On va faire un truc, je vais arrêter de m'excuser à chaque début de chapitre parce que visiblement ça ne m'empêche pas d'avoir des délais impossibles. Vous savez que je n'ai pas internet depuis des mois et que je le vis bien ? Bref, à tous ceux qui se souviennent de Dom et Gemma, bonne lecture, les autres c'est dommage va falloir tout recommencer aha !

Et un grand merci à Mlle Point de Côte pour sa correction et, dans une moindre mesure, Barbiemustdie pour m'avoir ... "encouragé" à poster ! Et MERCI à vous pour vos reviews sur le chapitre précédent :)


C'est comme ça, en perdant une illusion un jour qu'on devient tout autre le lendemain, et que plus rien n'est semblable.

Yves Theriault


Azkaban, le 14 octobre

Julia Perkins glissa les mains dans les poches de sa veste en cuir et frissonna, n'osant relever la tête vers l'édifice qui la surplombait et préférant regarder ses pieds qui tanguaient au rythme des coups de barque de l'homme qui les menait vers la prison des sorciers. Azkaban avait beau avoir été débarrassée des Détraqueurs après la chute de Vous-Savez-Qui, remplacés par des gardiens aguerris, elle se sentait de plus en plus mal à l'aise au fur et à mesure qu'ils s'en rapprochaient.

N'eut été l'enquête sur la mystérieuse potion qui piétinait, jamais elle n'aurait accepté d'y mettre les pieds. Seule présence rassurante sur cette barque minuscule, Dennis Crivey qui l'accompagnait, le visage légèrement verdâtre.

Ils finirent par mettre pied à terre sur un ponton bancal et la jeune femme tenta de garder contenance, le vent froid qui lui fouettait le visage ne l'aidant pas vraiment. Elle ne put s'empêcher de soupirer de soulagement en retrouvant la terre ferme.

- Quelle horreur, chuchota Dennis, lui non plus n'ayant pas l'air très rassuré. Je déteste les bateaux. Pourquoi ne peut-on pas transplaner jusqu'ici ?

- Peut-être pour que les prisonniers ne s'échappent pas ?, railla Julia qui se sentait beaucoup mieux à présent qu'elle avait les deux pieds bien ancrés sur le sol.

- Suivez-moi, je vais vous conduire jusqu'au poste de contrôle, fit le gardien en interrompant leur conversation. Surtout, ne vous éloignez pas du sentier.

Les deux collègues suivirent au pas l'homme ventripotent qui marchait d'un pas ferme et empruntèrent un chemin à peine assez large pour une personne menue, entourée par des arbres à l'aspect effrayant. Dennis déchira son pantalon en se prenant les pieds dans des ronces ; il s'était décalé pour éviter une branche menaçante. Dès lors, plus personne ne s'aventura à quitter le chemin, malgré les obstacles réguliers.

Ils arrivèrent finalement aux pieds de la prison et Julia laissa échapper une exclamation de surprise. L'avancée de l'édifice de pierre se composait de deux meurtrières surplombées de lourds barreaux et, au bout de quatre marches décharnées, d'une ouverture béante. Alors qu'il était évident qu'une porte aurait dû se trouver devant elle, il n'y avait rien.

- N'ayez pas d'inquiétude, lui fit le gardien en remarquant son air interloqué. Un sort perpétuel a été installé à l'entrée et empêche la pose d'un quelconque matériau. Lorsque vous allez entrer, vous allez avoir une sensation étrange mais c'est tout à fait normal. C'est pour vérifier si vous n'avez pas pris de Polynectar ou si vous n'êtes pas soumis à un quelconque sortilège de magie noire.

Julia et Dennis suivirent les directives du gardien avec un peu d'appréhension mais tout se passa pour le mieux. Il avait raison, la sensation n'était pas agréable, c'était un peu comme passer à travers un fantôme et cela procura de nombreux frissons aux Langues-de-Plomb. Leur guide, qui était resté sur le seuil, leur expliqua qu'un de ses collègues allait prendre le relais et que quelqu'un allait les accueillir.

Il s'éloignait à peine qu'un autre gardien fit son apparition dans le hall épuré où ils se trouvaient. Après avoir vérifié leurs identités, il leur apprit qu'ils allaient être fouillés, car le sortilège ne détectait pas les armes moldus. Il les invita à les suivre dans une pièce à leur droite, qui ne comportait qu'une chaise sur laquelle était posée une boîte en fer forgé. Une jeune femme fit son apparition à son tour et ce fut elle qui fouilla Julia qui détesta ça. Une fois prouvé qu'ils n'avaient aucune arme, moldue ou sorcière sur eux, on leur prit leur baguette qu'on déposa dans la boîte en fer.

- Nous vous les rendrons à la sortie, fit la jeune gardienne, la boîte dans les mains. N'ayez pas d'inquiétude. Esteban va vous conduire au parloir.

Le dénommé Esteban les fit retourner dans le couloir et ils passèrent une deuxième porte, au fond du hall. Julia fut soulagée lorsque le gardien les mena dans une salle quelques mètres plus loin, elle qui avait redouté tout le trajet de devoir passer devant les cellules. Au final, tout avait été pensé pour que les visiteurs ne rencontrent pas les prisonniers et c'était mieux ainsi.

La salle était petite, exiguë et séparée en deux par une large vitre de verre où deux chaises les attendaient. Un trou dans cette vitre leur permettrait de parler et d'être entendu par Günter Wiertz. Le gardien leur apprit ensuite qu'il allait participer à cette entrevue, pour leur sécurité, même s'ils ne risquaient pas grand-chose, la vitre étant magiquement protégée et l'ancien Auror n'ayant aucun moyen de les entendre.

- C'est la procédure, expliqua-t-il devant leurs mines fâchées.

Nul n'avait le droit de se mêler des affaires du Département des Mystères mais puisque que telle était la procédure, ils n'eurent pas le choix et Esteban se planta au fond de la pièce, le dos bien droit.

Dennis et Julia eurent à peine le temps de se lancer un regard éloquent que la porte située de l'autre côté de la vitre de verre s'ouvrit. Et Wiertz entra, encadré par deux hommes costauds. La jeune femme réprima un frisson. Elle avait déjà eu l'occasion de voir son portrait dans la presse et dans le dossier volumineux que lui avait confié Harry Potter mais l'homme était beaucoup plus impressionnant en vrai. Grand et carré, il n'était pas pour autant ventripotent. Sa chevelure rousse encadrait son visage rectangulaire et ses yeux étaient dissimulés par des lunettes de l'ancien temps, en cul de bouteille. Son regard s'attarda sur son menton proéminent et sa bouche sévère et épaisse. Rouge comme le sang, elle dissimulait deux rangées de dents blanches, aux canines aiguisées, un peu comme un loup. Sans trop savoir pourquoi, elle l'imagina plus fondre sur ses victimes pour les vider de leur sang plutôt que de leurs os. Il avait l'air fou, plus que sur les photos et elle fut pleinement satisfaite de la présence rassurante de Dennis.

Les gardiens firent asseoir Wiertz sur la chaise de l'autre côté de la vitre et, dissimulant son appréhension, Julia s'assit face à lui, suivie de près par Dennis. En relevant la tête, elle se rendit compte que Wiertz la dévisageait froidement, semblant analyser chacun de ses attributs, de ses longs cheveux roux au creux de sa poitrine. Elle lui lança un regard froid et, elle l'espérait, calme.

- Les Aurors ont bien changé, susurra l'homme alors que les deux gardiens se décalaient jusqu'au fond de la pièce. De mon temps, jamais une femme n'aurait pu prétendre à ce poste.

Il avait un accent dur, bien Allemand, et une manière mesquine de lui signifier qu'il considérait sa présence comme un affront à sa personne.

- Votre temps est révolu Günter Wiertz. D'ailleurs, vous n'êtes plus Auror, lui rappela-t-elle avec un sourire narquois, se gardant bien de lui révéler qu'elle était une Langue-de-Plomb.

Ce n'était peut-être pas la meilleure méthode pour commencer leur entretien et le mettre en confiance mais elle n'allait pas se laisser insulter sans rien dire. De toute façon, elle était secrètement convaincue que leur présence ici était inutile, que le monstre qui se tenait devant elle ne parlerait pas.

- Je n'ai jamais aimé être Auror, murmura-t-il, les yeux soudainement brillants.

- Venons-en au fait, si vous le voulez bien, les interrompit Dennis. Nous voudrions vous interroger sur …

- J'ai déjà tout dit à vos collègues. J'ai été entraîné contre mon gré dans cette histoire. Je n'ai jamais voulu assassiner ce jeune homme, on m'y a forcé.

L'homme afficha un visage repentant qui fit froid dans le dos à Julia. Il y avait un tel contraste entre ses paroles et son air impassible qu'elle se demanda comment il avait pu apitoyer tout un jury et n'être enfermé à Azkaban que pour dix ans. Cela n'aurait tenu qu'à elle, elle l'aurait laissé pourrir ici à vie.

- Nous ne sommes pas là pour ça. Nous sommes convaincus que vous regrettez votre geste et, de ce fait, que vous voudrez bien nous aider à retrouver vos complices au plus vite, lâcha Dennis, pas plus convaincu qu'elle par ses paroles et cherchant seulement à l'amadouer.

- Bien entendu.

Bien sûr que non, voulait-il dire mais l'Allemand ne pouvait décemment pas leur rire au nez après ses paroles faussement repentantes. Julia, qui avait, entre-temps, repris un air impassible, en profita pour appuyer les paroles de son collègue.

- Nous avons quelques questions à vous poser sur la fameuse potion que vous prépariez en secret à Poudlard. Vous avez admis avoir donné l'accès à vos complices à Poudlard et, si vous n'en n'êtes pas l'instigateur, vous avez assisté à la confection de cette potion et, sûrement, surpris quelques bribes de conversation. Que pouvez-vous nous dire là-dessus ? A quoi servait-elle ? A quoi servira-t-elle ?, répéta-t-elle en appuyant ses paroles.

- Nous n'avons pas été présentés je crois ?

Un silence pesant suivit ses paroles. Dennis lança un regard à Julia, pour lui demander la marche à suivre. Révéler leurs identités à Wiertz n'avait jamais été dans leurs plans. Néanmoins, allaient-ils prendre le risque de le braquer ? De perdre une bribe d'information qui pourrait leur être précieuse pour la suite ? Julia décida que non.

- Je suis Julia Perkins. Et voici Dennis Crivey.

- Crivey … votre nom me dit quelque chose.

- Il ne devrait pas, je suis d'origine moldue.

Wiertz n'eut aucune réaction, contrairement au moment où il avait remarqué la présence féminine qu'incarnait Julia. L'air de ne pas attendre plus d'explication, il se tourna vers cette dernière et sourit d'un air carnassier.

- Quant à vous …

- Voulez-vous bien vous concentrer sur l'objet de cet entretien ? l'interrompit la jeune femme.

- Lerzov et Koch n'ont pas jugé utile de me tenir au courant de leur plan. Comme je l'ai déjà dit, je n'ai pas assisté à toute la confection de la potion, ce qui explique pourquoi je n'ai pas remarqué que cette bande de gamins avait recommencé à nous espionner. Dans le cas contraire, j'aurais bien sûr tenté de les détourner de cet intérêt pour nous.

- Bien entendu, approuva Julia. Mais, je suis persuadée que vous saviez ce qui se trouvait dans cette potion. Certains ingrédients n'ont pu vous échapper. Des os humains ne se dissimulent pas comme ça.

Wiertz la fixa froidement, comme s'il ne s'était pas attendu à ce qu'elle lui assène cette vérité. Il parut réfléchir longuement, à ce qu'il pouvait dévoiler et ce qu'il ne pouvait pas.

- Effectivement, peu après les premières agressions, les os de ces élèves ont été rajoutés à la potion.

- Pour les secondes, v… ils avaient trouvé un moyen de prélever une quantité négligeable d'os, tellement négligeable que personne n'a rien vu, n'est-ce pas ?

Le silence éloquent de Wiertz arracha un sourire satisfait à Julia qui félicita mentalement Dennis pour ses déductions.

- Mais je ne sais rien sur sa finalité, répéta l'ancien Auror.

- Nous vous croyons, mentit Julia. Où avez-vous rencontré Lerzov et Koch ? En Allemagne ? En Russie ?

Sa question eut le mérite de paraître déstabiliser l'homme. A vrai dire, son instinct lui dictait de s'éloigner de cette mystérieuse potion. De lui poser des questions en apparence anodines mais qui avaient leur importance. Enfin, peut-être. Elle ne savait pas vraiment mais tout était bon à prendre.

- En Allemagne, répondit-il après quelques secondes de silence. En Bavière.

Julia en conclut que c'était en Russie, contrairement à ce qu'il prétendait, convaincu qu'il leur mentait. C'était peut-être son regard, qui s'était assombri quelques centièmes de secondes ou sa bouche rouge sang qui s'était froncée dans un rictus, elle ne savait pas pourquoi mais elle était persuadée qu'il mentait.

- Comment ?

- Par hasard, ce sont eux qui m'ont abordé.

- Pourquoi ?

- Je croyais que nous parlions de cette potion ?

Il se sentait visiblement mal-à-l'aise et Julia eut un instant l'impression d'avoir repris le dessus et acquis la supériorité qu'elle se devait d'avoir sur lui. Elle se souviendrait plus tard de ce moment et comprendrait qu'il avait prémédité son coup depuis le début.

- Nous en parlons. Que vous ont-ils dit ?, reprit Dennis en suivant l'intuition de Julia, même s'il n'était pas sûr de comprendre totalement sa manière de procéder.

- Je ne sais plus … Ils m'ont parlé d'une étude expérimentale. Vous avez lu mon dossier non ? J'ai refusé et ils ont menacé ma famille.

- Votre sœur c'est ça ?

- Et ma nièce, rajouta-t-il.

Mentalement, Julia nota cette information. Bien entendu, les Aurors avaient déjà sûrement interrogé la famille de Wiertz en large et en travers mais leurs recherches étaient axées sur Lerzov et Koch, pas sur la potion. Et cela changeait tout car ils n'avaient peut-être pas posé les bonnes questions.

- Avaient-ils déjà parlé de Boleslava Cвет avant ?, demanda Julia, tout en sachant pertinemment la réponse.

Weasley et Lysenko avaient mentionné avoir entendu ce nom à travers la porte de la salle qu'elles espionnaient. Le visage de Wiertz se ferma un peu plus et il ne put qu'acquiescer.

- Oui.

- Pourquoi ?

- Je ne sais pas.

- Moi je crois que si.

- Je vous dis que non !

Il avait haussé le ton, signe qu'il s'énervait. Le sourire de Julia s'accentua et, étonnement, les lèvres de Wiertz s'étirèrent aussi, comme s'il tentait de refléter son visage tel un miroir à travers la vitre de verre. Il se pencha un peu en avant et l'un des gardiens lui ordonna de reculer. Il ne sembla même pas l'entendre.

- Vous m'emmerdez Julia Perkins, si tel est votre nom.

- Je vous l'ai dit en …

- Oh, je ne doute pas que vous vous appeliez réellement ainsi maintenant. Mais, il fut une époque où ce n'était pas le cas, n'est-ce pas ?

- Assez !

Julia rougit jusqu'aux oreilles et ses yeux se plissèrent tandis que ses mains agrippaient nerveusement ses genoux. La conversation prenait une tournure qui ne lui plaisait pas du tout. Les gardiens, face à la désobéissance de Wiertz qui ne s'était pas reculé comme ordonné quelques secondes plus tôt, se précipitèrent vers lui et l'agrippèrent par les épaules, déclarant l'entretien terminé.

- On n'oublie pas un aussi beau visage même après tant d'années, ricana Wiertz alors qu'il se faisait traîner en arrière par les deux hommes. Surtout quand il fait l'objet d'une recherche prioritaire pour tous les bureaux d'Aurors Européens pendant si longtemps … Vous étiez mineure n'est-ce pas, à l'époque ?

Et puis, il éclata de rire, un rire un peu dément qui raidit Julia. Elle sentit la main de Dennis Crivey se poser sur son épaule, se voulant rassurant mais rien n'y fit. Cet homme avait réveillé ses pires démons, ses erreurs de jeunesse.

Le retour en barque ne fut pas aussi désagréable que l'aller. Julia, perdue dans ses pensées, se remémorait ce qu'elle avait mis tant d'ardeur à oublier quelques années plus tôt. Cette fille naïve, perdue, crédule et surtout amoureuse du mauvais garçon. Elle avait fui, tout quitté pour lui. Ses parents, sa sœur. Lâchement abandonné. Mais on ne s'enfuyait pas aussi facilement d'une telle famille. Sa tête avait été longtemps placardée sur tous les murs du monde sorcier avant que l'affaire ne se tasse. Cela avait été si facile grâce à l'aide de son ex-mari. Une nouvelle identité, un nouveau pays, un travail … l'ivresse, le bonheur. Cela n'avait pas duré. Alors oui, Perkins était son troisième nom après son nom de jeune fille et celui marital, mais il serait le dernier. Celui qu'elle s'était choisi.

- Tu ne devrais pas te mettre dans des états pareils, lui conseilla Dennis en débarquant sur le bord du rivage.

Au loin, Azkaban n'était plus qu'un point noir au milieu de la mer d'huile. Le vent était toujours aussi fort, contrastant avec la mer, calme. Bien sûr Dennis était au courant de son passé, tout le monde l'avait été quand elle avait décidé de sortir de l'ombre. Quand elle n'avait plus eut le choix. Mais, comme tout le monde, il avait eu la délicatesse de ne jamais en parler. Mais elle savait qu'il savait parce qu'il acceptait de la laisser traiter tous les hommes d'enfoirés avec Rosalyn Kennedy.

- Il m'a prise par surprise, murmura Julia.

- Je sais, répondit-il avec un sourire réconfortant. Je crois qu'on a besoin d'un verre.

- De plusieurs verres plutôt.

oOoOoOoOoOo

Londres, le 15 octobre

- Tu vas où ?

- Cardiff.

Dominique Weasley ignora l'exclamation interloquée de Gemma Lysenko et fourra un deuxième tee-shirt dans le sac-à-dos posé n'importe comment sur le canapé de l'appartement des deux jeunes filles. On était samedi et elle aurait aimé dormir jusqu'au lundi suivant, mais, malheureusement ce n'était pas possible.

- Mais … tu ne peux pas partir à Cardiff maintenant ! Tu dois … Pourquoi Cardiff d'ailleurs ? Y'a quoi là-bas ?

Sans répondre, Dominique fit léviter une photographie froissée vers son amie et cette dernière l'attrapa prestement. Leehter la lui avait confiée quelques semaines avant et elle avait repoussé l'échéance. D'abord, parce qu'elle n'avait pas le temps. Son supérieur avait très mal pris sa tentative de rébellion et, à présent, en plus de lui confier toute sa paperasse, il l'emmenait avec lui au Magenmagot dès qu'il avait une séance. Cela représentait des journées de près de quinze heures pour Dominique qui avait déjà loupé deux rendez-vous avec son Médicomage. Si sa mère avait été au courant -la majorité avait vraiment beaucoup d'avantages-, elle aurait transplané illico presto à Londres pour lui tirer les oreilles, malade ou pas.

Elle oubliait même de prendre ses nombreux médicaments mais, pour l'instant, cela ne lui avait pas porté préjudice. En parlant d'eux, elle fourra plusieurs fioles dans son sac, assez pour tenir jusqu'au lendemain.

- Mais c'est le week-end ! Et on avait dit qu'on irait à la Grande Bibliothèque !

Pour enquêter sur cette foutue potion. N'importe quoi. Les deux agents spéciaux qui leur avaient rendu visite étaient déjà sur le coup et ils étaient beaucoup plus intelligents qu'elle, elle n'en doutait pas, contrairement à Gemma qui lui avait relaté sa deuxième rencontre avec Perkins.

- Cela fait deux fois que Leehter me reproche de ne pas avoir retrouvé ce foutu volatile ! Et comme il parait évident que je ne peux pas m'en occuper pendant la semaine et bien j'ai trouvé une solution.

- Tu pourrais y aller la semaine prochaine.

- C'est vraiment important.

- Ce que je te demande aussi.

- Tu peux très bien y aller toute seule. Je ne te serai d'aucune utilité. Écoute, j'ai pas envie de merder sur cette affaire, même s'il ne s'agit que d'un stupide hibou. Leehter m'attend au tournant.

Malgré tout, l'ancienne Serdaigle avait réussi à la faire culpabiliser. Une partie d'elle hésita à envoyer valser son sac à dos, prêt pour un séjour de deux jours dans l'ouest de l'Angleterre, surtout que les seuls souvenirs qu'elle avait de Cardiff n'étaient pas très joyeux. La maladroite que pouvait être Camille Teyssier avait trébuché sur un obstacle invisible, poussant Dominique dans une mer agitée et glacée. Elle avait failli se noyer et n'avait dû son salut qu'aux réflexes de son père. Ah, elle s'en souviendrait longtemps de ses vacances d'été de troisième année ! Elle avait été ensuite malade pendant trois jours et ses parents avaient écourté leur séjour.

Lysenko n'insista pas mais Dominique se rendit vite compte qu'elle lui en voulait. Pas qu'elle soit particulièrement Psychomage, Gemma boudait sur le canapé, les lèvres pincées et les bras croisés autour de sa taille, comme à chaque fois que les choses n'allaient pas dans son sens.

- Tu y vas comment ? grogna-t-elle.

- Transplanage. J'ai pas le temps de prendre le train. Aller, à demain.

Gemma ne répondit pas et Dominique leva les yeux au ciel. Au final, cela l'arrangeait bien, elle n'était pas obligée de lui dire au revoir, elle qui détestait les embrassades souvent gênantes. L'ancienne Serdaigle n'avait qu'à bouder, c'était encore ce qu'elle faisait de mieux.

Sachant pertinemment qu'elle était injuste et que son amie était seulement terriblement fatiguée et déprimée, Dominique ferma les yeux et ressentit immédiatement la désagréable sensation du transplanage. A son arrivée, elle dût s'appuyer contre un mur pour ne pas tomber.

Elle avait planifié son transplanage depuis deux jours et savait donc où elle se trouvait même si l'endroit avait un peu changé en cinq ans. L'unique rue sorcière de Cardiff n'avait jamais été très animée ou même très intéressante, mais elle avait l'avantage de ne pas l'obliger à transplaner côté moldu et se faire repérer.

La jeune Weasley reprit ses esprits et, d'un coup d'œil, trouva le petit hôtel repéré la vieille dans le bottin sorcier. Elle se dépêcha d'aller réserver une chambre, même si elle se rendit très vite compte, qu'en cette saison, il était désert. Après avoir réglé les quelques mornilles qu'elle devait à une toute petite sorcière avec un œil de verre et emprunté un plan de la ville à cette dernière, elle ressortit.

Le temps était humide, un peu frais, mais il ne pleuvait pas et Dominique ne put qu'en remercier Merlin lorsque, trois heures plus tard, elle se retrouva à errer dans le quartier moldu, complètement perdue. Il était plus de midi lorsqu'elle trouva la coquette maison de Mr et Mrs Davron, les heureux propriétaires de Bobby le hibou. Un peu énervée à cause du temps perdu, les coups portés sur la porte par la jeune Weasley furent très secs.

Un couple de charmants vieillards lui ouvrirent, tout sourire et parurent heureux de la trouver là lorsqu'elle expliqua venir de la part de Leehter. Ils l'invitèrent à entrer et à s'asseoir, lui proposèrent un jus de fruits, la forcèrent à accepter un cookie -est-ce que toutes les personnes âgées croient vraiment que les jeunes ne savent pas se nourrir tout seuls ?- et l'entretien put commencer.

C'était stupide et elle se sentait mal à l'aise de poser des questions sur un hibou comme en parlant d'un humain. En plus, ces volatiles, véritables cartes ambulantes, ne se perdaient jamais. S'il n'était jamais rentré de chez la sœur de Mrs Devon, dans le Nord de la Belgique, c'est qu'il avait dû lui arriver quelque chose. Soit il avait été attaqué par plus gros rapace que lui, soit il avait suivi une femelle un peu trop entreprenante. Point.

Mais Dominique avait tout prévu. Pour retrouver Bobby et, non pas satisfaire ses propriétaires mais Leehter qui ne la croyait même pas capable d'une chose aussi simple, elle avait fouillé dans ses vieux manuels de Sortilèges et trouvé quelque chose d'intéressant.

- Est-ce que vous avez une plume de Bobby ?, demanda-t-elle alors que Mrs Devon s'épanchait un peu trop à son goût sur l'amour qu'elle portait à son hibou. Dans sa cage par exemple ?

Est-ce qu'elle vantait les mérites d'Eliott, l'affreux chien qu'elle possédait, elle ? Non. Heureusement, cela suffit pour interrompre le long monologue de la petite vieille et elle quitta la pièce en trottinant, ne revenant que quelques minutes plus tard, une longue plume blanche tachetée de noir dans ses mains, la serrant comme si c'était le Saint Graal.

- Prenez-en soin, lui demanda Mr Devon, les larmes aux yeux.

La jeune Weasley se retint de ne pas lever les siens au ciel et prit donc la plume avec précaution. Elle sortit une carte de son sac à dos, pas celle que lui avait confiée sa logeuse mais une moins précise mais qui avait l'avantage de détailler tous les pays d'Europe. Bobby avait disparu sur le trajet Cardiff - Andenne, dans la province de Namur. Elle était persuadée qu'elle le trouverait entre ses deux points, si son sortilège fonctionnait.

Le principe était simple et ne fonctionnait que sur les animaux magiques. La magie les imprégnait de la même façon qu'un sorcier mais elle était beaucoup moins présente dans ces derniers. Là où elle protégeait les sorciers de ce genre de sortilèges, les animaux ne pouvaient pas s'en défendre.

- Ubi est !, prononça-t-elle lentement en agitant sa baguette sur la plume de l'animal qui s'éleva dans les airs avant de retomber mollement. Ubi est !

Le deuxième essai fut le bon et la plume glissa doucement au-dessus de la carte qu'elle avait pris soin de déplier quelques secondes plus tôt, sous les yeux ébahis de Mr et Mrs Devon. Si la plume réagissait correctement au sortilège, elle viendrait se placer au-dessus de l'endroit où se trouvait le hibou. Ce n'était pas très précis et n'indiquait qu'un périmètre plus ou moins vaste mais quand elle se dirigea vers le sud-ouest de l'Angleterre, Dominique fut certaine qu'il n'avait …

- … pas quitté Cardiff !

- Oh, pauvre chéri, gémit Mrs Devon, pauvre petit Bobby à sa maman. Il doit être blessé ou mort ou …

- Chérie, calme-toi, lui conseilla son mari.

Dominique le remercia intérieurement : elle n'aurait pas aimé secouer Mrs Devon comme un prunier pour lui faire retrouver ses esprits. Et puis, elle, cela l'arrangeait bien que ce foutu volatile soit dans le coin. Au moins, elle n'aurait pas besoin de traverser la Manche à cause de lui.

Elle déplia la deuxième carte, celle de Cardiff cette fois, et répéta l'opération. La plume s'envola doucement et vint se poser sur un quartier de la ville que même elle reconnaissait vaguement. C'était l'endroit où elle était tombée à l'eau quelques années plus tôt à cause de Camille Teyssier et sa maladresse.

- Qu'est-ce que votre hibou ferait au port ?, marmonna-t-elle tout en se doutant bien que les deux petits vieux ne pourraient pas répondre à ses interrogations. Enfin, en tout cas, maintenant je sais qu'il n'est pas bien loin. Je peux vous emprunter la plume ?

Mrs Devon s'en sépara avec émotion et Dominique dut promettre de la lui ramener dès le lendemain. Elle fut très heureuse de quitter les deux personnes âgées, sa patience commençant vraiment à arriver à terme. Ah, si elle avait pu étrangler Leehter dans son sommeil pour avoir osé l'humilier de la sorte, elle ne se serait pas gênée. En attendant, plus vite elle retrouverait ce maudit piaf, plus vite elle rentrerait chez elle.

Sur le chemin du port, Dominique s'acheta un sandwich car son ventre commençait à lui faire mal et elle n'avait rien avalé depuis la veille. Une fois repue, la jeune fille se demanda comment elle allait pouvoir fouiller tout un secteur de plusieurs hectares en deux jours.

- Réfléchis, grogna-t-elle pour elle-même. Tu veux rentrer chez toi et, pour cela, faut que tu trouves cet oiseau stupide.

Un gamin qui courrait après son ballon près d'elle la regarda d'un drôle d'air, la prenant pour une folle et retourna vers sa mère en braillant. Elle n'y fit même pas attention. La solution était tellement logique qu'elle avait failli passer à côté. A la base, elle n'avait récupéré la plume de Bobby que pour la comparer à un éventuel hibou qu'elle pourrait trouver mais maintenant c'était une évidence qu'elle devait lui appliquer à nouveau l'Ubi Est. Si le sortilège pouvait rapprocher de l'animal recherché par un plan, il pouvait sans doute ramener cette plume à Bobby s'il était dans le coin. Sans se préoccuper de la mère et de son fils, moldus tous les deux, qui la regardaient, elle sortit sa baguette et appliqua à nouveau le sortilège dessus.

La mère et le fils prirent leurs jambes à leur cou et s'enfuirent sans demander leur reste.

La plume se mit à voleter devant Dominique qui, à ce moment-là, se souvint qu'elle n'était pas dans un quartier sorcier et qu'il ne fallait pas qu'on la voit. Elle fit donc de son mieux pour dissimuler la plume, marchant près d'elle, la touchant presque pour rester discrète.

Le port de Cardiff en lui-même n'était pas très grand. Un grand ponton central en desservait plusieurs autres où étaient amarrés de nombreux bateaux, voiliers et quelques rares yachts. Face à ce paysage estival, il y avait quelques marchands de glaces et d'autres boutiques moldues qui laissaient plus ou moins sceptique la jeune Weasley. Plus loin, et c'est par là-bas que la mena la plume, se trouvait le coin "commercial" du port : des immenses containers, des bateaux de transit, des moldus dans des engins étranges, des dockers, des pécheurs. Il y avait beaucoup plus de monde en pleine journée et, plusieurs fois, Dominique fut obligée d'annuler le sortilège sur la plume pour ne pas plus se faire repérer.

A force d'efforts répétés et d'obstination, elle se retrouva dans un quartier, un peu en contrebas du port, où des habitations noires et sales se dressaient devant elle, collées les unes aux autres. Elle s'aperçut immédiatement que ce n'était ni un endroit touristique, ni commercial mais sûrement quelques-uns des logements des pêcheurs, vraisemblablement assez pauvres. La plume se mit à vibrer lorsqu'elle passa devant l'une d'elle et Dominique fronça les sourcils. Qu'est-ce que Bobby foutrait ici ?

La maison, sur deux étages, était un peu différente des autres demeures car elle était séparée d'elles par un haut mur de pierre fissuré. Tous ses autres attributs étaient semblables : des fenêtres aux volets autrefois sûrement rouges et maintenant marrons défraîchis, des fenêtres aux vitres sales et deux marches menant à la porte d'entrée.

- J'peux vous aider ?, s'enquit une voix derrière elle.

Dominique sursauta et se retourna pour faire face à un homme entre deux âges dont la mine ne lui inspira qu'une confiance sommaire de prime abord. La barbe mal rasée, les yeux cernés, le visage sale, l'homme portait des vêtements de moldus sous un grand ciré bleu. Pipe en bouche, il regardait Dominique d'un sale air et elle comprit qu'il ne devait pas voir souvent des touristes dans ce coin-là.

- Non, non, c'est bon, murmura-t-elle. J'me suis perdue.

- Faut pas trop traîner ici.

Elle prit son conseil pour un avertissement et elle hocha la tête avant de faire demi-tour, marchant à grands pas. Néanmoins, elle ne quitta pas pour autant le quartier d'habitations et s'arrêta dès qu'elle fut sûre que l'homme était hors de sa vue. Adossée à un mur, elle réfléchit à toute vitesse. Elle ne pouvait croire que le hibou se trouvait ici mais pourtant le sortilège ne pouvait pas mentir. Il fallait qu'elle rentre dans cette maison pour récupérer Bobby.

Bordel, c'était beaucoup trop dangereux pour une Poufsouffle comme elle ! Et puis, pénétrer chez quelqu'un sans son autorisation ne lui disait rien qui vaille. Si elle avait eu le choix, elle aurait transplané chez elle sans attendre. Mais dans ce cas, elle s'exposait aux railleries habituelles de Leehter envers elle lorsqu'elle rentrerait bredouille.

Un bruit de pas derrière elle la fit sursauter et la jeune fille se retourna vivement, le poing serré sur sa baguette. Ce n'était peut-être qu'un produit de son imagination mais elle fut persuadée d'avoir vu quelque chose. Un mouvement, un froissement de cape, elle ne savait pas trop bien. Une impression gênante que quelqu'un l'observait. Comme à Edimbourg. Elle ne l'avait pas dit à Gemma à ce moment-là mais, en sortant de chez Joshua Akens, elle avait bel et bien cru voir une silhouette capuchonnée de l'autre côté de la rue. Cela n'avait duré que quelques secondes et elle avait oublié cette histoire. Mais là aussi, elle se montait sûrement la tête. Pourquoi est-ce que quelqu'un la suivrait ?

Dominique secoua la tête : il fallait qu'elle se concentre sur Bobby et tout de suite. Un coup d'œil dans la rue adjacente lui apprit que l'homme qu'elle avait rencontré un peu plus tôt n'était plus là. Parfait. La main toujours bien serrée autour de sa baguette, la jeune fille retourna devant la maison suspecte en jetant des coups d'œil autour d'elle. L'endroit était désert.

L'air de rien, elle monta les deux marches devant la porte et murmura Alohomora à voix basse. Rien ne se produisit et elle crut que son sortilège avait échoué en tentant de faire basculer la poignée. Au bout de trois tentatives elle comprit que si elle ne parvenait à déverrouiller la porte c'est parce qu'on lui avait appliqué un sortilège de protection. Et si on avait fait une telle chose c'était que des sorciers vivaient là. Dans ce coin pourri de Cardiff, à des miles du quartier sorcier. Non, au final, quelque chose ne tournait pas rond dans cette histoire.

Elle avisa le mur longeant la maison jusqu'à sa voisine et qui devait bien faire trois mètres de haut, juste à côté d'elle et hésita un instant seulement. Après tout, qu'elle rentre par la porte ou par le jardin, cela restait une violation de la propriété privée.

Et, après avoir vérifié que personne ne traînait dans la rue et qu'on ne l'observait pas par une fenêtre, Dominique commença à escalader le mur. La chose était rendue possible par les quelques pierres qui en sortaient, menaçant de tomber. Sa bonne forme physique ne l'empêcha pas de s'égratigner le coude en arrivant en haut et elle grimaça en remarquant les quelques gouttes de sang qui lui avaient tâché la peau.

Elle se laissa ensuite tomber lestement de l'autre côté, dans ce qui semblait être une cour délabrée. Nulle trace de fleurs, d'herbe comme à la Chaumière aux Coquillages, seulement des graviers et des orties. Au fond de la cour, se trouvait une petite bâtisse bétonnée, de la taille d'un abri de jardin comme en possédait son oncle Percy et qui servait à satisfaire la créativité de sa cousine Lucy, et qui l'attira immédiatement. Malheureusement, elle aussi était fermée à clé et verrouillée par des protections trop puissantes pour un Alohomora. Ne se souciant alors plus de l'endroit où elle se trouvait, ne pensant même pas qu'on pourrait la surprendre, la jeune fille lança un Flipendo.

Aussi bien exécuté que ceux que lui avait appris à faire Wiertz. La porte de l'abri vola en éclat et la mâchoire de Dominique faillit se décrocher.

A l'intérieur, l'endroit était presque aussi grand que la salle des archives de Detect'Tout. Il était évident qu'on s'était donné beaucoup de mal pour le dissimuler. Mais le pire restait le bruit. Hululement, caquètements, aboiements et autres bruits non identifiés et qui menaçaient de lui crever les tympans alors qu'elle n'avait rien entendu lorsqu'elle était dans la cour, ce qui lui paraissait maintenant impossible. L'odeur était tellement nauséabonde qu'elle dût se forcer à respirer par la bouche et regretta de ne pas connaître la formule du sortilège Têtenbulle qui lui aurait été bien utile à ce moment-là. Autour d'elle, il y avait des dizaines, peut-être une centaine, de cages de tailles différentes, empilées les unes aux autres.

Dominique fit quelques pas et, vers sa droite, remarqua un étrange animal dans la première. Petite, poilu, la bête avait des défenses aussi grandes que ses bras et la fit sursauter en grognant lorsqu'elle se rapprocha. En se détournant elle remarqua un grand Faucon dans une deuxième cage.

Tout cet endroit était peuplé de créatures magiques. En voulant retrouver un stupide hibou, Dominique avait sans nul doute mis la main sur un trafic de grande envergure.

Elle en était arrivée à cette conclusion lorsqu'elle ressentit un choc au dos, suivit d'une douleur intense. Paniquée, paralysée, la jeune fille se sentit glisser lentement en avant sur le sol et atterrir violemment sur le nez et la joue gauche. La douleur fut telle que sa vue se brouilla, son esprit s'effaça et elle tomba dans les pommes. La dernière chose qu'elle vit fut une paire de souliers noirs.

oOoOoOoOoOoOo

Sainte Mangouste, le 16 octobre

- Grrrmph …

- T'es réveillée ? Hé, maman, elle est réveillée !

- Ma chérie, ma chérie ? Tu m'entends ?

Malheureusement oui, songea Dominique en clignant doucement des paupières. Que faisaient sa mère et sa sœur à Cardiff, la dernière chose dont elle se souvenait était cet abri de jardin qui n'en était pas un et où quelqu'un l'avait surpris alors qu'elle n'avait rien à faire là.

Elle ne reconnut pas immédiatement les murs blancs épurés, occupée à dévisager Victoire et Fleur Weasley. Depuis sa plus tendre enfance, elle avait l'habitude de leur visage mais aujourd'hui, leur ressemblance la frappa de plein fouet. Toutes deux avaient les traits tellement harmonieux et lisses, leur peau rosée faisait ressortir les yeux bleus caractéristiques de leur famille. Néanmoins, ceux de Victoire et sa mère, ainsi que ceux de Louis en y repensant, étaient plus clairs. Dominique, elle, avait les yeux de son père, de la même couleur que la mer en Cornouailles, lorsque la tempête approchait. Elle ressemblait beaucoup plus à son père qu'à sa mère d'ailleurs, leurs nez étaient semblables, même si le sien était bien évidemment plus féminin. Ses oreilles, légèrement collées à son visage étaient les mêmes qui la faisaient rire lorsqu'elle taquinait son père. Lorsqu'on regardait Victoire, on voyait Fleur, lorsqu'on regardait Dominique, on voyait Bill et Louis était un mélange des deux. Il n'y avait que sa chevelure blonde pour la distinguer de l'être tant admiré.

Où était son père ? Pourquoi n'était-il pas à Sainte-Mangouste avec les femmes de sa famille ? La jeune fille venait de reconnaître l'endroit pour y avoir passé deux semaines en juin et tant d'autres journées maussades plus jeunes.

Que s'était-il passé ?

Elle dût attendre plusieurs heures pour connaître la fin de sa mésaventure à Cardiff. Les Médicomages, prévenus par sa mère de son réveil, lui firent passer une myriade de tests composés de plusieurs sortilèges désagréables. On voulut lui faire avaler plusieurs potions et elle y réussit tant bien que mal, dérangée par une douleur sourde au nez. L'un des Médicomages lui expliqua qu'il avait été brisé dans sa chute ainsi que plusieurs dents de sa mâchoire. On s'appliquait à la remettre en état et c'était plus douloureux que grave. D'ici quelques jours, elle ne sentirait plus rien et son nez serait remis en état.

Quant au flou dans son esprit, qui la faisait se sentir nauséeuse, il était dû à un Stupéfix d'une telle puissance qu'il avait atteint ses poumons. Etant donné sa maladie, on préférait vérifier que tout allait bien. Cela arracha un sourire ironique à la jeune fille qui se reprit très vite : la douleur était encore pire lorsqu'elle étendait ses lèvres.

Lorsqu'elle put retrouver sa mère et sa sœur, le jour faiblissait et une grande fatigue s'était emprunte de la jeune fille. Dans sa chambre d'hôpital, les Weasley n'étaient pas seules. Il y avait aussi Gemma Lysenko qui était arrivée quelques minutes plus tôt, après la fin de sa journée au Chaudron Baveur. Cette dernière tenta de l'enlacer mais Dominique la repoussa faiblement. Avec sa maladresse, elle aurait été capable de lui casser l'autre côté de la mâchoire.

- Tu as vraiment une sale tête, murmura Gemma en la relâchant.

- Merci, répondit-elle en se laissant tomber sur son lit immaculé, aidée par Victoire. Ils ont dit que je pourrais sortir demain matin.

- Demain matin ? Déjà ? s'exclama Fleur Weasley. C'est hors de question, je vais aller voir …

- 'Man, gémit l'ancienne Poufsouffle. Je travaille demain moi. Oh merde, Cardiff ! Est-ce que quelqu'un a prévenu Sandy McCoyle ou Leehter ?

Etonnement, Fleur ne la reprit pas pour ses gros mots et échangea un regard inquiet avec Gemma Lysenko. Quant à Victoire, elle éclata de rire, attirant l'attention des autres sur elle.

- Est-ce que quelqu'un peut me dire où est ma sœur ?, expliqua-t-elle en tapotant la tête de Dominique. Parce que celle que je connais sauterait de joie à l'idée d'un jour de repos.

- Mais pas demain, rétorqua Dominique. Et puis, il faut …

- Chérie, ils sont déjà au courant, lui expliqua sa mère. Ce sont les Aurors qui t'ont trouvée dans cette vieille maison de Cardiff grâce à un hibou anonyme. Ils t'ont tout de suite rapatriée à Sainte-Mangouste. Tu avais une carte de visite de l'Agence dans ta poche alors ils ont contacté Leehter pour vérifier ton identité. Quand ils ont su qui tu étais, ils ont prévenu Harry qui nous a appelé par cheminette … Tu n'imagines pas notre inquiétude ! Est-ce que tu vas donc cesser de fourrer ton nez partout ?

- Mais je cherchais seulement un hibou, se justifia la jeune fille. Un stupide hibou !

- Et tu es tombée sur Stencer et Smith ! Bravo ! Les Aurors les ont retrouvés saucissonnés dans l'une des cages qu'ils utilisaient pour garder les bêtes.

Hein ? Stencer et Smith ? Qui c'étaient ceux-là ? Devant l'air interloqué de Dominique, Victoire Weasley lui donna plus d'explications.

- Ils sont recherchés par toutes les polices d'Europe depuis des mois. Tu ne lis jamais la Gazette ?

Non.

- Des fois.

Quand Leehter la laissait quitter l'Agence avant vingt-heures. Elle fut étonnée d'apprendre que Lerzov et Koch n'étaient pas les seuls criminels recherchés par les Aurors sur tout le continent mais se trouva idiote en y pensant. Après tout, ils n'étaient pas le centre du monde et ce dernier continuait de tourner tandis qu'eux couraient toujours.

- Ils gagnent leur vie en faisant du trafic d'animaux magiques. Tu sais, certains peuvent se revendre très chers. Il y avait même un couple de Nébulons verts!, expliqua Victoire comme si Dominique pouvait savoir ce que c'était. Harry a dit que c'était un sacré coup de filet et que, quand maman aurait fini de t'enguirlander pour avoir pris autant de risques, il viendrait te féliciter.

- Mais je n'ai rien fait, marmonna Dominique, soudainement désarçonnée. On m'a attaquée par surprise là-bas … il n'y avait que des cages et tous ces animaux …

Comment avait-elle pu s'en sortir si l'un de ces deux hommes, Stencer ou Smith, l'avait mise hors d'état de nuire en lui lançant un sortilège par derrière ? Elle fronça les sourcils, repensant au hibou anonyme envoyé aux Aurors. Ce n'était sûrement pas le fait des deux contrebandiers. Quelqu'un était arrivé après elle, les avait surpris et désarmés et prévenu les Aurors de sa présence là-bas ?

Quelque chose clochait dans cette explication. Plusieurs choses en fait. Qui ? Pourquoi ? Quel était l'intérêt pour cette personne de garder l'anonymat ? Etait-ce la personne qui la suivait ? Si tant est qu'elle existait vraiment, la jeune Weasley n'avait aucune certitude là-dessus.

- Au fait, jeune fille, reprit Fleur en croisant les bras d'un air bizarrement féroce. On m'a dit que tu avais loupé tes deux derniers rendez-vous avec le Médicomage.

Et merde.

oOoOoOoOoOoOo

Orel, le 23 octobre

- Tu peux m'aider ?

Nella Flint releva le nez du Code des Sorciers qu'elle s'appliquait à apprendre par cœur depuis son entrée à l'université d'Orel. Son regard croisa celui d'une jeune fille au teint pâle, dissimulée sous un tablier mauve, une longue cuiller en bois à la main, qui venait de se glisser par l'entrebâillement de la porte et la regardait d'un air inquisiteur.

Holly McDouglas, d'un an son aînée, était une jeune fille calme et sage, au visage rebondi qui exprimait l'intelligence. Elle suivait une formation de maître des Potions et, chaque jour qui passait, tentait de vivre à fond sa passion. Lorsque Nella avait débarqué en Russie, dans ce pays et cette ville qu'elle ne connaissait pas, sans personne pour l'aider, elle avait été sa meilleure alliée. Patiemment, Holly l'avait prise sous son aile, lui montrant chaque recoin de l'université et les meilleurs endroits de la ville. Plus tard, lorsque l'ancienne Serdaigle avait émis des doutes quant à sa capacité à obtenir son diplôme, elle avait tenté de la faire changer d'avis et ce dernier avait été aussi important que celui de Wil.

- J'arrive ! répondit chaleureusement la jolie blonde en refermant l'énorme manuel.

Énorme mais tellement passionnant ! Les lois des sorciers pouvaient être tellement compliquées qu'elle s'y perdait parfois mais mettait tout son cœur à cet apprentissage. Elle avait aussi remarqué quelques absurdités, des lois jamais abrogées et terriblement discriminantes. Par exemple, le divorce était toujours interdit chez les sorciers et, même si ce n'était pas le cas en pratique, il aurait suffi d'un mari ou d'une épouse perfectionniste pour tout chambouler. En cette belle après-midi d'octobre, la jeune fille était en train de se demander s'il y avait déjà eu des précédents en la matière et où trouver l'information.

La pause offerte par Holly fut néanmoins la bienvenue.

Nella fourra le Code des Sorciers dans son sac, qu'elle repoussa avec le pied dans un coin de la bibliothèque et descendit les escaliers derrière la jeune fille, arrivant dans la cuisine, le deuxième fief d'Holly après sa chambre qui lui servait aussi de laboratoire. Blue Hill était une charmante demeure, appartenant aux parents fortunés de sa colocataire et qui avait été construite au début du siècle. On l'appelait ainsi à cause de ses volets bleus qui surplombaient un terrain de quelques mètres carrés, petit mais appréciable lorsque le temps s'y prêtait. La maison était bâtie sur deux niveaux. Le premier regroupait un large vestibule qui donnait directement sur un salon de style ancien, confortable mais peu attirant. On trouvait ensuite la cuisine, ouverte sur la salle à manger où se trouvait une table en pin de plusieurs mètres et pouvant accueillir bon nombre de convives. Généralement, Holly et Nella se contentaient de la table de la cuisine, plus chaleureuse. Cette dernière donnait sur une vaste véranda qui, elle-même, permettait d'accéder au véritable jardin, bien plus grand et dans lequel toutes sortes de plantes poussaient. Le temps avait été clément cette année-là et les deux filles venaient à peine de ranger les parasols et les transats.

On accédait au deuxième étage par un grand escalier de caractère. Les murs qui l'entouraient possédaient plusieurs renfoncements et un objet différent était posé sur chacun d'eux. On pouvait y trouver une statuette de chat du Congo, un strutoscope, une photo des parents d'Holly avec le roi de Tombouctou … Nella adorait s'attarder dans les escaliers, semblant découvrir quelque chose de nouveau à chaque fois.

Arrivée en haut, la première porte à droite desservait la bibliothèque, surprenante par sa taille. La pièce était entourée d'étagères de taille magistrale et on y trouvait de tout mais surtout des manuels de Potions et des romans moldus, une autre des passions d'Holly. Nella adorait étudier ici, soit dans l'un des deux fauteuils en cuir lorsqu'elle était plus détendue et sur la table de verre avant un examen.

Les trois autres portes du couloir menaient à trois chambres autrefois de taille et d'apparence identiques. Mais les anciens colocataires d'Holly, deux jeunes hommes qui avaient terminé leurs études l'année dernière, les avait tant et si bien personnalisées que les parents d'Holly n'avaient pas réussi à leur rendre leur aspect. Mais Nella aimait bien la sienne, bleue pâle, qui lui rappelait les couleurs de Serdaigle. La fenêtre donnait sur l'arrière de la maison et ses boiseries avaient été peintes en gris. La seule chose qu'elle détestait, c'étaient les posters des Canons de Chudley, dispersés un peu partout dans la pièce et qui gâchaient son charme. L'ancien colocataire avait dû les coller avec de la glue perpétuelle car il était impossible de les enlever.

Mais c'était toujours mieux que la chambre qu'occupait Nott et que Nella avait eu l'occasion de visiter avant l'arrivée du garçon. L'ancien occupant de la chambre s'était visiblement découvert des talents d'artistes car il avait peint chacun des murs avec application. Il n'y avait aucun doute là-dessus : il ne percerait jamais dans ce domaine. L'un des pans de mur représentait un paysage, un lac ou une rivière, elle ne savait pas trop et Holly avait dû lui indiquer que le gros caillou marron sur le côté était en fait un caribou. Sur un autre mur, il y avait un portrait -de sa petite-amie, toujours selon Holly- et Nella espérait vraiment que la réalité n'était pas semblable au dessin. Le dernier était le plus réussi : il s'agissait d'un simple rond de couleur verte, qui avait la particularité d'être animé, et se baladait d'un côté à l'autre de la pièce.

- Nella ! Il faut remuer !

L'ancienne Serdaigle sursauta et rougit jusqu'aux oreilles. Alors qu'elle avait accepté d'aider Holly dans la préparation du dîner, elle lui mettait des bâtons dans les roues plus qu'autre chose. Elle se concentra sur sa tâche, à savoir remuer une sauce au fumet délicieux.

En quittant la maison familiale, Nella avait découvert une chose particulièrement désagréable : elle était incapable de faire à manger sans oublier quelque chose, en faire brûler une autre ou mélanger deux épices au goût très prononcé. Pourtant, elle avait été plutôt douée en Potions à Poudlard et la cuisine n'était pas très différente. Elle n'était pas si rêveuse que cela et se demandait pourquoi elle échouait à faire cuire un simple morceau de viande. Enfin, cela lui permettait de se régaler avec les bons petits plats préparés par Holly et qu'elles mangeaient en tête-à-tête.

Car Isaac Nott ne leur faisait pas le plaisir de sa présence pour les repas. Néanmoins prévenante, Holly lui laissait toujours une assiette de côté et elle avait affirmé à Nella qu'il la remerciait à chaque fois qu'ils se croisaient. Elle affirmait qu'il lui fallait du temps pour s'habituer à vivre en Russie, en communauté, et qu'elle aussi devrait faire des efforts. L'ancienne Serdaigle, peu butée, avait bien réfléchi et s'était souvenue, qu'après tout, Nott lui avait bien remis le nez en place, lors d'un cours de Duels qui avait dérapé. Depuis, elle le saluait quotidiennement et avait même tenté de discuter avec lui, ce à quoi il avait vite coupé court. Elle en avait été soulagée et comprit à ce moment-là que ce n'était pas vraiment la vision de l'ancien Serpentard qui la dérangeait mais les souvenirs que cela induisait.

Nott lui faisait penser au vingt-huit mai. Elle reléguait les souvenirs au plus profond de sa tête la journée mais le soir, c'était différent. Seule dans sa chambre, rien n'empêchait Mervin Kalls ou même Wiertz de s'infiltrer dans ses cauchemars.

La sauce terminée, Holly lui confia la simple mission d'éplucher des carottes, à la manière moldue, parce que selon elle, les ondes magiques détérioraient le goût des aliments. Nella prit un petit couteau et, assise devant la table de la cuisine, s'appliqua à enlever la peau des carottes.

- Au fait, je ne t'ai pas demandé comment s'étaient passés tes examens ?, s'enquit Holly qui, elle-même, surveillait la cuisson du poisson.

A Orel, il y avait deux sessions d'examens par semestre. La première durant ce qui aurait dû être les vacances d'automne, ce qui expliquait pourquoi elle n'était pas rentré en Angleterre et la seconde avant Noël pour permettre aux étudiants de prendre, enfin, des vacances.

Les premiers examens de Nella venaient tout juste de s'achever et elle attendait avec impatience ses premiers résultats.

- Je pense avoir réussi la pratique mais les oraux, soupira-t-elle. Legorov m'a, encore une fois, poussée à bout … On dirait qu'il cherche à me faire craquer.

- Il n'a pas une réputation facile, répondit Holly . Des fois, je me demande comment il a pu devenir président du Conseil des Sorciers.

Le conseil des Sorciers était l'équivalent du Magenmagot anglais et le professeur de Communication de Nella, Legorov, y siégeait depuis la fin de ses études. La légende disait qu'il avait ravi le poste de Président à son prédécesseur à vingt-cinq ans à peine. Nella avait vu des photos de ce fameux conseil et les autres membres avaient tous les cheveux gris ou blanc, voire même plus de cheveux du tout. Autant dire que Legorov était très populaire, hormis pour l'ancienne Serdaigle qui ne voyait en lui qu'un arriviste sans cœur et égocentrique.

- On dirait qu'il s'acharne sur moi, soupira la jeune fille.

Compatissante, Holly se désintéressa quelques secondes de la cuisson de son poisson et lui pressa l'épaule. Elle savait combien la situation était dure pour la jeune fille timide qu'était Nella et tentait de lui apporter son soutien du mieux possible.

Soudainement, une porte claqua dans Blue Hill, faisant sursauter l'ancienne Serdaigle. Le petit couteau lui érafla la paume de la main avant de tomber sur le sol et il termina sa course sous un meuble. Holly s'empressa de se baisser pour le rattraper.

- Mince, il est coincé … Tu peux me passer ta baguette ?

Nella plissa les yeux, indifférente aux paroles d'Holly. Le sang … Une goutte, à peine une tâche sur son doigt et, pourtant, déjà son cœur s'affolait, sa tête tournait et ses poumons se bloquaient. Elle ne pouvait pas détourner les yeux de son doigt et, malgré elle, ses yeux se mouillèrent.

- Qu'est-ce … Hé, ça va ?

La jeune fille ne put répondre, continuant de trembler tout en regardant son doigt. Son cerveau exagérait les choses car elle le voyait infect, recouvert de sang et de pus, alors qu'elle s'était à peine coupée.

- Arrête de bouger ! lui ordonna Holly, comprenant son problème. Je ne peux pas refermer ta blessure si tu gesticules comme ça !

Ses paroles lui parurent lointaines et, de toute façon, elle était incapable de se contrôler. Alors que de larges sillons de larmes balayaient à présent ses joues, elle ne put s'empêcher de revivre encore une fois ce jour du vingt-huit mai. Le sang. Celui de Gemma, sur sa cuisse, celui de Koch et de l'ouverture béante qu'il y avait à la place de son œil, celui des autres, chacun ayant été plus ou moins écorché dans cette expédition.

Mais, pire que le sang, il y avait l'absence de sang. Et le cadavre de Mervin Kalls qui dansait devant ses yeux était là pour lui rappeler à quel point il paraissait vivant, même dans sa mort. Que quelque chose ne collait pas, que cet Avada Kedavra n'était qu'un leurre … et pourtant !

Elle revint un peu à elle lorsqu'elle entendit des bruits de pas sourds et comprit qu'Holly était allée chercher de l'aide. Des voix lui parvinrent aux oreilles, bourdonnantes :

- Il faut que tu m'aides, on dirait qu'elle a perdu l'esprit. Elle s'est blessée au doigt, je crois qu'elle ne supporte pas le sang, s'exclama la voix d'Holly, complètement paniquée.

- Calme-toi, lui ordonna celle de Nott, bien plus flegmatique.

Une main forte s'abattit sur son poignet, l'encerclant pour l'empêcher de bouger, avec tant d'ardeur qu'elle crut entendre craquer l'un de ses os. Ses doigts s'immobilisèrent sans qu'elle ne puisse rien y faire et une douce chaleur se répandit dans sa blessure. Aussitôt la pression sur son poignet s'estompa même si elle garda pendant quelques minutes une sensation d'écrasement.

Ses yeux bleus mouillés se posèrent sur son doigt et elle remarqua qu'il n'y avait plus aucune trace de sang et encore moins de coupure. Aussitôt, elle eut honte de s'être laissée allée à ce point et rougit jusqu'aux oreilles, tout en essuyant vivement ses larmes avec le dos de sa main.

- Ca va mieux ?, s'enquit Holly.

Ce ne fut pas elle que Nella regarda en premier mais Nott qui, l'air complètement indifférent à ce qu'il venait de se passer, lorgnait avec envie sur le poisson préparé par Holly et s'apprêtait à piquer une fourchette dans la casserole. Alors que c'était lui, sans nul doute, qui avait empêché le sang de couler et Nella de faire une crise de panique pour rien du tout, il donnait l'impression que rien ne s'était passé.

- Merci, marmonna l'ancienne Serdaigle à son attention tout en reniflant. Oui, Holly, ne t'inquiète pas, c'était juste … je crois que j'ai un problème avec le sang. Entre autre.

Holly secoua d'un air peiné ses cheveux caramel, coupés au carré. Son attention fut détournée par Nott, qui avait finalement commis l'impolitesse de se saisir d'un morceau de poisson et était en train de l'approcher de sa bouche. Les réflexes de la jeune fille furent les plus rapides et grâce à sa baguette magique, elle attrapa la fourchette avant que l'impardonnable ne soit commis. La bouche de Nott se referma dans le vide et son regard se fit des plus noirs.

- Ce n'est pas cuit, se justifia Holly. Tu n'as qu'à attendre le repas. Dans dix minutes.

Etait-ce une façon pour la jeune fille de l'inviter à se joindre à elles ? Apparemment, Nott le comprit comme tel car son regard se fit perplexe et il se tourna vers Nella, semblant attendre son avis. Quel avis ? C'était lui qui mangeait dans sa chambre depuis deux mois, elle ne le forçait pas !

Mais, après tout, elles ne lui avaient jamais proposé de les rejoindre …

Et il venait de panser sa plaie avec un tact admirable tandis que d'autres en auraient profité pour se moquer d'elle et de sa stupide peur du sang.

- Mange avec nous, proposa-t-elle sincèrement.

Et, depuis ce jour, Isaac Nott ne manqua aucun repas en compagnie d'Holly McDouglas et Nella Flint.

oOoOoOoOoOo

Sennen Cove, le 24 octobre

Dominique,

Tu sais que tout le monde parle de toi ici depuis dix jours ? Dominique Weasley, la fille qui a réussi à coincer Stencer et Smith, deux des criminels les plus abjects qu'il soit ! En tant que bons adorateurs des créatures magiques qu'ils sont, tu es devenue leur nouvelle déesse. Et, bien évidemment, en tant que ton cousin, c'est moi qui prends. Demande d'autographes, de rendez-vous galants (il est bien sûr exclu que tu t'acoquines avec un seul de mes camarades !), de photos … Bref, j'en peux plus.

Bien sûr, c'est extra ce que tu as fait, félicitations et blablabla mais j'ai vraiment l'impression de revivre ma première année à Poudlard ! Ils ne me lâchent pas ! Alors, la prochaine fois, si tu pouvais sauver le Roi des Gobelins, ça m'arrangerait.

Non, bien évidemment, je suis content pour toi, même si j'imagine que ta mère a dû te passer un sacré savon. Est-ce que tes rapports avec ce Greegan Leehter se sont arrangés après ça ? Il ne peut décemment plus dire que tu es nulle et pas motivée après ça. J'espère que c'est lui qui t'apporte le café maintenant.

Salutations, ô grande sauveuse.

James S. Potter

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Londres, le 26 octobre

James,

Et merde, on trouve aussi la Gazette dans ton trou perdu ? Je ne sais pas comment ils ont su que c'était moi, sûrement une fuite au Ministère mais crois-moi, si j'avais pu empêcher ça, je l'aurais fait. Enfin, les choses se calmeront.

Au fait, je ne sais pas si la presse en a parlé, mais il y avait même un bébé dragon ! Un bébé dragon, tu imagines ? Malheureusement, maman a refusé de l'adopter sous prétexte que ce serait trop dangereux d'avoir un dragon à la maison et je ne peux pas le ramener à Londres, il n'aurait pas assez d'espace pour se dépenser. Pfff, c'est injuste, il aurait sûrement fait peur à Eliott, tu sais ce chien stupide que Gemma m'a forcée à prendre.

Et ce qui est encore plus injuste, c'est Leehter ! A l'Agence, il a pris toute la gloire de cette découverte pour sa personne, arguant que c'était lui qui m'avait mis sur la piste de Stencer et Smith et que je n'avais plus qu'à suivre cette dernière. En bref, je lui apporte toujours le café et je ne suis pas couchée avant minuit. Mais, peu importe … Moi je sais qu'il n'y est pour rien dans cette découverte … et moi non plus !

Parce que, pour te dire toute la vérité, je n'y suis pas pour grand-chose non plus. Les journaux ne l'ont pas dit mais j'ai été Stupéfiée par derrière dès que je suis entrée chez ces hommes et je me suis réveillée à Sainte-Mangouste. Peu glorieux n'est-ce pas ? En tout cas, les Aurors ont retrouvé Stencer et Smith saucissonné dans une cage, prêts à être transférés à Azkaban, et personne ne sait qui peut être à l'origine de leur capture.

Je ne suis pas sûre qu'on l'apprenne un jour …

Sinon, tu rentres pour Noël ? Cette année, les festivités se font chez George et Angelina, c'est super non ? J'ai remarqué un carton de feux d'artifices dans leur cave en allant chercher leur vieux canapé.

Avec amitié, crétin !

Dominique Weasley.

oOoOoOoOoOo

Sennen Cove, le 29 octobre

Dominique,

Un mythe s'effondre. Maintenant, quand on me parle de toi, je ne peux m'empêcher de t'imaginer évanouie dans cet abri pendant que quelqu'un s'occupait de Stencer et Smith à ta place. Et toi, qui récolte toute la gloire après … C'est vraiment injuste !

Quant à cette mystérieuse personne … Je ne sais pas, ça ne peut pas être un Auror ? Ou juste quelqu'un qui n'a pas envie de voir sa tête dans tous les journaux du pays, non ?

Je ne louperai le repas de Noël pour rien au monde ! J'ai prévenu maman que je viendrais avec une amie et j'attends toujours la réponse de Wil.

A bientôt, troll !

James S. Potter

oOoOoOoOoOo

Londres, le 30 octobre

James,

Une amie ? Qui c'est ? Ta petite-amie ? Tu l'as forcée, payée, soudoyée, ensorcelée ? Comment arrive-t-elle à te supporter ?

Dominique Weasley

PS 1 : Non, ce n'était pas un Auror, ça s'est certain … Sûrement mais je meurs d'envie de savoir quelle est cette personne !

PS 2 : Je viens avec Lysenko, tu as deux mois pour te faire à l'idée. Un seul mot de travers et même Ginny ne te reconnaîtra plus quand je me serai chargée de toi.

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Londres, le 03 novembre

Dominique,

IL FAUT QU'ON PARLE ! Et vite. Je t'attends ce soir, après ton travail.

S'il te plait …

Camille Teyssier.