Chapitre 4 :

Dean venait de passer la tête dans le garage que son père lui fonçait dessus.

« -T'étais où ? J'étais super inquiet ! Depuis quand tu rentres à cette heure du lycée ? Tu traînais encore chez une fille c'est ça ? T'as des responsabilités, Dean ! Tu dois m'aider au garage après les cours ! J'ai besoin de toi, moi !

-Papa, j'étais pas chez une fille, t'inquiète.

-Et t'étais où, alors ?

-Chez un garçon. Il s'appelle Castiel.

-Un garçon ? Tu t'es fait un ami ?

-Euh… C'est un peu plus compliqué que ça. Papa, je crois que je suis bi.

-Pardon ?

-Tu m'as entendu.

-Tu crois ou tu es sûr ?

-C'est confus. Mais en tout cas, je suis sûr d'être amoureux de ce garçon en particulier.

-D'accord. Ce sont tes choix, mon fils. Si ça te convient, et si tu es heureux, ça me va.

-Autre chose… Papa, ce que je vais te dire ne va pas te plaire. Mais il faut que je te le dise, que je me soulage.

-Tu me fais un peu peur fiston. Qu'est-ce qu'il y a ?

-Papa, je ne veux pas reprendre le garage. Et Sam non plus. Je veux devenir musicien. Chanteur, guitariste. Auteur, compositeur. C'est mon rêve. Et le père de Castiel est producteur. J'ai peut-être une chance de vivre mon rêve. Je suis désolé, je sais à quel point ce garage est important pour toi, mais…

-Tais-toi. Tais-toi. J'aurais dû m'en douter. Tu m'as toujours déçu, pourquoi la seule chose importante que je te demande serait-elle une exception ? Je suis naïf. Dean, tu ne peux pas devenir chanteur. Ce n'est pas possible. Tu es un fils de garagiste. Tu n'es pas né dans le bon milieu. Tu ne chantes même pas devant ta famille ! Comment veux-tu devenir chanteur ? Devant tout un public ! Composer ? Tu connais trois accords à la guitare ! Mal ! Arrête de rêver, tu ne peux pas être chanteur ! Mais tu peux reprendre le garage. Et tu reprendras le garage. Fin de la discussion.

-Non, pas cette fois-ci. Pas fin de la discussion. Papa, tu ne comprends pas. Ce n'est pas une question. Je ne veux pas reprendre le garage. Ça ne m'intéresse pas ! Je ne veux pas passer ma vie à réparer des bagnoles déglinguées en regrettant de ne pas avoir saisi ma chance quand je pouvais.

-Fils. Ce n'est pas non plus une question. Tu. Vas. Reprendre. Le. Garage. Un point c'est tout. JE NE VEUX PLUS ENTENDRE PARLER DE CA. Tu m'entends ?

-DANS CE CAS JE M'EN VAIS !

-CERTAINEMENT PAS !

John le regardait furieusement. Dean sentait bien qu'il poussait le bouchon trop loin, mais cette fois-ci, il ne reculerait pas juste parce que son père lui faisait les gros yeux. Il avait reculé ainsi déjà trop de fois. Pas cette fois.

-Papa. Je vais essayer. Et quoiqu'il arrive, JE NE REPRENDRAI PAS LE GARAGE. Un point c'est tout.

Leur père était prêt à exploser, quand Sam apparut à la porte.

-Dean ? Papa ? Pourquoi vous criez ? Je dois dormir. J'ai une interro demain.

-Désolé, Sammy. T'inquiète pas, on va arrêter de crier.

-Dean, quelque chose ne va pas ?

Son petit frère le connaissait beaucoup trop bien.

-Sammy, je vais partir quelques temps. Ca vaut mieux pour tout le monde. J'ai besoin de temps pour faire le point sur mon avenir.

-Et tu reviens quand ?

-Je sais pas, gamin. Mais je reviendrais. Promis.

-Dean, tu ne vas nulle part. C'est hors de question.

-Papa, je suis majeur. Je fais ce que je veux. Je vais où je veux. Et si je veux partir pour devenir chanteur, j'en ai le droit. Toi, par contre tu n'as aucun droit de m'en empêcher.

La main partit toute seule. La claque fut si forte que Dean resta sonné quelques secondes. John était furieux, et sa colère transpirait de tous ses pores. Dean voulut s'éloigner, mais leur père le prit par le col et lui murmura, hors de lui :

-Dean, tu ne partiras pas de cette maison, ou alors tu n'y remettras plus jamais les pieds. On s'est compris.

Dean commençait à suffoquer, son père avait tout de même une sacrée poigne. John finit par le lâcher. Dean se tourna alors vers Sammy, qui avait regardait leur père avec effarement et un peu de peur. Dean lui tapota la tête et se pencha vers lui.

-Sammy, je te promets, je reviendrais te chercher. Tu feras tes études. Promis. En attendant, je suis désolé de te laisser tout seul avec Papa. Tu vas t'en sortir, ok ?

Sam se contenta d'acquiescer.

Alors, sans dire un mot de plus, Dean se tourna vers la porte, et partit. A peine sorti, Dean se sentit fondre. Toute sa confiance en lui s'envola d'un coup. Il n'avait aucunes certitudes sur le fait que le père de Castiel accepterait ne serait-ce que de lui laisser une chance. Il ne savait même pas si, entre Castiel et lui, c'était sérieux. Oui, ils avaient fait l'amour, mais tout s'était passé si vite, il ne savait pas vraiment ce qui c'était passé en fait. Il aimait Cas, mais de là à ce que ce soit réciproque… Pour autant, il avait besoin d'un toit pour la nuit, et le seul à qui il pouvait demander ça, c'était Cas. Il commença à pleuvoir, et Dean se mit à courir. Enfin, il atteint la maison des Novak. Il sonna. Ce fut Amy qui ouvrit.

« -Dean ? Qu'est-ce que tu fais là ?

-Ton frère est là ?

Elle le regarda bizarrement, puis rentra en hurlant.

-CAAAAAS ! Y'A UN CHIOT TREMPÉ QUI T'ATTENDS A LA PORTE !

-Quoi ? De quoi tu.. Oh.

Cas venait d'apparaître dans l'embrasure de la porte.

-Dean ! T'es trempé ! Qu'est-ce qui se passe ?

-Je me suis plus ou moins fais viré de chez moi, et je voulais savoir si…

-Bien sûr. Entre, tu vas geler.

Dean entra et Cas lui enleva sa veste détrempée pour la remplacer par une couverture. Il l'emmena vers sa chambre.

-Dean, tu as besoin d'une douche. Tu as pris des rechanges.

Le regard perdu de Dean lui indiqua que non. Il farfouilla dans les larges tiroirs de sa commode et en tira un T-shirt et un jogging.

-Tiens, ça devrait t'aller. La salle de bain est par là. Il y a des serviettes. Prends une bonne douche, et on parle de tout ça après, d'accord ?

Cas se pencha pour l'embrasse tendrement, et il le laissa seul. Dean s'empressa de prendre une douche. Une fois sortit, il s'habilla avec les vêtements prêtés par Castiel et se regarda dans la glace. Qu'est-ce qu'il avait fait ? Il ne pourrait jamais retourner chez lui. Son père le tuerait. Il avait une énorme connerie, et il ne savait pas s'il pourrait un jour la réparer. L'angoisse le submergea d'un coup et il s'effondra là, dans la salle de bain, sur le carrelage froid. Il laissa aller tous ses sentiments, toutes ses peurs, dans ses larmes. Au bout d'un moment, la voix inquiète de Cas le ramena à la réalité.

-Dean, tu es toujours vivant ? Tu ne comptes pas te suicider dans ma salle de bain, dis-moi ? Parce que je ne te pardonnerai jamais de tâcher ma serviette, sache-le !

Dean ouvrit la porte, et un Cas en pyjama apparut, nonchalamment appuyé contre l'encadrement de la porte. Il était magnifique, et son sourire réchauffa un peu le cœur de Dean.

-Hey. Désolé. Je n'ai pas tâché ta serviette. Promis.

-Super. Bon, viens par là. Raconte-moi tout.

Il s'allongea sur son lit et invita Dean à venir à côté de lui, ce qu'il s'empressa de faire. Là, confortablement installé dans les bras de Cas qui jouait gentiment avec ses cheveux, il raconta tout. Ses sentiments confus depuis sa rencontre avec Cas, sa dispute avec son père, la promesse faite à son frère. Tout. Son désespoir, son envie de réussir, ses rêves. Castiel l'écouta tout du long, sans l'interrompre. Quand Dean eut fini, il l'embrassa doucement et le regarda.

-Dean, je t'aime. Ça c'est la première chose importante. Ensuite, si tu y crois et si tu y travailles, tu deviendras un superbe chanteur, crois-moi. Et tu reviendras pour ton frère. Et tu reparleras à ton père.

Il effleura doucement la trace encore visible de la main de John sur la joue de son amant.

-Ton père t'as dit ça sous le coup de la colère. Tu verras, ça s'arrangera.

-Je t'aime aussi. Je ne savais même pas que je pouvais quelqu'un aussi vite, mais je t'aime. »

Ils s'embrassèrent à nouveau, et Dean s'endormit dans un profond sommeil remplit de rêves de scène et d'un beau brun aux yeux bleus.

Il était si bien, qu'est-ce qu'il pouvait se passer ?