27 pages...27 PAGES ! C'est du grand Oh My God j'vous dis ! Waouh... J'ai jamais écrit un chapitre aussi gros... J'suis assez ébahie. J'sens que ça va en rebuter un certain nombre mais bon, tant pis. Ils manqueront quelque chose ! (mouais enfin, ça c'est moi qui l'dis. D'ailleurs, j'ai longuement réfléchi et hésité à scander en deux le chap'. Au final j'ai décidé de tout garder pour la simple et bonne raison que je ne voulais pas séparer. Pour moi cela cassait la dynamique ainsi que la narration du chap'. C'est un choix, tout connement. Après, est-ce judicieux ou pas, bah, à vous d'en juger j'ai envi de dire:)
N'empêche, j'suis très heureuse de vous livrer (certes un peu tardivement…..*sifflote*) ce chapitre qui a été très agréable à écrire. Y se passe pas mal de choses : de la romance, l'action, des révélations, un brin de mystère, de l'humour et surtout un succulent sadisme (mwahaha, que j'adore ce mot) ; le cocktail parfait quoi. N'empêche, j'suis fière car comme promis j'vous offre ce majestueux (na mais écoutez-moi...) chap' en moins d'un mois ! Si ça c'est pas magnifique et prodigieux !
Bon stop au moulin à parole (c'est plus possible nom de Dieu...)
J'vous remets le lien du morceau au cas où le coeur vous en dirait de le réécouter une dernière fois : .com/watch?v=HXI5B1sMwm4 (c'est un lien youtube)
J'vous souhaite, chers lecteurs et lectrices, une pulpeuse et pétillante lecture !
Chapitre 4 : N'hésitez pas, repasser ! Dans la maison hantée
« Su...zu...na... »
Souffle court, il gela la course.
Cinq minutes furent prises.
L'oxygène fourmilla dans les muscles. La sueur dégoulina sur les bords de peau. Une sensation d'épuisement becqueta les articulations. La chair fut rissolée à point. Ça cognait sec dans la cage thoracique. Aucune pensée ne voguait. Il y avait comme un vide délicat dans l'esprit. La fatigue, dominante, le dardait de toute part.
Il était en feu.
La chevauchée traça sans détour, enflamma le corps et grignota les minutes. Ses jambes avaient signalé l'arrêt, lacérées. Pourtant, il avait continué, cheminant avec la même férocité qu'au premier mouvement. Pas même la douleur n'était parvenue à figer cette pernicieuse ruée. Elle avait eu beau tanguer aussi puissamment qu'un tambour, il ne l'écouta pas. Qu'importait la rythmique, les pensées restaient prisonnières d'autre chose. Une émotion vorace, acrimonieuse et parfois malsaine s'infiltrait en toute pudeur dans l'esprit. Elle égouttait un parfum savoureux d'inquiétude qui, une fois distillé, ceinturait l'atout épique dans un bouillon fallacieux d'anxiété et d'incertitudes. Alors de piquantes interrogations commencèrent à jouer ensemble d'une musique bourdonnante. Ces notes, sournoises, le hantèrent. Impossible il lui était de mettre sous silence ces fourbes questions qui prenaient un gourmet plaisir à lui rappeler la froide réalité :
Suzuna avait disparu. Sous ses yeux.
Cette putride maison l'avait emportée puis engouffrée dans les profondeurs du noir. Cette vision l'avait glacé d'horreur. Le pic d'effroi qui dans la seconde le paralysa vint, dans la seconde suivante, l'électrocuter ; il ne pensa pas mais cavala. Il n'y avait rien eu d'autre. Il fallait juste et seulement courir. Rien n'importait plus que cette action. Cette impulsion de course jugée si familière et banale prenait un tout autre sens pour Sena. Par cet impulsif et maîtrisé mouvement, un sentiment de profonde liberté écumait ses veines. Dès l'instant où il s'élançait, une vertigineuse force l'englobait tout entier. Tout lui semblait alors possible, accessible. Chaque enjambée découpait les fils qui depuis des lunes le ficelaient dans le rôle du faiblard. Courir fut la découverte de la puissance, de l'assurance ainsi que du plaisir de vivre. La première fois qu'il goûta à ces vivifiantes sensations il fut comme poignardé. Ce fut térébrant, inopiné et tout à la fois friand que de baigner dans cette marre de liberté.
Seule la course lui procurait un telle sensation de confiance, de volonté et de réussite. C'était un moyen, pour lui, de s'estimer puis d'évoluer. Et il savait que pour retrouver la patineuse il lui faudrait courir à s'en déchirer les tissus musculaires. Sa témérité brûlait. Tout comme son regard, nimbé d'une bille coruscante. Une bulle opulente d'intrépidité grossissait.
Qu'importait le temps ou les risques.
Rien d'autre ne comptait.
C'était vital.
Pour lui.
Aucun doute persistait.
La foi tournait le dos à l'insatiable certitude.
C'était un fait.
Il la trouverait.
Gonflé à bloc, le brun arpenta le couloir. Les pas prirent une allure docile, silencieuse ; il marchait. Quelques bougeoirs plantés sur les côtés recouvraient d'une chétive aurore l'épais manteau de l'obscurité. La luminosité restait limitée, presque apeurée. D'où une avancée progressive et mesurée. Le regard, quant à lui, tentait d'apposer les repères : une moquette tailladée de part et d'autre, pas de tapisserie, seulement une matière boisée et vieillie, un espace étroit, l'absence de portes ou même d'objets, aucune trace d'un quelconque tableau, juste une traînée étouffante de poussière, des chandeliers piégés dans la pâteuse toile des araignées, un bois écorché ainsi qu'un silence morbide. Traîner dans pareil couloir apportait un délicat frisson à l'épiderme. Sena n'était pas tranquille et encore moins rassuré. Mais il avançait – à pas modérés. Ses sens, aux aguets, déployaient une délicieuse efficacité : il écoutait, attentif à ce qui l'entourait. La moindre réverbération gonflait l'attention qui, tatillonne, ne laissait rien lui échapper. Il ne courrait pas et pourtant en lui s'écoulait une fulminante détermination. Qu'importait ce qui allait lui tomber dessus. La posture de défense ou d'attaque se mettra en place dans l'instant. Aucune hésitation ni même de tremblement ne l'engloutiront.
Non.
Il était paré, prêt.
A tout.
« KYAAAAAAAAAAAAA ! »
Le champion de course fit un bond magistral.
Enfin, presque à tout.
Le cri, glacial, pétrifia d'une sauvagerie inouïe l'éclair ambulant qui, l'expression totalement roide, voyait ses yeux autant que sa bouche devenir ovales. Plus aucun mouvement ne s'opéra, outre le mouvement incoercible et fanatique de la pompe cardiaque.
« Non non non non ! LÂCHE-MOI ! »
Sans crier gare une fusée à la crinière brunante fonça telle une véritable furie vers le joueur. La vitesse était prépondérante, prestigieuse. Pendant un instant le coureur crut voir en ce boulet de canon sa course insoutenable. Puis l'illusion se fissura en une seconde. Devant lui quelqu'un chargeait, courroucé. C'était si rapide, si irréaliste. Il n'avait pas le temps de comprendre, de penser et encore moins de décoller du sol.
Il put seulement voir. Mais cela seul suffit car ce qu'il vit creva en une fraction de seconde cet état d'enracinement.
« Suzuna ! »
Les lèvres s'ouvrirent d'une virulente spontanéité, une sonorité soulagée y découlant.
Elle ouvra les yeux.
Le vit.
La chevauchée se figea.
Deux regards s'étalèrent l'un dans l'autre.
Le cœur boxa, exalté.
Un velouté silence les caressa.
Un mètre les écartait.
La respiration ondula, langoureuse.
Quelques secondes tombèrent.
La patineuse ne tint plus.
Elle céda.
Le désir prit le dessus.
Elle s'avança puis enlaça le brun, son visage se nichant dans le creux de son cou masculin.
« Je suis si contente de te voir. »
Les mots flottèrent dans l'air, légers. La voix murmurait avec onctuosité et s'enrobait d'une voluptueuse sincérité. Ce qui le troubla. Le geste, éclaté d'impulsivité, le dérouta au point qu'il crut, durant un flatulent moment, ce mouvement préfabriqué, fictif. Puis la réalité l'embrocha d'une divine bestialité.
Non, il ne rêvait pas.
Et cette phrase, poivrée, fiévreuse, goûteuse. Quelle piquante tonalité qui tout à la fois érodait sa chair grisée et le prenait au dépourvu. Il ne s'était guère attendu à de pareilles réactions. Décontenancé, il l'était. Mais, avant tout, il était embrasé. Il croquait avec une méticuleuse ivresse cette velouteuse étreinte.
« Moi aussi Suzuna. »
Il enferma ses bras autour d'elle, sa voix émiettant un son frémissant.
Un sourire fleuri pendait à la commissure des lèvres féminines. L'envie, croquante, avait eu raison d'elle. Elle n'avait pas hésité à décadenasser le verrou. Ô diable la contingence, le jugement, l'après des choses. Elle en avait marre. Cette infernale contenue l'évidait. Persister à calfeutrer ses huileuses avidités devenait un infectieux effort. Elle y arrivait de moins en moins. C'était si difficile à contenir, à enfermer. Elle avait lâché prise, réalisant. Son véritable désir gisait dans l'ouverture des sentiments, non dans le confinement.
Et quelle explosion de plaisir à le saisir. Le contact était d'une sensualité libertine, féerique. Attaché l'un à l'autre, chacun écoutait avec une lénifiante attention le cœur canonnait, volcanique. Un coulis érotique tombait dans la rivière des globules rouges. Ils n'avaient besoin de rien d'autre. La tiédeur de leur chair dégageait une senteur enivrante. Ils dégustaient ce halo suffocant de volupté. L'instant s'accorda sur l'éternité, l'infini. C'était si savoureux, si précieux d'être à la portée de l'être aimé(e).
Emmitouflée dans ce délectable cocon de bien-être, la fanatique des patins resserra son étreinte.
Elle l'aimait.
D'un amour gourmand.
Le rejet n'avait plus sa place. Il n'importait plus.
Elle savourait.
La peur, marquée au fer rouge, se déficelait.
Enfin.
L'orbe noisette de ses yeux clôturé, le joueur huma en toute lenteur cette odeur délicieusement féminine. L'effluve, pétillante et douce à la fois, envahissait ses narines. Il y devina du gingembre ainsi qu'un soupçon de vanille. Ce parfum, harmonieux, l'enivrait tout entier. Elle sentait bon, terriblement bon. Une galvanisante chaleur effrita ses joues échauffées. Il inspira une tonifiante bouffée d'oxygène puis expira, béat.
Pour rien au monde il n'aurait voulu disloquer ce vivifiant et luxurieux contact.
Pourtant, ce fut ce qu'il fit sans le vouloir.
Ses prunelles s'ouvrirent, molles.
La fièvre galopante quitta d'un coup le corps.
Une chose percuta l'œil du joueur.
Tout appétit charnel fut alors perdu.
Son regard resta aimanté au sol, obnubilé.
Un froid, piquant, le gifla.
L'inaperçu devint tout à coup apparent.
La vision lui glaça le sang.
C'était pourtant flagrant, terrifiant.
Il pâlit.
Comment ne pas remarquer ?
Ce corps inerte.
« Su…..Suzuna….. »
Le ton flageolant de l'athlète releva la tête de la brunette. Flétri, le visage du sportif fut griffonné de couleurs blafardes. Son fleuré et benoît sourire qui la faisait tant frémir n'était plus.
« Que…que fait ce corps accroché à ta cheville ? »
La phrase prit son temps avant de rosser l'esprit quelque peu oisif de la sulfureuse acrobate. Sourcils froissés, la lycéenne s'extirpa de l'emprise doucereuse. Son regard dévia alors à l'arrière et plus spécialement sur les mollets bombés.
« Est-il... »
La voix, chevrotante, grignota le silence plus que maladroit et suffocant qui s'installait.
« Non ! se précipita d'exclamer la pom-pom. Non non, il est juste assommé. »
Un nuage d'anxiété aiguillonnait pourtant la note vocale qui se voulait confiante, rassurante.
« Enfin, je crois….. »
Un doute claqua. La sûreté tout comme la certitude n'étaient au final qu'une cristalline utopie.
« Comment il est arrivé là ? »
Ses yeux, agglutinés à la silhouette sclérosée, firent face de nouveau au regard châtaignier du coureur. Une incommode lueur suait. Elle y lisait son trouble, perfide. Quant à la tonalité rocailleuse de sa voix, celle-ci transpirait d'incrédulité et de sobriété. Un calme maîtrisé et tout à la fois retenu l'enclavait.
« Je sais pas. D'un coup il a surgi de l'obscurité et m'a sautée dessus. Paniquée, j'ai couru à toute allure en espérant qu'il me lâcherait et c'est à ce moment que je suis tombée sur toi. »
Le récit conté était nu de toute nervosité; n'y ronronnait qu'une douce neutralité.
« Je sais pas pourquoi il s'est jeté sur moi. Il a juste déboulé de nulle part et ne m'a plus lâchée d'une semelle. C'était comme s'il essayait de m'entraîner quelque part. »
Il écoutait, l'oreille vigilante aux dires. Bien que les mots coulaient avec clarté et compréhension, il n'y dénichait aucune logique. Depuis qu'il eut posé pied en ce lieu talé plus rien ne lui sembla cohérent ni même intelligible. Au-dessus d'eux une impondérable ombre planait : l'impromptu. Devenue bête noire, celle-ci les traquait sans relâche. A l'affût, ils se devaient de l'être à chaque souffle expié. Le maestro de cette symphonie baroque ne vêtait pas n'importe quelle identité après tout. Son capitaine prévoyait quelque chose. Un plan, il y en avait toujours un avec lui. La question qui alors habitait l'esprit était d'estimer l'essence même de ce dessein édifié avec tant d'habileté et de duplicité. Jamais, ou très rarement, quiconque s'aventurait sur la route houleuse de la finalité. Hiruma ne laissait personne entrevoir les raisons ou les causes de ses manigances.
« T'as pu voir son visage ? »
Accroupie, la jeune brune se hâta d'enlever cette inconfortable main qui lui entortillait le pied droit. Ce contact, minime, la fit grelotter. Elle recula de quelques pas, mal à l'aise.
« Non. »
Sa réponse, qui avant d'être prononcée laissa perler plusieurs secondes, ne fut pas une surprise. Il s'y attendait. Le visage de l'inconnu(e), fardé d'un masque nô*, apparaissait comme celui d'un démon. L'identité était parfaitement masquée. Une flamboyante couche grenat accoutrait la totalité de la figure. Deux ventrus et gras sourcils se pliaient avec une désagréable férocité. L'orbe ténébreux des yeux étincelait d'une frissonnante lueur. Cette rondelette pupille fixait sans détour. Une fois sa bille clinquante clouée dans le regard, une emprise démoniaque s'emparait alors sur l'esprit, l'ensorcelant, le piétinant. Bestialité, cruauté ainsi que sévérité ruisselaient à travers les courbes bedonnantes du masque. Un nez joufflu trônait au centre, dominant. A ses côtés plusieurs tracés empâtés et sombrement disgracieux s'allongeaient de part et d'autre. Courbé à son maximum, le front enjolivait un peu plus cette grondante et satanique aura. Une auburn chevelure roulait jusqu'au bassin. Quant aux vêtements, une même teinture régentait, l'ébène. Seule la matière différait : du tissu pour le pantalon ainsi que de la soie pour le gilet à manches courtes.
Une symbolique traînait en arrière plan de cette malfaisante expression. Et ce déguisement des plus curieux titilla quelques revenantes questions, notamment le pourquoi. Son regard noisette toujours épinglé au corps voilé d'identité, le joueur US fronça les sourcils.
« Qu'est-ce que tu fais Sena ? »
Il ne répondit pas. Mieux, il agit comme s'il n'avait rien perçu de l'interrogation et continua d'avancer vers la silhouette.
La lycéenne le dévisagea, troublée de son comportement ; les courbes masculines de son visage reflétaient une marquante réflexion.
« Tu as trouvé quelque chose ? »
A son tour il vint se mettre à niveau de l'inconnu(e), ses genoux répandant dans cette sentencieuse mutité un craquement osseux.
« Peut-être. »
Alors que les doigts cheminaient avec une haletante lenteur vers le faciès luciférien, une voix lointaine figea les deux Devil.
« MAIS PUTAIN DEGAGE 'SPECE DE TRAVLO DE MEEERDE ! »
Un nom commun pianota dans l'esprit.
Aucun ne sourcilla ou ne tira les cordes vocales.
Il eut seulement un mouvement, vif, intrépide.
Sans crier gare, l'éclair ambulant saisit avec une rare violence la main de la brunette puis fusa, hâtif, en direction de cette criarde tonalité.
Le temps alors se gela.
Une sensation délicieuse de fraîcheur râpa la peau laiteuse de la patineuse. La vitesse, vertigineuse, brossait sa tignasse en arrière. Il y avait comme une claque glacée dans l'air. Cette fougueuse vélocité bouleversait le tempo monotone de la respiration. Bientôt une délirante chaleur arrosa l'hémoglobine. Suzuna eut la chair de poule, excitée. Quelle effarouchante impulsivité. Les pas, célestes et tout à la fois agressifs, marquaient le sol avec puissance ; celui-ci crépitait. La course prenait une allure planante. Tout devenait flou ; le décor s'effaçait. Il ne restait que lui. Et sa poigne, chaudement ferme. Bien que l'anatomie du joueur paraissait frêle, sommaire, la main, elle, était bien celle d'un – jeune – homme. Il l'emmenait avec frivolité dans sa chevauchée. Pour la première fois.
Un sourire conquis vagabonda sur les lèvres rosées de la sœur Taki.
Il courait, impétueux. Il courait, enivré. Il courait, passionné.
Une frétillante et délicate virilité l'enrobait. Elle sentait sa chair, à elle, brûler d'un désir indocile. Il n'était plus ce gamin ni ce larbin des premiers temps. Son air innocent et peureux était gommé. A la place ses traits dessinaient l'assurance. Un soupçon de naïveté cependant stationnait. Seulement, cette bonifiante candeur s'accordait avec une séduisante témérité, non (plus) avec une gloutonne timidité.
Il avait mûri, joliment d'ailleurs.
« TU M'AURAS PAS ENFOIRE ! »
Le braillement fut bestial ; ils se rapprochaient.
« SALOP ! LÂCHE-MOI ! »
Il sprinta de toutes ses forces, arpentant la vitesse de la lumière.
« J'VAIS T'EXPLOSER TA TRONCHE DE CONNARD ! »
Quelques misérables mètres restaient.
« Je te tiens Eyeshield ! »
De nulle part bondit un de ces mystérieux êtres au masque dantesque.
« Sena ! » paniqua la brunette à l'arrière.
Avec une telle célérité il était impossible de ralentir. Ils étaient trop près, beaucoup trop près.
Le choc serait inévitable, brutal.
Ecrasée par la course enragée et l'angoisse, la capitaine des pom-pom girls ferma les pupilles.
« Accroche-toi bien à moi Suzuna. »
Alors que l'encre céruléenne de ses yeux s'ouvrait à nouveau sur le brun, le numéro 21 tira la lycéenne jusqu'à lui.
« Qu'est-ce que…. »
Les mots de l'assaillant tombèrent dans le vide ; devant lui sa proie déploya ses ailes.
La brune blottie contre son buste, le sportif s'éleva d'un bon majestueux dans les airs puis tourna d'une terrible justesse sur lui-même.
Cela dura à peine quelques miteuses secondes.
Hébétées, deux perles ébène tentèrent de suivre ce mouvement si véloce et précis.
A peine les jambes touchèrent le sol que le running back fusa d'une incroyable force vers l'avant.
Rien, ou presque, n'avait été perçu du geste.
C'était gracieux, méticuleux, maîtrisé.
« Le Devil Bat Storm…. » murmura l'attaquant, impressionné et tout à la fois admiratif devant pareille technique.
« Ramène ta fraise que j't'éclate ! »
En gardes, les poings attendaient avec délectation que l'adversaire s'approche de trop près. Bien qu'orageuse était la provocation, celle-ci ne faisait en aucune façon réagir l'opposant qui demeurait statique. Ce manque royal de réaction titilla sévèrement les narines; la moutarde monta au nez de Toganô.
Qu'est-ce qui lui prend à ce fumier ? Il a eu une révélation ? La vierge lui est apparue ?
Il plissa les sourcils, signe marquant de sa fumeuse contrariété. Pourquoi stoppait-il d'un coup tout mouvement ? Lorsqu'il avait surgit des cieux cet enfoiré n'avait pas hésité à l'attaquer de plein fouet. A ce souvenir, son regard s'assombrit.
Extirpé des carnassières griffes de la gobeuse de choux, le joueur arpenta les nombreuses et nébuleuses pièces du domaine. Un calme hostile bombait ses pas. Aucun chuintement ou cri n'éclatait. Il n'y avait pas signe de vie dans les divers lieux sillonnés. Ainsi il marcha, rumina, appela sans qu'une quelconque réponse ne lui soit insufflée. L'esprit tomba alors dans les médisants filets de l'appréhension ; ses pensées galopèrent vers ses partenaires de ligne. Il ne les trouvait pas, même après tant de minutes égouttées. Le néant. Et ce vide infernal lui picora les entrailles. Trois ils étaient, trois ils subsistaient. Tout ce faisait par ce nombre. Jamais, ou très rarement, l'un des membres du trio s'entourait de solitude. Présent, il y en avait toujours un. Bien que différents sous plusieurs angles, leur trinité demeurait intacte, féroce et presque incassable. Des frères, pas de sang mais de cœur. Un profond respect tissait leurs liens et chacun crachait une confiance absolue sur les deux autres.
Eux trois se suffisaient. Pour connaître l'amitié, la vraie.
Où vous êtes les gars ?
Dans un quelque part qui paraissait intouchable. Quand le trinôme se fracturait, une indolente peine dégoulinait et souvent l'impression d'être paumé filetait la lucidité. Ils n'avaient pas vraiment l'habitude d'être dispatchés les uns des autres. Cela survenait d'ailleurs à de très exceptionnelles occasions.
Mais bien vite l'inquiétude fit place à l'incrédulité car ce fut à cet instant, où nostalgie et sentiments s'enchevêtraient à l'unisson, que surgit d'une furibonde violence le déséquilibré. Enchaîné dans l'aven décousu de ses émotions, Toganô ne put anticiper l'attaque frontale : l'agresseur, qui plana durant un éphémère moment dans les airs, s'aplatit comme une crêpe sur la tête échevelée du dessinateur. Très vite, le novice du crayon réalisa la situation.
Vert de rage, le défenseur rugit à s'en écorcher les cordes vocales. L'exclamation, monstrueuse de par sa frénésie, explosa de toute sa tonicité dans la résidence ; une vraie bombe vocale qui déchira pendant un douloureux moment les tympans. S'ensuivit une chevronnée débâcle du joueur. Toujours perché, l'agresseur ne décollait pas, bien au contraire. Celui-ci semblait être à son aise et ce malgré l'assommante sauvagerie de la débandade. Toganô n'apprécia pas (du tout) l'horripilant constat. Alors le déhanchement endiablé reprit de plus belle mais cette fois-ci une salve de jurons éloquents et épurés saupoudra le tout. Pourtant, le résultat ne changea pas, à une différence près : l'attaquant, face à la véhémente barbarie de la danse, émoustilla sa proie en lui prodiguant de stimulantes gifles. Cela eut le don de faire fulminer le sang déjà ébouillanté du joueur US.
Un second rempart fut franchi : la fureur.
Ne répondant plus de ses actes, le lineman poussa un beuglement cyclopéen. D'un geste hargneux, le blond décoloré agrippa la tignasse cuivrée de son agresseur puis fit battre de l'aile celui-ci. Devenu en un temps record une volaille en manque de sensations, l'assaillant fit un splendide vol plané – digne des grands oiseaux migrateurs. Le spectacle fut d'ailleurs de toute beauté pour le numéro 53 qui savoura goulûment la magistrale chute du nouveau poulet volant. Celui-ci vint s'écraser de plein fouet sur l'un des portraits qui, sous le poids dévastateur du coup, s'effondra aussi sec.
T'as voulu la guerre gros gland, te voilà servi !
Fier comme un paon, l'apprenti mangaka souriait de toutes ses dents. Il l'avait envoyé au tapis et admirablement bien d'ailleurs. La furie de Toganô Shôzô ne laissait personne indifférent. Il avait fait mouche, nul doute.
« Hein…..hein…. » hululât une voix d'outre-tombe.
Du moins, le croyait-il.
Putain mais c'est pas vrai !
Au loin une silhouette se relevait avec peine. La respiration pantelante, l'inconnu parvint à s'avancer vers la lumière, un espiègle et chatoyant sourire pendu à ses lèvres.
« C'n'est pas...avec...une attaque...aussi faiblarde...que...l'étoile montante que je suis...va tomber ! »
Quelle exorbitante arrogance.
J'vais le défoncer ce merdeux.
C'était ainsi que son offenseur avait fait irruption. Par derrière, comme un lâche. Et, cerise sur le gâteau, ce salopard se foutait ouvertement de lui. Sa venimeuse furie fut portée à ébullition ; il crispa les poings, la mâchoire. Il ne le lâchait pas une seconde du regard. Pourtant l'autre n'oscillait pas un piètre sourcil. Une lueur assassine brilla alors de tout son saoul dans les yeux fumants du défenseur. Cette immobilité pimentait encore plus sa dédaigneuse impatience.
Il lui cracha sa verve, le provoquant.
Ce fut un bide complet.
Furieux, la réplique ne s'était pas fait attendre.
« T'attends quoi ! Le messie p't'être ! »
Cette singulière – et pour le moins risible – répartie hissa un peu plus effrontément la bouche de l'opposant.
« Hein hein ! Si tu crois que je vais te laisser égratigner ma rayonnante personne, tu t'fourres le doigt dans l'œil !
- Mais t'es con ou quoi ! vociféra-t-il hors de lui. Et putain arrête avec ces « hein-hein » car ça commence à m'énerver sévère ! On dirait l'autre dé… »
Le vide mordit ses mots.
Une ampoule clignota.
Le silence lourd sonna.
Il réalisa.
« C'est pas possible... » souffla le lineman, les yeux écarquillés.
Les mots restèrent confinés, embastillés. Il n'y croyait pas, ne comprenait pas. Son regard, confus au plus haut point, perdit d'une effrayante promptitude tout éclat sanguinaire. Il était totalement déboussolé. Son trouble était tel qu'il crut durant un suffocant moment nager en plein délire morbide.
Mais...pourquoi ! Ca n'a aucun sens putain !
Ce fut une persifleuse voix, ou plutôt une crispante outrecuidance, qui vint briser l'état second dans lequel était claustré Toganô.
« Qu'est-ce qui t'arrive, t'as perdu ta langue ? »
Il se reçut une décharge, puissante et tonique. Cette voix ainsi que cette – exécrable – attitude concordaient. Bien qu'aucunes preuves tangibles n'existaient, le doute n'en demeurait pas moins médiocre, presque chimérique. Son incompréhension, pourtant envahissante, se dissolvait. Le pourquoi fut écarté ; seul importait la vérité, l'exacte et présente réalité.
J'veux en avoir le cœur net.
Une singulière lueur fleurit : la détermination, spartiate et immuable. Il s'avança, tranquille, vers son agresseur qui blêmit.
Aucune échappatoire ne se présenta à lui. A l'arrière tout comme sur ses deux flancs un mur le surplombait.
Il était pris au piège.
Vite !
L'avancée se stoppa.
Ramenez-vous bon sang !
Face à face, leur regard fourchait la pupille de l'autre.
VITE NOM DE DIEU !
Sourcils et front plissèrent ; un pointu sérieux ruissela de l'œil noir du défenseur.
IL VA ME TRUCIDER !
« Finis de jouer Ta...
- KURITAAAAAAAAAAAAAA ! » hurla à la mort l'égocentrique.
A la seconde même où ce nom tempêta, un boulet de canon gicla de l'obscurité et vint s'effondrer sans commune mesure sur lunettes mouches.
Un soupir atténué glissa ; la nervosité chuta.
« To...ga...nô... »
Un nouveau venu accourut, profondément époumoné. Enfin ils y étaient parvenus. Le chemin fut hasardeux mais tout deux avaient tenus. Sans faillir ou faiblir. Ses articulations carbonisaient la chair, fumantes. Une enveloppante fatigue l'empaillait lui et ses organes respiratoires. Il n'avait pas fait semblant. L'énergie, déversée en exubérance dans sa chevauchée débridée, suça avec gourmandise toute force musculaire. Il n'en pouvait plus. Et pas que lui d'ailleurs. Alors que le porteur du nombre 21 reprenait peu à peu son souffle, un œil soucieux s'orienta vers sa compère de course. A ses côtés la lycéenne s'appuyait sur ses rotules tout en garnissant ses poumons d'un diluvien oxygène. Lui fut le conducteur, elle le passager. Peu de personnes parvenaient à le suivre sans en ressentir un tranchant épuisement. Sa cadence débordait de démence, elle exigeait une dose éreintante d'efforts. Sans entraînement il était malaisé de tenir la route. Pourtant, la pom-pom, elle, y parvint. Elle non plus ne s'accordait pas sur l'abandon. Elle donnait tout et ce jusqu'à l'usure.
Un mielleux sourire orna les lèvres du coureur. Taki Suzuna n'était pas n'importe qui.
« Sena-kun ? »
L'interpellé leva la tête, étonné d'entendre la cristalline voix du dodu défenseur.
Un ange passa. Puis un second.
Ce qu'il vit le déstabilisa à un point jamais cru possible.
« Ku...Kurita-san ? » mâchonna-t-il sous le choc.
Il fut scotché sur place tout comme une certaine brunette.
« Natsu…..Natsuhiko, c'est toi ? »
Leur voix roulait toutes trois dans la surprise. Chacun scrutait la pupille de l'autre, interdit puis déconfit.
« Pourquoi...balbutia sidérée la flèche de l'équipe. Pourquoi Kurita-san et...
- Natsuhiko ! Qu'est-ce ça veut dire ! »
Le premier état émotionnel de la patineuse, à savoir une claquante hébétude, l'avala d'une bouche. Elle n'adhéra pas dans l'instant à cette invraisemblable et biscornue réalité. Puis elle comprit, vite – trop vite au goût de l'aîné. C'était bien son sot de frère qui paradait sous ce déguisement (re)connu. En guise de second état émotionnel, la jeune femme mijota un bouillon dont le jus s'apparentait à une corrosive lave pétante.
J'suis cuit…
La façon dont sa sœur égosillait son nom voulait tout dire et cela autant sur ses fulminants émois que sur ses calomnieuses intentions. Nul doute qu'il allait passer un très mauvais quart d'heure, peut-être le plus volcanique de tous d'ailleurs. Rares furent les jours où la cadette fracturait le verrou de son prestigieux courroux. En général il faisait tout pour ne pas provoquer un tel orage. Sa santé, aussi bien mentale que physique, souvent en pâtissait. Une fois la cocotte minute remplie à l'extrême limite, impossible il était d'apposer le couvercle. Ca débordait puis explosait. Tout connement. Et ça faisait mal, drôlement mal dans ces moments-là.
Zen, zen Nat. Dis-lui tout posément, sans prise de tête, sans accrochage. Ca va couler tout seul.
Il prit une profonde inspiration puis expira le tout d'une prodigieuse lenteur.
« Eh bien, vois-tu, commença-t-il d'une voix étonnement pondérée, c'est…..je…..en fait….il….non….euh… »
Rien d'autre n'épura outre un remarquable balbutiement. Les phrases avaient un mal de chien à se rencontrer. Ces mots écorchés ne plurent d'ailleurs guère à l'amoureuse qui fusilla avec bestialité cet imbécile blond.
C'est mal barré…
Une indélicate nervosité grignota sa chair.
« Ce qu'il faut que tu saches….c'est….que…c'est assez….compliqué ! »
Il cherchait ses mots et il sembla que le dernier fut comme tombé du ciel vu l'exclamation poussée.
« Ah ? Eh bien explique-moi alors : pourquoi toi et Kurita-kun êtes affublés du même costume que nos agresseurs ? »
Le ton était rehaussé. Une note plus marquée d'austérité y dansait. Et le regard, quant à lui, pétillait d'une délicate et chaleureuse pugnacité – de quoi enrayer son ascendante cadence cardiaque.
Il ravala sa salive, nerveux.
« Oh...ça. Ben…voilà…c'est…comment dire…hum… »
Les lettres ne parvenaient pas à jaillir de la gorge. Comment expliquer avec clarté et véracité ce que lui-même ne comprenait pas ? C'était tellement...démentiel ! Même si la pure et aiguisée vérité enfin se déroulait il savait que l'exaspération continuerait. Pire, elle gonflerait telle une noble montgolfière. Pourtant, il lui fallait livrer les raisons s'il ne voulait pas finir dévoré par la furie barbare de sa sœur. C'était vital, il devait avouer.
D'un geste indolent, Taki susnommé la toupie retira son masque.
« Voilà en fait c'est Hiruma-san qui nous as ordonné de porter ce déguisement. »
Une petite bombe venait d'être canonnée. Son effet fut immédiat : l'adolescente déposa un regard médusé sur les deux déguisés tandis que l'atout épique de Deimon eut la bouche pendante.
L'ébahissement était total, royal.
« ...Quoi ! »
A l'unisson ils écrièrent sans pudeur ni retenue leur insatiable décontenance. Quant aux porteurs de l'accoutrement, le virevoltant danseur détourna le regard, l'air innocent, tout le contraire du robuste défenseur qui lui baissa les yeux comme s'il se sentait responsable de tout ce chambardement.
Kof Kof
L'abrupt et étouffé toussotement effrita un instant l'atmosphère pesante qui planait.
« J'é…..touffe….pu…tain… »
Tous les regards convergèrent en direction de l'imposant fessier de Kurita.
« Toganô-kun ! » exclama horrifié l'un des trois fondateurs du club.
Sans attendre le deuxième année se releva d'une vive rapidité.
« …..Mer…merci….. » peina à dire la crêpe blonde, le souffle court.
L'oxygène, lénifiante et abondante, corroda d'une rare violence ses poumons qui à son contact se ballonnèrent puis expirèrent avec force. Jamais l'air pur ne fut aussi délectable qu'à cet instant. Une fois encore il inspira une gargantuesque bouffée, se revigorant.
« Je suis vraiment désolé Toganô-kun, déclara d'une profonde sincérité le lineman ventru.
- Ca va aller ? demanda la flèche qui s'était approchée de son équipier.
- Ouais. » affirma l'amateur de dessins en se remettant vigoureusement sur pied.
Brusque dans son mouvement, le blond décoloré sentit un mal de crâne l'envahir.
« Waouh, ma tête… » geint-il une main plaquée sur son front chiffonné.
Son partenaire de ligne avait tapé fort, vraiment fort. Il ne l'avait pas raté ; la douleur boxait. Comment en était-il arrivé là déjà ? Et pourquoi il lui était tombé dessus au fait ? Un brusque flou pelota ses confuses et désordonnées pensées. Le coup, d'une terrifiante puissance, déboussolait ses repères. Les réponses flottaient devant lui, il le sentait. Pourtant celles-ci vêtaient une couche marquante d'invisibilité. Il ne parvenait pas à les lire ni même à les voir. Elles étaient là, présentes, existantes mais lui ne les distinguait pas. Toujours en train de se masser son douloureux front, le joueur aux lunettes mouches égara ses nébuleuses prunelles à travers le couloir.
Son regard s'arrêta ; une personne était dans sa ligne de mire.
Tout à coup les souvenirs resurgirent.
Les réponses devinrent lisibles.
Ce fut le déclic.
« TOI ! fulmina le lineman en pointant discourtoisement son doigt en direction de l'infernal frère. J'vais t'arracher les ch'veux Taki ! rugit-il d'une monstruosité renversante.
- Du calme Toganô-kun, tempéra le pacifiste Kurita.
- Tu voudrais que j'passe l'éponge sur cet empaffé qui a déboulé comme un forcené, qui m'a agressé et qui c'est foutu d'ma gueule !
- Euh…..C'est-à-dire que….balbutia gêné l'opulent défenseur.
- Et puis d'ailleurs pourquoi tu m'as attaqué ! exigea l'impétueux blond en s'adressant à la toupie.
- Hein hein ! tournoya sans raison celui-ci. C'était ma radieuse mission ! »
Deux grossières veines poussèrent tels des champignons sur les tempes de l'apprenti mangaka.
« Tu m'ressors une connerie d'ce genre et j't'assure que j'te décalque ta face de pet en moins d'deux ! menaça celui-ci de son poing.
- Il dit la vérité Toganô-kun.
- Comment ça ? interrogea Sena, troublé du propos de son coéquipier.
- Hiruma-kun nous a ordonné de vous capturer. » répondit calmement le costaud de la bande.
Phrase coup de poing qui, en à peine une seconde, fit pâlir d'une vitesse vertigineuse plusieurs visages alors que les yeux sortaient presque de leur orbite.
« Pardon ! croassa sans contre façon le défenseur de la ligne, sa décontenance touchant à son paroxysme.
- Mais ça n'a aucun sens ! ajouta la patineuse tout aussi désarçonnée.
- Pourquoi il ferait une chose pareille ? Qu'est-ce qu'il attend de nous ? renchérit encore plus dérouté le sprinteur.
- Je ne sais pas Sena-kun, énonça le féru de pâtisseries, désolé.
- Si j'comprends bien, ce dément vous a chargé tout les deux de nous faire captif, c'est ça ? transcrivit le membre du trinôme.
- Non, pas tout les deux, réfuta le centre de la ligne d'un signe de tête.
- Hein hein ! approuva d'une pirouette le benêt Taki.
- Toi la ferme !
- Que veux-tu dire Kurita-san ? demanda de préciser la flèche montante du groupe.
- Tous ceux qui se sont fait attrapés ont eu l'ordre de capturer ceux qui restaient.
- Attends une seconde…s'emmêla les pinceaux la brunette. Ca signifie que….toi aussi tu as été attaqué ! réalisa-t-elle soudain.
- Hm, acquiesça le simplet au poids conséquent. Ca c'est passé au moment où Sena-kun partit secourir Suzuna-chan. »
Cet anodin bout de phrase rosit en un temps concis l'éclair ambulant.
« Alors qu'à son tour Mamori-chan s'élançait, une ombre a jailli derrière moi, poursuivit de sa douce et posée voix le gobeur de sucrerie. On m'a ensuite traîné pendant de nombreuses minutes jusqu'à ce que j'arrive dans une pièce lumineuse et grande. Il y avait des habits, des masques, des cordes et des objets bizarres éparpillés un peu partout. Plus haut une baie vitrée indiquait la présence d'une autre pièce. Il m'a semblé voir un gros bloc métallique situé juste en dessous de plusieurs écrans. On aurait dire une salle informatique ou quelque chose comme ça. Et c'est là qu'est apparu Hiruma-kun.
- Que t'a-t-il dit ? requit la suite le coureur, intrigué de ce récit plus qu'étrange.
- Pas grand-chose. Il a juste rigolé puis m'a imposé de porter le masque et le costume. Je lui ai demandé ce que tout ça signifiait mais il m'a dit de la fermer et d'exécuter les ordres.
- C'est tout ? fut déçu de ces maigres informations le lineman blond.
- Juste avant que je parte il a ajouté : tous les coups sont permis fuckin'gros lard. Plus tu m'en ramèneras et moins lourde sera ta sanction.
- Ta sanction ? Mais quelle sanction ? » répéta embrouillée l'adolescente, les traits courbés.
Pour toute réponse Kurita haussa les épaules. Il ignorait totalement de quoi parlait son capitaine. Quant à ses intensions, bien qu'il les mettait à exécution, il ne les comprenait pas pour autant. Le pilier de la ligne défensive était l'un des joueurs à avoir le plus côtoyer – et endurer – le quarterback. Certaines facettes du démon lui furent donc révélées au cours des lunes tombées mais toujours le rondelet sportif pataugeait dans une eau brumeuse. Son démoniaque ami prenait toujours un soin particulier pour maquiller d'une monstrueuse efficacité ses sombres desseins. Personne n'avait accès à l'esprit atypique du blond vampirique. Quand il avait demandé, ou plutôt prié, le pourquoi de toute cette histoire, celui-ci l'envoya bouler avec cette manière si propre et subtile qu'était la sienne. Aucune contestation n'était permise ou même pensable. C'était fléchir ou souffrir. Et Kurita Ryôkan n'était pas homme à se frotter au fils autoproclamé de Satan. C'était un pacifiste, non un guerrier.
« Putain mais c'est totalement barré comme truc ! en conclut consterné le maître de la batte.
- Mais quand tu dis qu'il n'y avait pas qu'à vous deux qu'il « confia » cette tâche, de qui d'autre voulais-tu parler ?
- J'ai cru apercevoir dans la pièce pas très loin de moi Yukimitsu-kun et Jûmonji-kun. »
A l'évocation du nom de son confrère Toganô sursauta, un pic électrique transperçant ses vertèbres.
« Jûmonji tu dis !
- Oui, comme moi il a été emmené dans cette salle et a dû à son tour porter le déguisement.
- ...resta – pour une fois – sans voix l'impétueux athlète.
- Et l'ombre qui c'était ? questionna une énième fois le running back, féru de trouver les réponses.
- Kuroki-kun. »
Et quelle incroyable et inattendue réponse. Pour le coup ce fut au tour du novice dans le dessein d'avoir la bouche pendante.
« T'en as encore combien des comme ça ! Car j'voudrais pas dire mais manqu'rait plus qu'un grotesques « Hein hein ! » et on aura atteint le summum de la connerie...soupira profondément désabusé lunette-mouche. D'ailleurs, il est passé où l'autre glandu ? »
Cette inopinée remarque déploya les regards dans tous les sens. Aucun corps élancé à la touffe de foin n'était visible.
« M'dîtes pas qu'il s'est volatilisé ce co…..
- HEIN HEIN ! » clama avec hardiesse une voix provenant des profondeurs ébène.
D'une souplesse flamboyante le valseur plana. Son geste, d'une rare magnificence, avala tout entier les regards. Envoûtés, ils l'étaient tous.
Puis vint le choc, brutal et impromptu.
Ahuris devant une attaque aussi époustouflante, personne n'eut le temps de réagir. Ils étaient figés, totalement déroutés de ce qu'ils dévisageaient.
« Mais qu'est-ce qui t'prend putain ! »
Aplati telle une vulgaire serpillière au sol, Toganô se débattait avec bestialité. L'infernale toupie trônait tout à son aise sur le dos de son détenu.
« Taki-kun ! invectiva affolé le deuxième année.
- Natshuhiko ! Mais qu'est-ce que tu fabriques ! vociféra folle de rage la brunette devant l'absurde geste de son frère.
- T'as intérêt à bouger vite fait ton cul si tu veux pas finir la tête emplâtrée dans le mur ! fuma le paillasson blond qui tentait en vain de se dégager.
- Désolé mais ça va pas être possible Toganô-kun. Comme l'a dit Hiruma-san, tous les coups sont permis. Plus de prisonniers lui seront livrés et moins notre châtiment sera douloureux. J'obéis, c'est tout, termina-t-il d'un sourire angélique.
- TRAÎTRE ! J'VAIS TE BUTER !
- Toujours la grâce et la beauté triomphent de l'absolue brutalité ! »
Ce fut sous cette éloquente et chatoyante conviction que le fanatique des mangas s'engouffra en toute hâte dans la gloutonne obscurité.
« LÂCHE-MOOOOOI ! »
Un cri d'épouvante retentit dans l'abysse lointain de la maison hantée. Son écho glaça l'hémoglobine, vil, putride. Trois personnes avaient assisté à cette scène vénéneuse. Chacune d'entre elle resta enracinée, immobile.
Un morbide silence les dorlotait.
Il n'y avait plus de hurlements. Ni de Toganô Shôzô.
Encore un compagnon arraché, enlevé.
Par un des leurs.
Taki Natsuhiko.
Un équipier, un membre des DevilBats.
Le fait, bien réel, parut dément. Ca l'était du moins pour deux individus, Kobayakawa Sena et Ryôkan Kurita qui voyaient en cette fielleuse action l'aberration, l'incohérence. Pour Taki Suzuna, tout ceci n'était pour elle qu'exécrable balourdise. Cette attitude saugrenue avait de nombreuses fois joué d'une fastidieuse et claquante ritournelle. Ce n'était pas la première fois, et sûrement pas la dernière, que son burlesque de frère agissait avec tant d'intellect et de maturité. A présent habituée, elle n'était plus outrée mais – terriblement – exaspérée.
« Mais c'est pas possible, je rêve ! » tonna-t-elle d'une foudre débordante.
Cette impulsive et non des moins coupantes fulmination apposa deux regards masculins sur un visage coquelicot.
« Comment on peut être idiot à ce point ! s'arracha les cheveux la lycéenne.
- Senaaaaa ! » écria au loin une voix notoire.
L'apostrophé fit volte-face ; un sourire éclos.
« J'vous…ai…enfin…..trouvés…..hacha sa phrase le nouveau venu, haletant.
- Monta-kun ! »
Avec l'exclamation s'accompagna une étouffante étreinte de la part du corpulent défenseur. Ecrasé telle une délicieuse purée, le maître des sauts pria son partenaire de le relâcher ; l'air commençait à manquer. Sans attendre le gourmet Kurita s'exécuta, penaud. Il avait un certain mal à contrôler ses promptes émotions. Dès l'instant où il retrouvait un des membres du club un pétillant et excitant bonheur l'enveloppait. C'était plus fort que lui, la joie devait jaillir. Reprenant peu à peu son souffle, le susnommé Monta interrogea ses équipiers et particulièrement le lineman. Sur celui-ci gisait une tenue des plus singulières. Alors son compère lui expliqua tout ce qu'il savait, sa capture, l'étrange pièce, Hiruma, les ordres. Au fil de la narration découlée les yeux du singe s'ouvrirent, grands. Sa première réaction fut le rejet pur et dur. Il n'arrivait pas à y croire et ne le cacha pas un instant. Il joua d'une bourdonnante cacophonie jusqu'à ce que ses camarades parviennent à lui faire entendre raison. Son comportement éclaboussait d'excentricité ; Sena adorait. Plusieurs fois un sourire déboutonna ses lèvres face aux réactions puériles et excessives de son ami. Il était si sentimental ! Un rien le faisait bondir. Avec lui jamais il ne s'ennuyait et bien que parfois cette extravagance pesait lourd, pour rien au monde il n'aurait souhaité que Tarô Raimon troque quoi que ce soit de sa fougueuse personnalité.
Enfin calmé, l'ex joueur de base-ball resta plusieurs minutes silencieux, ce qui inquiéta quelque peu ses compagnons. L'homme kangourou n'avait pas vraiment pour habitude de terrer les sons. Celui-ci avait surtout tendance à les exposer au grand jour et cela d'une éreintante éternité.
« J'ai compris ! »
Tout d'abord vaseuse, l'idée n'en fut plus une ; celle-ci devint certitude. Plus aucun doute possible, il avait déterré le trésor fardé de la vérité. Comment ne pas y penser ? C'était d'une limpidité fracassante. Mais justement, parce que cela relevait d'une logique inouï que personne, excepté lui, n'y songea.
Dommage pour toi Hiruma-san mais la prestigieuse perspicacité de Tarô Raimon t'a démasqué !
La moue truffée d'un orgueil dégoulinant, le wide receiver souriait, majestueux. Il bombait le torse, se frottait le menton, fier comme un coq. Oui, il était – très – fort. Même lui s'impressionnait. Comment savoir qu'une telle clairvoyance sommeillait en lui ? Ce fut une véritable révélation, un choc électrique.
Son public ne fut pas tout à fait de cet avis. Des regards curieux – et pour le moins sceptiques – s'attroupaient autour de la pile humaine. Ils restaient dubitatifs, presque méfiants. Qu'allait-il encore leur sortir cette fois-ci ? Le pire était à venir, ils le sentaient, l'appréhendaient.
La flamboyante révélation ne fut pas livrée de suite. Il voulait les faire mijoter à feu doux et ressentir, avide, leur sournoise impatience. Pourtant, l'excitation eut raison du nouveau Sherlock Raimon qui annonça, bourgeois :
« On est en plein show TV, voilà tout. »
Un mutisme infini papillonna.
L'expert de la réception saliva. Sa couveuse déclaration avait fait son – petit – effet. Il les avait subjugués, éblouis par sa rayonnante sagacité. Preuve en était puisque personne ne pipa un traître mot durant un loooong moment.
« Ca vous la coupe hein ? »
Tu crois pas si bien dire,ne put s'empêcher de penser le champion de la course.
Désabusée au plus haut point, la lycéenne laissa perler en toute liberté sa déconvenue.
« Ah ça, pour sûr que tu nous l'as coupé… »
Dans le ton fourmillait une note profondément sarcastique qui fit perde le sourire faramineux du receveur. A la place il fripa front et sourcils dans une expression totale d'incompréhension.
« Ben quoi qu'est-ce qu'y a ? J'ai dit un truc qui fallait pas ? »
Alors que cette formidable – ou terrible – crédulité fit soupirer, désespérée, la brunette, Sena, lui, vit son visage se fendre d'un fleuri sourire.
Oui, Tarô Raimon était bien l'être le plus indécrottable qu'il n'eut jamais rencontré.
« T'as toujours rien compris babouin. »
L'ex joueur de baseball ainsi que les trois autres lycéens se retournèrent. Devant eux était aligné une brochette de leurs trois compères costumés. Chacun avait gardé son masque. Celui qui les avait hélés se trouvait au centre. Sa voix, pernicieuse et frondeuse, n'était d'ailleurs pas du tout mystérieuse pour le receveur. Il fronça les sourcils quel surnom scandalisant… Trop de fois on le lui avait vomi. Il n'y avait qu'une seule et unique personne pour oser le désigner ainsi. Il serra les poings, teigneux. Une volcanique envie de tâter du poing le prit
Pensif, le coureur scrutait les arrivants. Aucun d'eux n'avait encore bougé. Ils avaient posé une distance quelques peu litigieuse ils semblaient proches et loin à la fois. C'était comme s'ils attendaient un geste pour avancer. Un mouvement, un seul et ils leur tombaient dessus sans ménagement. Ils étaient précis, alertes et téméraires.
« Vous êtes les derniers. » avisa d'une voix grave la même personne.
Son corps se braqua, raide. Une menace filtrait derrière ces mots, il le sentait. Tout comme Taki ils chargeraient. Pour les mêmes raisons. De la même façon. Une poussée d'adrénaline remonta le long de son échine. D'un geste impulsif et incontrôlé, le coureur saisit la main de la brune. Seulement trois, à passer. Un spin suffirait. Il y parviendrait, encore. A présent seul comptait l'observation. Tel un véritable œil de lynx il arpentait leurs moindres faits et gestes. Rien ne devait lui échapper. Anticiper un maximum était la clé. Il suffisait d'une seconde, d'un souffle pour que tout bascule. Mais tout ça venait en second. L'ultime et primordiale étape était le temps découlé. Il lui fallait patienter, calme, attentif, que les choses se passent.
Il attentait, prêt.
Elle rougissait, fiévreuse. Il la prenait en traître. Un geste de sa part et sa chair s'embrasait. Sa spontanéité la leurrait puis l'écrasait d'une féerique sensation amoureuse. Chaque contact amplifiait le désir passionné. Il n'avait pas le droit de la rendre aussi sensible et avide. Traître il était en cela. Pourtant, cette marque inopinée d'attention l'ensorcelait. Même si lui ne s'en rendait compte, elle, elle le sentait. Seul cela réellement importait car dans ces instants placés hors du temps, un vertigineux sentiment de bien-être l'enclavait toute entière. Comment lui en vouloir ? C'était trop délicieux. Le cœur boxant, pétulant, la patineuse étendit ses cristallines perles dans celles raboteuses du renégat. Elle y lit une profonde sobriété ; un velouté sérieux étirait ses traits. Son esprit paraissait préoccupé.
« Les derniers ? Qu'est-ce que tu baragouine Jûmonji ?
- Laisse tomber babouin….
- J'suis pas un babouin bon sang !
- On est sincèrement désolé mais nous n'avons pas le choix.
- Yukimitsu ! s'exclama le maître des sauts qui reconnût instantanément la frêle voix du numéro 16.
- Y'a toujours le choix, réfuta sévèrement la patineuse.
- Pas avec Hiruma Yoîchi.
- Kuroki aussi ! Mais qu'est-ce que ça veut dire enfin !
- Attendez, y doit bien avoir une autre solution, proposa le centre de la ligne qui angoissait.
- Y'en qu'une seule et tu l'sais.
- Hein ?
- Mais vous êtes des partenaires, une équipe ! Ca ne compte donc pas ! répliqua avec virulence la brunette.
- Partenaire ou pas, les ordres sont les ordres, trancha sans considération le lineman blond.
- Prépare toi Suzuna, ça arrive, émietta dans un efflanqué murmure Eyeshield qui resserra sa prise.
- MAIS BON DIEU VOUS ALLEZ M'DIRE DE QUOI VOUS CAUSER TOUS ! »
Plus qu'une revendication, cette implacable clameur cloua les deux groupes. Il n'eut plus aucun son, seulement des regards alertes, (r)éveillés.
Tout allait se jouer ici et maintenant.
Le silence régna en maître. Mais sa souveraineté ne dura que quelques piteuses secondes.
Un furtif et impalpable mouvement se fit dans l'ombre.
Sena aboya.
« Monta derrière-toi ! »
Un nain déboucha des ténèbres.
Le prévenu n'eut le temps de réagir : il fut plaqué à terre à la seconde même où son coéquipier hurla.
Tout se passa alors d'une incroyable promptitude.
L'ennemi chargea sur eux tel un troupeau de mufle, criard.
Le running back ne réfléchit pas une seconde ; il fusa – la brunette galopant dans ses pas.
La brochette costumée ne put rien faire tant la vitesse paraissait inhumaine.
« Merde ! jura Jûmonji. Kurita tu restes avec Komosubi. Faut pas que ce crétin de babouin s'échappe.
- COMBIEN D'FOIS FAUDRA QU'JE….
- Ecrase Monta. T'es pas en position de mugir quoi que se soit, coupa tranchant le brun.
- Kuroki, Yukimitsu et moi-même on va s'occuper des deux autres. Faut à tout prix les chopper. »
Alors que le receveur pétait rouge, les trois joueurs s'élancèrent d'une furieuse rapidité à la poursuite des fuyards.
Sa force brilla puis lacéra. Une grondante affliction tanguait dans les muscles. Corps et esprit étaient rongés par cette infaillible fatigue. La sueur zigzaguait le long de l'épiderme, humidifiant leur grimpante nervosité. Pourtant la cavalcade n'en demeurait pas moins belliqueuse, pantelante. Le rythme donné pulsait avec frénésie. Rien ne traversait les pensées. Il n'y avait que ce but possessif de courir pour survivre, pour partir. Sans se retourner ni ralentir. L'orientation se détraquait. Il courrait dans la brume, imprécis, aveugle, indécis. Il ne savait pas où aller, où fuir. Tout ce qu'il faisait c'était de cavaler. Toujours plus loin. Avec férocité. Sans un regard lâché à l'arrière.
Il ne devait pas hésiter. Ni flancher.
La fin sinon tomberait. Pour tout deux. Elle et lui.
Et ça, il en était hors de question.
« Se…. Sena…J'en…J'en peux plus… »
Ce murmure étiolé glissa dans l'oreille du sprinteur. Cette respiration, entrecoupée, marquait sa vorace exténuation. Le tempo plus qu'insistant la drainait d'une rapidité alarmante.
Sa voix signait l'abandon, une sournoise abdication qu'il redoutait.
Elle n'en pouvait plus.
Sa course freina ; il s'arrêta.
La jeune femme s'affranchit de l'inestimable emprise. La poigne comprimée se dévissa. Haletante, l'acrobate féminine prit appuie sur ses genoux le temps que les poumons se revigorent goulûment d'oxygène.
« Je…..suis…..désolée….Sena….. »
Ses cordes vocales sursautaient d'une sonorité ébréchée qui ne lui était pas connue jusqu'alors. Elle se résignait et cela l'affligeait malgré sa piteuse tentation de ne pas (le) dénuder. Sur ses traits épuisés une perle de tristesse coulait. Il y laissait une venimeuse culpabilité. Elle s'accusait pour cet arrêt. Aucun d'eux ne connaissait l'exact dénouement. Quelques fragments seulement ils possédaient. Mais qu'importait cet après des choses. Lui n'était préoccupé que par cette mine harassée et tout à la fois désolée qui n'avait pas lieu d'être.
« Ne t'excuse pas pour ça Suzuna. »
Elle releva son regard encré puis noya celui-ci dans la noisette écrémé du coureur. D'une sensuelle sincérité, son regard masculin l'avalait – une fois encore. Il était beau. Non pour son seul physique mais pour son esprit. Alors qu'elle agençait leur devenir sur une route boiteuse et incertaine, lui ne se souciait que de ses piquantes émotions. Dans le pelage châtaigner de ses yeux tourbillonnait une vivifiante et velouteuse maturité. Il n'y avait plus l'ombre de niaiserie. Il s'imposait. Le temps du cache-cache des sentiments semblait loin, perdu.
Un sourire séduit croqua les joues rosées de la patineuse.
« Merci. »
La véracité et sensualité des lettres fit courber, légère, l'expression satinée du lycéen qui ne saisit le sens du mot.
D'être ce que tu es Sena.
« On vous tient. »
Tout près d'eux leurs trois assaillants étaient présents, immobiles derrière l'élancé et marbré escalier. La course s'était gelée dans le majestueux hall d'entrée, là où tout avait commencé.
La fin ici se jouera. La boucle sera bouclée. Chacun aura été pris puis asservi.
Non, pas tous.
Il en restait deux libres. Et le prestigieux Eyeshield comptait bien préserver et défendre cette liberté.
Le joueur se plaça devant sa partenaire, la protégeant. Le regard flamboyait comme jamais d'assurance tandis que la témérité gonflait d'un volume intimidant.
« C'est terminé pour vous mes jolis, assura sans terrer sa joie le défenseur brun.
- Je crois pas non, soutint implacable l'expert des esquives.
- C'est c'qu'on va voir ! »
Les trois foncèrent sur eux, courroucés.
Sena ne bougea pas le moindre cil.
Il (les) attentait, prêt, paré.
Il gagnerait.
Ké ké ké ké ké
Un fourbe sourire se dessina.
« YA-HA ! »
Le jeu était terminé.
Furibond et sauvage, ce cri malicieusement (re)connu figea en un instant le groupe. Des regards, à la fois déconcertés et apeurés, s'élevèrent en hauteur.
« L'entraînement est achevé fuckin'larves. »
L'obscurité disparut en un instant. La lumière renaquit, cuisante et puissante. Sa violence fut telle que les joueurs présents dans le hall fermèrent avec force leurs pupilles, agressés. Quand enfin la luminosité inonda à nouveau les orbes floués, ce fut l'ébahissement. Mieux, l'électrocution.
Devant eux un effroyable cabot tenait dans sa gueule deux choses, ou tout du moins deux personnes : Tarô Raimon et Toganô Shôzo dont les gémissements procuraient un servile frisson le long de l'épiderme. Quelle bienfaisante et rassurante image que de voir ce chien de l'enfer les lorgnait avec un appétit aussi inassouvi. Son dresseur se trouvait tout juste à côté, l'indémodable AK-47 appuyée sur son épaule droite. Ses canines consciencieusement acérées éblouissaient. Une crème parfumée d'effronterie s'étalait sur son visage laiteux. Quant aux pupilles, celles-ci miroitaient avec supériorité et diabolisme. Deux monstres qui s'étaient trouvés. A quelques mètres à peine une jeune femme à la crinière rousse contemplait le sol, un pétant et marqué rouge dévorant ses joues. Son regard était baissé, comme s'il renfermait un secret. Cet étrange comportement fronça les cils ébène de la patineuse qui ne comprit pas pourquoi sa chaleureuse amie, Mamori Anezaki, étaient en proie à une gêne aussi criarde et vermillonne.
« Comment ça terminé ! suréleva la voix le défenseur blond. Y reste encore Se…..
- Le fuckin'temps est dépassé. »
Aussi coupante qu'un katana, la phrase cassa la grondante animosité qui montait.
Le sourire, carnassier, s'effaça.
« Vous avez échoué. »
Juste un franc-parler glacé et terrifiant.
Les visages se décomposèrent.
La peur poignarda.
L'appréhension frappa.
Ils savaient ce qui les attendait. Cette réplique, impitoyable, signifiait la fin. Pour tous. Dès le départ ils avaient été prévenus, eux les capturés, de ce qui arriverait en cas d'échec. L''épée de damoclès n'avait cessé dès lors de flotter avec grâce au-dessus d'eux, attendant, impatiente, de véhiculer son irrésistible coup.
Elle était tombée, là et maintenant.
En quelques mots.
« Pourquoi…..pourquoi nous faire venir ici, Hiruma-san ? »
Le quarterback porta son insondable regard sur le chouchou de la gobeuse de choux.
« Car ce qui vous tue pas vous rend plus fort. » affirma-t-il, un dantesque sourire cloué sur les lèvres.
L'explication n'en fut pas une puisque les questions, omnipotentes depuis le début du périple, tambourinaient toujours. La seule chose qu'amena ce nuageux éclaircissement fut des grimaces d'incompréhension. Tout et rien était insufflé dans cette phrase.
« La subtilité ne te va pas Hiruma. »
Les têtes pivotèrent à gauche ; un lycéen à la barbe mal rasée faisait son entrée. D'un pas indolent il rejoignit l'assemblé, l'air calme et stoïque.
La phrase enroulée d'indifférence étira d'une manière perfidement luciférienne les lèvres du capitaine.
« P't'être fuckin'vieillard mais c'est pas comprendre qui importe, c'est le fuckin'châtiment. »
Un visage radieux déroulait les traits diaboliques du redoutable blond. Il salivait et cela sans aucune retenue sa démoniaque victoire, ce qui n'était irrémédiablement pas le cas des autres joueurs de l'équipe qui eurent une vicieuse envie de pleurer. Pourquoi, mais pourquoi nom de Dieuavaient-ils comme capitaine l'être le plus satanique et le plus fou allié de la Terre ! N'en bavaient-ils déjà pas assez !
« Et j'peux vous dire qu'vous allez en chier fuckin'nabots, ké ké ké ké. » ria à gorge déployée le démon, l'arme à l'œil.
Non, jamais ils ne goûteront à la paix avec Hiruma Yoîchi.
Le sournois caquètement éteint, le maître de la duplicité siffla ses ordres : trouver le reste de l'équipe, les ramener ici puis plier bagage. Ce que chacun fit sans attendre. Tous étaient éreintés, écrasés. Cette incongrue aventure avait pompé toute leur énergie à force de courir en tous sens, de parader les attaques, d'utiliser certaines techniques pour s'en réchapper entier, d'être à l'écoute de tout, d'anticiper. Tout ce branle-bas de combat pour ressortir gagnant. Chose à laquelle ils avaient (tous) échouée. Bien que le pire restait à venir, ils étaient profondément heureux et soulagés que tout soit enfin terminé.
Depuis quatre mille ans je vous attends
Je ne suis pas pressé, j'ai plus que tout mon temps
L'équipe toute entière réunie, ils partirent en un seul morceau – quoi que légèrement traumatisés pour certains. Le chemin du retour se déroula dans une ambiance légère et lénifiante. Une pluie de paroles, surtout celles d'un irréductible receveur – plut dans le bus des DevilBats. La route fut ponctuée d'éclat de rires, de diatribes, de sourires retrouvés ainsi que de quelques empoignades et accrochages (dont un particulièrement fumant entre Taki et Toganô, l'un n'ayant pas du tout digéré la traîtrise de l'autre). Les visages avaient repris des couleurs et les mots cascadaient en abondance. Chacun narrait ce qui avait été ressenti, vécu ou subi dans cette putride mais inoubliable maison hantée. D'ailleurs, ce piaillement collectif et bourdonnant apprit à un certain nombre que Cerberus fut celui qui « enleva » le premier de la bande, que l'assaillant de la patineuse n'était autre que Yukimitsu et que tous – hormis Kuroki – avaient été capturés par l'un de leur pair. Cette dernière information en fit fuser quelques uns, notamment Monta qui réalisa à quel point sa perspicacité proclamée si brillante s'avéra des plus pitoyables. Il s'était planté sur toute la ligne, ce que ne manqua pas de lui persifler avec délectation le défenseur brun. S'ensuivit une tapageuse altercation où un coulis de jurons raffinés saupoudra le tout. Il fallut l'intervention grossière et menaçante du capitaine pour calmer les deux surchauffés. Un peu plus en avant du bus, aux premiers rangs, les deux lycéennes jasaient avec plaisir. La patineuse raconta avec un pétillant entrain et bonheur ce qu'il c'était passé avec Sena, déliant les lèvres du membre du comité. Mais ce sourire pourtant si chaleureux tomba dès que la pom-pom évoqua la gêne plus que prononcée dont fut prisonnière Mamori. Les questions bombardèrent la rousse qui malgré l'entêtement incassable de la brune ne donna aucunes explications satisfaisantes. Ce sujet semblait des plus sensibles et pour le moins brûlant puisque les joues de la manager prirent un splendide teint écarlate tout le long du trajet. Pendant ce temps, tout devant, une parfaite mutité ondoyait. Hiruma portait son regard glacé à la fenêtre tandis que son vieil ami Musashi conduisait la troupe, un sourire en coin.
Je sais que vous ne manquerez pas, poussé par le hasard
De venir fourrer votre nez dans la maison hantée
Une fois la destination atteinte, à savoir leur luxurieux local, chacun prit ses affaires puis repartis dans l'instant. Ils avaient un moelleux sommeil à cueillir et aucun ne comptait reculer ou allonger davantage cette cueillette.
Deux personnes pourtant se moquaient royalement de dormir.
Une toute autre chose dansait dans leur esprit.
Il ne restait plus qu'eux dans le local vide de tout murmure.
Seuls.
Une fois encore.
Dans leur regard une pulpeuse et charnelle lueur miroita.
Un profond et voluptueux silence les ceintura.
Il avança.
Elle l'attendit.
Leurs prunelles restèrent aimantées.
Le mouvement maîtrisé et lent des pas se stoppa.
Leur souffle se rencontra.
Clic-clac
Un léger et fuyant bruit résonna.
La porte se verrouilla.
« Faut toujours terminer ce que l'on a commencé, Anezaki. »
Dans la maison hantée
« Pour une fois je suis d'accord avec toi, Yoîchi. »
Un mutin sourire fleurit.
Au loin, deux lycéens marchaient. L'un déversait un flot de paroles comme à l'accoutumée tandis que l'autre restait plongé dans une singulière mutité.
« Dis Sena tu m'écoutes ? s'impatienta celui-ci, ses sourcils courbés devant l'inintérêt affiché de son camarade.
- J'ai le sentiment qu'on a oublié quelque chose Monta… souffla inquiet l'éclair ambulant.
- Meuh non, t'es juste épuisé c'est tout, réfuta d'une foi increvable le receveur. Et puis qu'est-ce tu voudrais qu'on ai oublié hein ? »
La réponse ne vint pas dans l'immédiat. Le coureur pensait, cogitait, la mine grave et soucieuse.
Cling
Une ampoule cligna.
« Isihamuru-kun ! » s'exclama Sena, horrifié.
Quelque part dans une résidence malséante et cauchemardesque une ombre traînait le pas, perdue, chevrotante.
« Hé ho...Y a quelqu'un ? »
Dans la maison hantée
* masque nô : utilisé dans le théâtre japonais et plus particulièrement dans le théâtre nô. Cet accessoire mêle des éléments réels et symboliques, le but étant de renseigner sur le type de personnage ainsi que sur l'humeur. J'ai choisi d'illustrer un masque nô de démon. Voici le lien si vous voulez voir concrètement à quoi ça ressemble : .
Le tout se termine sur une note légère de sadisme et d'humour. Que c'est bon d'être vicieuse, mwahaha.
J'espère sincèrement que cette courte histoire vous aura (un tant soit peu) plus car pour ma part ce fut plus qu'agréable d'écrire et d'imaginer ce cocasse périple.
Merci à ceux qui n'ont cessé de me lire et de me suivre depuis le tout début ! Et avant tout un grand et profond merci à toi PetiteSaki d'avoir pris de ton temps pour poster tes pensées.
J'vous dis à une fois prochaine cher(e)s lecteurs et lectrices !
