Aujourd'hui, un petit bout de chou va pointer son nez et rencontrer le monde !

Dites-lui bonjour !


Il faisait nuit noire lorsque Hermione passa le pas de la porte de leur appartement, sur la pointe des pieds. Pour faire le moins de bruit possible, elle avait retiré ses chaussures et les portait à la main. Sous son bras, le dossier qui l'avait retenu si tard au bureau et qui l'accaparerait une grande partie du lendemain.

Aucune lumière ne filtrait dans la petite entrée. Débarrassée de ses affaires, Hermione se dirigea vers la salle-de-bain où elle se changea, somnolente, déjà, et se prépara à la courte nuit qui l'attendait. Dans quelques heures, à peine, il lui faudrait sortir du lit. Mais loin de la déprimer, cette perspective la galvanisait. Elle se sentait enfin utile et les heures supplémentaires lui semblaient n'être qu'un juste sacrifice.

A pas de velours, vêtu de son pyjama chaud pour affronter le froid de ce mois de décembre, la jeune femme se glissa dans la chambre à coucher où la respiration de Ron l'accueillit. Sous les couvertures elle se colla à son dos, à cette présence chaude réconfortante, entoura sa taille de ses petits bras. La main qui vint caresser la sienne la détendit.

« Ca va ? demanda la voix pâteuse de son homme.

– Oui.

– L'est quelle heure ?

– Presque une heure. Rendors-toi. » chuchota Hermione en plantant un baiser à la base de sa nuque.

Ron roula sur place pour se retrouver face à elle, et, les yeux fermés, frotta son nez au sien avant de retomber dans le sommeil. Hermione le suivit peu de temps après, un sourire amoureux plaqué sur le visage.

OoO

« Il s'appelle James. James Sirius Potter. »

Le cœur débordant d'un amour et d'une fierté innommable de voir ses amis leur présenter ce petit être tout juste né qui dormait dans les bras de Harry, Hermione se pencha vers le lit d'hôpital où Ginny était allongée pour la prendre dans ses bras. Ron, lui, était inhabituellement sans mots et tapotait l'épaule de son meilleur amis les yeux brillants.

Elle n'arrivait pas à croire que ses amis étaient parents. Parents. Responsables d'un être humain qui allait vivre, grandir, s'épanouir. Ce petit homme représentait tant, tant de revanches sur leurs vies, sur les épreuves, tant d'espoir pour l'avenir. Que jamais il n'ai à vivre ce qu'eux-même avaient endurés.

« Comment tu te sens Gin' ?

– Fatiguée, avoua la rouquine en posant son regard sur Harry et le bébé. Mais ça n'a pas d'importance. Ça ira mieux une fois que j'aurai dormi. »

Hermione se retint de lui glisser qu'elle ne risquait pas de dormir de sitôt avec un aussi jeune enfant mais le bonheur que trahissait le visage exténué de son amie l'en dissuada. Elle était prête à parier que Ginny savait tout cela. Mais que la seule idée que ce soit son fils qui la réveille en pleine nuit ne lui posait à cet instant que très peu de problèmes.

« Et toi, Harry ?

– Je... oui, ça va. »

Le Survivant leva les yeux de son fils et adressa un sourire éclatant à Hermione. Un sourire si grand qu'il contrastait avec l'éclat au fond de ses yeux, cette lueur vide et ces cernes violacés. Il avait l'air aussi fatigué que sa femme.

« On l'a appelé James. James Sirius, répéta-t-il comme s'il était au beau milieu d'un rêve.

– Oui. »

Hermione croisa le regard de Ron et ils hochèrent la tête. Elle parvenait à s'imaginer ce que cela représentait pour son meilleur ami. Beaucoup. Tout. C'était sans doute indescriptible.

« Oh, et merci pour la peluche. » Ginny effleura du bout du doigt le petit lionceau qui reposait sur sa table de chevet.

« C'est normal.

– Tu veux le prendre ? »

Hermione tourna la tête si rapidement qu'elle eu le temps de voir la surprise et le décontenance apparaître progressivement sur le visage de Ron. Il balbutia quelques onomatopées avant de poser son regard sur sa sœur. Cette dernière, un sourire aux coins des lèvres, l'encouragea d'un hochement de tête.

« Bin... oui. D'accord. »

D'une délicatesse palpable dans toute la petite chambre d'hôpital de Sainte-Mangouste, Harry déposa le nourrisson entre les larges bras de Ronald. Se rendant sûrement compte qu'il n'était plus à l'abri dans ceux de son père, le petit James gigota un instant, ouvrit et referma ses petits doigts dans le vide, étendit l'une de ses jambes, sans même ouvrir les yeux et sans autre bruit que des gargouillements.

« Waouh. »

Attendris, Harry attrapa la main de Ginny, qui dirigèrent leurs regards vers leur ami et frère, ce grand rouquin qui tenait contre lui ce bébé minuscule, son neveu. Hermione elle, se sentit aussitôt complètement perdue face au tableau.

OoO

« Tu vas bien ? »

Ils venaient de quitter Sainte-Mangouste, laissant les jeunes parents tout au bonheur de la contemplation de leur fils, lorsque Ron se décida à briser le silence qui régnait entre eux. Il la connaissait si bien, il savait sans qu'elle n'est besoin de ne rien dire.

« Oui. »

Même lorsqu'elle mentait. A vrai dire, la plupart du temps, il savait détecter jusqu'au mensonge. Comme aujourd'hui, par exemple. Ron était loin d'être dupe. Seulement, il n'avait jamais été doué pour les longs discours, c'était sûr. Quand il repensait à la façon dont il l'avait demandé en mariage... Et dire qu'il avait passé sa journée à répéter le texte qu'il avait écrit, à enfiler, à retirer puis à remettre le costume qu'il avait acheté, pour finalement le jeter nerveusement en boule derrière le canapé, qu'il avait envisagé plus que sérieusement d'encombrer leur petit appartement de bougies et de pétales de fleurs. Mais non. Il n'avait pas réussi.

Et pourtant la femme qu'il aimait sans qu'il ne puisse nommer aucune raison à cet amour qu'il trouvait inespéré avait dit oui.

Doucement, il lui prit la main.

Ralentissant son allure jusque là vive, Hermione décida de se laisser faire. C'était la fin du mois de janvier, et il faisait un froid abominable. Pourtant, ils prirent comme d'instinct la direction de leur parc favoris, celui qui avait leur préférence des jours chauds d'été.

« Je déteste parler. La plupart du temps, je sais pas comment faire. »

Personne n'avait été assez fou pour les imiter et venir s'asseoir au bord de l'eau, de sorte que seul le vent qui les décoiffait les interrompait.

« Mais je t'aime. Alors, s'il te plait, toi... toi, parle-moi.

– C'est de te voir avec lui, finit par lâcher Hermione en regardant droit devant elle. Avec James. »

Avec un bébé qui aurait pu être le tiens mais qui ne l'est pas, avec ce bonheur sur ton visage que je ne suis pas sûre de pouvoir t'offrir un jour.

« C'est juste que... Tu veux des enfants.

– C'est vrai.

– Mais tu veux m'épouser, non ? On va se marier et...

– Parce que je t'aime.

– Est-ce que c'est suffisant ? »

Hermione se tourna vers son compagnon. Il n'y avait aucune plainte dans sa voix, juste un désir ardent de comprendre. Ron esquissa un sourire et prit son visage en coupe entre ses mains.

« Ok. Il y a un truc que je ne t'ai jamais dit. Parce que ça m'arrive souvent d'être très con. » Hermione ricana. « Mais écoute-moi. Et surtout, prépara-toi à un discours vraiment très bancal. »

Ron se déplaça légèrement vers sa future femme et lui sourit.

« Je voudrais des enfants. Enfin, plus que ça, je voudrais des enfants de toi, c'est vrai. Mais toi, t'en veux pas. Alors, sachant ça, il me reste globalement trois choix. Partir, rester et t'en vouloir, ou rester et t'aimer. Et j'ai choisi de t'épouser et de passer toute ma vie avec toi. Parce que je t'aime bien plus que mon désir d'avoir des enfants avec toi. »

Hermione, soulagée, s'apprêtait à lui sauter au cou mais il la retint en secouant la tête.

« Mais toi aussi, tu as un choix à faire. Parce que je vois bien que tu te rends coupable de tout ça. Hermione, il faut que tu comprennes que même si je te promets de respecter ton choix, je voudrais toujours des enfants. Par contre, il faut que toi, tu saches aussi si tu vas être capable de supporter cette idée toute ta vie. »