14 juin 1943

« Et quand avez-vous réalisé qu'Hagrid était coupable ? »

La même question. Encore. Cela devait bien faire trois fois que le Ministère me la posait en moins de dix minutes, et il commençait très sérieusement à m'exaspérer.

Encore une fois, je débitais la même réponse monotone, teintée de la même dose de choc. Je savais qu'Hagrid cachait une Acromentule, mais je n'ai fait le lien avec les attaques que peu après le meurtre de Mimi. Je n'avais pas pu arrêter l'araignée, mais je l'avais entrevue. Elle était gigantesque, au moins deux fois ma taille. Hagrid avait dit que ce n'était qu'un bébé, et Hagrid avait menti. Et ainsi de suite.

Cela faisait dix minutes que j'étais seul dans une salle de classe avec le Ministre, et dix minutes qu'il me répétait inlassablement les mêmes questions. Heureusement, le couple Warren était arrivé, et Dippet tenait à ce que je sois présent. On nous emmena à la gare de Pré-au-Lard, seul endroit accessible aux Moldus.

À notre arrivée, les parents de Mimi, une petite femme ployant sous le chagrin et un homme imposant au front dégarni, pleuraient. À la vue de l'assassin de leur fille, l'homme sembla faire un immense effort pour contenir sa rage. La mère de Mimi fut moins diplomatique. Elle hurla toutes sortes d'insultes, de paroles blessantes à l'égard du demi-géant, sans doute destinées à faire naître la culpabilité chez un meurtrier, mais qui ne m'atteignirent pas. Hagrid sanglotait, ses mains géantes plaquées sur son visage, balbutiant des paroles incompréhensibles.

Au bout d'un moment, Dumbledore intervint, enjoignant à la Moldue de se contenir. Elle hurla de plus belle, se jeta sur l'hybride pour le frapper. Son mari la retint sans grand conviction, et le directeur et le Ministre tentèrent tant bien que mal de l'arrêter.

C'était une scène de chaos.

Et j'aimais ça.

.

15 juin 1943

Hagrid a été autorisé à rester dans le château en tant que garde-chasse. Personne ne sait ce que Dumbledore a dit pour convaincre Dippet, mais ce devait être puissant. Quant à moi, j'ai droit à deux choses : un trophée et garder le silence. L'Acromentule doit rester un secret.

Je continue mes recherches sur mon père, mais il est introuvable dans les archives, ou même dans la salle des Trophées. Je suis à deux doigts de mettre la main sur le registre des familles Sang-Pur. Heureusement que mon statut de préfet m'accorde certains privilèges, autrement je ne pourrais pas rester éveillé aussi tard.

.

18 juin 1943

Je suis restée planté là cinq bonnes minutes, la plume à un centimètre de mon journal, sans savoir quoi écrire. Je ne me rappelais plus comment former des mots. Comment décrire ce sentiment qui m'a envahi lorsque j'ai découvert la vérité ?

Mon père n'a jamais été sorcier.

C'était ma mère. Tout ce temps là, c'était elle, une Gaunt, descendante directe de Salazar. Cette… Cette… Je n'ai même pas de mot adapté pour la décrire ! Elle ne vaut pas mieux qu'une Moldue, elle s'est laissée mourir plutôt que d'utiliser la magie, elle m'a abandonné et est morte comme un rat !

Et mon père… Je le hais ! Il a souillé mon sang, il m'a renié, il a fait de moi un hybride ! Il a corrompu ma mère, et m'a laissé comme unique héritage trois fardeaux : son nom, son visage et son sang. Il a ruiné mon existence même par son absence. Il mérite la mort. Ils méritent tous la mort !

.

21 juin 1943

C'est décidé. J'irai le tuer, cet été, dès que je saurai où il habite.

Quant à ma mère… Si je savais où elle était enterrée, je retournerai la tuer dans sa tombe.

.

30 juin 1943

J'attends de rentrer à l'orphelinat. Peut-être que Mrs Cole sait quelque chose. Elle me dira tout, je la forcerai si nécessaire. Ensuite, à la fin juillet, ce moment où elle part dans quelque coin isolé de l'Angleterre pour une semaine de vacances, je tromperai la vigilance de sa remplaçante et me rendrai dans la demeure de mon père. Et là, je le tuerai.

.

15 juillet 1943

Je sais tout. Mon géniteur habite Little Hangleton. Mrs Cole part dans deux semaines. Tom Jedusor, profite de tes derniers jours.

.

31 juillet 1943

Morfin était étendu sur le dos, paupières fermées. Sa baguette était tombée non loin de lui. D'un bois rougeâtre, rugueuse, elle était à peine polie, voire pas du tout. Elle paraissait froide contre ma paume, inconnue.

Je me suis approché du corps inerte de Morfin. À sa main, un anneau serti d'une pierre sombre brillait au soleil. À la manière dont il l'avait exhibée, je devinais que c'était un bijou de famille, une relique précieuse descendant tout droit de Salazar Serpentard. C'est à moi qu'elle revient maintenant.

Je me suis dirigé vers la ville, la baguette de mon oncle dans une main, sa bague dans l'autre. Je ne vis pas défiler les maisons, étourdi par la confirmation de mes doutes, de mes frayeurs - mon père était Moldu. Le trajet s'acheva, mais je ne ralentis pas. Les portes s'ouvraient devant moi, les unes après les autres, sur des couloirs déserts, à l'exception de quelques domestiques trop occupés pour faire attention à moi. Et soudain, une porte de plus s'ouvrit, et ils étaient là. Mon père et ses parents, prenant le thé comme si de rien n'était.

Comme si un inconnu ne se trouvait pas dans l'encadrement de leur salon.

Comme si cet inconnu n'était pas le sosie de l'homme qui, à présent, me dévisageait.

Mon géniteur ouvrit la bouche - ces lèvres qui avaient la même forme que les miennes, sur un visage d'une pâleur identique, des yeux similaires… Instantanément, j'ai haïs ces traits dont ma mère était tombée si éperdument amoureuse, et pour qui elle avait préféré se laisser mourir.

Il m'a posé une question que je n'entendis pas. Je ne voyais que ce visage, ce pli entre les sourcils, l'expression perturbée d'un homme se retrouvant face à son double. Ses lèvres formaient des mots, des mots que j'entendais mais qui n'avaient aucun sens à mes yeux. Seule sa voix parvenait à mes oreilles, cette même voix que j'utilisais chaque jour.

Inspirer. Fermer la porte. Expirer. Rester calme. Inspirer. Insonoriser la pièce. Expirer. Respirer.

Mon Moldu de père se lève, sur ses gardes. Il parle, mais aucun son ne me parvient, masqué par le battement de mon sang. La colère m'aveugle. Je brandis la baguette de Morfin - elle qui me paraissait si étrangère, il y a quelques minutes, semble maintenant être mon alliée. Et, lorsque l'éclair vert transperce la poitrine de Tom Jedusor, nous ne faisons qu'un.

.

2 août 1943

Mon Moldu de père est enfin mort, ainsi que sa famille tout aussi impure. Son sang coule peut être toujours dans mes veines mais je n'ai plus à supporter le poids de son existence. Je suis libéré, du moins partiellement, de cette entrave.

Exécuter les dessins de mon ancêtre me purifiera du reste de ce sang souillé, et pardonnera la faute de ma génitrice. Je réfléchis aussi à un nouveau nom. Il est hors de question que je garde celui du sale Moldu qui a abandonné ma mère et souillé mon sang.

Morfin a été arrêté pour les meurtres. Ça n'a pas été bien compliqué de berner ces idiots du Ministère. Un sort jeté avec la bonne baguette et le tour est joué.

Son arrestation a fait la une de la Gazette : « Un sorcier déséquilibré tue un notable Moldu et ses parents dans leur manoir de Little Hangleton ».

C'était tellement jouissif de voir ça en première page.

Morfin était peut être lui aussi un descendant de Salazar, mais ce fou n'était bon à rien. En se faisant emprisonner, il sert des plans bien plus grands que son existence.

.

5 août 1943

La vie à l'orphelinat est tellement ennuyeuse. Pourquoi suis-je obligé de subir ça ? J'aurais pu rester à Poudlard et me débrouiller tout seul, comme toujours, mais non. L'école reste fermée l'été. Aucune exception possible.

À cause de ça, je me retrouve avec tous ces morveux brailleurs et insupportables. Personne ici ne vaut la peine que je m'y intéresse. Je ne parle à personne et personne ne me parle. Et ça me va très bien. Mais je m'ennuie sec.

Mes vieux manuels de Poudlard m'occupent un peu mais je les connais par coeur maintenant. Et Goyle qui me demandait comment je fais pour être aussi doué. Enfermez donc quelqu'un pendant tout l'été avec seulement ses livres de cours.

.

10 août 1943

J'ai pu aller sur le Chemin de Traverse cet après midi. C'était comme une immense bouffée d'oxygène après toutes ces semaines à l'orphelinat ; là bas, je n'ai pas à cacher ma véritable nature.

J'ai tout ce qu'il me faut pour la rentrée, il ne me reste plus qu'à attendre jusqu'au premier Septembre. Devoir cacher mes pouvoirs, ma puissance, me fait bouillir. J'aimerais pouvoir tous les faire disparaître, malheureusement je ne suis pas encore majeur. Au moindre sort le Ministère me sanctionnera. Je ne veux pas prendre le risque de me faire expulser de Poudlard juste avant ma sixième année.

Je vais pouvoir patienter avec mes nouveaux manuels. Les examens de fin de sixième année sont réputés pour être bien plus difficiles que les autres. Je compte bien avoir Optimal partout.

Chez Fleury et Bott, j'ai trouvé un livre relatant l'histoire des plus grands sorciers depuis l'Antiquité. Je n'ai rien appris de plus sur Salazar mais j'ai vu un nom intéressant : Herpo l'Infâme. Il faudra que je fasse plus de recherches sur lui une fois à Poudlard, et que je réfléchisse à un moyen d'accès à la Réserve : du peu que je sais sur son histoire, ce n'est pas le genre de biographie qu'on trouve dans la section "Magie Blanche".


Les discussions pleines de sens de Zaz et Hazalhia

- Tu crois que ça ce conjugue Avada Kedavra?

- Bah ouais regarde
j'avadakédavraise

nous avadakédavraïsons

vous avadakédavraïsez

c'est tellement chiant à écrire ce truc, elle devait en vouloir à quelqu'un c'est pas possible