Il n'était pas le seul à s'être mis à courir. Lui aussi avait commencé à bousculer les gens pour forcer le passage, pour l'atteindre. Lui aussi semblait ne pas accorder d'importance à la situation, aux circonstances et plus encore, aux conséquences. Alors qu'il éparpillait son souffle dans cette course effrénée, Harry renoua avec une sensation rendue étrangère par les épreuves. Il était comme tous les autres ici. Quelqu'un qui avait une famille à retrouver. Ils se heurtèrent de plein fouet quand ils se retrouvèrent au milieu de la cohue. Harry crut un instant qu'il allait basculer tant le choc déstabilisa son équilibre. Mais l'étreinte que l'homme lui offrit, lui permit de défier la gravité. Il s'agrippa à lui avec une telle force qu'il en eut mal aux côtes mais ça n'avait pas d'importance. Rien n'en avait plus désormais. Une poignée de secondes s'écoula sans qu'aucun d'eux ne défasse sa prise. Harry avait peur de reculer, de le voir disparaître et de réaliser que tout ça n'était qu'une farce. Il voulut parler, il voulait comprendre mais ses pensées ne s'accordaient pas, il n'arrivait plus à réfléchir. Étranglé par l'émotion, il éprouva énormément de difficultés à comprendre ce qu'on lui glissait à l'oreille.
« Ne parle pas des reliques à Kingsley, il vaut mieux qu'il ne soit pas au courant. »
Sous le choc, il ne réussit même pas acquiescer, ce qui obligea l'homme à reculer pour observer sa réaction. Ce dernier plaqua ses mains sur ses tempes, plongeant ses yeux dans les siens afin d'être certain de capter son attention.
« Il vaut mieux qu'il n'apprenne pas ce qu'il s'est passé dans la forêt, Harry. D'accord ? Il faut que ça reste entre nous. »
Hagard et encore plus troublé de pouvoir l'écouter sans être interrompu, de pouvoir répondre sans être soumis à un phénomène macabre ou insolite, sans être pressé par le temps, il hocha de la tête et se résolut à ne pas demander plus d'explications pour l'instant. Il n'était pas certain de pouvoir traiter l'information de toute façon. La seule interrogation qui lui brûlait les lèvres, se délia d'elle-même.
« C'est bien réel alors ? Tu es vraiment là ? Ce n'est pas comme... »
Comme pour soutenir les mots qui lui faisaient cruellement défaut, il posa une main sur son épaule pour s'assurer que sa présence n'était pas qu'un vague écho. L'homme lui sourit.
« Oui. Et je ne suis pas venu seul, ils ont aussi hâte de te voir mais on nous a interdit de... Ha monsieur le ministre, re-bonjour. »
L'homme décrocha son regard du sien. Harry fût incapable de l'imiter, il ne pouvait pas détourner son attention de cette apparition miraculeuse. Pas même une seconde. Il craignait que ça ne s'achève dès l'instant où il accepterait à nouveau ce qui l'entourait.
« J'aimerais que nous sortions d'ici avant que la totalité de l'assemblée n'ait pu profiter de votre apparition, M. Potter. »
« Mais très certainement. Je vous en prie, après vous. »
Kingsley semblait particulièrement tendu quand il ouvrit la marche. James garda un bras autour des épaules de Harry alors qu'ils traversaient la grande salle sous le regard incrédule du public. Harry réalisa alors que la plupart des familles les observait quitter la pièce pour gagner le hall dans un silence plutôt inquiétant. Une fois les témoins écartés, Kingsley reprit la parole. Harry sursauta, absorbé jusque-là par ces retrouvailles. Il ne décrochait pas ses yeux de son père, trop occupé à détailler tout ce qu'il n'avait jamais pu constater jusqu'alors. Sa démarche, sa façon d'observer les alentours. Il ne pouvait s'empêcher de chercher des similitudes dans leurs attitudes respectives. Tout cela le dépassait toujours, de loin. Il se laissait porter d'un couloir à un autre sans vraiment se soucier de la destination.
« J'aurais aimé que vous m'écoutiez. Il sera difficile désormais de garder l'information secrète. Elle sera bien vite divulguée à la presse. Vous savez comme moi que... »
« Au vu de la situation exceptionnelle, vous comprendrez que je n'ai pas voulu gaspiller la moindre minute, Monsieur le ministre. Je suis désolé que cela complique les projets du ministère. Non vraiment, je le suis sincèrement. »
Il ne paraissait pas le moins du monde sincère pourtant, bien trop radieux, enjoué et satisfait d'avoir pu retrouver son fils.
« On trouvera bien un moyen de résoudre ce petit problème, ne vous en faites pas. Je peux y retourner et leur expliquer moi-même si vous voulez qu'ils ne ... »
Cette idée déplut à Kingsley immédiatement, il s'empressa de le couper dans son élan.
« Non, ça ira comme ça. Je me débrouillerai. J'aimerais m'entretenir avec Harry maintenant, si ça ne vous dérange pas. Comme je vous l'avais promis avant que vous ne décidiez d'échapper à mes hommes pour le retrouver, je vous l'amène dans quelques minutes. »
Harry suivait la conversation sans parvenir réellement à mettre un sens sur leur discours mais aucun d'eux ne semblait prêt à en démordre de toute évidence.
« Je ne vois pas ce qui nous empêche de mener cette petite entrevue ici-même. »
James parlait avec une certaine nonchalance qui cachait, cependant, une réelle inquiétude. Harry la perçut sans mal.
« J'aimerais lui parler seul à seul. »
Kingsley s'arrêta à ces mots et jaugea le maraudeur avec prudence.
« Vous n'avez plus besoin de le préparer, il sait maintenant de toute manière. »
« Je crois qu'il y a des zones d'ombre qu'il pourra peut-être éclairer. »
« Dans ce cas, que cela se produise devant moi ou non, ne changerait rien. A moins qu'il ait peur de moi et que ça ne l'empêche de s'exprimer correctement. Tu as peur de moi, Harry ? »
Harry fronça les sourcils, il ne comprenait pas du tout ce qu'il se passait. Il peinait réellement à réaliser ce qui se déroulait devant lui depuis plusieurs minutes.
« Quoi ? Non. Bien sûr que... »
« Voilà. »
L'air victorieux de James fût balayé par la mine renfrogné du ministre. Kingsley reprit avec plus de douceur mais également, de fermeté.
« Juste deux minutes, ça ne sera pas long. »
James grimaça, incertain et jeta un coup d'œil à son fils, chercha par ce biais à obtenir son avis sur la question. Mais ce dernier semblait bien trop déstabilisé pour pouvoir lui fournir le moindre indice.
« Je ne comprends pas pourquoi... »
« Je ne fais que mon travail. Essayez de le comprendre. »
Le maraudeur sembla réfléchir et finit par soupirer en ôtant à regret, sa prise sur les épaules de Harry.
« Bien, d'accord. Deux minutes alors. »
Le geste sortit Harry de sa léthargie. Il beugla plus qu'il ne parla.
« Non ! Non... Il peut rester, il ne doit pas.., »
Sa voix se brisa. La panique l'obligeait à respirer précipitamment. Et s'il ne revenait pas ? Et s'ils n'avaient plus d'autres occasions de se revoir ? Non, il ne voulait pas prendre ce risque. Il s'en fichait pas mal du ministère, de ses plans et de ce que Kingsley voulait savoir. Il voulait juste avoir la paix et pouvoir rattraper tout ce temps qu'on leur avait ôté. Et ça, tant que cela pouvait durer. Parce qu'il ne pouvait pas croire que ça allait durer. Il arrivait encore à peine à y croire. La main de son père atterrit sur son bras très calmement.
« Ne t'en fais pas. On se retrouve là-haut, je te le promets. »
Harry déglutit douloureusement mais ne répondit pas. Il n'était pas du tout convaincu. Néanmoins, on ne lui laissait pas vraiment le choix. James lui adressa un sourire confiant avant de remonter les marches, non sans se retourner une ultime fois pour le regarder et préciser à son interlocuteur.
« Deux minutes, n'est-ce pas ? »
Il disparut ensuite et laissa à Harry, le loisir de contempler le vide qui le remplaçait déjà. Et si tout ça n'était qu'une affreuse erreur ? Un mirage, un piège ? Il réussissait à peine à tenir en place. Tout se bousculait désormais dans sa tête, il tentait de se souvenir de tout ce que Dumbledore lui avait enseigné sur la mort mais en vain. Rien n'était cohérent et pourtant, il ne pouvait pas avoir inventé ce qu'il venait de se passer.
« Nous pouvons nous installer dans cette classe. Viens. »
Harry suivit Kingsley à contrecœur, jetant un dernier regard à l'endroit exact où la silhouette de son père s'était évanouie. Il espérait obtenir des réponses. Mais il voulait plus encore pouvoir grimper, lui aussi, cet escalier pour retrouver sa famille. Ils étaient aussi impatients de le voir. Ils ? L'espoir lui serra le coeur et la crainte, les entrailles. Qu'est-ce que Kingsley allait lui annoncer ? Qu'il n'avait rien à attendre, rien à espérer ?
