« Le Masque du Chrysanthème »

Lordess Ananda Teenorag


Titre : « Le Masque du Chrysanthème »

Auteur : Lordess Ananda Teenorag

Série : Fire Emblem Awakening

Genre : Epopée, Adventure, Romance, Fantasy – Semi Alternate Universe.

Résumé : Le Chrysanthème porte un Masque, pour danser ses pas de passion. Sa Nacre est une chanson d'émotion mouvante, désormais convoitée. Car le Royaume Sombre recherche le Saint Courtisan Azur dont parle la Légende.

Personnages principaux : Íñigo, Gerome, Lucina.

Personnages : Tiki, Laurent, Cynthia, Owain, Brady, Linfan, Severa, Noire, Kjelle, Yarne, Nah.

Pairings : Íñigo x Gerome, Lucina x Tiki et Lucina x Laurent.

Autres pairings : Owain x Cynthia (mention de Cynthia x Gerome), Nah x Yarne (mention de Nah x Íñigo), Severa x Noire, Brady x Severa, Laurent x Noire, Chrom x Olivia, Frederick x Zelcher, Gaius x Sumia, Sully x Gregor, Stahl x Palne, Nowi x Vaike.


~…~

Requiem : Le Secret du Maître Dragon

~…~


Lieu ?

Moment ?


Lorsque vit la Trilogie des Cieux, le Gardien Ultime protègera leur Monde.

« Maître Souverain des Cieux, quel secret masquez-vous en votre cœur plus sombre encore que vos atours ? »

Le jais de ses Ailes Ténébreuses contemple l'océan de leur firmament – infini Royaume des Gardiens du Ciel, qui protège les Confins du Paradis. Magnifiques sont les ailes de ceux qui règnent sur les cieux : mais régaliennes sont les siennes, qui surpassent celles de ses fidèles sujets.

'Au centre, tu te tiendras, Souverain Gardien du Ciel.'

« Il est temps de vous associer au Compagnon de votre envol. Nulle Aile Ténébreuse ne peut voler seul dans notre Horizon Sans Fin : car il est hérésie de penser que l'univers s'accomplit dans la solitude. Et vous, qui en êtes le Seigneur, ignoreriez l'appel de vos Confins du Cœur ? »

Son Royal Masque, solitaire – percevait les infimes pulsations du monde. Le caprice de leur Père le Vent, qui protégeait leur ascension vers l'Ultime Ciel. La promesse de leur Mère l'Horizon, qui reliait leur cœur jusqu'aux Confins du Monde. Et Lui – était le Souverain suprême de leur Royaume Céleste, ultime Protecteur d'un Univers infini.

'A droite, siègera ton fidèle Conseiller.'

« … »

Mais la solitude fermait son âme aux merveilles de la vie : et il avait renoncé à la parole, porte de tous les mondes. Le Conseiller approcha la droite de son Maître.

« Pourquoi refusez-vous de le prendre pour Compagnon ? Il est cœur pur de nacre et le sourire de l'émotion danse en lui, pour que chante la joie entre les êtres. Les Fils des Dragons sentent le Lien qui unit vos âmes… et le déclarent harmonie des Unions du Monde. »

Alors le Maître Souverain des Cieux étendit son Aile Noire, comme pour masquer son visage : et prononça l'unique phrase honnie de son âme.

« J'ai peur qu'il devienne comme moi. »

C'était l'aveu de ses sentiments.


Château d'Ylisse.

Après-midi lumineux.


Ses sentiments… pouvaient donc parler ?

« Geromeeeeeeee ! »

Un éclair lumineux déchira sa rêverie mystique. C'était la voix d'un Prince doux, au cœur de Nacre et au sourire dansant. Faite de joie et de charme, elle n'en était pas moins accusatrice.

« Gerome. »

Pour la millième fois, le Chevalier Wyverne soupira. Sous le Masque de Jais et d'Emeraude nacrée (Naga bénisse cet atour si nécessaire !), les yeux clignèrent vaguement – fatigués par une nuit de voyage sans repos.

« Qu'y-a-t-il, Íñigo ? »

'As-tu faim ? As-tu soif ? As-tu sommeil ? As-tu besoin de quoi que ce soit, que je puisse te fournir ?'

Mais – comme pour exprimer sa dénégation à ses silencieuses questions – le Saint Protégé secoua la tête, mécontent.

« Non, non, non, non, NON ! »

« … ? »

Il y avait des fois – et maintes étaient-elles – où ce puissant Chevalier Wyverne ne saisissait pas le cheminement de pensée de son Souverain et Maître. Il était – avec la Princesse Lucina, Sainte Sœur du Charmeur – l'être le plus proche de ce cœur au sourire si capricieux : et pourtant, lui, son plus fidèle Protecteur, n'arrivait pas toujours à prévoir ses réactions.

« Comment cela ? »

C'était d'une voix posée qu'il avait formulé ces deux petits mots : mais, pour son interlocuteur, ce fut déjà trop – ou pas assez.

« Comment ça, 'comment cela' ? Je t'ai vu ! Tu es sur le point de t'occuper de tout – encore. Tu crois pouvoir me supplanter dans mon devoir d'Héritier Royal ? »

Le Charmeur plongea son regard au fond de son Masque de Jais Emeraude. Le noisette de ses orbes pétillait, comme une nuée d'émotion vivante.

(Íñigo s'était souvent plaint de ce qu'il appelait 'un accoutrement ridicule', l'accusant de cacher le moindre de ses sentiments… mais lui, trouvait qu'il le protégeait à peine de ce regard !)

« Gerome, tu as voyagé toute la nuit. Par conséquent, tu es fatigué. Espères-tu te surmener sans que je ne dise rien du tout ?! »

De soulagement – l'Impassible faillit en sourire.

'Oh, ce n'est que cela. Et moi qui pensais qu'il avait un problème bien plus important.'

« Je suis toujours attentif à ce qui se passe autour, si c'est ce qui t'inquiète. »

D'un œil critique, le jeune Prince l'examina un long moment – avant de lui lancer d'une voix égale.

« Dans ce cas, peux-tu me dire ce que je viens de te raconter juste avant ? »

Il y eut un bref instant de flottement, comme le bercement d'un ange.

'En fait… absolument pas.'

« … »

Et le silence commença à les entourer. C'était une protection bien utile… face au charme de l'émotion.

« Tu ne t'en tireras pas comme ça ! »

Le Charmeur s'était accroché à lui – comme pour étreindre son cœur, étouffer son silence. Mais il ne put prévoir le cri, paniqué, qui retentit du fond de cet organe, si…

silencieusement.

« Íñigo… ! Lâche-moi ! »

« Nan. »

Etouffer son silence, atteindre son cœur. Sa voix avait bien des pouvoirs : et la chanson qui le berçait de magie, l'entraînait dans une danse plus féerique encore que les lunes nocturnes jadis partagées ensemble.

« Íñigo, nous avons l'air stupides, accrochés l'un à l'autre. »

« Pas plus que d'habitude. »

Son corps était un supplice : une chaleur douce, enivrante. Plus enivrante que la froide caresse du vent, qui l'emmenait vers les cimes – et moins vertigineuse encore.

« Et comment suis-je censé accomplir mon devoir de Protecteur, avec un poids humain sur le dos ? »

« Je m'en moque. »

Sa voix se fit douce : il était douceur, tendresse d'une chanson. Caprice d'un instant, qui disait leur cœur à tous les deux.

'Capricieuse tendresse, qui chante, qui danse… cœur pur, qui pleure, qui rit…'

Et il fut le sourire qui dansa devant lui.

« Je ne te lâcherai qu'à condition que tu me promettes de prendre soin de toi ! »

Le Masque trembla devant cette tirade audacieuse, si ordinaire pour un Cœur de Nacre. Car le vibrant noisette de ces prunelles vivantes brûla l'armure noire qui les protégeaient tous deux encore.

« Promets, promet, promets ! »

'Mon… Saint Prince. Comment pourrais-je vous promettre autre chose… que de vous protéger vous, quoiqu'il advienne ?'

Et ce fut avec une intensité désarmante, que le plus fidèle des Protecteurs posa ses mains cerclées de fer sur celles nues de son Protégé, pour en écarter – doucement – l'étreinte enfantine.

« Ne t'inquiète pas, Íñigo. Même au bord de l'épuisement… et de tous les maux qu'un être puisse endurer … je saurais te veiller. Dussé-je en mourir. »

C'était plus qu'un serment, mais moins qu'une promesse.


« Et c'est censé me consoler, cette histoire ?! »

Le Saint Prince avait paru sur le point de se décomposer, tel un enfant déconfit. Ses yeux se mirent à larmoyer, ses lèvres à se mordiller (et lui détourna son Masque par lâcheté) : mais les larmes ne jaillirent pas.

Ses traits s'étaient juste contractés – douloureusement, émotivement : expression indescriptible tant elle irradiait ce qui le traversa. Mais même lui – fidèle parmi ses fidèles – n'avait pas su dire si c'était l'émotion, ou la colère.

Sans doute les deux à la fois.

« …je ne puis vous réconforter comme vous en auriez besoin. Pardonnez-moi, Votre Altesse. »

« Gerome… tu es vraiment… »

Avec une terreur implacable, Gerome s'aperçut qu'il comprenait les émotions de son Saint Protégé.

« …impossible ! »

Et de filer sous le triste regard d'un Masque sans yeux.

« Je le sais, mon Prince. Mais qu'y puis-je ? »

Celui qui commence à comprendre ce que ressent autrui… est celui qui…

Un Masque n'est impassible qu'en apparence. Ne l'as-tu oublié, Suprême Maître Dragon ?

'Chaque instant avec lui me le rappelle. Il est… '

L'aile de sa Dragonne le couva de sa tendre sollicitude. Un souffle chaud berça l'arrière de son âme – cachée bien plus profond que l'Anneau en Fleur de Nacre, secret vassalique, qui se murait au cœur d'une armure noire. Et la consolation de sa caresse lui rappela brièvement la faiblesse de son Aile Gauche…


'A gauche, te veillera ton Compagnon.'

« Maître Souverain du Ciel. Votre Aile Gauche est… »

« … »

instable.

Le Conseiller dépassa le silence – qui, toujours, était son lot à la Droite.

« Savez-vous que l'être qui veillera votre Aile Gauche… baignera dans l'ombre de votre envolée ? »

Si tu restes près de lui, tu finiras par le marquer de ton essence. Et ce que tu es…

Il n'hésita pas un instant.

« Alors je resterai mutilé à jamais. Et le soleil brillera pour toujours par-delà mon Aile Gauche. »

Son envol merveilleux – tronqué de la moitié de son essence – dessina dans le ciel, le serment de protéger le soleil.

Lui que veillait un Cœur de Nacre – d'un Nacre de Chrysanthème.


Maître Souverain des Cieux, Maître Dragon Suprême : il était l'Empereur de ces Gardiens du Ciel, dont les Ailes Ténébreuses effrayaient les habitants en même temps qu'elles veillaient leur monde.

Celles qu'on honnissait en appelant à grands cris leur protection.

L'Ombre des Ombres qui chassaient et habitaient les Ténèbres.

« …je dois accomplir ma Destinée en habitant les Ombres, et les chasser en Maître Suprême des Ailes Ténébreuses. Mais est-il de sens, que celui dont je doive protéger la lumière, ne puisse s'approcher de ma propre ombre ? »

Solitaire monologue reçut pourtant réponse : et ce fut ainsi que les Ténèbres lui susurrèrent ce qu'il n'aurait jamais voulu entendre.

« Ta maîtrise de la Langue Dragon se perfectionne chaque fois plus. Es-tu donc prêt à assumer ta position au sein du Royaume Céleste ? »

Un éclair – un rugissement – un silence.

Le Loup Solitaire avait lancé les crocs de sa lame à la jugulaire de son ennemi : mais l'attaque qui cherchait la mort ne l'avait pas même effleurée.

« Tu n'es pas obligé de tenter de me tuer à chaque fois. »

Minerva la Fidèle rugit – comme pour déchiqueter l'Ombre, qui, narquoise, leur barrait la route. Mais elle attendait la permission de son Maître et Ami – lequel semblait grandir de fureur à ses côtés, d'instant en instant. S'avançant avec une lenteur majestueuse, ce dernier se découpa dans la lumière pâle, comme un Souverain des Ombres. Puis, d'un geste abrupt, le Chevalier Wyverne porta la main sur son visage, et en retira le Masque.

« Je vois. Même après toutes ces années… tu me hais toujours autant. »

Ironique était-il de constater, que l'être qui le touchait le plus ne pouvait même pas voir l'émotion se peindre sur son visage : et que celui qu'il maudissait le plus avait droit à ce que chérissait le masque.

Mais cela ne changeait rien.

Il aimait son Prince plus que quiconque – et haïssait son Conseiller plus que jamais.

« Aujourd'hui n'est pas le jour de ta mort. Mais je tuerai en même temps que j'accomplirai ma mission. »

« Tant que c'est en tant que Maître Dragon Suprême, peu m'importe. »

La fureur mal contenue de ce géant faisait grandir son corps puissant, capable d'éventrer les montagnes de sa force. Mais l'autre passa outre cette muraille et tendit la main.

« Tu auras besoin de cet objet… »

« … »

« Ton silence peut bien résonner autant que tu le souhaites, mais pour que ta volonté s'accomplisse, tu devras écouter ma parole. »

Le Secret que protégeait le Masque, derrière son éclat bleu d'or – orangé, vibra lourdement dans le cœur du Gardien.

« Aussi… accepte mon cadeau, Maître Dragon Suprême. »

Flottement de cape.

'Le… Magister Noir.'

« … »

Bien que lui-même de noir vêtu, il haïssait cet artefact issu de leur Royaume. Mais il savait également qu'il en aurait besoin. Il espérait juste retarder le moment fatidique, qui frappait à sa porte depuis bien trop longtemps.

« Mon Prince… pardonne-moi, car j'ai péché en existant. »

Et il s'empara de l'Artefact Maudit.


Au même moment.

Jardins du Palais.


« Gerome m'inquiète vraiment… »

Songeur, le Prince Cadet d'Ylisse jouait avec un Pégase, qui s'était posé non loin de lui. Lorsque – trop songeuse – sa main oubliait le duvet éclatant, le céleste animal hennissait légèrement, réclamant son dû de tendresse.

« Hi hi. Tu es une vraie petite dame, toi, n'est-ce pas ? »

Les Pégases aimaient Íñigo. Surtout les femelles. Bien que – contrairement à Cynthia – il ne maîtrisât pas du tout leur Langue, il s'attirait leurs faveurs sans même essayer. Certains prétendaient que c'était parce que, mieux que n'importe quel humain, les Beautés Célestes percevaient le côté féminin de ce grand charmeur.

« Héééé ! Ne me chatouille pas, mignonne. Tu es adorable, mais… »

Soudain, l'animal hennit vigoureusement, se cabrant avec brusquerie. Surpris, Íñigo eut un mouvement de recul, se demanda en quoi il avait bien pu l'offenser. Mais, quand il vit une ombre se projeter devant lui – exactement à la place où se tenait sa compagne ailée, il eut lui-même un bref sursaut.

« … »

L'ombre disparut, laissant place à un pauvre hère vêtu ordinairement. Le Cadet de la Sainte Lignée se sentit immédiatement rassuré (il devait sans doute s'agir d'un villageois de leur Royaume), mais le Pégase continuait à se cacher derrière lui.

« Bonjour, mais… que faites-vous là ? En principe, seuls les Héritiers Royaux et les Créatures Célestes peuvent fouler le Saint Jardin. Non que j'aime forcément ces coutumes discriminatoires ! Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit ! Simplement, je… »

« Jeune Prince. »

Le Charmeur sourit largement, maintenant tranquillisé. Oui, il devait s'agir d'un de leurs sujets.

« Oui ? »

Pourtant, le Pégase avait fini par disparaître…

« … »

« Qu'as-tu ? Ne me dis pas que des bandits ont attaqué ton commerce, ou que ta famille manque de riz ! Si tel est le cas, dis-le moi et… »

« J'ai… besoin d'aide. »

Le sourire du Danseur s'évanouit.

'Non. Encore une victime de notre guerre. J'espérais vraiment que les mesures de Lucina auraient fini par payer, mais il faut croire que c'est ma naïveté, qui ne paie pas…'

« Bien entendu, que je t'aiderai ! Mais, que puis-je pour toi ? »

« J'aurais besoin que tu danses et chantes. »

Le tutoiement le fit cligner des yeux. Tutoyer un Héritier Royal, cela ne se faisait pas – à moins d'être très proche de ce dernier. Non qu'Íñigo fût très adepte de tout ce protocole, mais tout ceci lui paraissait bien étrange.

« Mais, comment sais-tu que… ah ! »

L'homme s'était avancé, le regard illuminé. Maintenant, le jeune Danseur avait peur.

« Nacre de Chrysanthème. Nos Royaumes sont traversés par le chaos… et appellent, à leur tête, un nouvel ordre. Ne crois-tu pas qu'il soit égoïste de garder tes précieux dons pour toi, alors qu'ils pourraient aider tant de gens ? »

Íñigo s'était cabré – comme le Pégase, juste avant lui. Il voulut tourner talon et s'enfuir, mais l'autre posa une main sur la sienne.

« Il est temps que tu révèles l'étendue de tes talents véritables… Saint Courtisan Azur. »

Et le noir l'entraîna dans sa danse.