Le dernier flocon de neige avait disparu sur le tapis laiteux étendu à perte de vue avant que, plus haut, deux nuages grisâtres s'étaient lentement éloignés pour laisser tomber un rideau lumineux sur les vieilles parois de Poudlard.

Un rayon de soleil s'aventura timidement dans le dortoir des filles et fini par atteindre le seul signe de vie encore présent. Immobile mais battant de vie, le corps d'une jeune femme s'était abandonné sur un lit, à moitié couvert, laissant apparaître une paire de pieds rosis. La lumière du jour caressa les joues flamboyantes de l'endormie et, lui embrassant le front, la fit cligner des yeux puis ouvrir les paupières encore lourdes de paresse. Dans un ronronnement, Bellatrix Black s'étira avec l'élégance d'une féline et ne tarda pas à s'apercevoir qu'elle était seule dans le dortoir. La pensée qu'elle était peut-être la dernière réveillée dans l'école entière la fit sourire à pleines dents. Devant sa gourmandise du sommeil, les marmottes n'avaient qu'à présenter leur démission. En deux sauts, Bella se trouvait déjà devant le miroir de la salle de bain. Comme chaque matin, elle grimaça à la vue de ses cheveux hérissés et y passa la main dans une tentation vaine de leur donner une forme digne de ce nom. A bout d'espoir, elle retourna au prêt de sa valise, y dénicha sa robe, y jeta son pyjama et trébucha sur un bonnet rouge brique qu'elle ramassa pour y enfoncer sa tignasse. « Mouai… je peux vivre avec » dit-elle en jetant un coup d'œil sur son allure matinale.

Le Grand Hall était presque désert. La pensée que « Ca doit être l'heure du déjeuner » traversa l'esprit de Bella avant que « Je dois aller voir Cissy » prenne sa place. La porte était fermée cette fois. Bellatrix tourna le poignet pour réaliser qu'elle était carrément close à clef. « C'est pas vrai » s'offusqua-t-elle. « Encore cette Pomfresh qui prend l'heure du déjeuner pour une prière de messe. » A peine avait-elle tourné les talons qu'un cliquetis raisonna dans son dos. Mais à sa surprise, ou plutôt à son choc, la personne qui se tenait dans l'encadrement n'était pas tout à fait l'infirmière.

- Malefoy ?

- Black. Bien dormie à ce que je vois. Ta mine parle pour toi.

- Je ne suis pas venue gâcher mon humeur à te parler. Même si j'ai bien des motifs à le faire. Enfermé à clé avec ma sœur. Je te conseille de dégager si tu tiens à rester en vie.

- Encore des menaces. Toujours des menaces. Chère Bellatrix, je t'aime bien avec ton sale caractère qui te va si merveilleusement.

Rien ne sorti de la bouche de Bella cette fois. Son cerveau s'était arrêté de fonctionner une bonne seconde avant de commencer à réfléchir à une vitesse qui lui faisait mal à la tête. « De l'ironie ? Peut-être pas. Mais qu'est ce que tu penses ? T'«aimer» ? Toi ? Mais bien sûr qu'il ironise ! Il te fixe du regard. Il attend une réponse connasse. DIS QUELQUE CHOSE ! ».

- Bon, je ne vais pas te faire perdre plus de temps. Je pense que tu veux voir Narcissa. Je te rassure, elle va mieux. Passe une agréable journée. Sage aussi, si possible. Termina le préfet en chef d'un air presque sérieux.

- Sage ? Je suppose que ma sœur aurait plus d'intérêts que moi à écouter tes morales. Balbutia enfin Bellatrix, soulagée que son cerveau s'était remis en marche.

- Ne t'inquiétez pas, elle a eu sa part. Narcissa est curieuse mais réfléchie. A vrai dire, je m'inquiète plus pour toi.

- J'ai laissé mon père à la maison, merci. Je laisse à ta connaissance aussi que je ne suce plus mon pouce depuis longtemps. Ton statut de préfet en chef te monte dangereusement à la tête, Malefoy. En fait, maintenant que tu nous appelles par nos prénoms, il ne reste plus grand-chose avant de passer au prochain level : se taper des parties de cartes ensemble !

- Ton bonnet est à l'envers, Bellatrix. Rétorqua Lucius de l'air le plus impassible qu'on puisse imaginer. A une prochaine occasion, plus joyeuse j'espère.

La cape voletant dans l'air, Malefoy laissa derrière lui une Bella figée qui, à peine avait-elle repris ses esprits qu'elle arracha son bonnet de sa tête et le mordit de toutes les forces que sa mâchoire lui permettait.

- Je t'écoute , Cria Bella en ouvrant la porte de l'infirmerie même si son intention était plus de l'arracher.

- Houla ! Tout doucement ! On voit presque de la fumée sortir de tes oreilles Belle.

- Un : Ne m'appelle pas Belle tu sais très bien que je déteste. Deux : Malefoy et toi enfermés à l'infirmerie ! Explications ?

- Ah ! Je comprends mieux la raison de ce mélodrame ! Ne t'inquiète pas soeurette. Avec mes bras momifiés je ne peux pas faire grand-chose, Fit Narcissa dans une tentation pour arracher un sourire à sa sœur, mais l'effet produit fût plutôt contraire à ses prévisions.

- J'ai l'air de rigoler ? Tu étais enfermée avec Malefoy, Lucius Malefoy. Tu sais ce que ça veut dire ?

- Non je ne sais pas et j'aimerai le savoir une fois pour toute ! Pour l'amour du ciel qu'est ce que tu as contre lui ? On dirait qu'il t'a tué ta…

- Mais tu commences à faire fonctionner tes neurones ! C'est déjà ça ! Narcissa, sa famille est l'une des rares qui tient encore à pratiquer tu-sais-quoi et ce n'est pas la peine de te rappeler le sortilège qui a tué notre mère !

- Ne me dit pas que tu penses les mots que tu viens de dire…

- Non je ne le pense pas, je le sais !

- Je trouve idiot d'accuser quelqu'un d'une chose aussi sérieuse sans preuves, sans rien… Que des mots en l'air. Je te conseillerais d'aller faire un tour pour te changer ces idées pourries, mais tu ne suis jamais les ordres alors je préfère économiser…

Narcissa n'eut pas le temps de terminer sa phrase quand la porte claqua d'un coup qui fit vibrer le verre sur sa table de chevet. Bellatrix courrait à présent dans les couloirs, la respiration haletante et la destination inconnue. Elle éclaboussa un bon nombre de sorciers qui se vidaient après déjeuner dans le Grand Hall et en fit même tomber un. Arrivée au parc, elle continua, ralentissant son rythme à force qu'elle s'approchait de la rive du lac. Epuisée, elle se jeta presque sur l'herbe et ce n'est que là qu'elle libéra ce qu'elle avait grande peine à retenir. De grosses gouttes roulaient une après l'autre dans une course folle sur ses joues en feu. Le plus insensé, c'est qu'elle ne connaissait pas la vraie raison de sa frustration, et ça la rendait encore plus folle. « Pourquoi elle ? Pourquoi lui ? Pourquoi eux et personne d'autre ? Pourquoi ça doit m'arriver à moi ? Il faudrait être aveugle pour ne pas le voir ! Ma sœur et le garçon qui fait trembler mon cœur et le reste de mon corps. Ensemble. Ils s'entendent si bien, se parlent si bien, se comprennent si bien. Et enfermés, seuls, seuls, seuls, dans un moment de pure complicité. Avec elle, il ne doit pas se moquer comme il le fait avec moi. Ca doit être des mots d'un tout autre genre. Moi, ce n'est pas grave. J'ai droit à son ironie et ses moqueries, c'est toujours mieux qu'une totale indifférence. Non Bella. Qu'est ce que tu dis ? Non ! Ce n'est pas toi qui accepterais la pitié des gens, qui se satisferais d'être dans les coulisses de leurs vies, qui se comblerais d'un mot sans valeur ou d'un regard sans intérêt. Rappelle ta dignité à l'ordre ! Tu sais ce que tu vaux et ce Malefoy n'y changera rien ! ».

Bellatrix fut debout plutôt qu'elle ne l'avait ordonné à ses pieds et se dirigea vers le lac. Sa main en contact de l'eau lui fit dresser les cheveux sur la tête et, remplissant le creux de ses mains fermement rassemblées, elle passa ses doigts sur sa figure aussi doucement que s'il s'agissait d'un nouveau né. Elle sentit l'eau glacée rafraîchir son visage écarlate et couler jusqu'en bas de son cou. Elle était enfin prête à franchir le seuil du château et à affronter tout ce qui pourrait lui faire face.