Disclaimer : Les personnages de Harry Potter ne m'appartiennent pas, mais l'histoire, si !

Couple : Théodore Nott/Seamus Finnigan.

Rating : T.

Et nous, vous ne rêvez pas ! Voici le 4e chapitre de cette fic où les choses commencent gentiment à bouger ! Promis, la fin sera un peu plus joyeuse que celle du précédent chapitre. Merci à Challi pour sa correction :D

Bonne lecture !


Chapitre 4

Ça commençait à bien faire, songeaient Draco et Blaise en buvant leur café sur la terrasse. Ils échangèrent un regard entendu qui reflétait tout leur agacement quant à la situation. Face à eux, Harry regardait leur petit manège en soupirant. Il savait très bien que ces deux-là crevaient d'envie de lui demander d'intervenir, et même si la situation lui pesait autant qu'à eux, c'était hors de question qu'il s'immisce à nouveau dans les histoires de couple de leurs colocataires.

La veille, Théo était rentré assez tard avec Draco et s'était couché dans son lit comme si de rien n'était. Il avait le visage tendu et avait à peine répondu à Harry, alors installé sur le clic-clac déplié avec Seamus qui regardait l'écran d'un air absent. Après une longue, très longue hésitation, l'Irlandais avait fini par se lever pour retourner dans son lit, malgré la proposition de Draco d'aller rejoindre Théo pour la nuit.

Les yeux ouverts dans le noir, Draco et Harry avaient écouté le silence de l'appartement, espérant entendre de petits chuchotements inaudibles, signe que le couple embrouillé revenait sur leur dispute. Mais il n'en fut rien, et finalement, Harry se blottit contre son petit ami et tenta de trouver le sommeil. Le lendemain matin, Théo s'était levé aux aurores, comme d'habitude, et il était parti chercher le pain avec Draco. Ce dernier envoya un message sans grand espoir à son meilleur ami qui était en réalité bien réveillé et qui descendit les accompagner dans leur courte balade.

Si Théo parut de bonne humeur avec eux, il se referma totalement une fois de retour à l'appartement. Il n'échangea pas un mot avec Seamus qui tenta vainement de l'approcher, par des mots ou des gestes, s'enfermant dans une ignorance presque totale de sa personne. Blaise avait beau ne pas avoir de sympathie particulière pour l'Irlandais, il trouvait son comportement blessant, même s'il savait pertinemment que le comportement de Seamus était inacceptable. Par ailleurs, il ne comprenait pas bien l'attitude de Théo : sans compromis, un couple ne pouvait guère durer, et s'il commençait comme ça avec Seamus, ça risquait de ne pas survivre bien longtemps.

Depuis quelques minutes, Théo était en train de préparer des sandwichs pour leur escapade dans les terres. Draco lui avait proposé son aide mais le jeune homme avait haussé les épaules : il aimait bien préparer à manger et ça ne lui prendrait pas tant de temps que ça. À côté de lui, Seamus était en train de faire la vaisselle, et de là où ils étaient, les trois comparses voyaient très bien qu'ils n'échangeaient pas un mot. Théo faisait la gueule et semblait bien parti pour faire durer les choses.

Au bout d'un moment, Harry jeta un regard discret derrière lui, puis soupira et se tourna vers Draco, l'air las.

« Dray, il reste des timbres ?

- Des timbres ? Pourquoi ?

- Pour poster des lettres, beau blond ! T'as de ces questions, des fois…

- Arrête de me prendre pour un con, toi !

- Je te demande s'il reste des timbres, c'est le cas ou pas ?

- J'en sais rien, mais de toute façon t'as déjà envoyé des cartes non ?

- J'en ai pas envoyé à tes parents.

- Et alors ?

- Et alors on va aller acheter des cartes et des timbres. T'en dis quoi ? »

Draco ouvrit la bouche pour répondre mais comprit aussitôt que son copain avait juste envie de sortir de l'appartement et de laisser ces deux crétins ensemble. Blaise lui souffla que ce ne serait peut-être pas très productif mais le brun répliqua, à juste titre, que ce serait toujours mieux que d'être là à attendre que ça se passe alors que de toute évidence aucun des deux ne ferait le premier pas pour s'isoler dans leur chambre. Le black haussa les épaules et décida de les accompagner, non sans envoyer un message à Luna.

Du coup, ils se levèrent et débarrassèrent la petite vaisselle qui restait encore sur la table. Ils gagnaient l'espace cuisine quand Seamus leur dit de tout poser dans l'évier, il allait prendre sa douche. Il ne voulut pas les accompagner, même si à son regard, Harry vit très bien qu'il avait saisi le pourquoi de leur départ. Le but n'était pas non plus d'être particulièrement discret… Par contre, Théo était tellement perdu dans ses pensées qu'il ne parut pas comprendre leur démarche. Au final, ce n'était pas plus mal.

En quelques minutes, Théo se retrouva donc seul dans la cuisine. Il avait très mal dormi la veille et il s'était réveillé très tôt, luttant pour ne pas se lever avant au moins huit heures. Il comptait s'habiller en vitesse et sortir, histoire de respirer et oublier les problèmes de la veille. Mais en sortant de la salle de bain, il avait découvert Draco debout derrière la porte, ses affaires sous le bras, et malgré son air agacé qui voulait dire beaucoup de choses, il avait attendu qu'il se douche et ils étaient partis ensemble, après que Blaise ait descendu les escaliers pour les rejoindre.

Il savait qu'il fuyait le problème, que Seamus faisait tout pour essayer de les rabibocher et que Théo refusait de faire des efforts. Pourtant, il n'était pas du genre rancunier en temps normal, il aurait sans doute tiré un trait sur cette engueulade. Mais ce qui le crispait complètement, c'était que Harry et Draco s'en soient mêlés. Bien évidemment, il n'était pas en colère contre eux, mais il avait ouvert son cœur au blond la veille et Harry avait dû consoler Seamus, et les voir impliqués dans leur embrouille l'embarrassait terriblement. Du coup, il n'arrivait pas à jeter l'éponge, et en plus, il ne savait même pas ce que Harry avait pu entendre ou lui raconter la veille. Et l'idée que son meilleur ami prenne le parti de son colocataire lui donnait vraiment mal au ventre. Mais si jamais Théo avait abordé le sujet avec lui ce matin, il savait qu'il aurait disjoncté si jamais Harry avait soutenu Seamus.

Ce dernier sortit de la salle de bain. Théo lui jeta un rapide coup d'œil : il portait un pantacourt en jean si près du corps qu'il avait sans doute dû le trouver au rayon femme ainsi qu'un débardeur bleu pâle qui apportait une certaine fraîcheur, tant sa peau avait bronzé ces derniers jours. Théo leva les yeux au ciel en se disant qu'il en avait marre. D'accord, il n'était pas tactile et Seamus l'embarrassait la moitié du temps, mais putain qu'il avait envie de le prendre dans ses bras et juste oublier cette engueulade. Comment ce crétin pouvait-il penser un seul instant qu'il pourrait se laisser tenter par n'importe quelle gonzesse lui passant sous le nez, lui qui ne choisissait jamais ses copines à la légère ? Bon, d'accord, il était sorti avec Veronica sur un coup de tête, mais ils se connaissaient depuis un bout de temps…

Lui dire qu'il le trouvait mignon lui paraissait trop difficile, trop intime. Alors que c'était le cas, même si Théo luttait pour ne pas trop le regarder. Pourtant, ç'aurait résolu des problèmes, mais pas tous. On ne guérit pas la jalousie à coups de compliments sur ses jambes. Oui, Seamus avait des jambes superbes, quoiqu'un peu petites. Non, elles étaient juste parfaites, ses jambes. C'était même le truc qui l'empêchait de le regarder sans arrêt, parce que s'il ne se retenait pas, il passerait son temps à les mater…

Maudits fantasmes.

« Théo ? Je peux t'aider à faire quelque chose ? »

Le jeune homme hésita quelques secondes puis décida de lui répondre.

« Ouais. Tu peux nettoyer ça, s'il te plaît ? »

Quelques bols et emballages plastiques traînaient sur le plan de travail. Seamus eut vite fait de les mettre dans la poubelle et d'attraper l'éponge pour nettoyer la vaisselle. Un silence flotta entre eux, puis Théo prit la parole, s'adressant vraiment à lui pour la première fois de la journée.

« Plus d'engueulades comme ça, Seam'. Plus jamais. »

L'Irlandais ne répondit pas tout de suite, ses mains mouillées allant et venant sur les couverts recouverts de chocolat et de confiture.

« Je te demande pardon pour hier. C'est allé trop loin et je m'en veux.

- On peut pas avancer comme ça. C'est pas possible.

- Je sais.

- Que tu sois possessif, je conçois, vraiment. Mais là, ça va beaucoup trop loin. On s'engueule devant mes amis, on s'engueule ici… Pour des conneries pareilles…

- Tu savais à quoi t'attendre.

- Pardon ?

- Tu sais très bien que je suis quelqu'un de jaloux. Tu le savais déjà avant qu'on devienne amis, quand je te parlais de Draco. »

Théo lui jeta un regard atterré. Bien évidemment qu'il était au courant et bien sûr qu'il comptait lutter contre ça pour que leur relation soit saine. Mais comment Seamus pouvait-il lui en parler avec autant de calme, comme si cet état de fait ne pouvait être changé ? Pas étonnant que tous ses mecs se soient barrés s'ils étaient les seuls à devoir faire des concessions pour faire tenir leur conversation.

« Non mais tu t'entends ? Je devrais accepter cet état des choses ? On est deux, Seamus, on est deux personnes très différentes. Ça ne peut pas marcher dans un seul sens.

- Je suis d'accord avec toi.

- Alors on ne peut pas rester sur « Je suis jaloux, démerde-toi avec » ! »

Seamus le regarda enfin. Il coupa l'eau, tourna la tête, prit une grande inspiration et le regarda à nouveau.

« Tu viens de le dire, ça ne peut pas aller que dans un sens. Donc on doit prendre en considération le caractère de chacun. Je pense, Théo, avoir fait beaucoup d'efforts de mon côté. »

Son regard franc et ses mots le déstabilisèrent. Théo réalisa soudain que la patience de Seamus avait été mise à rude épreuve en deux mois.

« D'accord, je suis un casse-couille de première, d'accord, je suis trop possessif, mais tu ne peux pas dire que je ne fais pas d'efforts, que je prends pas sur moi. Parce que c'est pas vrai. Tu es très égoïste, ou plutôt, tu es très égocentrique. Tu ne regardes qu'un côté du tableau : le tien.

- Tu exagères.

- Pas du tout. D'accord, j'ai eu tort hier, j'ai déconné, et je le reconnais. Je peux te promettre de faire des efforts, mais arrête de penser que je suis le seul à devoir faire des efforts, parce que tu n'es pas quelqu'un de facile. Et je ne dis pas ça pour porter la faute sur toi ! Tu ne portes aucune considération à mes sentiments, à…

- Absolument pas ! D'accord, je reconnais aussi que je ne suis pas facile à vivre, mais je ne suis pas sans-cœur non plus ! Si on est dans cette situation, c'est parce que tu l'as cherché.

- Ce n'est pas vrai…

- Bien sûr que si ! Tu es jaloux d'Annabelle parce qu'elle me drague, mais au début, elle était juste sympathique. Elle n'aurait pas changé de comportement si tu n'avais pas voulu m'empêcher de lui parler. Tu as peur que les autres te trahissent mais tu les pousses à le faire. Je l'ai laissée faire pour t'emmerder. Pas parce que je suis intéressé.

- Je sais. »

Ces deux mots furent particulièrement difficiles à prononcer. Cette conversation était plus douloureuse que Théo ne l'aurait pensé, aussi bien pour lui que pour Seamus. Il n'avait pas vu le problème sous cet angle-là, et parce qu'il n'était pas de si mauvaise foi que ça, il reconnaissait que la situation n'était pas facile pour lui. Mais il y avait des limites à ne pas dépasser malgré tout, et au final, il n'avait rien fait de mal : pas de gestes déplacés, pas de flirt et pas de sous-entendu ambigus.

« Mais ça reste un manque de respect pour moi.

- Tu le perçois comme ça parce que le simple fait de parler avec une fille est un crime pour toi ! Je sors avec toi, je ne vais pas aller draguer la première gonzesse qui me passe sous le nez. Tu n'as pas confiance en moi, il est là, le problème.

- Donc pour toi, tout est de ma faute et je devrais te faire confiance aveuglément, sans avoir peur de toutes ces filles qui te matent sans arrêt.

- Je pense que tu me connais assez pour savoir que je suis fidèle en amitié et respectueux envers les autres. C'est la même chose en amour.

- C'est facile, pour toi. Si j'allais draguer des hommes, tu ne réagirais pas de la même manière.

- Mais je ne drague personne, bordel ! C'est toi qui n'arrives pas à te raisonner ! Tu portes tout sur ta jalousie et tu penses que je n'en ai rien à foutre de toi et de ce que tu ressens… Si c'était vrai, tu crois que je me sentirais aussi mal ? Tu crois que j'aurais réagi, hier ? Si je m'en fichais, je t'aurais laissé beugler jusqu'à ce que tu te calmes ! »

Seamus ne répondit pas. Il essuyait de la vaisselle avec des gestes d'une lenteur contrôlée. Sur son visage, Théo vit qu'il essayait de contrôler quelque chose, mais il ne savait pas quoi. Puis, l'Irlandais lâcha le verre qu'il astiquait, posa le chiffon et se tourna complètement vers lui. Ses yeux brillaient, un peu comme s'il se retenait de pleurer ou qu'il était blessé. Et cette vision fut comme un coup de poignard.

« Tu me demandes de te faire confiance. De croire en toi. Mais tu ne me donnes rien, absolument rien, pour que je puisse avoir confiance en nous. »

Théo écarquilla ses yeux sombres de surprise.

« Avec toi, je dois sans arrêt négocier. Pour avoir un câlin, un bisou, pour pouvoir te mettre de la crème solaire, pour… Même pour te regarder, je dois négocier. Tu ne fais aucun pas vers moi, tu ne cherches pas à me rassurer ni à me montrer que je suis au-dessus de cette fille. Oui, j'ai des défauts, oui, je suis trop possessif. Mais je ne peux même pas me raisonner parce que je n'ai rien à quoi m'accrocher pour me calmer. »

Son estomac se tordit dans son ventre, alors qu'il voyait le visage de Seamus se brouiller de plus en plus. Il parlait d'une voix lente et mal assurée, comme si ses paroles lui en coûtaient d'être prononcées. Et Théo, lui, se sentait comme une merde.

« Pour toi, c'est facile. Tu te poses en victime mais tu n'es pas celui qui souffre le plus, ici. Je ne vais pas m'excuser sans arrêt pour mon comportement, je pense que je l'ai assez fait. Mais les engueulades qu'on a eues ici, c'est pas grand-chose au final par rapport à ce que j'endure depuis deux mois. Tu m'as insulté et manqué de respect plusieurs fois, je supporte ton dégoût du mieux que je peux, et si parfois j'en peux plus parce que tu sais vraiment pas ce que tu veux, je le garde pour moi. Moi, je te montre sans arrêt que je tiens à toi. Mais toi, pas du tout. Tu me repousses sans arrêt, et si j'avais pas autant envie d'être avec toi, j'aurais déjà tout arrêté parce que ça fait un mal de chien quand ton mec ne te donne pas l'unique baiser de ta journée à cause d'une engueulade, et que si t'étais pas venu le chercher, ce baiser, eh bien tu ne l'aurais jamais eu. Et tu sais même pas si ça aurait manqué à ton mec de ne pas avoir de bisou. »

Seamus mit fin à sa longue tirade, la bouche grimaçante et les yeux humides. Planté devant lui, Théo ne savait plus quoi dire. Il se sentait affreusement mal et ne savait plus quoi dire ou faire pour rattraper les choses. Parce que Seamus avait raison, putain, il avait parfaitement raison… Seamus était en insécurité, il avait peur que tout ce qu'il avait réussi à construire se casse la gueule. Et Théo, avec ses grands sabots, ne cherchait même pas à comprendre ce qu'il ressentait.

« Ecoute, on va s'arrêter là. De toute façon, ça ne nous mène pas à grand-chose. Je t'ai demandé pardon, je pense que tu acceptes mes excuses, je vais essayer de faire des efforts et de prendre sur moi, je te le promets. J'ai pas envie de tout gâcher à cause de cette conne. Maintenant, je vais me passer un coup d'eau sur le visage et ça ira mieux. »

Après un sourire qui ressemblait plutôt à une grimace, Seamus tourna les talons et se pressa vers la salle de bain. Sans réfléchir, Théo le suivit à grands pas, et quand son ami se tourna pour pousser la porte, il eut la surprise de le voir derrière lui. Mais aussitôt, il leva les bras devant lui pour arrêter tout mouvement de sa part. ses yeux étaient si humides qu'ils en devenaient presque globuleux.

« Non. Pas de câlin. Pas comme ça.

- Je te demande pardon Seam', je…

- Je veux pas de ça. Pas de câlins parce que tu t'en veux ou parce que t'as pitié. J'en ai marre, de ça. Sors, s'il te plaît. J'irai mieux dans cinq minutes et on fera comme si tout allait bien après. S'il te plaît. »

Théo voulut argumenter, mais l'Irlandais ne le regardait plus et semblait si mal qu'il préféra rebrousser chemin. Il avait mal au ventre et du remord lui torturait l'esprit. Il alla s'asseoir dans le clic-clac et se massa le crâne. Tout était définitivement très compliqué avec Seamus et leurs soucis n'étaient pas dus qu'à des caprices de sa part.

Il devait se reprendre. Pour eux deux.

Une conversation avec Harry s'imposait également.

OoO

Il faisait déjà très chaud quand ils avaient décidé de prendre la voiture. Ainsi, ils avaient roulé avec les fenêtres à demie ouvertes, histoire de rafraîchir l'intérieur et d'avoir le plaisir de sentir le vent ébouriffer leurs cheveux. C'était très con mais ils s'étaient bien marrés au début du trajet et le sourire était resté sur leurs lèvres jusqu'à leur arrivée.

C'était au cours du dîner de la veille, juste avant que Seamus n'explose, qu'ils avaient choisi le lieu de leur expédition. Parce que certains souhaitaient aller à Montpellier, ils avaient décidé de faire un peu de tourisme dans cette ville et ensuite monter à la grotte des Demoiselles, où on pouvait admirer stalactites et stalagmites moyennant finances. Bon, en vrai, c'était Cho qui avait proposé l'idée et tout le monde avait paru motivé. Sauf Théo, forcément. Il était même carrément contre parce que ça ne l'intéressait pas le moins du monde. Pourtant, il s'était rangé à leur avis quand son colocataire avait dit qu'il n'en avait jamais visité et que ça devait être très joli.

Même si Cho était heureuse de ne pas avoir à négocier avec Théo, alors fermement décidé à rester à Montpellier avec Draco et Harry, ce dernier ne pouvant pas vraiment accéder à la grotte vu son état, elle avait quand même été contrariée. Une simple phrase et Seamus avait réussi à le faire changer d'avis. Et encore, il l'avait dit sur le ton de la discussion sans vraiment chercher à convaincre son colocataire en pensant sans doute que de toute façon, s'il ne venait pas, il pourrait toujours avoir une petite place dans une voiture. Cho n'était même pas persuadé qu'à ce moment-là l'Irlandais avait vraiment envie de les suivre, d'ailleurs…

En fait, elle pensait qu'il les avait suivis parce que l'autre y allait, de façon plus ou moins consciente. Et ça la contrariait.

Leur relation la contrariait.

Un peu plus loin devant eux, Seamus était penché en avant et regardait une impressionnante stalactite avec Luna. Ils lui faisaient l'effet de deux gamins surexcités. Juste à côté, les mains dans les poches, Théo semblait les regarder faire. Cette visite ne l'avait que vaguement intéressé à leur arrivée et avait eu vite fait de l'ennuyer, lui qui était pourtant bon public en règle générale. Il avait donc suivi Seamus à la trace du début à la fin, et alors que ce crétin était encore en train de s'émerveiller sur ces pics vieux comme le monde, il restait près de lui.

Cho ne comprenait pas leur relation. Et par ailleurs, elle ne la soutenait pas non plus. Pourtant, quand Théo avait fait son espèce de coming-out et qu'il lui avait parlé de son attirance pour Seamus, elle était prête à le soutenir. Elle savait à quel point cette situation pouvait être compliquée et elle l'aimait trop pour le laisser souffrir en silence. Mais très vite, son envie de l'aider s'était essoufflée, pour la bonne et simple raison qu'avec Seamus, ça ne passait pas.

Elle avait essayé, pourtant. Mais ça ne passait pas. Elle n'aurait su dire pourquoi. Des pédés comme lui, elle en fréquentait des tas. Il n'était pas bien grand, et même carrément petit à côté de Théo, mais il en fallait peu pour paraître petit à côté de ce grand dadais, il était plutôt mignon et il avait des manières qui ne laissaient aucun doute à ses pratiques au lit. Cho ne le trouvait pas spécialement beau, même s'il avait du charme, et il avait de l'humour, quand on le connaissait un peu. En somme, il n'était pas spécialement désagréable.

Mais ça ne passait pas.

Peut-être que s'il avait été avec un autre homme que Théo, ce serait passé. Mais sa relation avec lui était si bancale, si mal fichue qu'elle ne comprenait même pas qu'ils soient encore officiellement ensembles. C'était peut-être ça qui rendait les choses difficiles : Théo consacrait beaucoup de temps à son colocataire qui l'enfermait peu à peu dans une relation malsaine où il peinait à trouver sa place. Leurs engueulades à répétition, la possessivité irraisonnée de Seamus et cette incapacité de Théo à lui rendre son affection, après deux mois de relation, montraient bien qu'ils n'étaient pas faits pour être ensemble.

Depuis la veille, Cho mourait d'envie de le prendre à part et de lui parler. Elle ne voulait plus voir son ami dans un état pareil à cause d'un hystérique pas fichu de différencier flirt et conversation amicale. Mais ce matin, elle avait eu la connerie d'évoquer le sujet avec Harry qui, le sourire aux lèvres, lui avait interdit de se mêler des histoires de cœur de Théo. Il lui dit qu'elle ne voyait les choses que d'une petite fenêtre et qu'il était hors de question qu'elle mette la pagaille là-dedans. Forcément, l'Asiatique avait répondu que lui était trop impliqué pour voir les choses aussi clairement qu'il le souhaitait, mais le tatoueur avait été catégorique : si jamais elle parlait à l'un ou à l'autre et que ça arrivait à ses oreilles, ça allait barder.

Ils n'ont pas besoin de ça, qu'il avait dit.

Forcément, Cho avait été très froissée par cette attitude protectionniste qui, certes, ressemblait beaucoup à Harry, mais qui l'excluait totalement de cette histoire. Elle ne voyait pas ce qui pouvait bien lui échapper, Seamus n'était pas un monstre d'amour compréhensif, loin de là. C'était un pédé qui essayait de convertir un hétéro largué qui oscillait entre son amour des femmes et son attirance pour un homme capricieux et maniéré. Mais il fallait croire qu'il avait réussi à attendrir Harry et à le mettre de son côté.

Cho n'était pas assez honnête envers elle-même pour reconnaître que l'amitié naissante entre Harry et Seamus lui posait un gros problème. Elle voyait bien qu'ils étaient très proches, en dépit de l'histoire que l'Irlandais avait vécue avec Draco, et elle ne comprenait pas.

Elle ne comprenait pas comment Harry pouvait se sentir bien avec l'ex de son copain, elle ne comprenait pas comment Draco pouvait tolérer sa présence et dormir non loin de lui, et elle n'admettait pas que Théo se soit autant rapproché du blond, au point que lorsqu'ils se baladaient ensemble, ils étaient systématiquement l'un à côté de l'autre. Qu'il y ait Harry ou pas.

Ça la dépassait. Cho savait Harry tolérant, mais il y avait des limites à ce qu'on pouvait accepter. Et qu'il apprécie sincèrement Seamus la dépassait complètement. Ayant surpris une conversation entre Blaise et Luna sur le balcon, elle avait compris que ces deux-là avaient des conversations plutôt intimes : la jeune fille disait qu'elle était contente que Harry s'entende si bien avec Seamus parce qu'il y avait des choses qu'il ne pouvait aborder avec elle et que c'était bien qu'il puisse se confier à quelqu'un.

En l'entendant parler, ç'avait été comme un coup au cœur. Il lui arrivait souvent de parler de cul avec Harry et ce dernier s'était parfois allé à quelques confidences, mais Cho n'avait jamais cherché plus loin, pensant qu'il était trop prude pour lui raconter ses parties de jambes en l'air. Mais visiblement, il n'avait pas cette réserve avec Seamus. Si elle était mauvaise langue, elle dirait que c'était malsain de parler de cul à l'ex de son chéri. Mais il n'y avait pas que ça.

Elle ne comprenait pas pourquoi il lui en parlait à lui, et pas à elle. Et bien malgré elle, Cho ne pouvait s'empêcher de se sentir jalouse. Dans le fond, la vie sexuelle de Harry ne la passionnait pas spécialement, mais qu'il se montre si intime avec un type qu'on ne connaissait que depuis quelques mois la blessait.

Qu'il soit devenu si important la blessait. Alors qu'elle avait été là dans les pires moments, elle connaissait tout de lui…

« Cho, tu viens ?

- Oui oui ! »

La boule au ventre, elle se rapprocha du groupe. Seamus et Théo étaient en train de se chamailler dans leur coin, mais avec une certaine tendresse. C'était différent de la veille où ils étaient prêts à se sauter sur la gueule… Là, Seamus souriait et Théo levait les yeux au ciel. Alors qu'ils allaient entamer la remontée, il lui passa la main dans les cheveux. Lui si avare en attention, Cho trouva son geste plus intime que n'importe quel autre.

Et ça le faisait chier. Vraiment. Théo méritait bien mieux que ça et ce crétin ne le méritait pas, lui.

OoO

« Mais quelle belle bande de branleurs…

- Tu croyais qu'on allait vous attendre assis sur le trottoir ?

- Désolé Théo, mais on a passé l'âge. Asseyez-vous, je vous offre à boire.

- Merci beau blond ! »

Aussitôt, les deux jeunes hommes prirent une chaise et s'assirent avec eux. Un serveur ne tarda pas à venir prendre leurs consommations et Théo s'autorisa une bière, Draco lui promettant de conduire au retour. Seamus et Harry commandèrent la même chose, ce qui attira un regard dubitatif du blond envers son petit ami. Ce dernier lui fit un sourire : avec lui qui ne buvait jamais d'alcool, Harry n'en consommait presque jamais, mais là, il pouvait se faire plaisir.

« Alors, cette grotte ?

- C'était très beau ! J'ai vraiment adoré.

- Théo n'a pas l'air de ton avis. »

Ce dernier jeta un regard très éloquent à Draco qui ricana. Ce dernier avait profité sans la moindre honte de l'handicap de Harry pour ne pas les accompagner. Le tatoueur ne voyait aucun problème à rester seul à l'appartement, il avait des coups de fil à rattraper, mais Draco ne l'entendait pas de cette oreille. Du coup, après une petite balade en ville et un pique-nique dans un parc en plein soleil, Théo les avait laissés en ville pour aller à la grotte avec Seamus.

Et visiblement, Théo ne semblait pas avoir été enchanté par la visite des lieux. Il n'y avait guère que Seamus qui semblait avoir passé un très bon moment. Pourtant, vu leur silence à tous les deux quand ils étaient revenus de leur balade, juste avant de partir pour Montpellier, rien ne laissait présager qu'ils allaient passer une bonne journée. Mais une fois en voiture, avec le vent dans les cheveux, l'ambiance s'était réchauffée et ils avaient passé un bon moment tous les quatre dans la ville.

« Vous avez acheté des souvenirs ?

- Chéri, ce n'est pas parce que tu adores faire ton touriste Chinois dans les lieux touristiques que…

- Seamus a voulu aller dans la boutique, beau blond.

- J'ai rien dit.

- Et t'as acheté des trucs ?

- J'ai voulu mais Théo m'a pris mon porte-monnaie.

- Avoue que tu voulais juste me faire chier ! »

L'Irlandais lui fit un grand sourire qui signifiait qu'en effet il avait juste voulu l'emmerder à ce moment-là. Il enchaîna avec un petit résumé de leur balade, sans entrer dans les grands détails. Contrairement à ce qui était prévu, les autres n'étaient pas repassés par Montpellier, donc ils auraient droit à leur récit détaillé dans peu de temps. Mais Théo s'accorda à dire qu'il s'était ennuyé et que si Seamus n'était pas venu, avec sa connerie naturelle, il se serait vraiment fait chier. L'Irlandais préféra ne pas relever l'insulte et répliqua qu'il était content que son ami l'ait accompagné. Le regard de ce dernier se fit fuyant et son visage quelque peu gêné.

Harry trouva ça adorable mais ne fit aucune remarque. Leurs consommations arrivèrent et la conversation dériva sur les jumeaux qui avaient fait si peur à Hermione en lui sautant dessus qu'elle avait poussé un hurlement si suraigu que Millicent avait manqué de tomber sur la rambarde la séparant d'immenses stalagmites. Le fou rire tonitruant de Fred et Georges avait entraîné celui des autres. Mais bizarrement, Seamus et Luna avaient été écartés des rambardes par les mains solides de Blaise et Théo. L'anecdote fit beaucoup rire les amoureux.

Un peu plus tard, ils allèrent chercher la voiture, écoutèrent sagement Théo se plaindre de ces putains de places payantes, puis partirent en direction d'Agde.

OoO

Ils s'étaient engueulés. Encore une fois. Parce qu'elle s'était collée à son dos à la piscine, parce qu'il l'avait attrapée pour la noyer, qu'il était allé boire un verre avec Ron, les jumeaux et Olivier chez eux sans l'avertir, et parce que Cho avait sous-entendu qu'ils feraient un joli couple.

Ç'aurait pu aller loin. Les autres lui disaient qu'il exagérait et qu'il voyait le mal partout, Théo n'avait pas à lui rendre des comptes ni à se réfréner pour son bon plaisir. Draco avait même commencé à hausser le ton en lui disant de gueuler ailleurs que dans l'appartement, ça ne regardait que lui et son copain, les autres n'avaient pas à être témoins de sa jalousie et du manque de réactivité de Théo, qui laissait traîner les choses sans prendre le taureau par les cornes.

Forcément, son ami avait très mal pris sa remarque et la dispute aurait pu s'envenimer si le jeune homme n'avait pas préféré battre en retraite en tirant Seamus par le bras. Ils avaient dévalé les escaliers, manquant de tomber dans leur précipitation. Et à présent, ils étaient là, tous les deux, ne sachant plus quoi se dire. Théo avait envie de gueuler, parce que putain ça faisait deux fois que ça arrivait en vingt-quatre heures, et en même temps, il savait que c'était inutile. Seamus, face à lui, avait les bras croisés sur son torse, l'air à la fois buté et triste.

« Allez viens, on va s'asseoir. »

L'Irlandais le suivit. Ils s'assirent sur le clic-clac et regardèrent la télévision éteinte quelques secondes. La colère avait disparu mais elle avait laissé derrière elle du ressentiment et des remords.

« Bon. On a eu une conversation ce matin et visiblement on n'a pas tellement avancé.

- C'est de ma faute.

- Ecoute, Seam', tu…

- T'aurais pas dû y aller sans me le dire.

- Je croyais que c'était de ta faute ?

- Tu me l'aurais dit, j'aurais pas craqué.

- Je te l'aurais dit, tu te serais incrusté ou bien tu m'aurais fait des reproches après. En tout cas, au final, tu m'aurais emmerdé et j'avais pas envie d'être énervé avant d'aller chez eux. Et, enfin, je n'ai aucun compte à te rendre. »

Seamus inspira profondément, retenant tout ce qu'il avait envie de lui cracher au visage. Pour lui, c'était comme une trahison et il n'en avait rien à foutre de paraître excessif dans ses réactions. Une gonzesse le draguait ouvertement devant lui et il devait rester là sans rien faire ? Bah voyons. Et il devait faire confiance à un hétéro pas fichu de lui faire un câlin le matin et de l'embrasser sur la bouche sans hésiter ? Bah voyons…

« T'aurais pas dû aller là-bas.

- Je fais ce que je veux.

- Pas comme ça.

- Ne tire pas cette tête-là, bordel… Tu m'as dit pourtant que t'allais faire des efforts et que ça allait mieux, cette après-midi !

- Je suis pas plus rassuré pour autant.

- J'ai passé tout mon temps avec toi. Je t'ai même suivi dans cette grotte pour te faire plaisir et je n'ai quasiment parlé à personne. Ne me dis pas que je ne fais pas d'efforts, c'est pas vrai.

- Tu te faisais chier, aussi.

- J'ai quand même été là.

- Ouais.

- T'as pas l'air convaincu.

- Ça m'énerve.

- Moi, ça me fait chier. »

C'était un cercle sans fin dont il était difficile de sortir. Théo se faisait cette réflexion quand, soudain, la porte de l'appartement s'ouvrit. Draco et Harry entrèrent en silence, et quand Théo croisa le regard du blond, il se rappela des paroles qu'ils avaient échangées au troisième étage. Contrarié, il n'entendit pas tout de suite la question de Harry qui s'avançait avec ses béquilles vers le canapé.

« Ça va mieux, vous deux ?

- Ouais.

- Si c'est pas le cas, réconciliez-vous, qu'on passe à autre chose.

- Beau blond, il me semble que quand tu t'engueules avec Harry, ça ne s'arrange pas en dix minutes.

- Vous avez eu la même engueulade qu'hier soir. Avec Harry, on ne s'engueule pas deux fois pour la même chose deux soirs de suite. Et encore moins devant nos amis. »

Au visage du tatoueur, Seamus vit tout de suite qu'il partageait son avis. Mais la tension était en train de monter entre Draco et Théo, et visiblement, il n'avait pas envie d'y prendre part. Au contraire, il essaya de les apaiser.

« Théo, Draco, calmez-vous s'il vous plaît. Allez, on va déplier le lit et regarder un film.

- Avant ça, ils vont aller dans leur coin et se réconcilier une bonne fois pour toute.

- Parle-moi sur un autre ton, Draco.

- Sur quel ton tu veux que je te parle ? Théo, Seamus, mes amis, auriez-vous l'obligeance d'aller converser quelques minutes seul à seul, le temps que nous installions notre lit ? »

Le ton mielleux du blond et son petit sourire mesquin hérissèrent les poils de Théo. Harry ouvrit de grands yeux face à cette provocation. Choqué, et sentant le cataclysme venir, Seamus s'enfonça dans le canapé.

« Je rêve où t'es en train de te foutre de ma gueule ?

- Je rêve où vous avez niqué deux soirées de mes vacances avec vos engueulades ?

- Fais gaffe, Draco, fais gaffe !

- Fais gaffe à quoi ? Depuis qu'on est ici, c'est très tendu, vous passez votre temps à vous prendre la tête, ça fait deux soirs de suite que vous vous engueulez, j'ai dû aller te chercher hier soir, j'ai mis un temps fou à te calmer, et ce matin on a dû se barrer pour que vous vous adressiez la parole ! Franchement, Théo, je t'adore, tu peux même pas savoir à quel point je t'adore, mais là vous me cassez juste les couilles avec vos histoires. »

Perché sur ses béquilles, Harry n'en revenait tout simplement pas. Bien sûr, il savait que Draco était en train doucement mais sûrement de saturer. Il avait réussi jusque là à le museler mais il n'était pas le genre d'homme à se la fermer indéfiniment. Loin de là. Et apparemment, là, il craquait.

« Désolé Draco de pourrir tes vacances, mais tu savais parfaitement que ce serait tendu entre nous, je te l'ai dit avant qu'on parte et moi aussi, je t'adore, mais tu sais pas ce que je vis.

- Bien au contraire, je sais exactement ce que tu vis ! Tu crois quoi, que je me suis réveillé un matin et que je me suis « Je suis pédé » ? D'accord, t'es plein de contradictions, mais surtout, comme nous tous avant toi : t'es largué. Ça, je le conçois, je le comprends et je suis prêt à t'écouter des heures sur tes problèmes. Mais ce que je ne conçois pas, c'est que tous les deux, vous me fassiez chier comme c'est le cas depuis quelques jours. Harry est gentil, il est patient, c'est un amour de mec, mais moi, je suis loin d'être comme lui.

- Les problèmes ne viennent pas seulement de moi ! S'il n'y avait que moi…

- On serait bien plus tranquille s'il n'y avait que toi ! Mais t'es pas tout seul, vous êtes deux, et vous avez de sérieux problèmes à régler !

- Et ça ne se règle pas en quelques jours ! Encore désolé de gâcher tes vacances, ça m'emmerde autant que toi, mais c'est pas le genre de problème qu'on peut régler en quelques discussions ! »

Draco ne répondit pas. Il leva la tête, se passa une main sur le visage et inspira profondément. Harry ne savait plus où se mettre ni quoi dire. Et ne parlons même pas de Seamus…

« Tu sais quoi ? Je vais te dire un truc qui ne va pas te faire plaisir et que je n'ai pas dit devant les autres parce que je sais que ce sera mal interprété et que j'ai suffisamment de respect pour toi pour ne pas t'infliger ça. Mais ton mec, je me le suis bourré trois mois. »

Seamus se sentit mourir sur le canapé. Il se sentait comme en apnée, incapable de bouger ni même de regarder à côté de lui.

« Je sais comment il est, je sais à quel point il peut être casse-pied et possessif. Je savais donc très bien à quoi m'attendre ici : t'es largué, tu ne sais pas ce que tu veux et, sois honnête deux minutes, il te fait peur. Tu flippes constamment, qu'on sache que tu sors avec un mec et, pire encore, que t'aimes être avec ce mec-là. Mais il va falloir te réveiller, Théo, parce que ça peut pas durer comme ça. Moi, je suis venu ici pour me reposer et pas pour vous entendre vous engueuler sans arrêter. Si j'ai pas tenu avec lui, c'est parce qu'il m'emmerdait la moitié du temps, et l'autre moitié, pas besoin de te faire un dessin pour savoir ce qu'on faisait, quand on n'était pas au resto' ou dans les magasins. Et si j'ai tenu, c'est parce que je suis sorti avec une femme qui était pire que lui, bien pire. Je suis armé contre la jalousie, j'en connais pas mal, de travers. Donc plutôt que de lui cogner dessus à coups d'engueulades sans fin, essaie de comprendre comment il fonctionne, et quand t'auras compris, soit tu te démerdes pour le garder, soit t'arrêtes les frais. »

Son regard bleu acéré se tourna vers Seamus qui se sentait sur le point de vomir.

« Et toi, putain, mais mets de l'eau dans ton vin ! Franchement ça m'en coûte de dire ça et je ne l'aurais pas fait sans en avoir parlé avec Harry. Franchement, je pensais que tu ferais des efforts, que tu prendrais sur toi, mais nan, t'es pas foutu de faire confiance à quelqu'un. Je sais que ta situation n'est pas facile, je sais très bien ce qui se passe parce que je sais parfaitement comment tu fonctionnes. Arrête de voir le mal partout, arrête de péter un câble comme tu sais si bien le faire, parce que moi, tu m'emmerdes, t'emmerdes tout le monde, et tu saccages tes chances avec Théo. »

Enfin, il braqua à nouveau son regard sur le brun, qui ne réagissait toujours pas.

« Là, il y a un truc à faire. Que vous ne vous compreniez pas, d'accord. Mais ne donnez pas d'os à ronger à ceux qui sont là-haut, réconciliez-vous, arrangez-vous, mais ne gâchez pas tout parce que, Seamus, t'es pas foutu de comprendre que plus tu lui mets des barrières, plus il les saute, ces barrières, et toi Théo, ne le laisse pas faire tout le boulot parce qu'une relation, quelle qu'elle soit, ça se construit à deux. Je ne suis pas un voyeur, je ne passe pas mon temps à regarder si vous vous câlinez ou si vous vous embrassez, tout simplement parce que j'en ai rien à foutre. Mais même si je pense que tu prends sur toi parce que t'as envie que ça marche, ce sera jamais le cas si tu ne fais pas quelques pas vers lui. C'est pas possible, Théo. Et en plus, je sais que je ne t'apprends rien. Donc là, je vais sortir, je vais prendre l'air vingt minutes, et quand je reviens, je sais pas, je veux que certaines choses soient réglées. Ou alors vous allez vous coucher et on en reparle demain. Mais moi, je sature, j'en peux plus. »

Aussitôt, Draco tourna les talons et quitta l'appartement. Et plutôt que de rester avec eux, Harry en fit de même. Quand ils revinrent près d'une demi-heure plus tard, après avoir attendu dans les escaliers entre le premier et le deuxième étage, à se parler, à s'excuser et à conclure tout cela par un câlin et un baiser, Théo et Seamus avaient éteint toutes les lumières et semblaient dormir dans leur kitchenette.

OoO

Le rideau du store n'était jamais fermé totalement, de manière à ce qu'un peu de lumière passe derrière la vitre de la baie et éclaire doucement l'appartement le matin. Ainsi, il n'était guère compliqué de savoir à peu près l'heure qu'il pouvait être en ouvrant les yeux. Il était tôt. Très tôt.

Pourtant, il était réveillé et il sentait Théo se réveiller dans son dos. Seamus referma les yeux et serra instinctivement les poings. Il crevait d'envie de se retourner, de feindre le sommeil et de se blottir contre lui, parce qu'il lui manquait comme jamais.

Dans son dos, il l'entendit bouger et se redresser. Sans doute allait-il se lever, se doucher, et sortir chercher le pain comme la veille. Seamus n'avait pas le courage de se redresser pour lui parler et lui proposer de le suivre. Ils n'avaient pas parlé la veille, Théo s'était simplement levé pour aller se coucher et il l'avait rejoint. Ils se sentaient mal tous les deux et Seamus avait eu envie de vomir toute la nuit. Il avait même songé à s'en aller, à rentrer chez lui. Et alors qu'il l'écoutait s'asseoir dans le lit, froissant les draps, Seamus se dit que l'idée n'était pas si mauvaise.

Et alors qu'il se disait qu'il n'était qu'un lâche, il eut soudain le corps de Théo tout contre le sien. Ses yeux s'ouvrirent tandis que le jeune homme le prenait dans ses bras, calant sa tête contre la sienne. Ainsi enveloppé de sa tendre étreinte, l'Irlandais sentit les larmes lui monter aux yeux. Un sourire fleurit sur ses lèvres tandis qu'il refermait les yeux et levait sa main vers son épaule, comme pour lui dire qu'il était réveillé.

« Pardon. »

Ce tout petit mot chuchoté à son oreille lui fit serrer les dents. Pourtant, il trouva la force de lui répondre.

« Pardon aussi. »

Sans ajouter quoi que ce soit, Théo l'embrassa dans les cheveux, chose qu'il n'avait pour ainsi dire quasiment jamais faite. Puis, il voulut glisser sa main sous son visage et Seamus, sans résister, tourna la tête et frissonna en sentant sa bouche sur la sienne. Une bouche tendre et un peu gourmande, qui lui offrit un de leurs plus beaux baisers.

Et alors, beaucoup de choses semblèrent s'envoler. Et notamment cette boule qui s'était logée la veille dans son ventre.

Il faisait trop sombre pour qu'il puisse voir son visage. Cependant, Seamus n'en avait pas besoin. Son petit ami était allongé sur lui et lui caressait les joues, sa bouche à quelques centimètres de la sienne. Elle se dirigea vers son oreille et lui chuchota de se rendormir, il allait chercher le petit-déjeuner. Alors l'Irlandais se rallongea et ferma les yeux, l'esprit léger.

OoO

Sans faire de bruit, Théo sortit de la salle de bain et constata que personne ne s'était levé, malgré le bruit qu'il avait dû faire en se lavant. Le cœur serré, il s'approcha à pas lents vers la pièce de vie où seul Draco semblait avoir passé la nuit avec une couverture sur le dos. Théo se planta à côté de lui puis s'accroupit et posa sa main sur son épaule qu'il secoua doucement. Draco devait avoir le sommeil léger car il se réveilla aussitôt, bien qu'il n'ouvrit pas les yeux tout de suite.

« Draco ? Je vais à la boulangerie, tu…

- Accorde-moi dix minutes. »

Théo ne put retenir un sourire soulagé. Il lui souffla qu'il l'attendrait sur les escaliers, Draco eut un léger mouvement de tête qui ressemblait plus ou moins à un acquiescement. Le jeune homme sortit avec son téléphone et attendit patiemment, espérant que le blond ne s'était pas rendormi.

Quelques minutes plus tard, l'air pas franchement réveillé, Draco sortit à son tour de l'appartement. Il s'avança vers lui, et quand Théo se leva, ils eurent comme un temps de flottement. Puis, le blond fit un mouvement vers lui et ils se prirent dans les bras l'un de l'autre. Comme deux amis.

Deux vrais amis.

Draco s'excusa pour son comportement de la veille.

Théo lui dit qu'il avait compris le message.

Puis, ils partirent ensemble dans l'agréable fraîcheur du matin.

A suivre...