Destroyer Imperial II, ESV262 «Destiny Blade», hangar principal.
Par manque de volume pressurisé dans le vaisseau, le briefing des pilotes se tenait dans le hangar principal et non dans la salle de commandement comme c'était l'usage. Les pilotes et membres d'équipages se tenaient rassemblés par groupes selon les escadrilles. Le groupe de transport était un peu à l'écart.
Les chefs d'escadrilles présentèrent le plan de vol aux équipages. Il prévoyait une trajectoire de préparation, puis un grand saut en hypervitesse près de Dvar. Les trois vaisseaux de transports devaient suivre une heure après pour ne pas se retrouver exposé au cœur de la bataille. Il était considéré qu'une heure était suffisante pour amoindrir sévèrement la flotte ennemie.
Le principal point délicat du plan était l'approche finale. Il fallait arriver au plus près de la formation ennemie en se faisant détecter le plus tard possible. La flotte de la République avait truffé les astéroïdes de détecteurs, d'abord le réseau «Autovon» pour la détection lointaine, puis les «Freya» prenaient le relais avec une meilleure résolution spatiale. Les brouilleurs retardaient la détection et surtout empêchaient de quantifier précisément l'ampleur de la menace.
Un autre point sensible était le passage en hypervitesse. En effet, les TIE et les SturmRam n'avaient de capacité autonome à l'atteindre, étant censés être amené à distance de combat par les croiseurs impériaux. Du fait du nombre de plus en plus limité de ces vaisseaux, les ingénieurs impériaux avaient du concevoir un palliatif, un booster à usage unique qui ne servait qu'à une projection pour être ensuite largué avant l'engagement.
La mise au point de ce dispositif ayant été assez laborieuse et émaillée d'accident, il était appelé par les équipages le «TIE Killer», le «Plug explosif» et bien d'autres surnoms encore moins protocolaires. Il nécessitait surtout un alignement parfait en début de trajectoire et avait la réputation d'être peu précis à l'arrivée du fait des tolérances de fabrication, ce qui entrainait une dispersion des formations.
-Ils nous voient de loin, dit Jay d'une voix forte. Il faudra reformer la formation serrée dès la sortie de l'hypervitesse et la garder jusqu'à l'assaut. Si l'un d'entre vous en sort, il se mettra en danger et diminuera l'efficacité du brouillage du groupe. Pensez-y et que cela n'arrive pas !
Le groupe de pilote demeura muet.
Jay balaya du regard l'assemblée. La plupart des pilotes n'avaient qu'une formation de base, ils savaient décoller, voler en ligne droite, accoster, mais pour le tir et le combat c'était une autre paire de manches. Le taux de perte de la flotte impériale ayant explosé, les écoles de pilotage n'arrivaient plus à suivre le rythme.
Elle se remémora les dernières batailles. Ce n'était qu'interrupteur d'armement oublié, inversion des commandes en cours de manœuvre, collision par fascination sur la cible, quoique cette dernière faute présentât au moins une garantie de résultat.
Elle se rendit compte qu'elle était une des dernières survivantes d'une époque révolue, celle ou la flotte impériale dominait les maigres escadrilles rebelles, puis républicaines.
Le changement avait été progressif, presque imperceptible au début, ce qui avait endormi la vigilance du haut état-major. Il était du pour beaucoup à la mise en service progressive des derniers X-Wing, le T65 et surtout le T70. Elle avait piloté pour évaluation des exemplaires capturés, et constaté que les chasseurs de l'Empire étaient surclassés dans tous les domaines.
Elle se remémora la conclusion du discourt d'un haut gradé de la flotte :
-Vous avez commencé cette guerre avec le TIE, vous la gagnerez avec le TIE !
Comme si le fanatisme pouvait augmenter la vitesse d'un vaisseau ou la puissance d'un laser !
Elle parcourut à nouveau les équipages. Combien se poseraient à «New Massada» ? Dix ? Cinq ? Un ? Peut-être aucun, finalement. De toute façon, ça n'avait plus aucune importance, tout retour au vaisseau mère étant impossible.
Elle serra les dents. Si elle n'y croyait plus, elle, l'as, le chef d'escadrille, le modèle, comment pourrait-elle encore les commander ?
La vague de doute reflua, et elle donna ses dernières consignes.
Vaisseau amiral républicain RSV115 «Emancipator», quartier des équipages.
Après la conférence, Jed Koïnsky était retourné dans ses quartiers, ou il retrouva les deux sous-officiers qui l'avaient accompagné sur le vaisseau amiral. Le premier, un sergent-chef le héla :
-Alors Jed ? Cette conférence ? Qu'est ce qu'on attend pour aller casser la gueule aux impériaux ?
A peine avait-il fini sa phrase que le haut-parleur réservé aux annonces à l'équipage se mit en marche :
-Ici Votre amiral. Soldats et marins spatiaux, une grande victoire s'offre à vous ! Nous sommes actuellement en route pour fondre implacablement sur les derniers débris de la flotte impériale !
Grâce au commandement éclairé de votre amiral, vous allez écrire une page de gloire immortelle de l'histoire de la flotte ! Obéissez à mes ordres et la renommée éternelle vous sera acquise !
Vive la flotte ! Vive la République !
Le message se termina par l'air puissamment rythmé de la marche républicaine des marins spatiaux, hymne de la flotte.
Le second sous-officier s'écria, l'air joyeux :
-Ça y'est ! C'est parti ! Ça sent la médaille !
Jed répondit aux deux, l'air sombre :
-Désolé les gars, mais vous allez quitter le vaisseau.
-Comment ! s'exclama le premier sous-officier. Mais pourquoi ?
-Cette mission, je ne la sens pas du tout, répondit Jed. L'amiral est beaucoup trop confiant, il méprise l'adversaire et cela se termine toujours mal.
-Mais Louchké ne peut rien faire ! Son vaisseau a été saboté ! dit le deuxième.
-Quand bien même Louchké n'aurait sous la main qu'une capsule de survie dérivant dans le vide, je prendrai encore mes précautions. Ce type est aussi dangereux que le scorpion de nos manches, répliqua Jed.
Il ajouta :
-J'ai demandé votre transfert sur deux des frégates d'assaut qui assure la protection du vaisseau amiral. Toi, ça sera la «Space Queen IV», et toi le «Hoth's Revenge II», dit-il aux deux sous-officiers.
-Mais pourquoi nous séparer ? demanda le sergent-chef.
-Parce que je ne sais pas d'où le coup viendra, répondit Jed. Et si nous sommes tous ensemble au même endroit et que c'est le mauvais, on ne pourra pas réagir efficacement.
Les deux sous-officiers ne cachaient pas leur scepticisme.
-Dès votre arrivée sur les frégates, vous vérifierez immédiatement les contacts avec l'antenne du LRSS de Kuat, ajouta Jed. Que l'on puisse lâcher en cas de besoin tous nos limiers.
Tout avait été dit. Les deux sous-officiers firent leurs paquetage, saluèrent et sortirent.
Destroyer Imperial II, ESV262 «Destiny Blade», puis de tir bâbord S7-31 «Bunker Hill».
Hanson, Josse, Vierbein et Haberg étaient en train de manger ensemble à la table centrale lorsque le haut-parleur réservé aux annonces à l'équipage se mit en marche :
-Ici Votre amiral. Nous sommes actuellement en route vers la nébuleuse de la miséricorde. Les vaisseaux et équipages d'attaque à destination de Dvar quitteront le bord dans deux heures. Une heure après leur départ, les transporteurs emportant les unités de renforcement de «New Massada» partiront à leur tour.
Pour leur donner le temps d'accomplir leur mission, notre vaisseau devra alors entraîner le plus loin possible la flotte républicaine qui est certainement en ce moment à notre poursuite.
Une tâche difficile nous attend, mais je sais que tout le monde à bord accomplira son devoir jusqu'au bout. Vive la flotte ! Vive l'Empire !
La communication cessa.
Les quatre hommes se regardèrent. Ce fut Hanson qui rompit le silence le premier:
-Cette fois-ci, on y est.
-Encore combien de jours à vivre ? répondit Virbein. Et quasiment pas de femmes à bord ! Misère de nous !
-On ne va pas faire un pli avec notre vaisseau qui se traîne ! gémit Haberg. Les Réps vont aller au tir au pigeon !
-Vos gueules, bande de larves !
C'était Josse.
-On n'est pas encore mort, continua-il, et même si cela doit arriver, il faut le leur faire payer le plus cher possible ! J'en ai marre de me faire mettre par les Réps ! C'est déjà arrivé deux fois, il n'y aura pas de troisième !
-A quoi peut bien penser l'Amiral ? demanda Hanson. J'ai discuté avec un caporal-chef qui bosse du coté de la salle des cartes. Il parait que l'amiral y est resté longtemps avec les barreurs. Mais il ne sait rien de plus.
-De toute façon, que ça marche ou pas, «Le Cobra» fera de son mieux, et je le suivrai jusqu'à la fin, conclut Josse d'un ton sans réplique.
Les deux autres, un peu gênés, regardaient leurs assiettes.
Josse s'adressa à Virbein :
-C'est notre tour de veille, on va monter dans la tourelle répéter un peu, je sens que tu en a besoin.
-Oui, il faudra être au top, répondit Virbein en regardant de côté.
Ils se levèrent et agrippèrent l'échelle qui montait dans les étages technique. Les deux autres rangèrent la table et se dirigèrent sans un mot vers les cellules de repos.
