'as vu McGo il parait…

- Oui. C'est de ça dont je voulais te parler.

- Je ne t'en voudrais pas, bredouilla-t-il en réfrénant son envie de fuir.

- Pourquoi est-ce que tu m'en voudrais ?

- Bah… Je comprendrais que… tu me prennes pour un dingue. Et que t'ai dit à la directrice que je mériterai d'être enfermé ou… J'en sais trop rien… Je…

- Je n'ai rien dit de tel au professeur McGonagall ! s'exclama Emily en rougissant légèrement.

- Vraiment ?

- Vraiment.

- Mais… Cassie a dit que…

- Cassie Finnigan m'a traitée de garce aujourd'hui. Alors… je présume que ses intentions ne sont pas tout à fait honorables. »

Adam se figea. Il réalisa que Cassie était bien chanceuse aujourd'hui. Si Emily avait dit ça devant lui un peu plus tôt, il n'aurait pas hésité une seconde à lui lancer un sort cuisant. Il secoua la tête pour échapper à toutes les idées de tortures qu'il aurait pu infliger à sa condisciple et se concentra sur Emily qui le fixait sans ciller –ce qui était à la fois fascinant et effrayant.

« Donc… De quoi est-ce que tu voulais me parler ?

- Et bien… Le Professeur McGonagall veut tout de même te punir. Parce que tu trainais dans les couloirs après le couvre-feu. Je lui ai dit qu'elle n'avait aucune preuve bien évidemment, mais elle sait que tu y étais hier puisque j'avais dû lui expliquer la situation avec Bart. Quoi qu'il en soit… Elle a remarqué que tes notes de l'an passé en Défense Contre les Forces du Mal étaient –je cite- « abyssales » et qu'il fallait que tu remontes ta moyenne avant les Aspics. Tu auras donc droit à des cours de rattrapages toute l'année…

- Avec toi ?

- Non ! Avec mon oncle.

- Le professeur Potter ? Tu plaisantes, hein ? Il me déteste ! »

Emily lui répondit d'une simple grimace. Elle savait parfaitement qu'Harry ne détestait pas Adam, mais plutôt ce qu'il représentait : le résultat de l'union entre son ex-meilleure-amie et la cause de l'existence du mot « ex » devant meilleure. Elle espérait naïvement qu'ils pourraient se rapprocher, que son oncle puisse comprendre qu'Adam était quelqu'un de bien et que peut-être en parlerait-il à son père… Ainsi, elle n'aurait plus à craindre sa réaction et pourrait déclarer ce qu'elle ressentait à Adam et au reste du monde. Elle réalisa qu'un sourire très niais s'était peint sur son visage en voyant l'expression du principal concerné et se racla la gorge pour se donner un air.

« Enfin… voilà ! C'était ce que je devais te dire. Alors… je vais y aller. J'ai ma ronde à faire et il faut que je mange avant.

- Ok. Et… promis, je ne te suivrais pas cette fois. »

Il se détourna avec un petit sourire un peu triste, comme si cette idée le tourmentait. Il était conscient que cette journée marquait la fin d'une époque et regretta de ne pas avoir été plus prudent. Puis, la main d'Emily s'accrocha à son poignet. Le contact que ses doigts sur sa peau le fit frissonner. Ils s'étaient touchés. En cours de Potions par exemple, lorsqu'ils échangeaient des ingrédients. Ou dans tout un tas d'autres situations qui leur permettait de se frôler sans attirer l'attention.

Et pourtant, l'effet que cela provoqua chez Adam était déplaisant cette fois. Il n'éprouva ni le frisson d'impatience habituelle, ni la bouffée de désir qui marquait son cou de tâches rouges, ni l'impression d'être prêt à lui dire qu'il l'aimait, là, immédiatement.

Non. Il ressentit juste un frisson de peur, sa gorge se serra et son cœur rata un battement. Il eut l'impression d'être dans sa chambre, en train de la dessiner, lorsque son esprit vagabondait, quittant le monde des mortels pour un autre : le sien. Ce monde sombre aux routes tortueuses. Mais même cette plongée dans son propre esprit ne lui procura pas le plaisir habituel. Il eut envie de pleurer et d'hurler en même temps, de frapper son poing contre le mur, de toutes ses forces. Et pire, de lui faire du mal, à elle. Il eut l'impression de perdre le contrôle.

Et c'est à travers le voile angoissant et nébuleux de cette perte qu'il l'entendit chuchoter :

« Pourquoi pas ? »


Cassie regrettait de s'être laissée conduire hors de son dortoir, alors qu'il faisait nuit depuis si longtemps. Elle n'avait jamais autant regretté d'agir sans réfléchir.

La pleine lune au dehors laissait des marques d'éclats pâles sur les dalles des couloirs, seule trace de lumière pour la conduire vers sa perte.

Le claquement de ses pieds nus au sol lui rappela les réveils de son enfance, lorsque sa petite sœur venait la rejoindre dans son lit avec un grand verre de jus de citrouille. Elle courait alors vite et sautillait sur le matelas, renversant toujours la moitié de la boisson sur les draps. Ce souvenir ajouta des larmes à celles qui coulaient déjà sur ses joues.

Elle ne reverrait jamais sa petite sœur. Ou son père. Ou même sa mère.

Elle se devait de courir plus vite, au moins pour eux. Ses jambes ne la soutenaient pourtant déjà plus tant elle tremblait. De profonds sanglots secouaient sa poitrine. Elle se rattrapa à un mur en pleurant, incapable d'aller plus loin. Elle aurait voulu crier, appeler à l'aide, faire quelque chose de plus, mais le sortilège que son bourreau lui avait lancé quelques dizaines de minutes plus tôt l'en empêchait. Elle aurait voulu croiser quelqu'un, n'importe qui… Mais les couloirs restaient désespérément vides de toute vie.

Jusqu'à ce que des bruits de pas –les siens- retentissent à quelques mètres d'elle. Son corps se crispa et elle dut rassembler toutes ses forces pour se recroqueviller contre elle-même, dans un espoir vain de disparaitre. Il se pencha vers elle avec un petit sourire qu'elle ne lui avait jamais vu, sadique et cruel.

« Tu cours vite. » commenta-t-il simplement, comme si cela avait servi au plaisir du jeu.

Car il jouait simplement. Il s'était amusé à la chasser pendant ce qui lui semblait être une éternité. Et maintenant, il jouait encore. Elle voulait juste en finir.

« Pourquoi tu me fais ça ? »

Sa voix vacilla un instant, entrecoupée par les sanglots, et il sourit davantage. Elle aurait tant voulu qu'il lui laisse une chance de plus. Elle aurait donné n'importe quoi pour une journée, juste une, de répit. Mais il n'avait pas le temps de la lui offrir. Elle n'était qu'un premier pion à jouer sur l'échiquier à taille humaine qu'il s'apprêtait à décimer.

« Parce que ça m'amuse. Tu ne trouves pas ça hilarant toi ? »

Elle n'eut jamais l'occasion de rire avec lui.

Le premier sortilège Sectumsempra lui taillada le visage. Elle pensa bêtement que ses parents ne pourraient même pas la reconnaitre.

Le second trancha sa peau au niveau de sa poitrine.

Le troisième entailla l'intérieur de ses cuisses.

Elle cessa de compter. Marinant dans une marre de son propre sang, elle perdit conscience, non sans avoir perçu quelques mots, un adieu qu'elle aurait tant voulu éviter :

« Bonne nuit, petite garce. »


Note _ Mouahahahaha ! -Il parait que je le fais bien. Enfin, pas à l'écrit. Faut pas avoir fait Science Po' pour écrire une suite de "a" & de "h" les uns à côté des autres. Non, je veux dire, in the real life. Aloud. [Arg, je ne sais pas vous, mais à chaque fois que je vois/entend/écris ce mot, ça me fait penser à Edward-Cul-Cul dans Toilettes-1 quand il fait "Said It. Aloud" Et là Bella -plus communément appelée "La fille chiante et nécrophile qui ne sait pas ce qu'elle veut"- fait avec une voix qui fait peur "Vampire" alors qu'après elle va faire des galipettes avec lui et puis un bébé et tout ça... Uhm, désolée pour l'intermède hein, mais j'ai revu la bande annonce de Toilettes 4 & du coup, y'a mon cerveau qui a bugué.] Enfin bref ! Tout ça pour dire : Mouhahahaha !

Petites questions _ 1. Suspens ! [Suce-Pens, C'est qui Pens' ? xD] C'est qui le méchant assassin sadique selon vous ? Si vous trouvez, je vous envoie des Chocobons [Snapou, pour toi ce sera du Yop !] ; 2. Alors, que pensez-vous de Poudlard maintenant, des étudiants en général, de l'ambiance, des personnages secondaires qu'on voit apparaître [Et disparaître, c'est selon.], de tout ce petit monde quoi ? ; 3. Et des personnages principaux en particuliers ? -genre du côté Romantique {franchement exaspérant ! Théo lui a vraiment rien appris !} d'Adam ? ; 4. Vous avez des idées de questions ? ; 5. Uhm... Bye !

La suite débarquera... Je ne sais pas quand. Explications : je suis en "vacances" le 21 au soir [enfin, au midi.] & j'ai une semaine. Semaine où j'espère pouvoir écrire. Et dans ce cas là, je posterais donc le 27, comme prévu. Au cas où néanmoins, je ne parviendrais pas à aligner plus de quelques phrases, je me verrais dans l'obligation de vous torturer davantage en vous faisant attendre le mois de Novembre... -une semaine de plus [ce qui nous amène au 3], pas plus, promis.

! Des tas de bisous !

B_T