Je m'éveillais aux premières lueurs du jour…j'avais oublié de fermer mes volets la veille. Je me sentais faible comme toujours, comme si la nuit ne pouvait m'accorder aucun répit, même pas celui de l'inconscience….car j'avais à nouveau fais de terribles cauchemars. Je fixais la lueur grise et blafarde qui se répandait au plafond de ma chambre. C'était au petit matin que le sentiment de solitude se faisait le plus oppressant…l'heure à laquelle il avait l'habitude de me serrer une dernière fois dans ses bras avant de s'éclipser par la fenêtre pour éviter de croiser Charlie. Mais c'était dans une autre vie…. une vie où je pouvais croire en son amour.

Les pensées de la veille me revinrent en mémoire brusquement tandis que les dernières brumes du sommeil se dissipaient dans mon esprit. Je fermais les yeux, attendant que le gouffre dans ma poitrine vomisse ses vagues de souffrance. Je suffoquais, mais je tenais bon, retenant les sanglots qui ne manqueraient pas de réveiller Charlie s'il n'était pas encore parti.

Je restais un moment étendu sans bouger, épiant les bruits feutrés des pas de Charlie qui se dirigeait vers la salle de bain, puis qui descendait pesamment les escaliers, et enfin la porte d'entrée qu'il fermait doucement. J'étais seule à plus d'un titre désormais…

Je consultais l'heure sur mon radio réveil…07h00…j'avais beau être en we, inutile de m'attarder au lit, il fallait que je m'occupe l'esprit avec mes taches routinières et insipides.

Je me levais péniblement, et ôtais mes vêtements de la veille avant de les jeter négligemment sur le bord de la panière de linge sale. J'attrapais une serviette propre et me dirigeais vers la salle de bain. J'évitais de croiser mon reflet dans le miroir, je savais déjà que j'avais une tête abominable, les yeux cernés, les pommettes saillantes et une pâleur qui pourrait presque être comparer à celle de mes chers vampires, si ce n'est que ce qui faisait leur beauté ne me faisait paraître que malade voir cadavérique au sens péjoratif du terme…et non au sens vampirique.

L'eau chaude ne parvint pas à me délasser, mais je laissais couler le jet à forte pression sur ma tête et les épaules dans l'espoir de chasser tous les tourments supplémentaires que la discussion de la veille avait fait naître. Je réalisais alors que la douleur et le gouffre dans ma poitrine n'avait pas réussi à annihiler toutes les traces d'espoir qui avait germer dans mon esprit.

Malgré cette énième nuit agitée, j'avais l'esprit plus clair qu'hier soir. Et pour la première fois depuis …que j'étais séparée d'Edward… je m'autorisais à réfléchir sur les circonstances de ce que je vivais comme le drame de ma vie.

Il y avait un lien très net entre l'incident de mon anniversaire, et la rupture brutale qu'il m'avait infligé. Mais jusqu'alors, même si je n'y avais pas vraiment pensé, obnubilée par le départ d'Edward, je me l'expliquais vaguement par une soudaine intolérance aux problèmes que je n'avais pas manqué de soulever au sein de cette famille… ma fête d'anniversaire ayant été la goutte d'eau ( certes assez grosse la goutte mais bon…pas autant que l'affaire avec James !) qui avait fait déborder le vase.

C'était plausible. Cependant ce n'étais pas nécessairement la seule explication à son brusque changement d'attitude à mon égard. Et mes déductions de la veille prenaient à nouveau de la vraisemblance à mes yeux.

C'était bien le genre d'Edward, du moins de celui que je croyais connaître, que de prendre toutes les responsabilités sur ses épaules et d'essayer de régler le problème en prenant les décisions pour moi. Que j'ai réussi à imposer mon plan pour la poursuite de James et la sauvegarde de mon père m'avait d'ailleurs paru une victoire sans commune mesure sur ce penchant qu'il avait de vouloir tout contrôler.

Il pensait bien faire, mais il avait souvent eu des attitudes sur-protectrices à mon égard, me considérant comme étant aussi fragile qu'une poupée de porcelaine dans les mains de Hulk !

Je sentis s'esquisser un faible sourire sur mes lèvres …. J'en revenais toujours aux super héros de comics…

Je sortis de la douche dans un état second, ne sachant où pouvait bien me mener ces doutes quant à l'origine de notre rupture. Je m'enroulais dans ma serviette de bain et me trainais jusqu'à ma chambre. J'enfilais mon habituel jean et un pull en coton complètement détendu, bien trop grand pour mes frêles épaules.

Puis je restais plantée au milieu de la pièce.

J'hésitais entre vaquer à mes taches ménagères pour me vider l'esprit, ou m'asseoir à mon bureau pour réfléchir plus en profondeur au problème, au risque de raviver un peu plus ma souffrance.

Je respirais un grand coup et finis par m'asseoir lourdement sur la chaise devant mon bureau. J'étais décidé à éclaircir les choses… de toute façon au point où j'en étais il faudrait me tuer à la tache pour parvenir à ne plus penser à tout ça. Je doutais que Charlie apprécie de me retrouver agonisante la serpillière à la main ou la tête dans le sèche linge…