Je remercie toujours et encore ma béta, Maryell.

4 La rencontre.

Harry finit son copieux petit-déjeuner en regardant la décoration de sa chambre. Il se sentait bien dans cette pièce de couleur rouge et crème, les murs étaient clairs et ressortaient très bien avec les tentures du baldaquin rouge et des rideaux aux fenêtres de la même couleur. Une cheminée allumée répandait une douce chaleur et le fauteuil sur lequel il était assis était très confortable.

Il y avait aussi une petite table ronde sur laquelle il déjeunait en ce moment, trois torches illuminaient la pièce, sous ses pieds il y avait un grand tapis crème avec des arabesques pourpres, le parquet brillait et sentait bon la cire, quelques toiles habillaient les murs, des paysages pour la plupart qui bougeaient aux grés de leur fantaisies.

Le jeune homme se sentait encore faible mais il ne voulait pas rester inactif, il était redevable envers le professeur et paresser dans son lit ne lui paraissait pas la meilleure solution pour le remercier.

Harry s'habilla et descendit en compagnie de l'elfe pour faire le tour de la demeure afin de se rendre compte des travaux à entreprendre. Quand le jeune homme se rendit compte de tout ce qu'il y avait à faire il ne douta plus de la nécessité d'avoir quelqu'un à domicile pour tout réparer. La visite dura deux heures.

A la fin, l'elfe et lui se dirigèrent vers le salon où, paraît-il, il fallait remettre en places des lames de parquet que le temps avait fini par user. Poppy lui montra aussi l'atelier qui se situait derrière le manoir et qui renfermait tout ce dont il aurait besoin pour les réparations et les menus travaux.

L'elfe le laissa là et partit s'occuper des cheminées qu'il devait alimenter en bois, il devait assurer aussi le déjeuner de l'ami de maître Snape qui rentrait de son travail vers quinze heures depuis quelques temps.

Harry chercha des lames de parquet, un marteau et des clous, ainsi qu'une poignée de fenêtre qui manquait dans le salon puis des tournevis et repartit vers le manoir le cœur léger. Pour la première fois depuis longtemps il se sentit mieux, l'avenir lui parut moins sombre.

Le Gryffondor jeta un œil sur la demeure aux pierres blanches et grises, elle avait l'air immense depuis le dehors et Harry comprit pourquoi Snape avait besoin de quelqu'un, l'elfe ne pouvait pas tout assumer seul. Les fenêtres de la maison aux tentures cramoisies semblaient le regarder, Harry sourit de sa bêtise et reprit son chemin. Poppy lui avait dit que le parc était magnifique en cette saison, il faudra qu'il aille y faire un tour quand il aura le temps, il avait toujours aimé les grands espaces arborés et les jardins.

En attendant là il devait réparer le plancher avant midi et s'il ne se trompait pas il ne devait pas être loin de onze heures.

Revenu dans le salon il déposa son matériel par terre et retira les lattes endommagées qu'il remplaça assez facilement, il les cloua habilement et regarda son travail avec fierté, ses mains sur ses hanches. Bon la suite ! Pensa-t-il en se dirigeant vers la fenêtre. Armé de son tournevis il dévissa la poignée et la changea par la neuve sans aucun problème particulier.

Le survivant fort de ses nouvelles aptitudes entreprit de nombreuses petites réparations après avoir prit un déjeuner dans la cuisine en compagnie de Poppy. Ils discutèrent joyeusement pendant le repas et Harry alla de nouveau dans son atelier pour récupérer un grattoir et de la peinture, pour refaire une partie du mur de la salle de bain dans une des chambres d'invités qui s'effritait, sous les cris de l'elfe qui lui proposa de se reposer pour le reste de la journée.

L'après-midi passa assez vite pour le jeune sorcier et le soir arriva; il rangea ses outils qui lui avaient rendu de grands services et se fit la réflexion qu'il n'avait pas aperçu l'ami du professeur. Harry était curieux de savoir comment était l'homme, il ne connaissait rien de la vie de Snape en dehors de l'école et apprendre qu'il avait un amant avait été un peu perturbant à vrai dire.

Il reconnaissait volontiers que le professeur était séduisant, un homme grand aux yeux mystérieux et aux cheveux mi-longs, un corps qu'il devinait parfait. Bien que Snape devait avoir trente huit ans, il n'en était pas moins superbe. Harry ricana, décidément la faim lui avait retournée l'esprit. Il passa prendre une bonne douche puis descendit aux cuisines rejoindre Poppy.

L'elfe lui sourit quand il le vit arriver, il le fit asseoir à la table et le servit généreusement, faisant déborder l'assiette, Harry rigola en lui disant que jamais il n'arriverait à avaler tout ça.

-Je vois que mon elfe vous soigne bien ! Retentit la voix grave de Snape en entrant dans la pièce, suivi d'un homme aux cheveux courts et brun et qui le jaugeait d'un regard mauvais.

-Professeur ! Dit Harry en se levant, gêné d'être là assis à cette table.

-Est-ce que vous allez mieux ?

-Oui, je vous remercie, monsieur.

Sans un mot de plus Snape ressortit, suivi de l'autre qui ricana dédaigneusement en toisant Harry.

-Je crois que je ne plais pas à l'ami du professeur, murmura le Gryffondor.

L'elfe ne répondit pas mais il secoua la tête en marmonnant. La discussion reprit entre les deux nouveaux amis, monsieur Harry comme l'appelait Poppy ne le prenait pas pour un être inférieur comme l'autre.

Quand il quitta la cuisine et abandonna Poppy à ses dernières préparations pour le matin suivant, il regagna sa chambre directement. Il ne tenait pas particulièrement à tomber sur les habitants du manoir en traînant dans les couloirs comme il le faisait à Poudlard.

Harry ne revit pas Snape pendant deux jours. Par contre, celui qui s'appelait Alan le suivait dans chaque pièce où il se rendait. Aussitôt qu'il arrivait au manoir, c'est-à-dire vers seize heures, l'homme, qui n'était guère aimable, lui faisait des remarques désobligeantes sur son travail. Au début Harry l'ignora puis il s'en agaça, mais il se contenait, il avait deviné que l'autre le poussait à bout pour le faire partir.

Poppy n'ignorait rien du double jeu de l'ami de son maître qui par jalousie s'évertuait à injurier monsieur Harry. Gentil avec le professeur et insultant envers le Gryffondor qui en perdait son entrain. Le garçon ne se plaignait pas, il ne disait jamais rien mais un jour, lui Poppy, entendit les insultes et il en frémit de colère et d'impuissance.

-Sale rat ! Lui disait l'homme. Tu n'es qu'un bon à rien qui va mendier auprès des autres. Pourquoi ne vas-tu pas te vendre au plus offrant dans les rues de Londres ? Ah oui c'est vrai ! ajoutait-il méchant en se tapant la main contre le front. Un laideron pareil, qui en voudrait ? Tu ne ressembles à rien, même ton cul ne doit pas valoir grand-chose, pourtant je suis sûr que pas mal de monde est passé par là, hein Potter ?

Poppy avait vu Harry continuer son travail la tête baissée, il n'avait rien rétorqué et l'autre avait fini par se lasser et était parti en balançant un coup de pieds dans un tabouret, renversant la peinture sur le sol de la salle de bain.

Le jour suivant, le dénommé Alan revint avec un regard un peu fou et prétexta un travail mal fait pour le gifler, Harry répliqua aussitôt, entrant malheureusement dans le jeu de l'homme qui n'attendait que ça. Le jeune sorcier plus petit que l'autre, moins lourd et surtout plus faible reçut une bonne raclée; il s'affaissa sur le sol, vaincu, alors que l'autre quittait la pièce satisfait de lui.

Pour les explications avec Sev, il avait déjà son idée, pensa Carter. Il dirait simplement que Potter l'avait provoqué et lui avait sauté dessus le premier. Après tout il n'avait fait que se défendre devant l'agressivité du survivant.

Harry se releva le nez en sang et quelques côtes cassées, il sortit hébété dans le parc et alla sans s'en rendre compte se cacher sous la tonnelle qui était entièrement recouverte de lierre. La douleur revint, pas celles des blessures non, celle beaucoup plus forte des séquelles que la bataille avait laissé sur son mental. Celle qu'il essayait d'oublier depuis des mois, la perte de tous ses amis et des autres.

Son bras le démangeait, il ferma les yeux très forts pour occulter le désir de se faire mal. Les images revenaient en force dans son esprit, des flashs de cadavres qui jonchaient le sol du parc de Poudlard, de mangemorts aux masques d'argent qui tuaient sans se poser de questions, de Voldemort au visage grimaçant et blafard qui ricanait de le voir souffrir.

Le jeune homme capitula, la boule au fond de sa gorge enflait, comme à chaque fois qu'il se sentait mal. Il avait promis de ne pas recommencer mais c'était trop dur, Harry se laissa glisser le long d'un banc et étira ses jambes, il prit dans la poche de son pantalon les outils qui s'y trouvaient et avisa un cutter. Il releva la manche de son pull et en reniflant, il se coupa plusieurs fois.

Le Gryffondor savoura la douleur à travers le brouillard de ses larmes, il vit le sang couler le long de son bras et ça l'apaisa, il reposa l'objet coupant sur le sol et ferma les yeux.

La nuit était tombée depuis deux heures et Poppy s'inquiéta de ne pas voir monsieur Harry, il n'était même pas venu dîner avec lui ce soir. Il avait entendu les cris de l'autre et se demandait ce qui avait bien pu se passer. L'elfe fit le tour des pièces et ne le trouva nulle part. Il allait sortir à sa recherche quand son maître apparut dans le hall, revenant de Poudlard.

-Poppy ! S'étonna le professeur. Où vas-tu? interrogea-t-il en le voyant enfiler une cape.

L'elfe était embarrassé, devait-il parler des cris qu'il avait entendu et de la disparition du survivant ?

-Je t'écoute et j'espère une réponse au plus vite !

L'elfe sursauta au ton employé.

-Monsieur Harry ne se trouve pas dans la maison, maître Snape, je voulais m'assurer qu'il n'était plus dehors par ce froid.

-Et que ferait-il dehors à cette heure et dans le noir ?

-Je ne sais pas, maître, répondit la petite créature en tordant ses mains maigrelettes derrière son dos, mais avec l'air évident qu'il était au courant de quelque chose.

-Poppy, ne m'oblige pas à crier et dis-moi tout de suite pourquoi Potter est sorti, ou plutôt pourquoi il n'est toujours pas rentré !

-Monsieur Alan, maître Snape ;

-Et bien quoi ! Monsieur Alan...

-Il lui a crié dessus, chuchota l'elfe de maison.

-Quand ? Questionna l'homme d'un ton glacial en renfilant sa cape sur ses épaules

-Cette après-midi, maître Snape.

-Très bien, va voir à l'atelier, je m'occupe du parc. Si tu le trouves avant moi, viens me le dire.

Ils sortirent ensembles et Snape marcha à longues enjambées en parcourant les allées, tout en s'éclairant de sa baguette. Il ne trouva rien pendant une bonne demi-heure puis il avisa la tonnelle et par acquis de conscience, décida d'y faire un tour. Et puis, ça semblait une cachette idéale pour quelqu'un qui ne voulait pas se faire voir.

Le professeur découvrit une forme recroquevillée contre un banc. Il soupira, soulagé, quand il entendit un souffle retentir doucement à ses oreilles.

-Potter ! Cria-t-il quand il vit le sang couler le long du bras du garçon. Quand allez-vous comprendre qu'il ne sert à rien de faire ça, ces mutilations ne vous sortiront pas de votre détresse !

-Je suis désolé, murmura Harry. Je sais que j'avais promis.

-Oui vous aviez promis et à la première occasion, parce que quelqu'un vous crie dessus vous recommencez ! L'admonesta Snape, hors de lui.

-Je suis désolé.

-Arrêtez de dire ça, Potter ! Vous ne l'êtes pas sinon vous ne l'auriez pas refait.

-Je vais m'en aller, je n'amène que des ennuis où que j'aille, vous n'auriez pas dû m'amener ici.

-Relevez-vous, nous rentrons au manoir. Je veux que vous preniez une douche chaude en arrivant et que vous vous mettiez au lit. Poppy vous portera à dîner.

-J'ai pas faim.

-Vous mangerez quand même !

Harry se leva avec difficulté et c'est quand il fut debout que Snape se rendit compte du visage tuméfié et de la lèvre fendue qui saignait encore.

-Je crois que Poppy ne m'a pas tout dit, annonça l'homme avec un ton menaçant. Qui vous a fait ça ? Bien que j'en aie une petite idée.

-Je préfère ne pas en parler professeur, je veux juste partir et retourner là d'où je viens, ça nous évitera bien des ennuis.

-Retournons au manoir Potter, nous devons soigner ça !

Harry fit un pas et chancela, l'homme le rattrapa et le mit debout.

-De toute évidence vous n'y arriverez pas. Je vais nous faire transplaner jusque dans votre chambre, est-ce que ça va aller ?

-Oui, professeur je pense que ça ira.

-Accrochez-vous plus fort à moi si vous sentez que vous ne tenez pas le coup.

Harry s'approcha un peu plus et timidement, s'agrippa au bras de l'homme. Celui-ci bougonna et le plaça d'autorité entre ses bras, bien calé contre son torse.

Snape fut surpris quand Harry entoura sa taille de ses bras, mais il le fut encore plus quand il se surprit lui-même à respirer son odeur charnelle. Salazar ! Qu'est-ce qu'il aimait ça, cette odeur envoûtante et ce corps pressé contre le sien en toute innocence.

-Ne bougez plus nous partons, lui dit-il en fermant les yeux, le temps de revenir dans la chambre du Gryffondor.