Prompt : Y a rien de plus dangereux que de se faire tuer.
4. Solitude et ce grand type à bouclettes.
Murphy allait haïr la couleur bleue pour toujours. Le bleu, Jasper, et cette famille de débiles dans laquelle on l'avait casé. Il se fichait totalement de son physique, il n'était pas le genre de mec à se préoccuper de ça. C'était frivole, et chiant. Il n'ignorait pourtant pas qu'il était beau, même si c'était d'une façon particulière, il savait qu'il plaisait. Seulement c'était simplement comme un outil utile, il n'y attachait pas vraiment d'importance.
Mais tout ce bleu, ça l'énervait. Cela attirait l'attention, les rires, les moqueries. Cela lui mettait les nerfs, et quand Murphy était sorti du lycée il avait cassé la gueule à un type dans la rue qui avait rit un peu trop fort à son sujet. Il fallait qu'il se débarrasse de cette putain de couleur, par n'importe quel moyen. Ensuite il butterait Jasper.
Il ne s'attendait pas du tout à ce que Jasper cherche à l'aider.
Murphy voyait ce type comme un parasite, un cafard, ou même pire, une punaise de lit. Une fois qu'on en avait, le seul moyen de s'en débarrasser c'était de tout brûler. Sauf que Jasper avait réellement essayé de l'aider.
Murphy aurait pu être amusé par la peur qu'il faisait naître chez ce mec, le voir à moitié se pisser dessus aurait pu être drôle. Mais Murphy était trop en colère, la fureur cognait dans sa tête, contre ses tempes, et ses poings voulaient frapper Jasper jusqu'à ce que mort s'en suive. La seule chose qui le retenait c'était que Jasper semblait savoir quoi faire pour que le bleu disparaisse ou au moins s'estompe.
Murphy s'était lavé, encore et encore et encore, en utilisant le produit confectionné par Jasper. Et ça avait lavé sa colère et sa haine en même temps. Le bleu s'était délavé sans disparaître, tout comme sa rage. Il tuerait Jasper c'était certain, mais pas aujourd'hui.
Par la suite, Murphy s'était terré dans sa tanière, voulant disparaître aux yeux du monde jusqu'à ce qu'il recouvre couleur humaine. Ça avait pris une semaine. Le vendredi soir, il n'y avait plus la moindre trace de bleu. Et sans comprendre tout à fait pourquoi, il s'était levé le samedi matin et était allé en colle. Sérieusement ? Il avait séché toute la semaine et se levait uniquement pour aller se faire chier quatre heures avec un connard de sous-directeur et deux morveux. Deux types toujours tellement accrochés l'un à l'autre qu'ils devaient sans doute se la tenir pour pisser. Murphy se sentait con. Peut-être une envie, un besoin de sortir. De vérifier qu'il n'était pas devenu invisible pendant toute cette semaine, qu'il avait passé seul. Abruti, ici ou dans sa chambre, il était seul de toute manière.
Après, il n'avait rien contre la SVT, ni les cours en général, il n'était pas plus fainéant que la moyenne, et faire des exercices pouvaient contribuer à lui faire apprendre ses cours, simplement les heures de colle ça l'emmerdait. Jasper et son copain l'emmerdaient. Kane l'emmerdait. La salle d'études l'emmerdait.
Il était bien décidé à faire les exercices durant ces quatre heures, puis ne plus jamais remettre les pieds en colle de l'année, ou seulement pour une raison qui lui aurait paru valable. Du genre « Murphy a cassé le nez d'un type ». Là, il n'avait même pas cassé le nez de Jasper, le morpion n'avait qu'un pauvre petit œil au beurre noir de rien du tout.
Murphy aurait voulu être calme durant ces quatre heures chiantes, il aurait voulu pouvoir bosser et basta. Mais Jasper et son copain… Ils étaient bruyants, visibles. Ils étaient comme une lumière totalement éblouissante, tellement que même quand on arrêtait de la regarder, on avait encore l'impression de la voir. Murphy ne pouvait pas se concentrer, il écrivait, écrivait, écrivait et ses mots se changèrent en insultes désordonnées.
Kane leur tomba dessus.
Cet emmerdeur les enchaîna tous les trois ensemble pour une semaine de colle, en plus de six heures le samedi d'après.
Murphy sentait un mal de tête poindre entre ses deux tempes. Sérieusement. Il allait devoir se coltiner ces deux parasites tous les soirs durant la semaine, alors qu'il vivait déjà avec l'un d'eux ? C'était une blague ? Autant l'achever tout de suite.
xxx
Monty regardait Jasper avec colère et avec peine, il tendait la main vers lui, attendant que Jasper lui redonne son pull. Jasper prit l'air boudeur d'un gamin, enleva le pull, et se retrouva en tee-shirt. Par chance, le temps était clément. Il lança le pull à Monty qui le rattrapa sans un mot, l'enfila sur son autre pull et s'en alla sans un mot. Jasper resta planté là, sans bouger, croisant les bras pour essayer de se réchauffer. Le temps était clément peut-être, mais pas très chaud. Il regarda Monty s'éloigner et se frotta les cheveux à toute vitesse.
Monty avançait et se maudissait d'avoir mis ce foutu pull. Il puait la sueur de Jasper et Monty avait simplement envie de s'enfouir à l'intérieur de cette odeur pendant mille ans sans plus jamais bouger, comme s'il avait serré Jasper contre lui. Mais Jasper était un con ! Un foutu imbécile qui passait ses humeurs sur les mauvaises personnes, un de ces abrutis qui caressent puis qui griffent en se fichant des sentiments des autres. Et Monty se sentait terriblement mal et terriblement triste. Jusqu'à ce que deux bras s'enroulent autour de son cou l'empêchant de continuer à marcher.
- Pardon Monty, je le pensais pas. Fit Jasper l'air tout désolé.
Monty aurait voulu ruer comme un cheval et repousser Jasper, mais il n'était pas plus capable de bouger qu'une statue.
- Je suis un idiot des fois, tu sais bien. Je suis désolé. Continua Jasper.
Monty serra les dents. Le souffle de Jasper titillait son oreille et il était persuadé que Jasper ne le savait pas.
- Montyyyy dis quelque chose ! Je t'en prie.
Monty resta silencieux.
- Si tu me parles plus… Je pleure ! Menaça Jasper en imitant une voix d'enfant.
Monty ne craqua pas et ne dis pas un mot. Jasper ne mentait pas. Il posa son nez contre l'épaule de Monty et se mit à brailler.
- Je suis désolééééééé, répéta-t-il.
Il pleurait des fausses larmes, des larmes de crocodile. Il faisait un petit bruit de gorge, et gémissait comme un môme de quatre ans. Jasper était un mauvais comédien, mais même comme ça, en sachant que c'était du cinéma pour le faire réagir, Monty ne supportait pas de l'entendre pleurer. L'asiatique se retourna d'un coup et le serra dans ses bras.
- Idiot, pleure pas, tu pleures vraiment pour rien.
- Mais tu veux plus me parler ! Gémit Jasper toujours sur un ton enfantin.
- Et bien je te parle maintenant, qu'est-ce qui te prend ? Tu m'envoies chier et ensuite tu pleures !
Jasper releva une tête toute souriante, avec pour seuls souvenirs de ses pleurs des yeux à peine humide et Monty roula des yeux. Il s'était bien fait avoir par ce petit con.
- Si tu veux mon avis, tu passes trop vite des larmes au rire. Marmonna-t-il l'air blasé.
Jasper frotta son nez contre l'épaule de Monty, comme un chiot content :
- Je suis désolé, assura-t-il.
- C'est bon, c'est bon, j'ai compris. Tu as rentré tes griffes.
Monty le relâcha même s'il aurait voulu ne jamais le relâcher. Jasper ne le laissa pas s'éloigner et se raccrocha à lui, comme un koala à sa branche.
- Non, encore un peu.
Monty était sûr et certain que Jasper allait entendre les battements de son cœur, comme on entendrait un voisin jouer de la batterie. Il resta figé, les bras ballants, attendant que Jasper arrête ses conneries. Parce que Jasper faisait ça sans arrière pensé, parce que ça l'amusait d'avoir un câlin après la dispute la plus courte de l'univers. Alors que Monty…
Raaah.
Le pull retourna sur Jasper, leurs pas les conduisirent jusque chez Monty. De là, ils décidèrent de marathoner une série et commencèrent Supernatural.
- Tu vas avoir peur, taquina Monty.
- Même pas !
Jasper eut quand même un peu peur. Au moins pendant la première saison. Alors il resta très proche de Monty et se cachait le nez sur son épaule dans les moments les plus flippants. Monty en profita allégrement, envoyant valser son esprit quelque part ailleurs. Après tout, merde à la raison. Il laissa le bras de Jasper frôler le sien, son nez s'attarder parfois dans son cou, sa main se crisper sur son poignet. Et tant pis pour les picotements sur sa peau, tant pis pour les frissons, et tant pis pour son estomac qui faisait un élevage de papillons. Tant pis aussi pour son cœur qui se prenait pour un joueur de hard rock. Tant pis pour le sang qui lui montait à la tête, et tant pis si des passages entiers de la série lui échappait. Monty était simplement heureux que Jasper soit là.
Comme les deux adolescents voulaient dîner des chips et sandwichs devant la télé, les parents de Monty en profitèrent pour se faire un restau le samedi soir. Jasper et Monty restèrent devant la série au moins jusqu'à six heures du matin. Jasper avait la tête qui penchait en avant alors qu'il réclamait « un dernier épisode avant d'aller au lit », mais Monty était plus raisonnable et éteignit son ordinateur. Puis il força Jasper à se préparer pour la nuit, et son meilleur ami s'écroula sur le lit. Monty s'allongea à côté de lui tandis que Jasper marmonnait :
- On aurait pu regarder un autre épisode, je suis en pleine forme.
- Tu dors à moitié, tu veux dire.
- Non pas du tout, pose moi des questions, tu verras, je suis en pleine forme.
- Comment s'appelle notre président ?
- Clarke Griffin.
- Bonne nuit Jasper.
- Je plaisantais, ricana Jasper tout ensommeillé.
Monty ne prit pas la peine de répondre et ferma les yeux, mais Jasper ne voulait pas dormir, luttant, il se mit à délirer.
- T'imagines si y a des monstres dans la maison on va peut-être pouvoir rencontrer Sam et Dean, tu leur dirais quoi toi ?
- Je leur dirais de t'assommer pour que je puisse dormir.
- T'es pas drôooole Monty.
- Il est plus de six heures du matin, et je veux dormir, alors non, je suis pas drôle.
- Mais moi je veux pas dormir, je veux faire la fête !
- Tu dors à moitié Jasper, tu ne sais même pas ce que tu dis.
- J'ai un secret, fit Jasper changeant de sujet.
- Ah bon ?
- Oui, et si tu veux, je peux te le dire.
- Non, je m'en fiche de ton secret.
Jasper croisa les bras et se tut, Monty rouvrit les yeux pour voir s'il s'était endormi mais Jasper avait les yeux grands ouverts et fixait Monty.
- Bon. C'est quoi ton secret ? Demanda Monty trop curieux finalement.
Jasper se mit à rire tout seul. Sans répondre. Monty roula des yeux.
- Tu es saoul ! Se plaignit-il.
- J'ai pas bu une goûte.
- J'ai lu ça quelque part, dit Monty, qu'à un certain stade de fatigue, c'était comme si on était bourré.
Jasper continua de rire et Monty appuya deux doigts sur son front, sentant un mal de tête poindre.
- Dis moi ton secret Jasper, et on dort !
- D'accord, te fâche pas. Je vais te dire mon secret. Tu vois, en fait, je suis un conquérant de l'espace venu sur terre pour…
Monty attendit la suite. Mais rien ne vint.
- Jasper ?
Un léger « hmmm » lui répondit et Monty se redressa pour regarder Jasper, ce dernier avait les yeux fermés et paraissait complètement endormi. Monty roula des yeux, poussa sa joue avec sa paume, complètement exaspéré, puis laissa retomber sa tête sur son oreiller.
- Bonne nuit, abruti.
Et il ne tarda pas à s'endormir à son tour.
xxx
Murphy passa devant la chambre de Jasper, elle était ouverte à tous les vents tandis que la vermine était absente. Il s'arrêta et regarda à l'intérieur. La chambre était moche, d'un espèce de papier peint jaune délavé. Jasper y avait accroché des photos un peu partout, comme s'il bâtissait sa vie autour de ses images. Se remplissant de souvenir de papiers. Murphy fit un pas dans la pièce. Le lit n'était pas fait, des vêtements traînaient dans la pièce, et il flottait une légère odeur de chacal mort. Jasper ne devait jamais ouvrir sa fenêtre. Il y avait des CDs éparpillés sur une table de nuit, quelques DVD en tas dans un coin, des livres qui semblaient ne parler que de chimie remplissait une petite bibliothèque. Et pour caler les dits livres, Jasper utilisait deux verres mesureurs (Bécher, aurait corrigé Jasper s'il avait été là). Murphy tourna les yeux vers le placard. Jasper avait scotché dessus un poster d'un type moche avec une perruque (Lavoisier, aurait précisé Jasper). D'autres auraient certainement préféré y mettre une fille en maillot de bain. Murphy ne savait pas ce qu'il foutait là, il avait envie de foutre le feu à cet univers trop bien rempli. Il se contenta d'arracher le poster du type moche, d'en faire une boule de papiers et de la jeter dans la corbeille de Jasper qui débordait déjà d'un tas de trucs. Puis il fit demi-tour et sortit de la maison.
Il était tard, ses pas le conduisirent dans un bar. Il avait réussi à piquer des sous à Peter Pan, et allait pouvoir s'amuser un peu. Au bout du troisième verre, une fille vint l'emmerder. Murphy posa à peine un regard sur elle, il lui paya un verre espérant la faire taire simplement. Il la suivit quand elle lui proposa de continuer la conversation ailleurs. Ce n'était pas pour parler et tant mieux.
Murphy aurait appelé ces gens « ma main droite » s'il avait été poli. Il n'était pas poli, aussi le terme « vide couille » lui convenait bien.
Ce soir, c'était une fille.
D'autres fois, c'était un mec.
Murphy s'en foutait.
Il ne faisait pas ça pour les contacts humains, ni pour se glorifier d'avoir le talent de se taper n'importe qui. Il ne cherchait pas plus loin que baiser, n'oubliait jamais le préservatif – pas envie de se chopper une merde – et ne restait jamais pour se réchauffer, discuter ou dormir. C'est à peine s'il y prenait un quelconque plaisir, c'est à peine si tout ça avait un sens. Ce qu'il préférait là-dedans, c'était prendre le contrôle sur quelqu'un, c'était avoir l'impression de maîtriser. Et ce n'était pas désagréable non plus, c'était mieux que tout seul. Et c'était devenu une habitude, un passe-temps, comme un sport qui lui permettait de se vider la tête (et pas que).
Murphy rentra à pied, pas de transport en commun à quatre heures du matin. Il s'en fichait, marcher, alors que l'air froid de la nuit lui giflait le visage, ça lui plaisait. Personne dans les rues, la solitude la plus complète, une solitude où il aurait pu se noyer. Il ricana, à bien y réfléchir, il aurait été seul même dans la foule.
Il ouvrit la porte de la maison dans laquelle il vivait, une maison d'un temps, il n'avait pas prévu d'y rester. Ces gens n'étaient pas de sa famille, ces gens n'étaient rien pour lui. Il ne voulait pas leur parler, il ne voulait pas vivre avec eux. Murphy allait monter les escaliers pour rejoindre son lit, mais une ombre l'attendait dans le salon.
- John y faut qu'on parle.
Peter Pan, génial. Qu'est-ce qu'il foutait là à l'attendre au milieu de la nuit ?
- Ça peut pas attendre demain ?
- Non.
Murphy soupira et attendit, debout, les bras croisés. Que ce type cause, vite, qu'il puisse aller dormir.
- Tu as pris de l'argent dans mon portefeuille.
- C'est pas moi, c'est Jasper.
- Tu… as pris de l'argent dans mon portefeuille, tu rentres tard sans prévenir, et tu me mens.
Murphy haussa les épaules.
- D'accord, j'avoue tout. Je peux aller me coucher maintenant ?
Jasper était-il un saint pour que Peter Pan ne doute même pas de lui un seul instant ? Pour qu'il l'accuse directement lui ?
- Bien sûr que non John, tu ne peux pas t'enfuir aussi facilement. Si tu as besoin d'argent, je préfère que tu demandes.
- D'accord, j'ai besoin d'argent. Dit Murphy en tendant la main.
L'homme resta silencieux quelques secondes, avant de reprendre :
- Je sais ce que tu fais John, tu battis des barrières, tu nous repousses, tu ne veux pas t'attacher.
Murphy roula des yeux, blabla de psychologue. Etait-ce le boulot de Peter Pan ?
- Mais on est là pour t'aider.
- Merci, bonne nuit.
Murphy amorçait déjà la montée des escaliers :
- On peut être ta famille.
Murphy s'arrêta, tourna ses yeux vers Seth, parce que c'était ça son prénom non ?
- Jamais, cracha-t-il. Plutôt crever.
Puis il grimpa les marches quatre à quatre et alla s'enfermer dans sa chambre. Non. Pas sa chambre. La pièce de la maison dans laquelle il devait dormir. Murphy sentit la colère et la haine l'envahir, et il fit tomber son placard, renversa son bureau, shoota dans sa chaise, arracha la couette de son lit pour la jeter dans un coin, prit un bout de papier peint – le même jaune moche délavé que dans la chambre de Jasper – et commença à l'arracher. Il haïssait cet endroit, il haïssait cette planète. Après avoir déchiré des pans entiers de papiers peint, il jeta le matelas par terre, puis il finit par prendre la couette, et épuisé s'allongea comme un chien sur le matelas sur le sol, se roulant en boule. Il n'était pas chez lui ici, il ne serait nul part chez lui.
xxx
Jasper regardait avec suspicion son placard. Il avait passé la journée du dimanche à dormir chez Monty, et quand il s'était levé, il avait un message de sa mère (d'occasion) qui lui demandait de rentrer. Ses parents (d'occasions) tenaient toujours à ce qu'il soit un maximum à la maison, ils voulaient montrer qu'ils étaient une vraie famille, et pour Jasper c'était très rassurant, même s'il n'était pas sûr du tout que ça durerait. Ça ne durait jamais après tout.
Il était donc rentré, avait dîné avec Wendy, Seth et Murphy. Même si ce dernier se tenait tellement en retrait qu'il aurait tout aussi bien pu ne pas être là, ça aurait été pareil. Et maintenant, Jasper se tenait devant son placard en cherchant ce qui avait changé. Parce qu'il y avait quelque chose qui avait changé, mais il n'arrivait pas à trouver quoi.
Jasper était trop fatigué pour ces conneries en fait, même s'il avait passé la journée à roupiller, il avait l'impression qu'un rouleau compresseur lui était passé dessus. Il haussa les épaules, ça ne devait pas être quelque chose d'important, et il alla se doucher avant de se coucher et s'endormit en cinq secondes.
Au milieu de la nuit, il se réveilla et s'écria :
- Le poster de Lavoisier !
Puis il referma les yeux, et replongea dans le sommeil. Ce poster était moche toute façon, il aurait préféré une photo d'Octavia.
Lundi. Pour Octavia et Atom, ce fut beaucoup plus difficile d'être ensemble, Murphy était là, et Murphy ne lâchait pas Octavia des yeux. Celle-ci se dirigea vers Atom :
- Allez on s'en fiche de ce mec, on s'en fiche de mon frère, on devrait pouvoir faire ce qu'on a envie non ?
Mais Atom se tint en retrait.
- Bon sang ! Je savais pas que je sortais avec un lâche, s'énerva Octavia.
Elle était furieuse qu'on l'empêche de faire ce qu'elle voulait, tout ça par la faute d'un frère surprotecteur et d'un type un peu taré sur les bords. Mais Atom semblait vouloir rentrer dans leur jeu, et Octavia n'avait pas la patience nécessaire pour lui courir après, elle fit demi-tour et s'éloigna :
- Très bien, je me trouverai quelqu'un d'autre.
Malgré sa lâcheté, Atom aimait Octavia, et cette remarque le fit réagir. Après tout Bellamy le connaissait bien, ils étaient potes désormais, il ne lui ferait pas de mal n'est-ce pas ? Atom attrapa la main d'Octavia pour la retenir près de lui, et l'embrassa. Murphy n'en rata pas une miette. Ni Monty, ni Jasper.
Murphy commença à s'éloigner, il devait parler à Bellamy du traître, celui qui disait l'aider pour mieux se taper la petite sœur. Il pouvait lui envoyer un texto, bien sûr, mais il avait envie de lui annoncer ça en face. Ta traînée de sœur se tape un mec. Devine qui. Il s'en amusait d'avance. Il arrêta de jubiler quand on l'attrapa par les bras. Jasper et Monty avaient bougé sans y penser et s'étaient jeté sur Murphy pour le retenir. Bien sûr maintenant, ils se regardaient tous les deux, l'air de regretter leur geste.
- N'y va pas, plaida Jasper.
- Laisse la tranquille, ajouta Monty.
- C'est vrai quoi, qu'est-ce que ça peut te faire à toi ce que fait Octavia ?
Jasper se retint de dire que c'était lui à qui ça aurait dû faire quelque chose, puisqu'il mourrait de jalousie.
Murphy les regarda avec du venin dans les yeux, et Jasper eut tellement peur qu'il s'accrocha encore plus fort au bras de l'adolescent. Au contraire de Monty qui relâcha un peu la pression. Murphy en profita pour se libérer ce bras et le coup de poing partit droit vers Jasper, touchant sa tempe, Jasper ferma les yeux et grimaça, mais il continua de se cramponner à Murphy malgré la douleur.
- S'il te plaît, écoute, pourquoi est-ce que tu fais ça ? T'es pas obligé d'en parler à Bellamy, tu n'as qu'à faire comme si tu n'avais rien vu.
- Lâche-moi !
Le ton de Murphy était tranchant, impitoyable, il annonçait le pire et Jasper finit par doucement lâcher Murphy. Monty qui eut peur qu'il recommence à frapper son ami se mit en face de lui. Murphy les regarda avec mépris, mais continua sa route sans les cogner.
Jasper se mit à courir d'un coup, s'il ne pouvait pas empêcher Murphy d'aller jusqu'à Bellamy, il pouvait empêcher Murphy de l'atteindre. Monty le suivit, sans bien savoir pourquoi il se mêlait de tout ça.
- Tu serais tranquille non ? Dit-il.
- Quoi ?
- Si Bellamy s'occupe d'Atom…
- Je sais, je sais Monty… Mais je ne peux pas faire ça. Parce que…
Parce que ce n'était pas Jasper. Monty soupira, puis sourit :
- Je comprends, dit-il. Je te connais.
Jasper lui rendit son sourire, puis ils coururent jusqu'à Bellamy :
- On a une urgence, une fille trop belle qui veut t'avouer son amour, viens !
Jasper tirait le bras de Bellamy quand Monty le poussait dans le dos.
- Qu'est-ce que vous avez tous les deux ?
- Rien du tout, tu vas pas faire attendre une superbe fille n'est ce pas ?
Bellamy haussa les épaules et se laissa guider. Monty jeta un coup d'œil vers Jasper l'air de demander « et maintenant ? ». Jasper lui rendit son regard et lui marmonna :
- Qu'est-ce que j'en sais moi ? Trouve une idée.
Monty allait lui dire que c'était lui qui avait commencé, et donc que c'était à lui de continuer cette histoire de fou, mais l'idée lui vint presque immédiatement.
- Okay, je sais.
Jasper le laissa guider Bellamy jusqu'à…
Le regard de Clarke passait de Jasper à Monty, puis à Bellamy. Souvent pendant les pauses, elle allait au CDI. Et Monty l'avait trouvé là où il savait qu'elle serait.
- Qu'est-ce qu'il se passe ? Demanda-t-elle.
Jasper lui mit un petit coup de coude :
- Allez avoue tout Clarke.
- Avouez quoi ?
- Ton amour fou pour le beau monsieur Blake ici présent.
Clarke fronça les sourcils et regarda Jasper comme s'il était devenu fou. Puis elle leva les yeux vers Bellamy :
- Mon amour fou… Pour lui ? Dit-elle l'air un peu dédaigneuse.
Bellamy regardait la blonde sans comprendre. Qu'est-ce qui arrivait à Jasper et Monty tout à coup ? Il était évident que cette fille ne le portait pas du tout dans son cœur.
- Et pourquoi j'aimerais quelqu'un qui pense pouvoir profiter de sa situation pour menacer des adolescents, coucher avec d'autres et en utiliser certains comme des outils ? Pourquoi j'aimerais quelqu'un qui se fiche du règlement et essaie d'imposer une anarchie à notre établissement ?
Monty et Jasper grimacèrent. Aïe. Clarke n'y allait pas de main morte. Bellamy toisa la blonde :
- Je vois. Tes amis ont dû faire une erreur.
Il s'éloigna. Clarke interrogea Jasper et Monty :
- C'était quoi ça ?
- On devait protéger Octavia et Atom, répondit Jasper, t'aurais pu jouer le jeu.
- Et dire à Bellamy que je l'aimais ?
- Bah quoi c'est pas si dur, si ? Demanda Jasper.
Clarke leva un sourcil et poussa un soupir agacé :
- J'ai des trucs à faire, allez jouer ailleurs.
Jasper haussa les épaules, Monty et lui rattrapèrent Bellamy dans le couloir.
- C'était quoi votre délire sur une fille trop belle qui voulait avouer son amour pour moi ? Grogna celui-ci.
- Elle est belle Clarke, non ? Demanda Jasper comme s'il n'était pas très sûr de ce qu'il disait. Monty t'en pense quoi toi ?
- Elle est belle, dit-il sincèrement.
Jasper fixa son meilleur ami et s'écria :
- Ah ! Je le savais ! T'en pinces pour elle.
- N'importe quoi, je dis juste ça objectivement !
Bellamy roula des yeux, exaspéré :
- Je parlais pas de sa beauté, je parlais du délire comme quoi elle m'aimait.
- Ah ça, fit Jasper comme s'il avait oublié.
- Oui, ça. Alors ? Une explication ?
- Non, aucune idée. Elle a peut-être changé d'avis. Dit Jasper innocemment.
- De toute évidence, nous nous sommes trompés sur ses réelles intentions, ajouta Monty.
- Il est possible que nous ayons été effectivement dans l'erreur, renchérit Jasper.
- Peut-être que nous avons confondu amour et mépris. Ça arrive assez souvent.
- Exactement, très souvent même.
- Ça n'arrive jamais ce genre de choses ! S'énerva Bellamy.
Jasper lui tapota l'épaule :
- Ne t'énerve pas va, tu en trouveras une autre.
Bellamy s'arrêta dans le couloir et toisa les deux adolescents :
- Vous êtes bizarres tous les deux, vous me cachez quelque chose ?
- Non. Répondirent-ils en cœur.
La sonnerie vint les sauver :
- Oh tu entends ça ? On doit retourner en cours. On en reparlera plus tard, sourit Jasper.
- Ou jamais. Conclu Monty.
- A la prochaine.
Et les deux garçons s'échappèrent, laissant un Bellamy un peu ahuri et avec la tête qui tourne. Il comprenait un peu ce qu'Alice avait ressenti lors de sa rencontre avec le Chat de Cheshire. C'était un peu comme être pris dans une tornade. Bellamy soupira, il allait se prendre un café à la machine avant de retourner bosser.
xxx
Murphy avait rencontré Bellamy dans le bus. Ses yeux s'étaient fixés sur lui, bien avant qu'il ne remarque la présente de sa pimbêche de sœur. Son regard s'était attardé, un peu comme on s'attarde devant un tableau un peu moins moche que les autres. Pur plaisir des yeux plutôt que grande curiosité. Bellamy était beau à sa manière, peut-être à cause de ses cheveux bouclés qui paraissaient indomptables, ou bien parce que ses taches de rousseur lui donnaient un air mignon qui jurait totalement avec son air bougon. Il était grand. Il était musclé. Et à entendre le gloussement de la fille assise devant lui, Murphy avait été certain que ce mec plaisait facilement. Il avait détourné les yeux et ne s'en était plus préoccupé, rien à foutre de ce type.
Pourtant, ses yeux s'étaient, à nouveau, attardés, plus tard, quand Bellamy avait poussé Atom dans la cours du lycée. Ce Blake, il avait quelque chose de sauvage, sa démarche était lourde, mais il agissait sans hésitation, faisant peser tout son poids dans son bras. Ça devait être douloureux quand il donnait des coups, mais Murphy n'arrivait plus à décoller ses yeux de Bellamy. C'était peut-être parce que la violence, ça avait tendance à l'exciter. En tout cas, Murphy s'était approché de Bellamy, il avait voulu lui parler, entendre sa voix grave et profonde et lui proposer ses services. « T'as besoin de quelqu'un pour surveiller ta sœur non ? »
Bellamy avait commencé par se méfier. Murphy avait dû abaisser ses murailles pendant un instant, lui montrer patte blanche, confrontant ses yeux bleu acier au brun presque noir de ceux de Bellamy. Murphy ne sut pas ce qui le convainquit de lui faire confiance. Ses paroles honnêtes « je fais pas ça pour toi, je fais ça pour moi, une occasion de frapper avec un semblant de raison, une sorte de but à l'existence dans ce foutu lycée » ou bien le fait qu'il ait soufflé ses mots avec sa voix douce à deux centimètres du visage de Bellamy, oubliant complètement l'espace personnel, le corps tendu vers Blake en attendant une réponse. Ou peut-être que Bellamy ne lui faisait pas confiance, justement, mais qu'on devait toujours garder près de soi et avec soi, ceux à qui on ne faisait pas confiance. Peu importait la raison, Bellamy avait accepté son marché.
Murphy avait fait le job, ça l'occupait et sentir son poing s'écraser contre la face de petits merdeux lui procurait un plaisir intense. En plus de ça, il avait le droit de manger à la table de Bellamy, et de s'asseoir à côté de lui dans le bus. Avantage non négligeable.
Tout n'était cependant pas parfait, il ne voulait pas être le cabot de Bellamy, et pourtant c'était comme cela que le voyait Octavia, c'était peut-être même comme cela que le voyait Bellamy lui-même vu comme il pouvait menacer Murphy – lui interdisant de faire du mal à Octavia quand bien même elle lui parlait mal. Ce type avait un foutu brother complex, c'était chiant, Murphy se demandait s'il avait eut une bonne idée.
Non, il ne serait pas son chien, celui qui rapporte le bâton, il forcerait Bellamy à le voir comme son égal. Sans comprendre tout à fait pourquoi ça avait autant d'importance de toute façon.
Il n'avait qu'à l'envoyer chier. Après tout, s'il voulait cogner absolument, il avait Jasper et sa bande de potes à disposition. Seulement, il n'arriverait pas à envoyer balader Bellamy. Comme si quelque part, bosser pour lui, lui donnait une place dans le monde.
xxx
- Monsieur ! John Murphy joue avec son portable !
Jasper fit un clin d'œil à Murphy quand le prof lui prit son portable. Murphy avait essayé d'envoyer un message à Bellamy et Jasper n'avait trouvé que ce moyen pour l'arrêter. Monty lui mit une claque derrière la tête :
- Tu sais ce que c'est l'instinct de survie Jasper ?
Jasper se frotta le crâne et marmonna :
- Oui, je sais.
- Alors pourquoi tu fais tout pour que Murphy ait envie de te tuer ?
- Je fais pas exprès, et je dois aider Octavia.
- Le clin d'œil provocateur, c'était pas obligatoire.
Jasper fit la moue :
- Mais c'était rigolo.
Monty poussa un soupir et jeta un coup d'œil du côté de Murphy. Celui-ci les fixait l'air furieux, et l'asiatique frissonna quand le truand traça un trait sur son cou avec son index, sous-entendant qu'il allait les buter.
Être le meilleur ami de Jasper n'était décidément pas de tout repos.
Afin d'échapper à une mort certaine, à la fin des cours du matin, Monty et Jasper collèrent Clarke et Wells comme s'ils avaient été leurs ombres.
- Qu'est-ce qu'il y a les garçons ? Qu'est-ce que vous avez fait encore ? Demanda la blonde.
- Rien, fit Monty.
Jasper secoua la tête et posa une main sur son cœur :
- Vraiment Clarke, ça me peine beaucoup que tu puisses penser que Monty et moi pourrions faire quelque chose de mal. Tu sais bien que nous sommes des anges.
La blonde fronça les sourcils tandis que Wells haussait les épaules, à côté d'elle, apparemment plus amusé par la situation qu'autre chose. Clarke les fixa un moment, essayant de lire dans leur esprit et ronchonna :
- Déjà on dit « que nous pussions faire quelque chose de mal », corrigea-t-elle. Et ensuite… C'est à cause de Murphy c'est ça ?
- Peut-être, fit Monty.
- Protège nous, s'il te plaît ! Demanda Jasper vendant ainsi la mèche.
Clarke se frotta les tempes, l'air agacé. Wells posa sa main sur son épaule :
- Les enfants font des bêtises, sourit-il. Laisse-les s'amuser.
- Et pourquoi c'est moi qui dois jouer le rôle de leur mère hein ?
Jasper sourit en coin :
- Parce que t'es la plus intelligente de nous tous, maman !
Clarke soupira. Ils allèrent tous ensemble au self, rejoignant Finn et Raven.
- Fais gaffe princesse, à force de froncer les sourcils comme ça, tu vas te faire des rides.
- Merci pour ta sollicitude Finn, tu veux t'occuper des enfants à ma place ?
Finn tourna la tête vers Jasper et Monty qui lui firent un petit signe :
- Qu'est-ce que vous avez fait encore ?
Jasper se tourna vers Monty l'air vexé :
- Pourquoi tout le monde croit qu'on fait des trucs ?
Monty sourit :
- Peut-être parce qu'on est des fouteurs de merde ?
- Même pas vrai, bouda Jasper.
- Pour répondre à ta question Finn, dit Monty, on n'a rien fait. On voulait juste aider Octavia et maintenant Murphy a juré de nous assassiner.
- Il n'avait pas déjà fait ça quand Jasper l'a rendu bleu ? Interrogea Raven.
Jasper soupira :
- J'espérais vivre au moins jusqu'à cent ans… Seize ans, c'est trop jeune pour mourir.
Monty lui donna une petite tape sur l'épaule :
- Ça va s'arranger va. Je ne sais juste pas encore comment.
Jasper acquiesça. Octavia arriva derrière eux, et elle frotta les cheveux de Jasper :
- T'es un amour Jasper, merci pour ce que tu fais. Je prierai pour toi quand Murphy t'auras tué.
Elle prit un plateau et se servit. Jasper se tourna vers Monty avec un sourire jusqu'aux oreilles :
- T'as entendu ça mec, elle a dit que j'étais un amour. Murmura-t-il à son meilleur ami.
- Elle a surtout dit que Murphy allait te tuer, lui rappela Monty.
- Elle a dit que j'étais un amour, je vais mourir de joie bien avant que Murphy puisse me tuer.
Monty leva les yeux au ciel. Et poussa Jasper pour qu'il se dépêche de choisir ses plats au lieu de rêver.
Ils allèrent tous s'asseoir à une table. Murphy n'était pas loin et cherchait Bellamy des yeux, sans le trouver.
- Pas de bol pour lui, sourit Jasper, Bellamy m'a envoyé un texto pour me dire qu'il utilisait le toit avec une fille. Je crois que sa petite conversation avec Clarke l'a frustré et qu'il a trouvé quelqu'un de plus intéressé.
Atom vint s'asseoir avec eux. Ils poussèrent deux grandes tables côte à côte pour pouvoir installer tout le monde. D'autant plus que Miller et Maya les rejoignirent – des amis d'une autre classe. Ils étaient tous bruyants, discutaient et s'amusaient. Particulièrement Jasper et Monty qui entamèrent une bagarre en se piquant de la nourriture à coup de fourchettes.
Murphy mangeait tout seul à sa table, enfin « mangeait », il n'avait pas faim. La table des débiles faisait trop de bruit, ça lui cassait les oreilles, ça lui donnait des nœuds à l'estomac. En plus, il n'avait plus de portable à cause de ce connard de Jasper – le prof lui avait dit qu'il lui rendrait à la fin de la journée. Où était Bellamy ? Qu'est-ce qu'il foutait ? Et puis après tout qu'est-ce que ça pouvait lui foutre à Murphy ? Ce n'était pas sa pimbêche de sœur à lui qui se tapait un mec. Il n'avait pas de sœur. Pas de parents. Pas de famille. Rien.
Murphy se leva, jeta le contenu de son assiette toujours pleine dans la poubelle, donna un coup de pied à un type sur son chemin et sortit du self, les mains dans les poches. De mauvaise humeur.
La pause de l'après-midi, Murphy ne la passa pas à courir après Bellamy, il se posa dans le couloir, devant la classe du prochain cours. Le silence envahit un moment sa tête, ça ne dura pas longtemps, même avant que la sonnerie ne résonne, des adolescents squattèrent le couloir. Murphy ne savait pas ce qui était mieux ou pire, être seul ou d'être invisible ? Il avait envie de frapper quelqu'un, pour qu'on le voie, qu'on le sente et qu'on ne l'oublie pas.
Il se redressa quand il entendit la voix de Jasper, il allait le frapper lui. Jusqu'à lui péter toutes les dents. Murphy s'avança, mais, Jasper le voyant arriver, se planqua derrière la blondasse de la classe.
- Laisse le tranquille Murphy, ou tu vas avoir des problèmes, lui dit-elle sur un ton autoritaire
- Casse-toi de mon chemin ! Grogna Murphy.
Son pote noir se tenait à côté de la pétasse, et sa tête ne lui revenait pas non plus, à Murphy.
- Evite de frapper quelqu'un devant le fils du directeur, fit Monty pour le dissuader.
Donc ce type était le fils du directeur.
- Et la fille de la conseillère d'orientation.
- Oh ! Je vois. Le prince et la princesse de l'école.
Murphy était dégoûté, il avait envie de leur casser la tronche à eux aussi, et aux autres. Il ne le fit pas. Il se tourna, donna un coup de pied dans le mur à la place. Et se rassit pour attendre le prof.
Jasper attrapa Clarke pour lui faire un câlin :
- Merci ma sauveuse.
Clarke lui tapota le dos gentiment. Jasper se recula et prit Wells dans ses bras aussi. Bien content d'avoir survécu à une confrontation avec Murphy. Monty se recula quand Jasper tendit ses bras vers lui :
- Je t'ai pas sauvé moi.
- Non mais je suis content que mon meilleur ami soit pas mort lui non plus.
- Pas besoin de câlins pour ça.
Jasper fit la moue, mais baissa les bras, sans insister.
- C'était dangereux, je connais rien de plus dangereux que de se faire tuer.
Monty posa sa main sur son épaule :
- Surtout par Murphy.
Jasper acquiesça. Il jeta un coup d'œil à Murphy assit sur le sol, les genoux pliés, il regardait ses pieds, sa posture reflétant sa rage et sa haine, ses poings serrés contre ses jambes. Jasper, en le regardant, ne se sentit pas soulagé d'être encore en vie, mais plutôt triste.
Triste parce que Murphy était courbé, pas seulement par la rage, mais aussi par autre chose. La peine. La solitude. Ou quelque chose comme ça. Jasper tourna ses yeux vers Monty :
- Mais peut-être qu'il n'est pas si méchant, murmura-t-il.
Monty secoua la tête :
- Ce mec est violent Jasper, ne commence pas à le prendre en pitié, j'ai pas envie qu'il te fasse du mal.
Jasper haussa les épaules et enfonça ses mains dans ses poches.
- T'as sûrement raison Monty.
Le prof arriva et ils passèrent à côté de Murphy sans plus se préoccuper de lui. Ce dernier attendit que tout le monde soit rentré en classe avant de se lever et d'aller se poser à une place libre.
Les derniers cours passèrent vites, et c'est en traînant des pieds que Jasper et Monty se dirigèrent vers la salle d'études pour subir leurs premières heures de colle de la semaine.
Murphy avançait devant eux, valait mieux le laisser marcher devant, ça évitait qu'il les poignarde dans le dos. C'était ainsi que raisonnaient les deux garçons. Et puis ils n'étaient pas pressés de subir Kane. Pas pressés du tout.
- Et si on fuguait ? Murmura Jasper à l'oreille de Monty.
- Bonne idée, on pourrait aller vivre dans la forêt avec juste une tente et un sac de couchage.
- On chasserait pour se nourrir.
- Je saurais cueillir les bonnes plantes.
- Si y a une rivière dans le coin, on aura toute l'eau dont on aurait besoin.
Ils racontaient n'importe quoi, ils s'évadaient à leur façon. Murphy, qui les entendait, bougonna :
- Si seulement vous pouviez partir et vous faire bouffer par un ours…
Monty se passa une main dans les cheveux :
- Finalement, c'est peut-être mieux d'aller en colle, fit-il.
- Moui. Et puis si je partais, j'aurais vraiment aucune chance avec Octavia. Ajouta Jasper.
Monty ne rajouta rien, de toute façon, ils étaient arrivés.
Kane n'était pas là. À la place, il y avait Bellamy, assit sur une chaise, les pieds sur le bureau. Il tourna la tête vers eux :
- Alors voilà les morveux pour la colle.
- Où est Kane ? Demanda Jasper.
- Il est occupé, c'est moi qui vais vous surveiller.
Jasper et Monty se regardèrent, puis tournèrent en même temps leurs yeux vers Murphy. Celui-ci eut un petit sourire en coin. Bellamy les observa et se demanda à quoi ces gamins pensaient. Il se redressa, posant ses pieds par terre, il attrapa le portable posé sur le bureau et le tendit à Murphy :
- Tiens ! Un prof m'a dit de rendre ça à John Murphy. Alors comme ça t'es pas sage et tu envoies des SMS en cours ?
- C'était pour toi le SMS, bougonna Murphy comme si cela excusait tout.
- Hmm ah bon ? Et qu'est-ce qu'il devait dire ton SMS ?
Murphy attrapa son portable, ses doigts effleurant ceux de Bellamy.
Jasper et Monty avaient envie de crier tous les deux en même temps, de faire la roue, ou un truc totalement débile pour accaparer l'esprit de Bellamy. Mais ils avaient comme l'impression que ça ne fonctionnerait pas. Un peu comme s'ils n'étaient pas vraiment là. Bellamy ne quittait pas Murphy des yeux, attendant sa réponse, et Murphy ne se départait pas de son sourire en coin.
- C'est à propos de ta sœur…
A suivre.
L'autatrice : voilà le quatrième chapitre. Qui se centre un peu plus sur Murphy et sur son ressentit. N'hésitez pas à me dire ce que vous pensez de ce chapitre.
